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Comment réussir la récolte de foin ?

Niveau de technicité :

Auteur : P. Doligez, E. Doligez, L. Marnay
Juin 2014

 

Le foin est de loin le fourrage le plus utilisé pour l'alimentation des chevaux.
Le fourrage est indispensable au cheval pour son bien-être digestif et ses apports nutritifs. Un fourrage de bonne qualité peut suffire à couvrir les besoins nutritionnels de la plupart des chevaux à l'entretien ou au travail léger.
La qualité de la prairie, la date de fauche et la conduite technique sont les principaux facteurs influençant la réussite de la récolte d'un fourrage en quantité et en qualité.
La maîtrise technique de la récolte et de la conservation des fourrages représente un enjeu économique conséquent pour les structures équines. Elle permet aussi de garantir une qualité sanitaire (poussières, moisissures, …) nécessaire à la valorisation du foin par les chevaux.
Des conseils pratiques dans l'itinéraire technique sont développés ici pour optimiser l'étape importante de la récolte de foin pour les structures équines produisant leur fourrage.

Nature et composition du fourrage

Qu'est ce que le foin?

 

La récolte de foin consiste à obtenir un taux de matière sèche (MS) élevé, proche de 85 % à partir d'un fourrage (prairie naturelle, temporaire ou culture annuelle de graminées ou légumineuses) contenant 70 à 80 % d'eau au départ avant conditionnement. Il s'agit de réaliser une conservation de qualité en amenant le végétal à une teneur en eau au maximum de 15 %, qui ne permet plus aux micro-organismes et moisissures de se développer et se multiplier.
Les valeurs nutritionnelles, l'ingestibilité et la qualité sanitaire définissent la valeur du  fourrage conservé.

 

En voici les principaux facteurs de variation:

Stade végétatif des plantes :

Plus on fauche à un stade avancé, plus la valeur alimentaire des fourrages récoltés diminue car avec le temps, les tiges moins riches en éléments nutritifs se développent au détriment des feuilles.  La composition de la plante évolue par son taux de cellulose (et lignine) qui augmente,  rendant la plante moins digestible.

Le stade feuillu, début d'épiaison de la majorité des espèces végétales présentes dans la parcelle, engendrera la production d'un fourrage de haute qualité nutritive, idéal pour les chevaux à forts besoins nutritifs (jument en lactation, chevaux en travail intense). A ce stade, la plante est plus riche en eau et nécessite des retournements (fanages) plus nombreux et une durée importante avant d'atteindre 85 % de MS. On se situe souvent plus tôt en saison (fin du printemps), période où  beaucoup de régions sont encore soumises à une pluviométrie fréquente.

Remarque : Pour définir si on a atteint un stade, il faut que dans 10 poignées prélevées au hasard, 50 % des plantes d'une espèce aient atteints le stade voulu.

Si on attend un peu, le stade suivant est l'épiaison : sortie des épis. Il induira la production d'un fourrage plus fibreux et grossier, moins riche en éléments nutritifs. Sa teneur en eau plus faible, générant un temps de séchage plus court.

Ensuite au stade floraison, la proportion de feuilles par rapport aux tiges diminue encore. La valeur du fourrage est encore abaissée. Le pollen présent dans le fourrage à ce stade augmentera la teneur en poussière du foin.

Au-delà de ce stade, les feuilles ont pratiquement disparu et la valeur du fourrage chute fortement.

Plus on avance dans la saison, plus les conditions météorologiques (températures, pluviométrie, durée du jour, …) sont favorables à la récolte du foin. Mais plus le stade végétatif des plantes évolue et plus les valeurs alimentaires du foin baissent. Ces fourrages devront être destinés davantage aux chevaux à faibles besoins (chevaux à l'entretien, au repos, en travail léger).

Pratiques sur les parcelles avant la fauche

  • La réalisation d'un déprimage (pâturage rapide dans les parcelles de fauche en début de printemps) ou d'un premier pâturage permet d'éliminer les épis des plantes les plus précoces, retarde l'arrivée au stade épiaison. Cette pratique améliorera la qualité des fourrages récoltés sur ces parcelles.

 

  • La fertilisation azotée a plusieurs effets. Elle améliore la valeur azotée du fourrage récolté en favorisant la croissance des plantes plus productives et en enrichissant leur teneur en azote. En revanche, elle peut nuire au développement des légumineuses, elles-mêmes très riches en protéines. Elle a tendance à augmenter la précocité de la parcelle. Le stade épiaison sera atteint plus tôt dans la saison, la valeur du fourrage chutera plus vite. Elle augmentera le rendement donc la quantité de fourrage à sécher. Les opérations de fanage peuvent être allongées. Le créneau de beau temps nécessaire devra donc être plus long.

 

  • Le hersage : ses effets bénéfiques sur la pousse de l'herbe sont discutés et dépendent des espèces présentes, du stade d'hygrométrie du sol et du matériel utilisé. En revanche, le hersage permet d'aplanir le sol et de diminuer les risques de pollution du fourrage par de la terre au cours de la fauche ou des fanages. La terre contribue aux poussières présentes dans le fourrage.

Choix variétal

La composition floristique de la prairie joue sur la valeur énergétique et azotée du foin. (par exemple la valeur azotée en fonction du taux de légumineuses).

 
Les dactyle, fétuque élevée, fléole sont des variétés qui sèchent bien lorsqu'elles sont fauchées.

Il faut connaître son parcellaire et repérer les parcelles qui sont les plus précoces pour soit les faucher en premier lieu, soit les faire déprimer pour retarder l'épiaison.

Organisation des chantiers

Définition des travaux

  • Fauchage : Attelée au tracteur, la faucheuse coupe l'herbe par l'intermédiaire de disques horizontaux ou de couteaux. La hauteur de coupe devra être réglée en fonction des espèces variétales, des conditions météorologiques et de la pente du terrain. La faucheuse conditionneuse regroupe l'herbe fauchée. Elle éclate les tiges à l'aide de marteaux et laisse le fourrage en andain sur la parcelle. Son emploi permet d'accélérer la dessiccation du fourrage.
  • Fanage : Attelée au tracteur, la faneuse retourne la matière coupée afin de l'aérer pour sécher toutes les parties du végétal. Plusieurs passages sont souvent nécessaires.

  • Andainage : Attelée au tracteur, l'andaineuse ratisse la matière pour la ranger en tas allongé surélevé, c'est-à-dire en andain.
  • Bottelage : La botteleuse ou presse ramasse l'andain, comprime la matière et lie la botte ou balle avec du fil ou du filet.

Organisation

L'organisation des chantiers mérite d'être anticipée pour prévoir l'ordre de fauche des parcelles et le matériel le plus adapté.
En amont des chantiers, il faudra vérifier que le matériel de fenaison est en état de marche et adapté au débit du chantier attendu.
Dans une étude menée par la Chambre d'Agriculture du Calvados, il a été montré que les chantiers « enchaînés » permettaient d'obtenir des foins de meilleure qualité. Ils consistent, dés qu'un créneau de beau temps se présente, à faucher et faner quelques parcelles le premier jour, puis à faucher d'autres parcelles les jours suivants si le créneau de beau temps persiste. Les travaux de fanage, andainage et bottelage sont pratiqués en décalé simultanément sur les différents lots de parcelles. La valeur moyenne du fourrage est meilleure comparée à celle obtenue lors de chantiers « uniques » (attente d'un anticyclone certain pour réaliser la fauche de toutes les surfaces de fourrages le même jour, puis fanage, andainage et bottelage sur un même chantier).

 

Limiter les pertes :

 
Des pertes s'observent à toutes les étapes de la récolte :

  • herbe non fauchée restant sur pied
  • partie des feuilles altérées au cours des opérations de fanage
  • foin non ramassé restant au sol
  • pertes de matière sèche lors du développement de bactéries ou moisissures au cours du séchage ou dans la botte
  • perte du carotène (Vitamine A) au cours d'un séchage prolongé au sol lors de mauvaises conditions climatiques
  • pertes par échauffement du foin stocké
  • pertes lors de la distribution.

 
(En élevage bovin, des pertes observées peuvent atteindre jusqu'à 20 à 25 % de la Matière Sèche sur pied).

Assurer un séchage rapide, réduire les poussières, limiter les pertes et les contaminations

 

Assurer un séchage rapide pour limiter les pertes :
Au cours du séchage au sol, la plante subit différentes pertes, d'autant plus élevées que le séchage (dessiccation) est long :

  • La respiration des cellules des plantes consomment les sucres disponibles.
  • Les enzymes de la plante dégradent une partie des protéines et certaines vitamines.
  • Les opérations de fanage entraînent la perte de feuilles (5 % pour les graminées et jusqu'à 25 % des légumineuses).
  • La pluie peut entraîner par lessivage une partie des sucres, matières azotées et minéraux solubles.

 
La dessiccation :  
Pour produire du foin, la dessiccation demande 2 à 3 jours (au mieux) voire une semaine.

Quand faucher ?

L'idéal est de disposer d'une plage de 4-5 jours de beau temps,  ce qui demande une bonne «fenêtre météo» notamment au printemps.

Le perfectionnement de la météorologie permet aujourd'hui de disposer de prévisions jusqu'à 5 jours. Sur le web, une information sur la météo est disponible par micro-régions.

A quel moment de la journée ?

Il est conseillé de faucher juste après la levée de la rosée soit en fin de matinée, l'herbe sur pied évacuant plus rapidement l'humidité de la nuit que l'herbe coupée trop tôt le matin. La fauche ainsi réalisée bénéficie alors des températures les plus hautes entre 12 et 15 heures de l'après-midi favorisant une dessiccation rapide.

Ne pas faucher trop bas

Une hauteur de fauche de 6-7 cm est conseillée. Plus bas, le temps de séchage sera plus long puisque l'air circulera moins dans l'andain.

 
La contamination (bactéries, moisissures) se faisant  en partie par la terre, un fauchage trop bas peut entraîner une souillure du végétal, de même qu'une fauche sur sol boueux.

 
Par ailleurs, si l'herbe est fauchée trop bas, la repousse sera aussi plus longue. Un couvert végétal « vert » après la fauche est un signe de reprise de la végétation plus rapide par la suite.

 

 

Faner juste après la fauche

Le fanage va permettre de retourner et aérer les andains formés de plantes coupés afin d’accélérer la dessiccation en augmentant la surface d'échange entre l'air et le végétal.

La dessiccation la plus rapide intervient dans les quelques heures juste après la fauche. Le séchage est ensuite plus long. Si on n'est pas équipé d'une faucheuse conditionneuse, il est donc conseillé de faner juste après la fauche, ce qui n'est pas souvent pratiqué.

Quand renouveler les fanages ?

Si le temps est ensoleillé et séchant, renouveler le fanage le jour même. Les 2 et 3ème jour, privilégier de faner le matin ou le soir lorsque le temps est plus frais pour éviter de brasser un foin trop sec dont les brins vont casser.

De même, le fanage doit être de plus en plus doux au fur et à mesure que le foin sèche pour limiter la perte des feuilles, sources principales des matières nutritives (énergie et azote) de la plante.

 
Une alternative consiste à andainer la récolte qui a été préalablement fanée pour la nuit lorsque le séchage est bien avancé (40 % d'humidité). Cette pratique peut être intéressante en cas de forte rosée le matin ou par temps de pluie en protégeant le végétal de l'humidité par la forme de l'andain. Les andains seront re-brassés rapidement par le fanage les jours suivants dès que le temps le permet pour aérer au maximum toutes la matière végétale.

Utiliser des faucheuses conditionneuses

Les faucheuses classiques laissent un andain large et plat au sol de plantes coupées et couchées sous leur propre poids. Les faucheuses conditionneuses permettent de réaliser des andains plus étroits et plus hauts qui favorisant une meilleure circulation de l'air donc un séchage plus rapide.

 
Les systèmes de conditionnement sur les faucheuses équipées permettent de réduire le temps écoulé entre la fauche et le bottelage. Le conditionnement vise à accélérer la vitesse de dessiccation des fourrages en dégradant mécaniquement la structure de la plante (altération de la cuticule, augmentation de la porosité et de la surface d'évaporation). Cette dégradation est obtenue par pliage, frottement, laminage ou brossage. (Les légumineuses ne seront pas conditionnées de la même façon que les graminées.)

Avantages : La faucheuse conditionneuse peut réduire d'une journée la durée du séchage
En effet, limiter le nombre de fanages permet de gagner du temps et d'augmenter la surface de fauche et le débit du chantier.
 
Inconvénients : le fourrage conditionné est plus sensible aux aléas climatiques car la surface de pénétration et la porosité sont plus importantes induisant des risques de lessivage des éléments solubles en cas de pluie encore plus grands.

Qualité sanitaire : Limiter le développement de micro-organismes

La microflore dans les fourrages, composée de bactéries, levures et moisissures présentes dans la parcelle, peuvent se développer au cours de la récolte ou du stockage si les conditions (température, humidité, oxygène) nécessaires à leur prolifération sont présentes. Le développement important de ces micro-organismes entraîne une perte de matière sèche, une diminution des valeurs énergétique et azotée du fourrage et une forte augmentation du taux de poussière du fourrage.

De plus le développement de moisissures rend le fourrage impropre à la consommation par les animaux. Certains champignons peuvent être responsables de mycoses, de toxicoses, voire d'avortement.

 
Les allergies respiratoires, pousse ou emphysème sont majoritairement causées par la consommation de fourrages contaminés.

 
La dessiccation rapide et complète par beau temps sec et ensoleillé est donc primordiale pour éviter les fourrages mal séchés, poussiéreux et/ou échauffés.  

Ce qu'il faut retenir

  • Faucher au stade feuillu ou début d'épiaison pour produire un fourrage de haut qualité nutritive.

  • Prévoir le chantier de récolte de fourrage sur une plage de 4-5 jours de beau temps.

  • Faucher à 6-7 cm en fin de matinée

  • Sécher rapidement le foin par le fanage en évitant de le faire attendre au sol trop longtemps, mais atteindre au moins 85 % de MS.

Références bibliographique

  • BUTRUCHE M., Prairiales Normandie de la Blanche Maison, Herbe et Énergies : faites le plein d'idées et d'économies, Dossier technique, Juin 2006.
  • DEVEYER L., Les faucheuses conditionneuses ou comment gérer au mieux les fenêtres temps, Prairiales  Le Pin 2004, p 67-69.
  •  MARTIN ROSSET W., POTTIER E., 2012. Récolte et conservation des fourrages, Nutrition et alimentation des chevaux- Nouvelles recommandations alimentaires de l'INRA, Editions QUAE, p 411- p 435.
  • POTTIER E., 2007 Récolte et conservation des fourrages, 33ème journée de la recherche équine, Les Haras nationaux- 8 mars 007, p 165-178.

Voir aussi

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Disponibles à la librairie

  • Alimentation des chevaux
  • Nutrition et alimentation des chevaux
  • Le cheval, techniques d'élevage

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