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Diagnostic prairial

Niveau de technicité :

Auteur : D. Leconte, INRA Le Pin au Haras
Article extrait de la revue équ'idée n° 74, Printemps 2011

 

La conduite des prairies permanentes demeure traditionnelle : fertilisation modeste, absence d’entretien, récolte tardive des foins, absence de fauche des refus... De plus, les éleveurs manquent de références pour caractériser leurs prairies, non seulement en termes de productivité, mais aussi pour en apprécier l’état et les potentialités. Devant la diversité de végétations et de situations, les réponses apportées aux bonnes questions permettront de proposer un diagnostic approprié.

Une problématique connue

Les herbages pâturés uniquement par les chevaux présentent des caractéristiques maintes fois décrites : zones surpâturées, zones de refus… et ce, quel que soit le chargement.

Le cheval recherche en priorité une herbe riche, ce qui le conduit à pâturer une herbe jeune et rase en revenant fréquemment sur les mêmes zones. Ce comportement spécifique nuit à la végétation prairiale qui se dégrade rapidement dans de nombreux haras. La flore des zones surpâturées est alors envahie par des plantes à rosettes (pâquerette, pissenlit, plantain majeur) et le pâturin annuel. En parallèle, les zones refusées sont colonisées par des espèces à grand développement (houlque, dactyle et plantes diverses).


Faible chargement avec plus de 50% de refus © D. Leconte, INRA.
Très fort chargement où des refus subsistent © D. Leconte, INRA.

Composition botanique des prairies

Au nord-ouest de la France, les prairies normandes se caractérisent par la présence relative suivante :

 

  • 55% de poacées (graminées), dominées par les ray-grass anglais, les agrostides, l’houlque laineuse et le pâturin commun,
  • 12% de fabacées (légumineuses),
  • et 33% de plantes diverses.


Comparées aux autres prairies normandes, les herbages destinés aux chevaux présentent des caractéristiques très variables en fonction des modes de conduite. Les prairies du Pays du Merlerault (Orne) sont proches des références régionales, avec un peu plus de graminées et un peu moins de légumineuses au Haras national du Pin (Leconte, 2011).

En revanche, les prairies des haras du nord-est de la France (Moussu et al, 2004), souvent conduites en pâturage libre, sont très dégradées avec en moyenne plus de 48% de plantes diverses (dont 20% de toxiques et indésirables), 9% de fabacées et 43% de poacées.

Dans certaines de ces prairies, le sous-chargement conduit, en l’absence de fauche des refus, à une déprise sur la presque totalité des parcelles, avec la colonisation de la végétation par des espèces non fourragères. Ces prairies nécessiteraient, suite à un diagnostic approfondi (Leconte et al, 1998), une remise en état drastique ou une rénovation complète. En effet, le mécanisme des refus modifie considérablement le faciès de la végétation.

Bien que les mêmes espèces (18 sur 23 au Pin au Haras) se retrouvent dans les zones surpâturées et les zones de refus, leur abondance diverge rapidement (Leconte, 2011).

Faire le point sur les pratiques avec le diagnostic rapide de la végétation

Dans un premier temps un diagnostic rapide à l’aide d’une grille de six critères conduit, lorsqu’il est pratiqué sur les pâtures à la fin du printemps, à mettre en évidence une conduite satisfaisante ou non. Cette appréciation visuelle permet de détecter les anomalies évidentes de conduite lorsque le total des notes observées est inférieur à 12 sur 18, et de proposer des améliorations sur les critères notés 0 ou 1.

Le diagnostic prairial approfondi entre dans une démarche ultérieure plus complète avec un programme d’amélioration exhaustif (Leconte et al, 1993).

 

Comment résorber les refus spécifiques des herbages des haras

Broyage des refus en milieu et fin de saison © D. Leconte, INRA.

Un enrichissement du sol a été mis en évidence dans les zones refusées (Laissus, 1980) ainsi qu’un épuisement des zones surpâturées, surtout en potasse.

Une prairie pâturée exporte peu, de l’ordre de 7 kg de phosphore et de potasse par tonne de matière sèche produite. En revanche, les zones surpâturées par les chevaux ne bénéficient pas des restitutions et exportent au moins 30 kg de potasse par tonne de matière sèche. Ces zones surpâturées et appauvries produisent de moins en moins, et la flore s’y dégrade (pâquerettes, agrostides, pissenlits…).

Pour homogénéiser la pousse sur l’ensemble de la prairie, il est donc nécessaire de rééquilibrer ces zones épuisées par des apports annuels d’une vingtaine de tonnes de fumier composté, ou par une fumure minérale riche en potasse (35 unités de P et 150 unités de K pour une production de 5 tonnes de matière sèche / ha). De même, on apportera une fumure azotée, qui favorise les graminées (30 unités par épandage), uniquement sur les zones surpâturées pour que, dès la mise à l’herbe, la hauteur soit homogène sur toute la parcelle.

Le pâturage mixte bovins-chevaux permettra aussi de limiter le développement de nouvelles zones de refus, tout en limitant les broyages mécaniques.

Le hersage a peu d’incidence sur la flore prairiale. Pratiqué à l’automne, il élimine la végétation morte et étale les crottins (ce qui peut limiter les refus ultérieurs). Au printemps, il aplanit les taupinières, nivelle et aère le sol suite au piétinement hivernal. Cependant, le hersage n’a aucune incidence sur la minéralisation et les mousses (Leconte, 2007).

Préserver la flore des herbages

La maîtrise des deux adventices indésirables, que sont les rumex et les chardons des champs, est délicate. Si les rumex sont peu nombreux, un arrachage manuel est envisageable ; dans le cas contraire, le recours au désherbage sélectif ponctuel (sarclage chimique) ou en plein devient indispensable avec la pulvérisation d’une spécialité commerciale spécifique (asulox).

Pour les chardons des champs, les fauches ciblées en fin de printemps juste avant la floraison, et si besoin sur les repousses de fin d’été, évitent la formation des graines et leur propagation, mais ne les détruisent pas.
Seul le traitement chimique en vient à bout après quelques années. Les herbicides disponibles sont peu (tropotone) ou pas sélectifs (allié, printazol n, garlon, banvel, génoxone zx), ces derniers ne doivent alors être utilisés qu’en localisé sur les plaques de chardons.

Quand faut-il refaire sa prairie ?

En présence d’une végétation clairsemée, avec plus de 10% de sol nu, un sursemis de ray-grass anglais est souhaitable pour éviter la colonisation par les adventices. Mais cette technique aléatoire a plus de chances de réussir sur le pourtour des paddocks et en l’absence d’agrostides (graminée stolonifère ayant un fort pouvoir antigerminatif).

Lors d’une dégradation importante de la végétation et le développement d’espèces toxiques ou indésirables, résistantes aux herbicides sélectifs, représentant plus de 20% en présence relative, la rénovation complète devient nécessaire. Les méthodes de rénovation, lourdes et coûteuses, doivent être raisonnées à partir du diagnostic prairial approfondi pour assurer la réussite de l’implantation et garantir la pérennité de la prairie.

Conclusion

Quel que soit le type d’animal, il faut toujours assurer l’équilibre entre la production fourragère et les besoins des herbivores en adaptant le chargement tout au long de la saison. Les chevaux créent une hétérogénéité spaciale qu’il faut en permanence corriger par une fertilisation localisée sur les zones surpâturées, associée si possible à un pâturage mixte, et en broyant les refus minimes ou en récoltant en foin les refus conséquents.

Une prairie médiocre peut avec le temps parvenir à un niveau de productivité satisfaisant, en complétant éventuellement l’amélioration douce par un sursemis ; ces techniques préservent la végétation en place. La composition botanique des prairies permanentes ou temporaires peut ainsi être préservée pour assurer leur longévité.

Voir aussi

Références

Laissus R., 1980. Production d’herbe et amélioration des herbages pour chevaux, CEREOPA, 6ème journée d’études.

Leconte D., Legall A., Pfl imlin A., Straebler M., 1993. Améliorer les prairies, diagnostic et décision. Brochure GNIS, 39 p , annexes : clé de détermination, fi che 1 diagnostic, fiche 2 décision. Réédition 2000

Leconte D., Luxen P., Bourcier J-F., 1998. Raisonner l’entretien et le choix des techniques de rénovation. Fourrages 153, 15-29, 1998.

Leconte D., 2007. L’entretien des prairies de longue durée. Prairiales du Pin au Haras. www.prairialesnormandie. com (rubrique biodiversité).

Leconte D., 2011. Le pâturage du cheval in Manuel nutrition alimentation des chevaux, sous presse.

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