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Le rumex : ne pas se laisser envahir

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs :  P. Doligez, Ifce et Chambres d'Agriculture

Juillet 2017

 

 

Le rumex est l'adventice (mauvaise herbe) la plus rencontrée dans les prairies. Il est répandu sur toute l'Europe sauf dans les zones subartiques et méditerranéennes. Limiter la propagation du rumex est possible par une bonne conduite des pâtures. Après la description de cette adventice, les moyens de lutte pour limiter l'apparition et les traitements nécessaires quand la plante est installée seront développés dans cette fiche.

Description de la plante et sa biologie

Famille des rumex, appelés aussi "doche", "parelle", "rambe" ou "maule"

De la famille des polygonacées, dicotylédones comme l'oseille, le rumex est une plante vivace très robuste qui forme plusieurs tiges et peut atteindre des hauteurs de 50 à 120 cm. Espèce nitrophile, il s'installe préférentiellement sur des sols riches en azote, frais et bien drainés. L'inflorescence est une panicule aux teintes vertes prenant une teinte rouge au fur et à mesure de l'avancement de la saison. A fort pouvoir de régénération, la racine forme une couronne de rhizomes dont l'épaisseur et le nombre augmentent avec l'âge de la plante. 

Les deux espèces les plus répandues sont : 

Rumex à feuilles obtuses

Il s'installe plutôt sur les sols acides et humides. Les tiges dressées sont rougeatres. Les feuilles larges et longues sont en forme de cœur à la base et obtuses au sommet.

Rumex crépu

Il s'installe plutôt sur les sols secs calcaires parsemés de zones nues. Les feuilles sont longues, ondulées à bord frisé.

Consommation par les animaux et intoxications 

Le rumex contient des acides oxaliques en concentration très importante qui peuvent être à l'origine d'une insuffisance rénale avec hypersalivation et hypocalcémie aiguë si la dose journalière de 0,1 à 0,5 % du poids de l'animal est ingérée. Cependant, cette plante est très peu consommée par les équidés, ou involontairement au stade jeune pousse.

Propagation

 

 

Les rumex se multiplient par dissémination des graines (multiplication générative)  et par prolifération des racines (multiplication végétative).

Multiplication générative

Les graines se disséminent en quantité impressionnante : un seul pied peut produire entre 100 à 60 000 graines par an (selon les auteurs), viables pendant plusieurs décennies.
Une semaine après la floraison, le pouvoir germinatif des graines est déjà élevé. Les graines sont particulièrement résistantes aussi au passage dans le tube digestif des animaux lorsqu'elles sont ingérées (dans le fourrage par exemple).

Multiplication végétative

La racine se fragmente et des bourgeons dormants peuvent redonner des pousses sur les 3 à 10 cm de profondeur. Il est donc nécessaire d'arracher les racines au moins jusqu'à 10-15 cm de profondeur.

Facteurs favorisant l'apparition de rumex

 

 

  • Le rumex est capable de puiser l'eau et les éléments nutritifs dans les couches profondes du sol, là où les plantes des prairies ne lui font pas concurrence. Un sol compacté où le couvert végétal de la prairie est peu dense lui offre des conditions d'envahissement idéales dès que des trous de sol nu se créent dans le gazon par l'excès de piétinement ou le surpâturage. Ainsi le maintien d'un couvert végétal dense limite la formation de zones nues propices à la germination des graines lorsque celles-ci sont exposées à la lumière.

  • La dissémination des graines est favorisée par le matériel agricole lors de la récolte, par l'homme, le fumier et aussi par la distribution aux chevaux de fourrages contaminés au champ.

  • La multiplication végétative par les racines est favorisée par une fauche très basse qui facilite l'accès à la lumière du rhizome produisant d'autant plus de nouvelles pousses. Aussi en cas de blessure du rhizome, un rejet de pousse à partir de la racine pivotante peut se développer jusqu'à une profondeur de 20 cm.

  • Lors de la fauche, une coupe trop rase du couvert végétal en dessous de 5- 7 cm sera plus délétère pour les plantes fourragères (graminées) que pour le rumex doté de grandes réserves dans ses racines et plus apte à la repousse.

  • Des quantités de fumier mal étalées à l'épandage peuvent entraîner un étouffement du couvert de la prairie et provoquer des zones nues.

  • Une fertilisation azotée et potassique importante et un hersage très régulier peuvent être des facteurs favorables à la dissémination du rumex

Lutte contre le rumex

 

Techniques culturales

  • La fauche avant le stade de maturité des graines (stade floraison), ainsi que le ramassage des inflorescences permet de limiter la dissémination par les graines. L'efficacité de cette technique n'est pas très bonne, tant la quantité de graines est importante.

  • Les inflorescences doivent être exportées, séchées puis brûlées ou enfouies profondément.

  • On évitera de jeter les rumex arrachés sur le tas de fumier. On pourra aussi couvrir les andains de fumier au champ pour limiter la possibilité au rumex de s'y développer avant l'épandage.

  • La capacité germinative semble être neutralisée lorsque les graines de rumex passent par la technique de compostage (températures élevées) ou dans un digesteur de biométhanisation pour les déjections ou litières qui seraient éventuellement contaminées.

 Mesures directes :

  • Arracher à la main : lorsque les conditions sont humides et surtout quand les plants sont petits au printemps, le rumex s'enlève plus facilement.

  • Arracher avec un outil : l'utilisation d'une fourche à rumex, gouge ou pioche est faisable si le nombre de plantes est inférieur à 1/m2. Il faudra arracher au moins la racine sur 12-15 cm de profondeur lorsque le sol est frais et humide. Cependant une étude (Aeby, 2005) montre que l'efficacité de la technique au fer n'est pas plus efficace que l'action d'herbicides de surface.

  • Des outils portés mécaniques, tels que ceux munis d'une fraise, existent mais ils laissent des trous relativement importants.

  • Le brûlage au cœur est une autre technique de lutte mécanique dont l'efficacité n'est pas connue.

  • Le labour n'est pas non plus conseillé car il entraîne la remontée de graines et de fragments de racines en surface qui repartent en végétation.

  • Resemer rapidement les zones nues avant que les adventices ne prennent la place. Attention la concurrence avec le rumex est plus que rude lors du semis !

Lutte biologique

La lutte biologique avec le coléoptère "Gastrophysa viridula", un prédateur naturel du rumex est possible si l'environnement est très diversifié (à côté d'une jachère par exemple). Cependant l'efficacité est limitée sauf en cas de lâchers massifs.

Lutte chimique

La lutte chimique est réglementée selon la directive  européenne  91/414/CEE  du  15  juillet  1991  (relative  à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques) et sa transposition en droit français (décret N°94-359 du 5 mai 1994 et arrêté du 6 septembre 1994).

Tous les professionnels exerçant une activité en lien avec les produits phytopharmaceutiques, quel que soit leur statut ou leur secteur d’activité ont l’obligation de détenir le "Certiphyto". Ce certificat atteste de connaissances suffisantes pour utiliser les pesticides en sécurité et en réduire leur usage. 

Plusieurs matières actives sont efficaces et agréées pour la lutte contre les rumex. 
Ce sont des substances dites "anti-dicotylédones", c'est à dire qui peuvent détruire toutes les plantes dicotylédones comme les légumineuses (trèfle, lotier, minette) si le produit est épandu en surface en plein champ. 
Le traitement localisé "plante par plante" est la meilleure technique qui permet de limiter l'usage des désherbants uniquement sur les zones ou plantes à traiter.

Modalités de la lutte chimique :

  • Traiter en avril plutôt qu'à l'automne, lorsque la sève est montante dans la plante au stade rosette. Le traitement à l'automne (sève descendante) est cependant moins néfaste pour les autres végétaux à préserver.

  • Intervenir tôt le matin ou en fin de journée lorsque le taux d'humidité est maximum (les stomates sont ouverts). Proscrire les traitements en cas de fortes chaleurs.

  • Intervenir en absence de vent (< 10 km/h).

  • Eviter de traiter si de fortes pluies sont annoncées.

  • Respecter le dosage et une tenue adéquate (masque et protection des membres). 

  • Attendre 10 à 15 jours (selon la notice) avant de réintroduire les animaux.

A retenir

  • Intervenir par la fauche ou le broyage rapidement avant la floraison, car les jeunes graines pas encore sèches ont aussi la capacité de germer.

  • Arracher les plantes à la main si elles ne sont pas trop nombreuses. Détruire les inflorescences par le brulâge. Réaliser un traitement désherbant sélectif localisé pour limiter l'usage des produits phytosanitaires.

  • La lutte doit se réaliser sur plusieurs années consécutives pour détruire cette vivace.

En conclusion, aucun traitement n’élimine définitivement les adventices, seule l’intervention sur leurs causes d’apparition est efficace.

Références

  • Aeby P., 2005. « Méthodes de lutte contre le rumex. Compte  rendu  de  la  journée  sur  le  contrôle  des populations  de  rumex  en  prairie  permanente», Agra-Ost, 6 avril 2005. 7 p.

  • Crémer S., Knoden D., Stilmant D., Luxen P., 2008. Le contrôle des populations indésirables de rumex, chardons et orties dans les prairies permanentes. Les livrets de l'Agriculture n°17. SPW. 85 p. 
  • Gérer les rumex en agriculture biologique, Chambre d'Agriculture de l'Aveyron. http://www.aveyron.chambagri.fr/agriculture-biologique/infos-techniques.html
  • Roth  W.,  2005.  « Morphologie  et  physiologie  du rumex  à  feuilles  obtuses », compte  rendu  de  la journée sur le contrôle de populations de rumex en prairie permanente, Agra-Ost, 6 avril 2005, 5 p

  • Hubert F., Pierre P., 2003. Guide pour un diagnostic prairial. Deux outils en un, Chambre d'Agriculture des Pays de Loire.

  • https://www.centre-antipoison-animal.com/rumex.html

  • http://agriculture.gouv.fr/la-reglementation-des-produits-phytosanitaires

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