A télécharger :

Fiche consultée 12613 fois.

Partager

Entretien des prairies à l'automne

Niveau de technicité : 

Auteurs : P. Doligez, Ifce, Chambre d'agriculture

MàJ : Octobre 2016

 

L'entretien de la prairie a pour objectif de maintenir au fil des saisons un état du couvert végétal permettant d'assurer en quantité et en qualité les besoins alimentaires des chevaux, que ce soit pour le pâturage ou la récolte des fourrages.
Les espèces végétales de la prairie principalement recherchées sont les graminées et les légumineuses fourragères qui apportent les nutriments nécessaires aux fonctions d'entretien, de croissance, de lactation... selon le stade physiologique de l'animal. D'autres plantes diverses ne sont pas inintéressantes mais doivent rester en proportion maîtrisée car elles sont souvent moins nutritives et productives.

Le comportement alimentaire du cheval et la gestion de la prairie peuvent entraîner sa  dégradation si un entretien adapté n'est pas apporté régulièrement au cours de l'année. Nous présenterons ici quelques recommandations pour réaliser cet entretien.

Pourquoi la prairie des chevaux devient hétérogène ?

Comportement du cheval à l'herbe :
A l'herbe, le cheval consacre plus de la moitié de son temps (~14h/jour) à s'alimenter, principalement avec des graminées et d’autres familles végétales pouvant être consommées en réponse aux variations de disponibilité, et de qualité du couvert végétal.

Le cheval a la particularité de choisir les sites d'alimentation de façon hétérogène en entretenant des zones rases pâturées où la végétation est de bonne qualité (stade feuillu) et en délaissant des zones d'herbe haute (montant à épiaison, plus dure et moins digeste) où ils défèquent. Au début de la période de pâturage, le cheval sélectionne les sites de couvert les plus hauts (~15 cm) où la proportion de feuilles lui procure une vitesse d'ingestion de matière sèche maximale. Ensuite un report progressif du temps d'alimentation est observé sur l'herbe des zones rases non pas dans une stratégie anti-parasitaire (en s'éloignant des latrines où les larves de parasites issues des crottins sont plus nombreuses) mais pour maximiser l'ingestion de nutriments digestibles plus riche en protéines.

Comment la prairie se dégrade ?

 

Par ses choix de sites d'alimentation hétérogènes et une activité locomotrice importante, le cheval peut rapidement entraîner un appauvrissement du couvert végétal avec des zones rasées, voire dénudées et des zones de refus totalement délaissées où les végétaux ligneux (buissons) peuvent se développer au détriment d'une végétation propice au pâturage (graminées). D'autre part des plantes non consommées indésirables, dites « adventices » peuvent s'installer et se multiplier comme le rumex, l'ortie, le chardon, le bouton d'or (renoncule) si aucun traitement n'entrave leur développement. L'entretien consistera à favoriser une pousse productive et homogène du couvert végétal favorable au pâturage.

 

 

Quelles pratiques engendrent cette dégradation ?

Une coupe trop rase (sur-pâturage) induit un effeuillage sévère et l'élimination de la partie contenant les réserves accumulées au collet des plantes (bases des gaines et des tiges) nécessaires à la repousse du végétal.

 
A l'opposé, les graminées montées, ne produisent plus de feuilles, les feuilles présentes entrant en sénescence (mort) : le pâturage, la fauche ou le broyage permettent le début d'un nouveau cycle de production de feuilles.

Un chargement insuffisant

Lorsque le pâturage est conduit de façon continue avec des chevaux présents en permanence toute l'année sur une même parcelle souvent surdimensionnée par rapport à leurs capacités d'ingestion, des zones, où l'herbe non consommée rapidement monte en graine, apparaissent. Ces zones sont très peu consommées par la suite par les chevaux et ont tendance à s'agrandir au fil des saisons.

 

Le pâturage permanent et le sur-pâturage

 

Le sur-pâturage (zones inférieures à 3 cm de hauteur d'herbe) épuisant les graminées et le piétinement intensif tassant le sol, entraînent à terme la disparition des graminées au profit de plantes qui supportent mieux le piétinement comme le trèfle et les plantes à rosette (pissenlit, plantain majeur, …).
L'excès de piétinement peut même amener à la disparition du couvert herbacé et la saison suivante la place libre (sol nu) sera occupée par des plantes à fort pouvoir colonisateur (plantain annuel, agrostis, camomille, rumex, chardon,...) qui ne sont pas recherchées  (non consommées) dans une pâture.

Infestation par les graines

 

L'affouragement au champ avec du foin contaminé par des graines d'adventices (pissenlit, chardon, rumex) et le piétinement répété entraînent leur prolifération autour des râteliers et des zones d'affouragement. De même l'épandage de fumier comportant des graines augmente le développement des plantes indésirables. Ces graines auront d'autant plus d'occasions de germer que le pâturage est maintenu en conditions humides (hiver).

Comment entretenir les prairies ?

Chargement adapté


* Si le nombre d'animaux présents est insuffisant pour assurer une consommation d'herbe produite en fonction de la saison, il est normal de voir apparaître des zones de refus. Le chargement (nombre d'animaux/Ha) devra être adapté soit en réservant une partie du parcellaire pour la fauche et en pratiquant le pâturage tournant (voir pâturage tournant ou continu des prairies destinées aux chevaux).

* Le pâturage mixte avec des bovins ou ovins est aussi une bonne solution pour faire consommer les zones que les chevaux délaissent. Il peut être alterné (faire passer les bovins à l'automne pour consommer les refus d'été) ou simultané (mélange de chevaux et bovins au même moment). Il faudra alors installer des clôtures adaptées aux deux types d'animaux (attention aux clôtures à moutons présentant un risque pour les chevaux de se coincer un membre).

Broyage


Pour favoriser une repousse feuillue homogène, un broyage du couvert peut être réalisé après chaque passage des animaux dans la parcelle, notamment lorsqu'il n'y a que des chevaux dans la parcelle.
Attention à ne pas broyer trop haut (plus de 20 cm de haut) croyant bien faire pour maintenir une densité suffisante pour continuer le pâturage ou pour faire « propre ». Il aura pour effet d'accumuler de la matière morte à la base de la plante gênant l'accès à la lumière (donc la photosynthèse) et de laisser des organes végétatifs (feuilles vieillies) en place n'incitant pas à produire de nouvelles feuilles au niveau du plateau de tallage (base de développement de la plante herbacée).


L'idéal est d'accompagner le broyage d'un enlèvement des refus (broyage avec une ensileuse) ou mieux de faucher les refus et de les évacuer ensuite afin de ne pas laisser s'accumuler de la matière organique dans les zones de refus déjà riches.
Un temps de repousse entre le broyage et l'entrée des animaux dépendra du niveau du couvert végétal (besoin de plus de 5 cm en moyenne sur les surfaces dites « rases »).

Le broyage des plantes ligneuses (broussailles, friches) peut être intéressant pour faciliter la réinstallation des graminées au dessous. Il se fera de préférence en fin d'automne, quand le végétal est en phase de développement descendant. Si le débroussaillage est réalisé au printemps, les plantes ligneuses auront le temps de devenir hautes et dures faisant de l'ombre aux graminées  qui se développent alors de moins en moins.
Il faudra faire pâturer tôt au printemps pour favoriser la consommation au stade feuillu des plantes ligneuses et limiter ainsi leur développement.
 

Désherbage sélectif


Si les plantes indésirables sont en quantité trop importante, le désherbage sera la solution la plus rapide pour limiter leur prolifération.
Il est impératif d'éviter de traiter totalement la parcelle avec un herbicide, d'autant plus s'il s'agit d'une prairie naturelle composée d'espèces très variées. En effet, les traitements herbicides classiquement utilisés pour lutter contre les rumex ou les chardons sont souvent des « anti-dicotylédones » (substances détruisant toutes les plantes autres que les graminées monocotylédones). Ils vont détruire les autres végétaux, dont les légumineuses telles que le trèfle, le lotier, intéressants pour leur apport en protéines dans l'alimentation du cheval. Ces traitements herbicides entraînent la formation de zones de terres nues où vont se développer à nouveau des plantes indésirables (agrostis, rumex …).


Un traitement local effectué avec un pulvérisateur manuel tenu en main ou derrière un quad ou un tracteur semble le mieux adapté pour traiter les zones contaminées (rumex, chardon, ortie).


Attention :
L'utilisation de produits phytosanitaires doit être réalisé par des personnes habilitées (voir focus sur Certiphyto ci-dessous) et dans des conditions de températures, de vent et d'hygrométrie favorables. Le stade feuillu des adventices est le plus favorable pour réaliser le traitement. Si les plantes indésirables sont trop avancées (à graines), fauchez-les. A l'automne, elles repousseront et pourront être traitées à ce moment.


Hersage


La herse « étrille » permet d'arracher les plantes rampantes telles que l'agrostis stolonifère (présentant des amas de végétaux morts et ayant un pouvoir anti-germinatif sur les autres plantes), ou encore la renoncule (bouton d'or) formant des stolons (tiges aériennes reformant racines à même le sol). Il est important de ramasser les débris, qui pourront être soit compostés avec du fumier ou brûlés, pour éviter de participer à la colonisation d'autres zones de la parcelle !

Amendement sain (compost, chaulage)

Un amendement organique (fumier, compost) permet l'apport de matière organique, d'azote, de phosphore et potassium propices à la structuration du sol et au développement du végétal. Cet apport est d'autant plus intéressant dans les zones pâturées sur lesquelles beaucoup de nutriments sont exportées (par la consommation des animaux) et peu de fertilisants naturels (crottins, urine) sont apportés (la concentration des déjections a lieu plutôt dans les zones de refus).

Le compost de fumier ayant subi une montée en température garantissant la destruction des graines d'adventices, permet l'apport d'un engrais organique hygiénisé contrairement au fumier brut chargé de graines (issues des céréales de concentrés et des adventices contenues dans le foin).

Le chaulage d'entretien permet de compenser l'acidification du sol provoquée par la minéralisation des nutriments dans le sol. Il améliore la vie microbienne et l'efficacité des apports d'engrais et amendements en augmentant leur minéralisation (transformation des molécules complexes en nutriments directement utilisables par la plante). Le chaulage permet aussi de limiter le développement de plantes favorisées par les milieux acides (renoncules).
Attention, il faudra vérifier au préalable, par une analyse de sol, que le pH du sol est inférieur à 6,5. Un sur-chaulage peut entraîner un blocage du phosphore et des oligoéléments dans le sol. La productivité de la prairie en sera fortement altérée.


Couvrir les zones nues


Toute zone dénudée risquera d'être colonisée par des plantes indésirables (graines présentes dans le sol), plus promptes à se développer que les graminées recherchées.
Le sur-semis consiste à semer des espèces végétales favorables au pâturage (espèces de graminées dites « gazonnantes » et résistantes au piétinement) sur une prairie déjà installée mais qui s'est dégradée, au niveau des zones dénudées (entrée de parcelle, autour des râteliers et des abreuvoirs).
Il s'agit de semer les graines « à la volée » sur les zones de terres nues et de rouler avec un engin ou faire piétiner par les chevaux le temps que les graines s'intègrent au sol.
Le sur-semis se pratiquera tôt à l'automne en période plutôt humide pour favoriser la germination puis le développement des graines. Il faudra ensuite éviter la présence des animaux sur ces zones sensibles pendant l'hiver.

Repos hivernal

 
Le repos de la parcelle en période hivernale est essentiel pour garantir la pérennité par la régénération des végétaux. Il fait partie des bonnes pratiques d'entretien des herbages. Une période minimale de 3 mois sans animaux permet de faire reposer le végétal qui ne sera alors ni piétiné, ni rasé jusqu'à la racine comme les chevaux peuvent le pratiquer en hiver.
Le sol aussi sera au repos : les vers de terre vont creuser des galeries et aérer le sol. Le hersage sera ainsi gratuit !

Si les chevaux doivent être maintenus à l'extérieur pendant l'hiver :
- La parcelle utilisée pour faire hiverner les chevaux, devra être laissée au repos au printemps. Elle pourra alors être utilisée plus tard comme surface de fauche en fin de printemps suivant.
Ou
- Deux lots de parcelles sont prévus : le lot qui sera pâturé d'octobre à décembre et le lot pâturé de janvier à mars.

En hiver, on peut aussi maintenir un nombre de chevaux restreint sur une grande surface de prairie (chargement très faible avec plus d'un hectare/cheval) limitant ainsi le piétinement et la dégradation excessive des végétaux.   
L'idéal est tout de même de disposer d'une aire stabilisée attenante à un abri où les chevaux peuvent se déplacer librement sans dégrader les prairies.

Conclusion

 

La prairie est une matière vivante dont le cycle de production varie fortement d'une saison à l'autre. Un « tour » de parcelle chaque  semaine permet d'évaluer le stade végétatif du couvert et son état de dégradation par l'apparition de zones dénudées ou contaminées par les plantes indésirables et d'adapteralors la conduite des animaux et des surfaces.

 
Nourrir à l'année son cheval à l'herbe et à partir des fourrages récoltés est possible si un entretien régulier et un repos des prairies sont pratiqués.

A retenir :

  • Maintenir un chargement adapté en fonction de la production de la prairie.
     
  • Faucher les refus pour limiter le développement de zones délaissées par les chevaux.
     
  • Pratiquer un désherbage localisé sur les zones polluées par les adventices.
     
  • Le stade feuillu des adventices est le plus favorable pour réaliser un traitement herbicide.
     
  • Limiter l'apparition de zones nues où se développent les adventices par le sur-semis de graminées.
     
  • Prévoir une période de repos hivernal pour chaque parcelle (3 mois) sans animaux.

Focus CERTIPHYTO

CERTIPHYTO : certificat individuel pour sécuriser l'usage des produits phytopharmaceutiques (herbicides, insecticides, fongicides):
Tous les professionnels (chef d'exploitation et salariés) qui travaillent avec des produits phytopharmaceutiques sont concernés par la réglementation française et européenne. La directive européenne (2009/928/CE) prévoit une formation obligatoire initiale et continue pour acquérir et mettre à jour ses compétences sur l'usage des produits phytopharmaceutiques. Le certificat Certiphyto est obligatoire pour tout utilisateur depuis le 1er octobre 2014. (s'adresser à la DRAFF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt) de votre région).

Références

 

Edouard N, 2008. Déterminants de l'utilisation des ressources alimentaires par le cheval : influence de la qualité et de la hauteur de la végétation sur l'ingestion et les choix de sites d'alimentation. Thèse doctorat INRA UR1213 Herbivores, équipe Relations Animal-Plante-Aliment, Université de Limoges 2008.

   

Moulin C., 1999. Utiliser et gérer l'herbe pour l'alimentation du cheval, fiches techniques. Technipel, Institut de l'élevage


Entretien des prairies- Chambre d'Agriculture du Puy de Dôme- http://www.chambre-agri63.com 



Doligez E., Pâturage du cheval. Chambre d'agriculture du Calvados- Prairiales Le Pin au Haras juin 2002.

Crocq G., 2013. Le chaulage des prairies : correction de l'acidité des sols sous prairies. Arvalis- Journées techniciens fourrages Ouest- 17/12/2013.

Leray O., Battegay S., Fleurance G., Trillaud Geyl C., 2004. Les prairies destinées au pâturage des chevaux : quelques principes et repères pour mieux les exploiter. Prairiales- INRA du Pin.

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

Lettre d'information "Avoir un cheval"

 

Inscrivez-vous et recevez la lettre chaque mois par email 


Grâce à cette lettre mensuelle, restez informé de nos derniers articles publiés, des fiches encyclopédiques et des vidéos en ligne sur les sujets qui vous concernent : alimentation, santé, reproduction, génétique, comportement, infos réglementaires... et bien d'autres!

 

Je souhaite recevoir la lettre d'information gratuite "Avoir un cheval"