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La bouche du cheval : approche pratique, les dents

Niveau de technicité :

Auteurs : L. Marnay, I. Barrier, L. Viel, Ifce

MàJ Mai 2017
 

Le cheval est un herbivore monogastrique, ce qui signifie qu'il ne rumine pas.
A l'état naturel, il passe de 15 à 19 heures par jour à brouter. Il effectue un pâturage ras et mastique longuement ses bouchées. Par ailleurs, un kilogramme de foin est consommé en 40 minutes environ et nécessite entre 3000 et 3500 coups de mâchoire.

Quelles sont les particularités anatomiques du cheval en lien avec son comportement alimentaire  et  comment les prendre en compte dans son utilisation ?

Anatomie : comprendre comment ça marche !

 

De puissantes mâchoires et des dents dont la pousse est continue


La mobilité des lèvres du cheval lui permet un tri préalable soigneux des aliments, ceux « refusés » étant également évacués au niveau des barres, parties de gencives dépourvues de dents.

Du fait de la localisation de ses yeux, le cheval ne voit pas ce qui est juste sous son nez : des poils sensitifs garnissent ses lèvres supérieure et inférieure (appelés vibrisses) limitant son risque de se cogner. Ne les coupez pas pour «faire joli» !!!

Les mâchoires sont reliées par l'articulation temporo-mandibulaire (ATM) et de puissants muscles masticatoires.

  • la mâchoire supérieure "fixe" appelée maxillaire
  • la mâchoire inférieure "mobile" appelée mandibule

 

Le cheval a 36 (jument) ou 40 dents (mâle), les crochets n'étant présents que chez ce dernier. Certaines juments possèdent néanmoins des crochets et sont dites « bréhaignes ».

  • Ses incisives, (12 au total, 3 par demi-mâchoire) autorisent un pâturage ras, lui permettant de sélectionner une herbe jeune et riche en matières azotées qu'il coupe.
  • Ses pré-molaires (12) et molaires (12) associées aux mouvements de la mandibule à la manière d'une meule lors de la mastication, assurent le broyage des aliments ainsi qu'une usure permanente des dents, par des mouvements :
    • sur les côtés (latéralo-latéralement)
    • d'avant en arrière (rostro-caudalement)  

 

Les dents du cheval, à l'exception des crochets, présentent une pousse continue, de 1-4 mm/an selon son âge. Du fait de cette pousse, l'évolution de la forme des dents et des axes des mâchoires permet d'estimer l'âge du cheval, notamment au niveau de ses incisives inférieures. Cette estimation est cependant imprécise à mesure que le cheval vieillit.


Attention ! Les chevaux qui tiquent à l'appui présentent une usure anormale des incisives.

La langue, muscle puissant, assure le tri et le déplacement des aliments dans la bouche pour assurer un broyage homogène par les dents.

Attention à ne pas attacher un cheval avec ses rênes car s'il tire, le mors peut générer de graves blessures de la langue.

Les glandes salivaires assurent une insalivation du bol alimentaire, facilitant la digestion ultérieure. La production journalière de salive est importante, de 40 à 70 litres selon le régime alimentaire. Un accès permanent à l'eau est donc indispensable.

Le voile du palais, assez prolongé vers l'arrière, empêche tout reflux vers la bouche des aliments déglutis, ceux-ci étant par conséquent renvoyés vers les fosses nasales. (Ce qu'on observe parfois en cas de bouchon œsophagien)

Une visite régulière du dentiste en prévention

 

D'une bonne mastication dépend la bonne valorisation de l'alimentation dans le tube digestif.

Ceci a un impact sur la santé du cheval d'autant plus lorsque les besoins alimentaires sont très importants (jument allaitante, cheval au travail intense) ou pour le cheval âgé qui assimile moins bien. Malgré une consommation importante d'aliments, les besoins risquent de ne pas être couverts si le cheval présente des problèmes dentaires.


L'impact est également économique car une quantité d'aliments plus importante est nécessaire pour couvrir les mêmes besoins si la mastication n'est pas optimale.


Enfin, lorsque le cheval est monté, les problèmes dentaires peuvent engendrer des réactions de douleur intempestives, sous forme de défenses, rendant parfois le cheval impropre à son utilisation. Ces problèmes peuvent aussi entraver potentiellement le fonctionnement de son appareil locomoteur. (voir article Equ'idée ci-dessous dans en voir aussi).

Il importe donc de faire réaliser un suivi régulier de chaque cheval

  • avant son débourrage et sa mise au travail (18 mois à 3 ans selon la race et l'utilisation)
  • tous les 1-2 ans selon les spécificités de chaque cheval : un cheval vivant au box passe souvent beaucoup moins de temps à manger qu'un cheval au pâturage, 

 

Au cours de la visite de contrôle, le dentiste vérifie la bonne occlusion des tables dentaires et effectue leur nivellement en râpant les surdents. Il contrôle également l'intégrité de la bouche et des dents . Il assure si besoin l'extraction de dents de lait ou des 1ères prémolaires vestigiales (dents de cochon ou dents de loup), parfois présentes au niveau des barres, douloureuses au contact du mors.

Ces dents sont parfois sous-gingivales (sous la gencive) donc non apparentes mais sensibles. Ceci nécessite alors l'intervention d'un vétérinaire  sou sédation ou anesthésie locale.

Le dentiste utilise un « pas d'âne », outil métallique qui, fixé comme un licol, maintient la bouche du cheval ouverte afin d'y travailler sans risque. Une tranquillisation est parfois nécessaire (sédation).

Problèmes dentaires et facteurs prédisposants

En cas de défaut de conformation des mâchoires ou de mastication insuffisante liée à un régime pauvre en fourrage, l'usure des dents n'est pas uniforme et des parties de dents non usées font saillie et gênent le cheval : les surdents.


Il peut s'agir d'une mauvaise superposition des mâchoires, le cheval étant prognathe, c'est à dire qu'une des deux mâchoires est plus en avant que l'autre :

  • Prognathe supérieur ou bégu (bec de perroquet), voir photo ci-dessous.

ou

  • Prognathe inférieur (rétrognathie), mâchoire inférieure trop en avant. 

L'occlusion n'a pas lieu au niveau des incisives, mais également au niveau des premières pré-molaires et dernières molaires engendrant une usure différentielle.

 

La mandibule est plus étroite que le maxillaire (jusqu'à  20-25%). Par conséquent, l'usure liée à la mastication n'est pas répartie sur toute la largeur des dents. On observe alors des surdents sur les prémolaires et molaires :

  • risquant de blesser la langue du cheval sur la mandibule,
  • risquant de blesser l'intérieur des joues sur le maxillaire.

 

 

Signes d'alerte d'un problème dentaire potentiel

L'observation des attitudes du cheval peut parfois permettre de suspecter un problème dentaire :

  • cheval particulièrement lent à manger (en raison des blessures dans sa bouche)
  • cheval présentant un état de maigreur suspect
  • salivation anormale, odeur nauséabonde au niveau de la bouche
  • céréales non digérées  en grande quantité dans les crottins
  • blessures sur la langue ou à l'intérieur des joues (attention à ne pas vous faire mordre!)
  • cheval qui «fait magasin» : garde des boulettes de fourrage pré-mâchées entre ses dents et ses joues, qu'il «crache» régulièrement.
  • réactions intempestives au travail lors de l'action de la main sur le mors, voire saignement anormal de la bouche.


Attention à ne pas trop tirer sur la langue lorsque vous "bouchez" un cheval afin de ne pas générer de lésion à sa base. 

Cheval glouton : attention !

Un cheval qui consomme trop vite ses aliments, notamment les concentrés, ne les insalive pas assez avant d'avaler et court des risques de bouchon dans l’œsophage.

Après avoir été avalés, les aliments y restent coincés, le cheval faisant des efforts de déglutition sans succès. Les aliments, ne pouvant retourner vers la bouche, sortent par les naseaux, risquant d'être ensuite inhalés, provoquant des désordres respiratoires voire pulmonaires. L'intervention du vétérinaire est parfois nécessaire pour résorber ce problème.

 

Les solutions pour éviter que ça se reproduise, en fonction de leur cause initiale :

  • donner de petits repas peu volumineux
  • donner à manger dans une mangeoire au sol
  • mettre des galets dans la mangeoire pour ralentir l'ingestion
  • distribuer du foin ou de la luzerne en brins courts dans la mangeoire en même temps que la ration (taux d'incorporation 25 % minimum) : stimule une mastication/insalivation plus poussées et génère un temps d'ingestion plus long, ce qui limite l'ennui du cheval au box. Certains aliments concentrés du commerce incluent des fibres en brins courts. 
  • associer les chevaux en petits groupes et s'assurer que tous ont accès aux mangeoires équitablement, n'étant pas tentés de manger vite avant de se faire chasser par un dominant.

Les dents des poulains

 

Les poulains ont 28 dents dont la sortie est progressive dès la fin de la première semaine de vie, celle des dents de remplacement ayant lieu entre 1 et 5 ans.

La perte de ces dents génère parfois :

  • un ralentissement de l'ingestion
  • une déformation douloureuse parfois visible de l'extérieur
  • des repousses anarchiques

La persistance de dents de lait après la pousse des dents définitives peut également gêner le cheval.

Une visite de contrôle avant le débourrage (à 18 mois pour les races de courses, vers 3 ans pour les autres utilisations plus tardives) est ainsi importante.

Ce qu'il faut retenir

  • La pousse des dents des chevaux est continue.

  • Toute usure irrégulière peut générer des problèmes de mastication et d'assimilation de la ration.

Une visite de contrôle régulière est nécessaire :

  • avant le débourrage

  • toutes les 1-2 ans selon les spécificités de chaque cheval

  • ne pas négliger les chevaux à l'herbe notamment les poulinières (besoins importants) et les vieux chevaux (risques de nécroses)

  • mais aussi en cas de signes suspects de mauvaise mastication ou/et digestion.

Références bibliographiques

  • Effets de la dentisterie sur la locomotion du Cheval : étude sur huit chevaux Alice Dubois, extrait de thèse vétérinaire, 2014,  Patrick Lecollinet,  Sophie Biau (article équidée juin 2014)

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