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Le comportement alimentaire des chevaux au pâturage

Niveau de technicité : 

Auteurs : G. Fleurance, L. Marnay, P. Doligez

MàJ : Avril 2016

Base de l'alimentation des herbivores domestiques, la prairie constitue la première ressource nutritive disponible pour l'élevage et l'entretien du cheval dans les zones tempérées. Caractérisé par une richesse et un équilibre en protéines, ce fourrage assure un apport alimentaire dont le coût de production est réduit par rapport à d'autres aliments.
 
Connaître le comportement alimentaire des chevaux au pâturage est alors important pour optimiser la part de l'herbe dans l'alimentation des chevaux.

L’alimentation : l’activité principale des chevaux

Une réelle capacité d'adaptation

Les chevaux passent en moyenne 15h par jour à s’alimenter. Cette durée d’alimentation, environ le double de celle des bovins, est permise par un transit digestif rapide lié à l’absence de rumination. Elle détermine le niveau d’ingestion des animaux et dépend donc de leur niveau de besoins. Lorsque la disponibilité de l’herbe diminue ou lorsque la qualité de la végétation est médiocre, les chevaux peuvent augmenter leur temps de pâturage jusqu’à 19h par jour pour couvrir leurs besoins nutritionnels.

L’activité alimentaire s’organise en 3 à 5 repas par jour durant lesquels l’ensemble du troupeau pâture pendant plusieurs heures. Les deux repas les plus longs se situent au lever du jour et à la tombée de la nuit. A la différence des ruminants, les chevaux pâturent aussi la nuit, pendant 3 à 7h. Par temps chaud favorisant la présence d'insectes piqueurs, le temps de pâturage diurne diminue au profit du pâturage nocturne.

Quantités d’herbe ingérées

 

Les résultats disponibles concernant les niveaux d’ingestion des chevaux au pâturage sont limités (tableau 1).

 

Tableau 1 : Quantités de matière sèche ingérées par des chevaux au pâturage (d’après Edouard et al. 2009 et Collas et al 2013)


Poids vif(kg)
Ingestion
(gMS/kg PV/j)
Pâturage
Prairies
Adultes à l’entretien
-    trait
-    Przewalski

674
279

34
35

Continu
Continu

Naturelles humides (Marais Poitevin, France)
Naturelles et roselières (Autriche)

Juments en lactation
-    selle
-    selle
-    Camargue

560
590
372

24
25
38

Continu
Tournant
Continu

Temporaires (Nouvelle Zélande)
Prairies permanentes fertiles (Corrèze, France)
Naturelles humides (Camargue, France)
Poulains en croissance
-    selle (1 an)
-    selle (1 an)
-    selle (1 - 2 ans)
-    selle (2 ans)
-    trait (2 - 3 ans)
-    trait (2 - 7 ans)


350
266-355
340-480
477-514
719-742
410-850


20
12-16
19-23
21-24
19-33
26-32


Tournant
Continu
Tournant
Tournant
Tournant
Continu


Temporaires (Nouvelle Zélande)
Naturelles ± fertilisées (Australie)
Prairies temporaires (Corrèze et Normandie, France)
Prairies temporaires (Corrèze, France)
Naturelles humides (Marais Poitevin, France)
Naturelles humides (Marais Poitevin, France)


Chez le cheval à l'entretien

Les valeurs mesurées chez des animaux à l’entretien pâturant des prairies humides (juments de trait) ou des prairies naturelles et des roselières (chevaux de Przewalski) (en moyenne 34gMS/kgPV/j) sont très supérieures à celles enregistrées chez des hongres à l’entretien alimentés à l’auge avec des fourrages verts ou secs de prairie naturelle offerts à volonté (19 à 23gMS/kgPV/j).

Chez les juments allaitantes

Les valeurs mesurées chez des juments Camargue en lactation pâturant des prairies naturelles (en moyenne 38gMS/kgPV/j) sont également supérieures  comparativement aux résultats obtenus à l’auge (31 à 34gMS/kg PV/j) tandis que des juments de selle au même stade de lactation conduites soit sur des prairies temporaires en Nouvelle-Zélande ou des prairies permanentes fertiles en France ont seulement ingéré 24 à 25 gMS/kg PV/j.

Chez le cheval en croissance

Chez les poulains en croissance, les valeurs d’ingestion journalières rapportées au poids vif des animaux sont systématiquement plus élevées pour les animaux de trait (19 à 33gMS/kg PV/j) que pour les animaux de selle (12 à 24gMS/kg PV/j). Comme montré chez les poulains nourris à l’auge, les variations d’ingestion en fonction de l’âge des animaux sont faibles une fois rapportées au poids vif des animaux.

Besoin de conforter les études et recherches

Ces travaux au pâturage ont été réalisés dans des conditions très diverses (types d’animaux, types de couverts végétaux et modes de conduite différents). Des études comparatives, conduites en conditions contrôlées, sont absolument nécessaires pour comprendre l’origine des variations d’ingestion observées et préciser la capacité de différents types de chevaux à couvrir leurs besoins dans différentes situations de pâturage.
 
Des études conduites chez le cheval de selle en croissance, ont précisé l’influence de la hauteur et de la qualité du couvert sur l’ingestion au pâturage. Elles ont montré que les quantités d’herbe ingérées (en moyenne 21gMS/kg PV/j)  et la croissance de ces animaux restaient stables lorsque la hauteur du couvert (couvert végétatif de bonne qualité ; MAT : 18%MS, NDF : 49%MS) diminuait de 17cm (200gMS/m²) à 6 cm (71gMS/m²).
 
En situation comparable, des bovins sont davantage pénalisés par la réduction de la hauteur du couvert en raison de leur moindre capacité à pâturer ras et longtemps. Lorsque les auteurs de ce travail ont laissé le couvert le plus haut devenir mature (80cm, 830gMS/m², MAT : 7%MS, NDF : 62%MS) et que les animaux se sont vus offrir ces couverts de 6, 13 et 80cm de hauteur en choix binaires, leur ingestion journalière est également restée constante (24gMS/kg PV/j).

Comparativement aux bovins, les chevaux sont capables de par leur physiologie digestive de consommer de plus grandes quantités de fourrages, notamment des fourrages grossiers plus matures, donc moins riches (en énergie et surtout en protéines).
 
Ainsi, sur des fourrages au stade épiaison ou floraison distribués à volonté à l’auge, des travaux ont montré que les niveaux d’ingestion élevés réalisés par les juments de trait leur permettaient de conserver un bilan énergétique positif quel que soit leur stade physiologique. A l’inverse, des vaches et des brebis ne couvraient pas leurs besoins de gestation et de lactation sur ces mêmes fourrages.
 
Au pâturage, des poulains de trait conduits sur des prairies humides ont également mangé une fois et demie plus que des jeunes bovins pâturant les mêmes couverts (29gMS/kgPV/j contre19gMS/kgPV/j).

A retenir :

Les chevaux présentent au pâturage une grande capacité d'adaptation en réponse à des variations d’accessibilité et de valeur nutritive de l'herbe proposée. Aptes à valoriser des fourrages grossiers grâce à leur ingestion élevée, ils sont également efficaces pour exploiter des couverts ras du fait de leur double rangée d’incisives et de leur capacité à pâturer longtemps.

Choix alimentaires

 

Espèces variétales

Les chevaux, sont plutôt spécialistes des graminées. Néanmoins, lorsque la disponibilité de l’herbe diminue en raison d’une pression de pâturage élevée ou en hiver par exemple en milieu naturel, les chevaux sont capables d’élargir considérablement leur régime alimentaire.
 
Les préférences des chevaux vis-à-vis des espèces végétales ont été peu étudiées.
Dans une étude analysant les préférences vis-à-vis de graminées, les chevaux ont davantage consommé la fétuque rouge (Festuca rubra) et la fétuque élevée (Festuca arundinacea) alors que le ray-grass commun (Lolium perenne), le vulpin des prés (Alopecurus pratensis) et la fléole des prés (Phleum pratense) étaient moins appréciés. Une préférence pour le ray-grass hybride (Lolium italicum × Lolium perenne) a également été constatée.

Préférence pour une herbe « jeune »

 
Parmi les herbivores domestiques, les chevaux sont connus pour entretenir par le pâturage des zones d’herbe rase au sein du couvert et pour éviter les zones d’herbes hautes où ils concentrent leurs déjections. Ce comportement a longtemps été justifié par une stratégie d’évitement des larves de parasites gastro-intestinaux présentes à proximité des crottins.

 
Plus récemment, des travaux ont montré que la sélection de zones rases de haute valeur nutritive par les chevaux pourrait davantage répondre à une stratégie de maximisation de l’ingestion de protéines digestibles.

 
 Il a été démontré que :

  • en situation de choix entre des couverts végétatifs de bonne qualité, des chevaux de selle en croissance ont systématiquement sélectionné le couvert le plus haut
     
  • ils ont préféré un couvert ras de bonne qualité (MAT: 14%MS ; NDF: 55%MS) à un couvert épié plus haut mais de plus faible valeur nutritive (MAT: 7%MS ; NDF : 62%MS) : les animaux ont exploité le couvert ras pendant 70% de leur durée d’alimentation journalière.

 

Statut physiologique

 

La modulation des choix alimentaires des équins selon les caractéristiques propres des animaux n’a été que très peu abordée. Des auteurs ont toutefois montré que des ânesses et des ponettes Shetland en lactation sélectionnaient davantage les zones d’herbe végétative rase que leurs congénères taries, ce qui confirmerait que la consommation d’azote digestible est un déterminant majeur de la sélection alimentaire des équins.
 

Influence sociale

 
 L’influence de l’environnement social des animaux a fait l’objet d’études plus nombreuses. La facilitation sociale permet d’accélérer les processus d’apprentissage en permettant l’acquisition de préférences et d’évitements plus rapidement que par essai-erreur. Les chevaux adultes seraient capables de tels apprentissages même si certaines études pointent les limites de ces capacités.

  •     Influence de la mère :

Alors que chez les ruminants, l’influence de la mère sur les préférences alimentaires du jeune est bien établie, l’unique étude réalisée chez le cheval n’a pas permis de mettre en évidence que le régime alimentaire de poulains de Camargue était influencé par celui de leur mère ou des congénères avec lesquels ils pâturaient.

  •     En troupeau :

Au sein d'un troupeau, les interactions agonistiques (agressions, relations négatives) entre individus d’un même groupe modifient le comportement et le régime alimentaire des subordonnés qui n’ont plus accès à certaines ressources rares et préférées.

  •     Grand troupeau :

En Camargue, des juments pâturant dans des grands groupes ont manifesté plus d’interactions agonistiques qui se sont traduites par de plus fréquentes interruptions de leurs phases de pâturage que dans des petits groupes. Lors des déplacements collectifs, l’étalon a plusieurs fois été décrit comme poussant les juments accompagnées de leurs jeunes pour les inciter à changer de site d’alimentation.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cheval est plutôt spécialiste des graminées.

  • En dépit de sa capacité à exploiter l’herbe âgée, le cheval entretient par le pâturage des zones d’herbe rase, c'est à dire d'un stade végétatif jeune de valeur nutritive plus élevée. Ce comportement semble correspondre à une stratégie de maximisation de l’ingestion de protéines digestibles.

  • L'environnement social en troupeau (agressions, dominance, leadership) semble influencer le comportement et le régime alimentaire des chevaux mais les résultats demandent à être confirmés.

LEXIQUE

MS : Matière Sèche (l'herbe est composée en moyenne de 15 % de MS)


PV : Poids Vif (poids de l'animal)


MAT : Matières Azotées totales


NDF : Neutral Detergent Fiber (% de celloluse, hémicellulose et lignine dans la plante)


Références bibliographiques

  • Edouard, N., Fleurance, G., Duncan, P., Baumont, R., Dumont, B. 2009. Déterminants de l’utilisation de la ressource pâturée par le cheval. INRA Productions Animales, 22(5): 363-374.

 

  • Collas C., Fleurance G., Martin-Rosset W., Cabaret J., Wimel L., Dumont B. 2013. Alimentation à l'herbe de la jument de selle en lactation: quels effets d'une complémentation énergétique sur l'ingestion, les performances zootechniques et l'état parasitaire? Compte-rendu de la 39ème Journée de la Recherche Equine, Institut Français du Cheval et de l'Equitation, 28 février 2013, Paris, 131-134.

 

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