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Les aliments concentrés simples

Niveau de technicité : niveau de technicité

 

Auteurs : P. Doligez , L. Marnay

Mise à jour : Novembre 2015

Les aliments concentrés simples sont constitués ou issus des grains ou graines de végétaux tels que les céréales (orge, avoine, maïs), les légumineuses (pois, fèverole, lupin, soja) et/ou oléagineux (lin, arachide, tournesol...). Apportés en complément du fourrage, ils permettent d'augmenter la valeur énergétique et protéique de la ration journalière notamment des chevaux à forts besoins nutritionnels (croissance, travail intensif). Cependant l'excès de concentrés peut entraîner des désordres métaboliques importants entraînant notamment colique et fourbure. Ainsi, le type de concentrés, la quantité, le mode de distribution seront judicieusement choisis en fonction du stade physiologique, de l'activité et de la santé de l'animal.

Caractéristiques des principaux aliments concentrés simples

 

Comme chez tous les herbivores, le tube digestif du cheval est optimisé principalement pour la digestion microbienne des fourrages dans le gros intestin.
Les aliments concentrés incorporés à la ration sont principalement digérés par la voie enzymatique dans l'instestin grêle situé en amont du gros intestin dans le tube digestif.  (voir la digestion)

 
Les aliments concentrés et en particulier les céréales composées principalement d'amidon,  représentent une source d'énergie élevée.

Cependant leurs teneurs en protéines, minéraux et oligo-éléments sont variés nécessitant souvent de mélanger plusieurs aliments pour équilibrer la ration quotidienne en fonction du type de fourrage apporté.

Aussi, un Complément Minéral Vitaminé (CMV) devra être incorporé si les apports en minéraux et vitamines sont déficitaires par rapport aux besoins de l'animal.

Composition des principaux concentrés simples

Aliments concentrés simples Energie en UFC*/kg brut d'aliment Protéines en g MADC*/kg brut d'aliment Calcium (Ca) et Phosphore (P) Vitamines et oligo-éléments Equilibre de la ration
Graines de Céréales (orge, avoine, maïs, blé, riz, seigle, triticale) 0,87 à 1,16 UFC *Riche en énergie *riche en amidon (sauf l'avoine) *pauvre en cellulose (sauf avoine) 55 à 102g MADC *Pauvre en protéines digestibles *Pauvre en Acides Aminés Indispensables (AAI) *Pauvre en Ca *Bien pourvu en P (mais P phytique non absorbé au cours de la digestion) *Bien pourvus en Vitamines B *Pauvre en Vit A et D. Besoin de complémenter en protéines, en Ca, en P (en moindre mesure) et en CMV (Complément Minéral Vitaminé)
Sous-produits (sons: enveloppes du blé ou maïs de meunerie, riz, remoulage et farine) 0,77 à 1,10 UFC *Moins énergétique *Teneur en cellulose élevé, *teneur en amidon plus faible 106-116 gMADC *Valeur azotée élevée *Bien pourvu en P, *Pauvre en Ca *Bien pourvu en Mg Pas plus de 30% dans la ration, sinon augmente le déséquilibre Ca/P de la ration
Graines de Légumineuses (protéagineux) (fèverole, lupin, pois, fèves) 0,92 à 0,96 UFC *Riche en énergie 161 à 257gMADC *Très riches en protéines équilibrées en AAI (Acides Aminées Indispensables) *Pauvre en Ca et P *Pauvre en AAI soufré * Lupin très riche en Mn (manganèse) Doivent être distribués en complément des céréales car le rapport MADC/UFC des protéagineux est très élevé, entraînant un excès d'azote (protéines) de la ration si les quantités de légumineuses distribuées sont importantes (sollicitation excessive du foie et des reins)
Sous-produits d'oléagineux (tourteau de soja, de lin, d'arachide, de tournesol, colza, coprah, palmiste) 0,52 à 0,91 UFC *Riche en énergie *Pas d'amidon dans les tourteaux 119 à 413gMADC *Très riche en protéines *équilibré en AA *Bien pourvu en Ca et P *Pauvre en AAI soufré Doivent être distribués en complément des céréales car le rapport MADC/UFC des protéagineux est très élevé, entraînant un excès d'azote (protéines) de la ration si les quantités de légumineuses distribuées sont importantes (sollicitation excessive du foie et des reins)
Huiles végétales (colza, maïs, soja) 2,96 UFC *Très riche en énergie Pas de protéines apportés Pas de minéraux apportés Huiles de colza, tournesol ou soja: riche en AGE (Acides Gras Essentiels oméga 3 et 6) Très digestibles à raison de 10 à 15% de la ration

*UFC: Unité Fourragère Cheval représentant la valeur énergétique d'un aliment
*g MADC: quantité de Matière Azotée Digestible Cheval, représentant l'apport de protéines totales d'un aliment


voir élaborer une ration alimentaire

 

  

Valeurs alimentaires de quelques céréales, légumineuses et huiles

(d'après les tables INRA, 2010)
  Avoine Orge Maïs grain Son de blé Fèverole Tourteau de soja (48) Huiles
MS Matière Sèche (%) 88,1 86,7 86,4 86,6 86,1 87,6 100
Cellulose brute CB (%) 12,8 4,6 2,2 9,2 87 68  
UFC (g/kg brut) 0,87 0,99 1,12 0,77 0,95 0,83 2,96
MADC (g/kg brut) 69 71 57 112 209 383  
Ca (g/kg MS) 1,1 0,7 0,4 1,4 1,7 3,9  
P (g/kg MS) 3,2 3,4 2,6 9,9 5,5 7,1  

Mode et ordre de distribution

Fractionnement

La distribution des céréales doit se faire de façon fractionnée pour éviter un trop fort désordre dans le gros intestin. Le mélange de ces différentes céréales avec la distribution de fourrages dans la ration journalière permet d’équilibrer l’apport des éléments nutritifs. Voir bien nourrir son cheval
La ration doit contenir au moins de 15% en Cellulose brute pour assurer une bonne hygiène digestive.

Ordre

On favorisera l'ordre des repas suivants : fourrages => concentrés pour éviter le balayage des concentrés par le fourrage vers le gros intestin. En effet, la digestion des concentrés doit être privilégiée dans l'intestin grêle.

A quel moment distribuer le concentré par rapport à l'exercice physique

 

  • Il est préférable de distribuer la ration de concentrés au minimum 2 heures avant le travail, voire 4 à 6 heures avant lors d'une compétition importante (course, endurance, concours complet) car l'exercice peut générer une diminution du volume sanguin en raison d’un mouvement des fluides vers le tractus digestif, compromettant le fonctionnement du coeur et la thermorégulation. 

     
  • Cependant, le jeûne avant l'épreuve n'est pas bon non plus, puisqu'il prédispose aux ulcères (augmentation de l'acidité dans l'estomac). Des études précisent aussi que les stéréotypies (tics à l'appui) peuvent être relier à des problèmes d'ulcères.

     
  • Ainsi de petites quantités de fourrage (1-2 kg, voir plus) distribuées 1-3 h avant exercice sont bénéfiques et ont des effets minimes sur la disponibilité des substrats et l’oxydation au cours d’un exercice soutenu.

     
  • Après l'épreuve, le foin est distribué à volonté et une ration riche en amidon sera distribuée de préférence 2 à 4 heures après, ne dépassant pas 0,3% du poids vif du cheval.

Quantités maximales de céréales pouvant être apportées par repas (à+/-50g)

Aliment Pourcentage d'amidon Quantité maximale à apporter par repas
Avoine 36% ≈ 2,750 kg
Blé tendre 60,5% ≈ 1,650 kg
Son de blé 19,8% ≈ 0,550 kg/ jour
Maïs 64,1% ≈ 1,550 kg
Orge 52,2% ≈ 1,900 kg
Triticale 59,9% ≈ 1,650 kg

Poids moyens des différentes céréales par litre

Les concentrés ayant tous un poids volumique (ou densité) différent, il est nécessaire de bien tenir compte du tableau ci-dessous lorsque l'on définit une ration en litres.

Aliment Volume (litre) Poids (kg)
Avoine entière 1 0,50
Blé 1 0,75
Maïs 1 0,70
Orge entière 1 0,62
Orge aplatie ou floconnée 1 0,35
Maïs floconné 1 0,35

Il est essentiel de peser régulièrement (à chaque nouvelle livraison par exemple) la mesure servant à la distribution. De plus, il est important de ne pas substituer une céréale par une autre céréale à volume égal, par exemple, un litre d’avoine est 2 fois moins énergétique qu’un litre de maïs.

Préparation des aliments

 

Toutes les céréales peuvent être distribuées entières. Cependant, pour les grains les plus durs (maïs, blé, orge), il est préférable de les aplatir ou les concasser, en particulier pour les chevaux âgés. La digestibilité dans l'intestin grêle (digestion enzymatique) est améliorée lorsque les grains sont transformés (aplatissage, floconnage, ...).

 voir préparation des aliments
 

Mélange de fibres hachées avec les concentrés

L’ajout de fourrage haché dans la ration de concentrés permet de ralentir l’ingestion, augmenter la production de salive améliorant le pouvoir tampon (estomac), limitant ainsi les risques de bouchons oesophagiens chez les chevaux gloutons.

Excès d'amidon et index glycémique de la ration

Lorsque des quantités importantes de céréales sont distribuées par repas, une partie de l'amidon non digéré dans l'intestin grêle se retrouve dans le gros intestin où il va fermenté.
Ce processus de fermentation va entraîner des désordres métaboliques par acidification en provoquant des coliques et de la fourbure.
Il peut aussi à terme réduire la sensibilité à l'insuline (régulatrice de la glycémie dans l'organisme), les animaux devenant alors « insulino-résistants », caractéristiques des chevaux atteints du Syndrome Métabolique Equin. 
Des excès énergétiques dans la ration de poulains peut contribuer au développement de maladies ostéo-articulaires (ostéochondrose).

L'index glycémique représente le taux de glucose libéré suite à la digestion d'aliments qui entraînent une glycémie élevée (taux de glucose dans le sang) et une décharge d'insuline au moment du repas.


L'insuline a pour rôle de maintenir l'équilibre du taux de glucose contenu dans le sang, en le faisant consommer à l'issue de la digestion par les tissus de l'organisme (muscles, tissus graisseux, etc.) et en diminuant sa production par le foie.

L'alimentation de chevaux à forts besoins énergétiques (chevaux de compétition de haut niveau) conduit à augmenter la part de sucres solubles digérés rapidement dans l'intestin grêle (sous forme de céréales, amidon) au détriment de sucres lents présents dans les fourrages et digérés principalement dans le gros instestin. Ainsi les régimes riches en glucides solubles ont un index glycémique élevé.

L'index glycémique est variable selon les aliments et selon les individus :

Variabilité de l'index glycémique en fonction du type d'aliments et des animaux (d'après Cerdan C. 2012)
  Index glycémique bas Index glycémique élevé
Type d'aliment Foins, aliments riches en fibres (son de riz, son de blé, pulpes de betterave, coques de soja), huiles Céréales: avoine>maïs>orge céréales concassées>céréales entières céréales traitées thermomécaniquement (floconnage, extrusion, granulation, cuisson)>céréales non traitées
Type d'animaux pour un même aliment Adulte, jument en lactation, cheval à l'entraînement Jeune poulain, cheval obèse, jument gestante, cheval sédentaire

Une ration avec un index glycémique bas est à privilégier.

Les glucides constituent la source d'énergie la plus importante pour couvrir les besoins du cheval fournissant notamment un travail intense.

Une ration avec un index glycémique élevé sera privilégiée pour le travail de courte durée et de forte intensité.

Une ration glycémique basse sera adaptée pour le travail d'endurance.

Toutefois, l'incorporation d'huiles (en complément ou en les substituant aux céréales) est un excellent moyen d'apporter de l'énergie sans l'inconvénient des aliments riches en amidon. L'huile sera privilégiée pour les chevaux réalisant un travail d'endurance.

Pour éviter tout excès d'amidon, il est conseillé de ne pas dépasser l’équivalent de :

2 kg d’orge par repas ou
2g/kg Poids vif/jour ou
1g/kg Poids Vif d'amidon/repas.

 

Exemple:
La concentration en amidon de l'orge est de 602g/kg MS* (avec 86,7% de MS),
ainsi 2 kg de MS d'orge contient 1,2 kg d'amidon,
et 2 kg de MS d'orge correspond à 2,3 kg bruts, soit (à 400g/litre la densité de l'orge)  à 6 litres maxi.

*MS: Matière Sèche

Ce qu'il faut retenir

  • L'apport de fourrages est indispensable dans la ration journalière

  • Distribuer des concentrés aux chevaux qui en ont réellement besoin

  • Attention aux excès d'amidon

  • Eviter les repas volumineux, préférer les petits repas fractionnés

  • Equilibrer le rapport Ca/P pour les rations à base de céréales

 

Références bibliographiques

  • Cerdan C., 2012. L'index glycémique des aliments dans l'alimentation des chevaux. Thèse de Doctorat Vétérinaire, ENV-Université de Toulouse.
     
  • Harris P.A.2006, Impact de la nutrition et des pratiques sur le comportement et le bien-être des chevaux, équ’idée - novembre 2014 - article 2, issu de EAAP "Impact of Nutrition and Feeding practices on equines, their behaviour and welfare".
     
  • Martin Rosset, coord. 2012. Nutrition et alimentation des chevaux. Edition QUAE.
     
  • Wolter R.M., Barré Ch., Benoît Ph., 2014. L'alimentation du cheval. Edition France agricole, 3ème édition.

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