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La bouche du cheval : approche pratique, les dents

Niveau de technicité :

Auteurs : L. Marnay, I. Barrier

Juin 2014
 

Le cheval est un herbivore monogastrique, ce qui signifie qu'il ne rumine pas.
A l'état naturel, il passe de 15 à 19 heures par jour à brouter. Il effectue un pâturage ras et mastique longuement ses bouchées. Par ailleurs, un kilogramme de foin est consommé en 40 minutes environ et nécessite entre 3000 et 3500 coups de mâchoire.

Quelles sont les particularités anatomiques du cheval en lien avec son comportement alimentaire  et  comment les prendre en compte dans son utilisation ?

Anatomie : comprendre comment ça marche !

 

De puissantes mâchoires et des dents dont la pousse est continue


La mobilité des lèvres du cheval lui permet un tri préalable soigneux des aliments, ceux « refusés » étant également évacués au niveau des barres, parties de gencives dépourvues de dents.

 

Du fait de la localisation de ses yeux, le cheval ne voit pas ce qui est juste sous son nez : des poils sensitifs garnissent ses lèvres supérieure et inférieure (appelés vibrisses) limitant son risque de se cogner. Ne les coupez pas pour «faire joli» !!!

 

Les mâchoires sont reliées par l'articulation temporo-mandibulaire (ATM) et de puissants muscles masticatoires.

  • la mâchoire supérieure "fixe" appelée maxillaire
  • la mâchoire inférieure "mobile" appelée mandibule

 

Le cheval a 36 (jument) ou 40 dents (mâle), les crochets n'étant présents que chez ce dernier. Certaines juments possèdent néanmoins des crochets et sont dites « bréhaignes ».

 

  • Ses incisives, (12 au total, 3 par demi-mâchoire) autorisent un pâturage ras, lui permettant de sélectionner une herbe jeune et riche en matières azotées qu'il coupe.
     
  • Ses pré-molaires (12) et molaires(12) associés aux mouvements de la mandibule à la manière d'une meule lors de la mastication, assurent le broyage des aliments ainsi qu'une usure permanente des dents, par des mouvements :
    • sur les côtés (latéralo-latéralement)
    • d'avant en arrière (rostro-caudalement)  
Nomenclature et répartition des dents du cheval par demi-mâchoire

 

Les dents du cheval présentent une pousse continue, de 4-5 mm/an à l'exception des crochets. Du fait de cette pousse, l'évolution de la forme des dents et des axes des mâchoires permet d'estimer l'âge du cheval, notamment au niveau de ses incisives inférieures.

Attention ! Les chevaux qui tiquent à l'appui présentent une usure anormale des incisives.

La langue, muscle puissant, assure le tri et le déplacement des aliments dans la bouche pour assurer un broyage homogène par les dents, (attention à ne pas attacher un cheval avec ses rênes car s'il tire, le mors peut générer de graves blessures de la langue).

Les glandes salivaires assurent une insalivation du bol alimentaire, facilitant la digestion ultérieure. La production journalière de salive est importante, de 40 à 70 litres selon le régime alimentaire.

Le voile du palais, assez prolongé vers l'arrière, empêche tout reflux vers la bouche des aliments déglutis, ceux-ci étant par conséquent renvoyés vers les fosses nasales. (Ce qu'on observe parfois en cas de bouchon œsophagien)

Une visite régulière du dentiste en prévention

©A.Laurioux- Le dentiste utilise un "pas d'âne" pour effectuer le travail dentaire en sécurité

 

D'une bonne mastication dépend la bonne valorisation de l'alimentation dans le tube digestif.

Ceci a un impact sur la santé du cheval d'autant plus lorsque les besoins alimentaires sont très importants (jument allaitante, cheval au travail intense) ou pour le cheval âgé qui assimile moins bien. Malgré une consommation importante d'aliments, les besoins risquent de ne pas être couverts si le cheval présente des problèmes dentaires.


L'impact est également économique car une quantité d'aliments plus importante est nécessaire pour couvrir les mêmes besoins si la mastication n'est pas optimale.


Enfin, lorsque le cheval est monté, les problèmes dentaires peuvent engendrer des réactions de douleur intempestives, sous forme de défenses, rendant parfois le cheval impropre à son utilisation. Ces problèmes peuvent aussi entraver potentiellement le fonctionnement de son appareil locomoteur.(voir article Equ'idée ci-dessous dans en voir aussi).

Il importe donc de faire réaliser un suivi régulier de chaque cheval

  • avant son débourrage et sa mise au travail (18 mois à 3 ans selon la race et l'utilisation)
  • toutes les 1-2 ans selon les spécificités de chaque cheval

 

Au cours de la visite de contrôle, le dentiste vérifie la bonne occlusion des tables dentaires et effectue leur nivellement en râpant les surdents. Il contrôle également l'intégrité de la bouche et des dents et peut assurer l'extraction des prémolaires surnuméraires (dents de cochon ou dents de loup), parfois présentes au niveau des barres, douloureuses au contact du mors.

Ces dents sont parfois sous-gingivales (sous la gencive) donc non apparentes mais sensibles. Le dentiste utilise un « pas d'âne », outil métallique qui, fixé comme un licol, maintient la bouche du cheval ouverte afin d'y travailler sans risque. Une tranquillisation est parfois nécessaire (sédation).

 

 

Problèmes dentaires et facteurs prédisposants

En cas de défaut de conformation des mâchoires ou de mastication insuffisante liée à un régime pauvre en fourrage, l'usure des dents n'est pas uniforme et des parties de dents non usées font saillie et gênent le cheval : les surdents.


Il peut s'agir d'une mauvaise superposition des mâchoires, le cheval étant prognathe, c'est à dire qu'une des deux mâchoires est plus en avant que l'autre :

  • Prognathe supérieur ou bégu (bec de perroquet), voir photo ci-dessous.

ou

  • Prognathe inférieur, mâchoire inférieure trop en avant. 

L'occlusion n'a pas lieu au niveau des incisives, mais également au niveau des premières pré-molaires et dernières molaires engendrant une usure différentielle.

 

 

© IFCE (Isabelle Barrier)

 

La mandibule étant souvent plus petite que le maxillaire, on observe des surdents sur les prémolaires et molaires risquant de blesser la langue du cheval sur la mandibule ou l'intérieur des joues pour le maxillaire.

 

 

Représentation de la localisation de surdents sur un squelette de cheval
Schéma de la bouche du Cheval (images : Dr P. CHUIT)

Signes d'alerte d'un problème dentaire potentiel

L'observation des attitudes du cheval peut parfois permettre de suspecter un problème dentaire :

  • cheval particulièrement lent à manger (en raison des blessures dans sa bouche)
  • cheval présentant un état de maigreur suspect
  • des céréales non digérées sont présentes dans les crottins
  • observations de blessures sur la langue ou à l'intérieur des joues (attention à ne pas vous faire mordre!)
  • cheval qui «fait magasin» : garde des boulettes de fourrage pré-mâchées entre ses dents et ses joues, qu'il «crache» régulièrement.
  • réactions intempestives au travail lors de l'action de la main sur le mors, voire saignement anormal de la bouche.

 

 

« boucher » votre cheval vous permet d'examiner sa bouche sans vous faire mordre : il ne peut la refermer si vous tenez fermement sa langue (!) (ifce © L.Marnay

Cheval glouton : attention !

Un cheval qui consomme trop vite ses aliments, notamment les concentrés, ne les insalive pas assez avant d'avaler et court des risques de bouchon dans l’œsophage.

Après avoir été avalés, les aliments y restent coincés, le cheval faisant des efforts de déglutition sans succès. Les aliments, ne pouvant retourner vers la bouche, sortent par les naseaux, risquant d'être ensuite inhalés, provoquant des désordres respiratoires voire pulmonaires. L'intervention du vétérinaire est parfois nécessaire pour résorber ce problème.

Les solutions pour éviter que ça se reproduise, en fonction de leur cause initiale :

  • donner de petits repas peu volumineux


  • donner à manger dans une mangeoire au sol


  • mettre des galets dans la mangeoire pour ralentir l'ingestion


  • mettre du foin en même temps que la ration (taux d'incorporation 25 % minimum) ralentit l'ingestion + stimule une mastication plus poussée et génère un temps d'ingestion plus long ce qui limite l'ennui notamment du cheval au box


  • associer les chevaux en petits groupes et s'assurer que tous ont accès aux mangeoires équitablement, n'étant pas tentés de manger vite avant de se faire chasser par un dominant.

Les dents des poulains

 

Les poulains ont 28 dents dont la sortie est progressive dès la fin de la première semaine de vie, celle des dents de remplacement ayant lieu entre 2,5 et 4,5 ans.
La perte des dents génère parfois :

  • un ralentissement de l'ingestion
  • une déformation douloureuse parfois visible de l'extérieur (sur la mandibule)
  • des repousses anarchiques
  • la persistance de dents de lait (les dents de loup = première prémolaire de lait)

 

Une visite de contrôle avant le débourrage (à 18 mois pour les races de courses, vers 3 ans pour les autres utilisations plus tardives) est ainsi importante.

 

A retenir

La pousse des dents des chevaux est continue.

 
Toute usure irrégulière peut générer des problèmes de mastication et d'assimilation de la ration.

 

Une visite de contrôle régulière est nécessaire :

  • avant le débourrage
  • toutes les 1-2 ans selon les spécificités de chaque cheval
  • mais aussi en cas de signes suspects de mauvaise mastication ou/et digestion
  • ne pas négliger les chevaux à l'herbe notamment les poulinières (besoins importants) et les vieux chevaux (risques de nécroses)

Pour en savoir plus

 

Effets de la dentisterie sur la locomotion du Cheval : étude sur huit chevaux Alice Dubois, extrait de thèse vétérinaire, 2014,  Patrick Lecollinet,  Sophie Biau (article équidée juin 2014)

 

Voir aussi

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