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Préparation des aliments

Niveau de technicité :

Auteur : L. Marnay, Ifce
MàJ : Décembre 2016

 

Le cheval a des besoins nutritionnels plus ou moins importants selon son utilisation. De nombreux aliments sont susceptibles d'être incorporés dans sa ration. Pour les utiliser au mieux, il est possible d'effectuer une préparation des aliments de plusieurs façons : concassage, trempage, cuisson, ... ces pratiques sont expliquées ici, pour vous aider dans la préparation des rations.

Le cheval, un herbivore avant tout

Dans des conditions naturelles ou d’élevage extensif, le cheval passe 60 à 70% de son temps à se nourrir, marchant beaucoup et sélectionnant les espèces composant sa ration.

L’utilisation du cheval de nos jours a provoqué en parallèle une diminution voire une suppression du temps passé au pâturage. Ainsi ses besoins ont subi une modification en raison du travail demandé (supérieur à l’entretien : travail, concours, production de poulains hors saison de pâturage et à utilisation précoce nécessitant une croissance optimale).

Ceci a provoqué l’introduction dans la ration journalière d’aliments plus concentrés en éléments nutritifs (céréales, graines d’oléagineux et de protéagineux…). 

Plusieurs options s’offrent à l’éleveur ou à l’utilisateur des chevaux en termes de rationnement :

  • Utilisation d’aliments simples compilés afin d’équilibrer la ration journalière ; cette solution,  souvent plus économique, nécessite de bonnes connaissances en termes de rationnement.
  • Utilisation d’aliments du commerce, complémentaires de céréales et/ou de fourrages, ou complets, couvrant l’ensemble des besoins nutritionnels quotidiens.


Néanmoins, certains aliments nécessitent d’être préparés :

  • afin de prendre en compte les caractéristiques de la digestion chez le cheval :
    • valorisation digestive des aliments,
    • nécessité de lest,
    • optimisation du temps passé à manger
  • limiter les risques d’affection liées à des erreurs alimentaires.

Composition d’une graine

Le grain des céréales est composé :

  • d’une enveloppe plus ou moins dure essentiellement composée de cellulose/ lignine indigestible par voie enzymatique (estomac et intestin grêle), de lipides, protéines et de matières minérales. Cette enveloppe constitue un obstacle à l'action des agents digestifs ; 
  • du germe,
  • d’une amande, particulièrement riche en énergie : l’amidon, principalement valorisé par la digestion enzymatique lorsqu’il est accessible.


Selon la céréale, son mode de distribution et la qualité de la mastication, le grain arrivera plus ou moins entier dans le gros intestin,  il sera donc plus ou moins bien valorisé par et pour le cheval.

Certains modes de préparation visent à optimiser la digestion des céréales, en améliorant l'accessibilité de leur fraction nutritive, ils sont présentés ci-dessous.

De même, les graines d’oléoprotéagineux (lin, soja, arachide, tournesol, colza) sont rarement données entières au cheval. Elles peuvent être :

  • soit préparées de la même manière que les céréales,

  • soit bien souvent, l’huile en est extraite avant. On distribue alors les tourteaux (c'est à dire ce qui reste après extraction de l'huile), néanmoins riches en énergie et surtout en protéines. La valeur alimentaire des tourteaux dépend du mode d'extraction utilisé (tourteau deshuilé ou expeller).

 

 

Préparation des aliments

Aplatissage/concassage :

> Les grains sont passés entre des meules, crantées (maïs, orge) ou non (avoine). 

>
  Intéressant surtout pour :

  • Les grains durs (orge, maïs)
  • Les chevaux à digestion difficile (tables dentaires usées, chevaux convalescents)
  • Les chevaux gloutons qui ne mastiquent pas assez avant d’avaler (grains entiers qui germent dans les crottins)


>
 Réalisé soit avant l’achat soit sur l’exploitation grâce à un concasseur. En fonction du nombre de chevaux, il convient de mettre en balance le surcoût généré par l’achat  régulier d’aliment concassé  au sac et l’investissement dans un concasseur + la main d’œuvre nécessaire.

> En outre, les céréales concassés sont plus sensibles au rancissement (lipides) et aux fermentations ( glucides : amidon) : à distribuer rapidement après préparation (48 h) et être vigilant sur les conditions de stockage. Il faut écarter de la consommation tous grains présentant une chaleur ou une odeur suspects.

> Enfin, aplatissage et concassage génèrent de la poussière (farine) risquant de générer des problèmes respiratoires… préférer donc un concassage grossier.

Trempage

Le trempage des céréales (orge) permet de ramollir les grains et de faciliter la digestion sans investissement en matériel (une nuit de trempage suffit) et sans poussière.


Les grains germés peuvent avoir un intérêt diététique pour les chevaux souffrant de troubles digestifs, de constipation ou de troubles de l’appétit. L’amidon y est alors plus digestible. Néanmoins, la germination provoque une perte de  valeur alimentaire. Enfin, le suivi doit être rigoureux :  attention aux risques de moisissures !


Remarque :
les graines de céréales sont déséquilibrées en termes de minéraux, de façon beaucoup plus marquée que les foins de prairie naturelle : particulièrement riches en phosphore et carencées en calcium, elle nécessitent l’apport d’un CMV (complément minéral et vitaminique) visant à corriger ce déséquilibre dans les rations composées de céréales.

Cuisson

Avec déshydratation

  • Toastage (cuisson à la vapeur) et floconnage (cuisson vapeur + aplatissage entre deux rouleaux) des céréales : augmentent teneur en MS (matière sèche) et la digestibilité de l’amidon.

  • Granulation (céréales +sous-produits +fourrages +autres) :
    • Est réalisée sous l’action de vapeur d’eau et d’une pression importante.
    • La valeur alimentaire finale et le prix dépendent de la composition du mélange initial.
    • L’intégration d’un complément minéral et vitaminé permet d’équilibrer les apports pour couvrir besoins journaliers du cheval.



Cuisson humide

Le mash ou "barbottage"… (certains appellent barbottage les céréales trempées, additionnées ou non de son, d’autres nomment ainsi un mash avec peu de son donc très mouillé…) est composé en général de céréales, de graines de lin et d’autres aliments ajoutés en proportions variables.

La cuisson à l’eau pendant plusieurs heures permet de :

  • Ramollir la paroi cellulaire des céréales entières
  • Apporter des aliments indigestes crus (lin)

Du son de blé est ajouté à la fin de la cuisson afin d’absorber l’excédent d’eau. Le mash distribué contient en général 50% d’eau, 50% de matière sèche.


C’est un aliment en général apporté une fois par semaine, souvent le jour de repos, dont les intérêts sont :

  • qu'il est très appétant et digeste 
  • qu'il constitue une ration volumineuse : il est plus long à consommer qu’une ration concentrée classique 
  • qu'il contient beaucoup d’eau, ce qui augmente la sensation de satiété et remplit plus le tube digestif (limite la consommation de paille)
  • qu'il est légèrement laxatif , il limite risque de coliques par son action sur le transit.

Le mash peut également être préconisé pour les chevaux, affaiblis ou souffrant de problèmes dentaires, ou  digestifs  voire les chevaux convalescents sous forme de transition alimentaire…


Cependant :

  • Le mash est déséquilibré en minéraux (composé majoritairement de céréales : P >> Ca) : ne pas en abuser… ou corriger ce déficit en calcium par une complémentation minérale adéquate.
  • L’alimentation du cheval doit correspondre à une routine : il n'est pas  bon de pas changer d’aliment radicalement 1j/semaine. (nécessité de transitions alimentaires).
  • Il a un effet de "lessivage" dans le tube digestif.
  • Vigilance lors de la préparation et de la distribution (risques de brûlures, pour l'homme comme pour le cheval !!!).

Quelques remarques essentielles


  • L’observation des crottins apporte beaucoup de renseignements sur la qualité de la digestion : odeur, texture, humidité, présence de fibres longues, de grains entiers…


  • Les céréales concassées ou aplaties sont plus sensibles au rancissement et à la fermentation : vigilance sur les conditions de stockage et la rapidité d’utilisation après préparation


  • Attention, la préparation des aliments modifie leur densité ! Attention aux erreurs de distribution ! ex : 1 litre d’avoine entière = 500 g ; 1 litre d’avoine aplatie = 220 g !

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