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Le séneçon : plante toxique

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs : L. Marnay et N. Genoux (Ifce)

Mise à jour : Août 2018

 

Plante herbacée à floraison estivale, le séneçon contient des substances toxiques provoquant de graves lésions du foie. Normalement peu appétent, il arrive que les chevaux en consomment dans les fourrages ou au pâturage, lors d’étés secs, quand la végétation devient plus rare. L’apparition des symptômes signe une intoxication avancée, souvent mortelle. Apprendre à (re)connaître cette plante permet ainsi de mettre en œuvre des mesures de prévention.

Principales caractéristiques des espèces de séneçon les plus courantes


Les séneçons sont des plantes herbacées à fleurs jaunes appartenant à la famille des Composées (Asteraceae).

Sur les plus de 1200 espèces de séneçon répertoriées dans le monde, trois principales espèces peuvent être trouvées en France : le séneçon commun (Senecio vulgaris), le séneçon du Cap (Senecio inaequidens DC.) et le séneçon de Jacob/séneçon jacobée (Senecio jacobaea L.). Elles se distinguent notamment par leur taille, leur port et leur durée de vie. Voici un tableau de comparaison de ces trois espèces.

Circonstances d’intoxication


L’intoxication se produit lors de l’ingestion de séneçon par les chevaux, sur pied (au pâturage) ou séché (dans les fourrages). La plante renferme en effet des molécules hépatotoxiques : les alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP). Après ingestion, ces substances sont métabolisées au niveau du foie en métabolites très toxiques pour les vertébrés, notamment pour les chevaux, et y provoquent de graves lésions hépatiques, souvent mortelles.

Qu’il soit consommé en vert ou séché, toutes les parties de la plante sont toxiques, particulièrement aux premiers stades de végétation (jeunes pousses). Comme les AP donnent un goût amer à la plante, les séneçons sont normalement ignorés par les chevaux au pâturage. Mais certaines conditions augmentent les risques d’intoxication :

  • En diminuant l’amertume due aux AP, la dessication rend le séneçon séché dans les fourrages plus appétent que le séneçon sur pied. Les foins et les enrubannés de prairies de mauvaise qualité, envahies par des séneçons, constituent ainsi une source majeure d’intoxication.

  • En période de sécheresse, lorsque les espèces prairiales commencent à souffrir, le séneçon, qui résiste bien aux conditions séchantes, devient plus attractif. Il arrive alors que les chevaux en consomment, notamment les fleurs et les feuilles.

Symptômes - Diagnostic


L'intoxication conduit à des lésions irréversibles des cellules hépatiques.


L’intoxication aiguë
est rare et fait suite à une ingestion en quelques jours d’une quantité correspondant à 3 à 5% du poids vif du cheval (soit 15 à 25kg). Elle aboutit à une mort rapide après apparition de signes digestifs (coliques, perte d'appétit, impactions de l'intestin, soif excessive) et nerveux (phases d’excitation et d’incoordination, associées à une baisse de la vision, engendrant des blessures).

L’intoxication chronique fait suite à une consommation quotidienne d'environ 50 à 100g/j pendant 6 à 8 semaines. Celle-ci génère une accumulation progressive de métabolites toxiques dans le foie.
Le cheval est en bonne santé jusqu’à l’apparition brutale de signes cliniques, parfois plusieurs mois après le début de l’ingestion.

Dans un premier temps, on observe :

  • Anorexie (perte d’appétit) et amaigrissement,
  • Coliques récidivantes,
  • Ictère (coloration jaune de la peau et des muqueuses),
  • Photosensibilisation (sensibilité anormale de la peau à la lumière du soleil, se traduisant par des réactions allergiques).


En phase plus avancée, avec une dégradation plus ou moins brutale selon les chevaux, des signes d’une encéphalose hépatique surviennent :

  • Modification de l’état de conscience (excitation ou, au contraire, abattement),
  • Ataxie (défaut de coordination motrice).

 

En raison de la diversité des signes cliniques, du temps de latence parfois long entre l’ingestion et l’apparition des signes cliniques et du manque de spécificité des signes cliniques et biochimiques (concentrations plasmatiques de certaines enzymes, concentration plasmatique en acides biliaires…) à cette affection, le diagnostic est très délicat à établir avec certitude. Et ce, d’autant plus qu’au sein d’une même parcelle, certains chevaux peuvent présenter des signes +/- tardivement, voire pas du tout. Il existe très probablement des variations individuelles en termes de :
•    Tendance à consommer la plante,
•    Et de sensibilité à ses substances toxiques.

Traitement


Il n’existe actuellement pas de traitement spécifique. Il est recommandé de réaliser un bilan biochimique sur tout cheval ayant été présent dans un pré contenant du séneçon, afin de vérifier l’absence de problèmes hépatiques et, le cas échéant, de mettre en place le plus rapidement possible un traitement palliatif pour soutenir la fonction hépatique avant que les signes cliniques apparaissent. Ce dernier consiste notamment à :

  • Administrer des produits antibiotiques pour limiter la production de métabolites toxiques par les bactéries du tube digestif afin de pallier la perte de la fonction de détoxification du foie ;

  • A distribuer une ration riche en glucides (mélasse, pulpe de betterave, avoine versus légumineuses) et pauvres en protéines (dont la métabolisation participe à la production d’ammoniaque) en la fractionnant en un certain nombre de petits repas (4 à 6 repas/jour).

Le pronostic est sombre dès lors que le cheval présente des signes cliniques. Selon les études, la mortalité s’élève à 60% des cas. Un traitement symptomatique est toujours envisageable, mais les chances de guérison restent minces et le pronostic sportif des chevaux qui survivent est mauvais en raison de la persistance d’une intolérance à l’effort.

Prévention


Les mesures de prévention restent le meilleur moyen pour limiter les risques d’intoxication liés aux séneçons.
L’objectif est d’éviter l’ingestion de la plante par les chevaux. Cela passe par différentes mesures :

Assurer une bonne gestion du pâturage

Il s’agit de faire en sorte de préserver la qualité des prairies pour ne pas offrir trop d’opportunités de développement à la plante. Si l’herbe est dense et de bonne qualité, les adventices (espèces indésirables, comme le séneçon) auront plus de mal à se développer que si le couvert est pauvre. Pour cela :

  • Eviter le surpâturage en diminuant le chargement (nombre d’équidés/ha) et en augmentant les temps de repos des prairie ;

  • Limiter le pâturage pendant les périodes sèches ;

  • Faucher les refus au champ pour favoriser une meilleure repousse des espèces prairiales.

 

Bien entretenir ses prairies

  • Effectuer un sursemis de graminées et/ou légumineuses (ray-grass anglais, trèfle blanc...) sur les sols dégarnis voire labourer puis ressemer la prairie quand elle est trop abîmée (>20% de la surface dégarnie et/ou rapport espèces prairiales/adventices trop faible).

  • Arracher et brûler les pieds de séneçon présents dans ou à proximité des parcelles (surtout au stade jeune plantule ou floraison pour éviter la production de graines !).

  • La lutte chimique : En cas d’invasion ou lorsque le séneçon a déjà bien colonisé le milieu, désherber les prairies en appliquant un traitement herbicide localisé "anti-dicotylédones". Attention alors à ne pas introduire les animaux dans les 15 jours qui suivent le traitement car le séneçon séché est plus appétent… Le traitement localisé "plante par plante" est la meilleure technique : elle permet de limiter l'usage des désherbants uniquement sur les zones ou plantes à traiter.


L'utilisation de produits phytosanitaires doit être réalisé par des personnes habilitées (voir focus sur Certiphyto ci-dessous) et dans des conditions de température, de vent et d'hygrométrie favorables. Le stade feuillu des adventices est le plus favorable pour réaliser le traitement.

Focus Certiphyto : Le Certiphyto est un certificat individuel pour sécuriser l'usage des produits phytopharmaceutiques (herbicides, insecticides, fongicides). Tous les professionnels (chef d'exploitation et salariés) qui travaillent avec des produits phytopharmaceutiques sont concernés par la réglementation française et européenne. La directive européenne (2009/928/CE) prévoit une formation obligatoire initiale et continue pour acquérir et mettre à jour ses compétences sur l'usage des produits phytopharmaceutiques. Le Certiphyto est obligatoire pour tout utilisateur depuis le 1er octobre 2014 (s'adresser à la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt) de votre région).

 

  • Eliminer les résidus après traitement, en veillant à ne surtout pas les déposer sur la fumière ou le compost (pour ne pas risquer de disséminer les graines/fruits des adventices lors de la fertilisation), plutôt les brûler.

 

Des pistes de lutte biologique ?

Le recours à des « auxiliaires des cultures » comme l’introduction d’une rouille spécifique (champignon parasitant la plante et provoquant des pustules jaunes-orangées sur ses feuilles, affaiblissant les plants) ou d’un puceron prédateur du séneçon dans les parcelles colonisées, sont également à l’étude. Ils agissent en tant qu’antagonistes des organismes nuisibles aux cultures.


La lutte contre les séneçons est une entreprise de longue haleine. L’information et la vigilance des propriétaires de chevaux est capitale pour limiter le risque d’intoxication - en vert ou par les fourrages - insidieuse et souvent irréversible.

Références bibliographiques


CALONI F. et CORTINOVIS C., 2015. Plants poisonous to horses in Europe. Equine veterinary education, 2015, 27(5), pages 269-274.

PASSEMARD B. et PRIYEMKO N., 2007. L’intoxication par les sénéçons, une réalité en France. Revue de Médecine Vétérinaire, 2007, 158, pages 425-430.

PAVILLOT C., 2010. Bilan 2008 des appels reçus au CNITV de Lyon. Etude spécifique des intoxications chez les équidés. Thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, VetagroSup, Lyon, 127 pages.

SARCEY G., GAULT G. et LORGUE G., 1992. Les intoxications par les sénéçons chez les équidés. Le point vétérinaire, 23(141), janvier-février 1992, pages 71-77.

ROYER M., 2017. Les intoxications équines en France : état des lieux et fiches pratiques à l’usage des vétérinaires. Thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, VetagroSup, Lyon, 230 pages.

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