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Les plantes d'Europe nuisibles aux chevaux

Niveau de technicité :

Auteurs : C. Trillaud-Geyl, I. Barrier Battut, L. Marnay, Ifce
Mise à jour : Décembre 2016

 

Certaines espèces végétales sont toxiques pour le cheval par nature : leur composition recèle des poisons actifs même à faible dose. Cependant, même les bonnes espèces peuvent devenir toxiques par excès de consommation (avoine, blé, etc...) ou par mauvais conditionnement (légumineuses coupées et échauffées). Il est essentiel de connaitre les plantes toxiques pour le cheval, afin d'éviter qu'il les ingère.

Espèces nuisibles de toxicité grave

Généralement, malgré les exceptions comme l'if, le cheval évite d'absorber les plantes toxiques fraîches, par instinct. Mais, desséchées, mêlées aux fourrages et litières, modifiées dans leurs caractères organoleptiques (forme, couleur, saveur, odeur), il ne les reconnait plus et peut alors s'empoisonner plus ou moins gravement.


Il est important de se souvenir que le cheval ne vomit pas, ce qui accentue le mauvais effet de certains poisons et interdit les remèdes vomitifs pour éliminer le toxique.

Les espèces les plus toxiques pour le cheval sont :

Absinthe (Grande). 
La dose de 500 grammes peut provoquer l'avortement des juments.

Aconit.
Très toxique : provoque la paralysie du pharynx, la diarrhée et l'anurie ; pouls et respiration s'affaiblissent ; syncope.
Dose mortelle chez le cheval dès 300 grammes.

Adonis.
Intoxication par le foin contaminé par Adonis vernalis. Intoxication similaire à celle du laurier rose à dose plus élevées.


Anémones
(voir Renonculacées).


Arnica (Tabac des Vosges, Souci des Alpes).
Provoque des spasmes vomiformes, crises nerveuses, hémorragies et mort dès 500 grammes pour un cheval.


Belladone.
Le cheval y est particulièrement sensible, à partir de 10 grammes (alors que pigeon, lapin, chèvre, mouton n'en sont pas incommodés). Comme l'homme, le cheval présente des convulsions.
A partir de 125 grammes, la dose est mortelle pour le cheval.


Buis (Buxus sempervirens).
On observe des vertiges, un engourdissement général, une démarche indécise, un état de para-ébriété, des crampes. Il n'est pas rare que ces symptômes d'empoisonnement soient accompagnés par ceux de la  gastro-entérite (coliques, diarrhée).
Les chevaux succombent rapidement s'ils ont absorbé environ 750 grammes de feuilles de buis.


Ciguës.
Le cheval y est peu sensible (au contraire des chiens, chats et humains). Se méfier néanmoins des fruits et feuilles sèches dans les foins.
Provoque des spasmes des mâchoires, convulsions à partir de 100 grammes.


Colchique (Narcisse d'automne, Safran Bâtard).
Feuilles au printemps, fleurs en septembre.
Feuilles toxiques pour le cheval à partir de 100 grammes, fleurs et graines à partir de 50 grammes, bulbes à partir de 5 grammes.
Provoque faiblesse, refroidissement, agitation, diarrhée gélatineuse, cœur  déréglé, œil  et bouche violacés, urines brunes et sanguinolentes. Les juments avortent fréquemment, les poulains meurent avant 48 heures et les adultes résistent mieux.

Coquelicots.
Intoxication morphinique utiliser l'antidote de la morphine.


Datura Stramoine.  (voir le datura)
Provoque les mêmes troubles que la belladone. Le Brugmansia ou datura en arbre est une plante ornementale assez courante.


Digitales.
Provoquent une accélération considérable du pouls et de la respiration, convulsions, coma, mort.
Elles sont toxiques pour le cheval à partir de 200-400 grammes.   

Ellébores (E. fétide et E. noire).
Mortelles à partir de 60 grammes chez le cheval.

Erable sycomore (Acer pseudoplatanus)
L'ingestion des fruits (samares) et des feuilles est à l'origine de la "myopathie atypique", dont l'origine a été récemment découverte (2013). La toxine "hypoglycine A" est contenue dans les graines des fruits. La maladie généralement fatale se caractérise par la dégénérescence sévère des muscles dont ceux intervenant dans la respiration, la posture, atteignant aussi le muscle cardiaque.
La configuration des fruits (samares) prédispose à leur dissémination par le vent, ce qui accroît le rayon d'action au-delà de la zone où sont présents les arbres sycomores.


Ergot de Seigle.
Le seigle ergoté provoque des empoisonnements par son parasite.
Les symptômes sont une sorte d'ivresse à partir de 150 grammes d'ergot, paralysie des membres rapide après des secousses de ceux-ci, respiration pénible.
A doses moins fortes, l'intoxication est chronique (ergotisme), avec tremblements, convulsions tétaniques, diarrhées (avortement des juments).


Euphorbes.
Mortelles à partir de 50 grammes chez le cheval. Son latex rend néanmoins sa consommation exceptionnelle.

Férule
Plante méditerranéenne très toxique en Corse dans le Var et dans les Corbières / Roussillon. Contient un anticoagulant naturel.

Ficaires (voir Renonculacées).

Fougère mâle (Rhizôme).
Les litières de feuilles ne provoquent pas d'accident, les jeunes bourgeons verts sont même comestibles.
L'intoxication, chez le cheval, débute à 50 grammes de rhizome et est mortelle à 80 grammes : diarrhée, coliques, convulsions, congestions des reins et poumons.


If
Feuilles, fruits, tiges, sont d'une grande toxicité quelle que soit la dose ingérée, et l'effet du poison aggravé à la fois par les doses et la fatigue du cheval. 
La mort peut être foudroyante avec 200 grammes chez un cheval adulte (syncope brutale). (voir l'if à baies)


Arrachez les ifs de vos pâtures, cours, zones d'attache. Dans les parcs et bois, les ifs devraient être enclos avec une pancarte indicatrice, c'est un poison commun à tous les animaux domestiques et à l'homme.


Ivraie enivrante.
Les chevaux sont très sensibles et évitent la plante sur pied. Mais un mélange de 5 % dans les foins et farines provoque des troubles gastro-intestinaux, tremblements, urines fréquentes et douloureuses.

Jusquiame.
Mêmes méfaits que la belladone.

Laurier-Cerise.
Provoque des troubles cardiaques et nerveux. Se méfier aussi de l'espèce dite Laurier-Tin.
Dose mortelle : 400 grammes pour le cheval.

Laurier-Rose ou Oléandre (Nerium Oleander). (voir le laurier rose)
Pousse naturellement dans les régions méditerranéennes. Mais son aspect décoratif le fait cultiver en caisse en Europe occidentale et centrale. Il sert souvent à délimiter le rectangle de dressage au milieu d'une carrière plus vaste, ce qui n'est pas précisément indiqué. La même remarque peut être faite pour le buis, l'if et le thuya.

On observe une irritation des muqueuses gastro-intestinales qui se traduit par des coliques et de la diarrhée. Apparaissent ensuite l'oppression urinaire, les palpitations, le ralentissement puis l'accélération du pouls, une faiblesse générale, des frissons, des vertiges, souvent une grande agitation (congestion cérébrale).


Morelle Noire.
Elle contient des glucoalcaloides et provoque essentiellement de la diarrhée.


Prêle.
La présence de 10 % de prêle dans un foin peut provoquer une équisétose mortelle.


Renonculacées.
A côté de l'aconit déjà cité, l'Anémone Pulsatille, l'Adonis, les Renoncules et Ficaires provoquent des accidents plus ou moins graves. (voir aussi : La renoncule ou bouton d'or, adventice des prairies)


Rhododendron (var. ferrugineum, hirsutum, maximum, ponticum, chrysantheum).
On observe une forte salivation, des coliques, de la diarrhée sanglante, une grande agitation, des vertiges, des paralysies, des crampes du diaphragme.


Rue (surtout dans le bassin méditerranéen). 
Le cheval est surexcité, fébrile, douloureux du ventre, diarrhées souvent sanglantes, puis stupeur et tremblements des membres. Enfin, paralysie et arrêt du cœur. Survivantes, les juments avortent généralement.
La dose toxique commence à 40 grammes. L'intoxication n'est pas courante en raison de son odeur fétide. La rue est riche en furanocoumarines qui induisent un risque de phototoxicité pour les zones blanches. 


Sabine (Faux Cyprès) surtout dans les montagnes.
Mêmes troubles que pour la Rue.


Semen-Contra.
Est voisin de l'armoise (genre Artemisia) et provoque des convulsions si la dose ingérée atteint 300 grammes de Semen-Contra, alors que l'Armoise peut être absorbée jusqu'à 700 grammes.

Séneçon jacobée
L'intoxication se produit lors de consommation de la plante sur pied (rare en raison de son amertume) ou séchée dans des foins. Il contient des alcaloïdes hépatotoxiques. L'intoxication aïgue est rarissime. L'intoxication chronique est la plus fréquente, apparaissant plusieurs semaines voire plusieurs mois après l'exposition à la plante. (voir : Le séneçon : plante toxique)


Tabac.
Certains chevaux aiment le tabac à fumer.
La dose mortelle pour le chevaux est de 300 grammes.


Thuya.
Mêmes troubles que ceux provoqués par la Sabine et la Rue avec néphrite.


Vératre des montagnes. (Ellébore blanc) 
Chez le cheval, les premiers signes peuvent commencer avec 12 grammes: troubles cardiaques, congestion pulmonaire; mortel avec 150 grammes.


Vesce (Vicia sativa).
Elle est parfois cultivée comme fourrage. Mais sa consommation à l'état vert (comme la luzerne) provoque souvent des intoxications chez les chevaux. L'animal transpire abondamment, maigrit. Ses conjonctives deviennent jaunâtres et l'ictère apparaît. Le cœur se met à cogner jusqu'à cent pulsations à la minute. La température baisse. Il y a enfin chute de poil et fourbure du sabot.

Espèces nuisibles de toxicité faible

Il s'agit ici de plantes provoquant des troubles passagers et en principe sans gravité :

Faînes de hêtre.
Mangées goulûment, elles provoquent coliques et engourdissement léger.

Nielle.
A l'origine de diarrhée.

Tanaisie.
Provoque des accès de méchanceté.

Robinier.
Responsable de troubles cardiaques et nerveux suite à l'ingestion d'écorce de robinier.

Cytise.
Le cheval qui en consomme montre une incoordination motrice.

Gesse et trèfle des foins.
Par excès, provoquent lathyrisme et trifoliose.

Considérations générales

1. Ne jamais s'affoler au vu de symptômes plus ou moins alarmants. Les noter, prendre un échantillon de la plante ou du fourrage suspect.


2.
Avertir le vétérinaire.


3. Avoir en réserve les contrepoisons habituels : café, tanin, sulfate de soude, alcool, sucre.


4.
Tout toxique étant, à certaines doses et en certains cas précis, un médicament, faites confiance au vétérinaire qui les prescrira à des animaux malades, au médecin qui en fera autant pour vous ou les vôtres.


5.
Ayez une flore pour étudier et reconnaître ce qui pousse là où pâturent vos chevaux (identifier les espèces présentes dans les haies et dans la pâture).

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