Fiche consultée 383 fois.

Partager

Pâturage mixte équins-bovins : qu'en savons-nous ?

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs : G. Fleurance

Mai 2018

 

Les équins peuvent être conduits en pâturage mixte avec des bovins, au sein des structures d’élevage mais également dans le cadre de la gestion d’espaces sensibles. L’objectif de cet article est de préciser, à partir de l’analyse de la littérature scientifique, l’état des connaissances sur l’utilisation de la végétation par les équins et les bovins et l’impact de leur pâturage sur le couvert végétal et les performances animales.

Introduction

Le pâturage mixte consiste à conduire différentes espèces d’herbivores sur une même surface au cours de la saison de pâturage. Il vise généralement à utiliser plus complètement la ressource végétale en tirant profit des différences de sélectivité alimentaire des espèces. Les effets attendus sont :

  • une diminution des zones de refus au sein de la parcelle ;

  • une augmentation de la valeur nutritive du couvert disponible pour les animaux ;

  • la dilution du parasitisme gastro-intestinal, peu d’helminthes étant capables d’infester différentes espèces d’hôtes.

La mixité au pâturage est ainsi susceptible d’accroître les performances animales. Dans certaines situations, la complémentarité de prélèvement entre différents herbivores est utilisée dans un objectif prioritaire d’entretien de milieux. Il peut s’agir d’espaces concernés par de forts enjeux vis-à-vis de la préservation de la biodiversité et/ou de la limitation de l’embroussaillement.

Cet article, illustré par diverses études donne ainsi un aperçu des connaissances dont nous disposons sur le pâturage mixte équin-bovin.

Préférences et aptitudes alimentaires

Le régime alimentaire des équins présente de fortes similitudes avec celui des bovins. Dans des espaces naturels comprenant différents types d’habitats, plusieurs travaux montrent que les deux espèces exploitent préférentiellement les prairies :

  • en Espagne, des vaches et des ponettes suitées ont d’abord pâturé au sein d’une prairie qui représentait un quart de la surface accessible aux animaux puis se sont reportées sur la surface restante composée de landes lorsque la disponibilité en herbe est devenue limitante (Celaya et al. 2011, Ferreira et al. 2013, Osoro et al. 2017).
  • au sein d’une réserve naturelle en Belgique, des poneys et des vaches ont pâturé préférentiellement les prairies, même si les bovins ont exploité les zones embroussaillées et boisées en hiver (Lamoot et al. 2005).


Au sein des prairies, les équins et les bovins préfèrent pâturer les graminées. Les légumineuses et les plantes diverses sont utilisées secondairement et davantage par les bovins que par les équins (prairies humides : Ménard et al. 2002, Karmiris et al. 2011 ; prairies dunaires : Lamoot et al. 2005). Ceci résulte probablement d’une meilleure aptitude des ruminants à détoxifier les métabolites secondaires présents dans ces plantes.

Par ailleurs, les équins pâturent plus ras que les bovins grâce à leur double rangée d’incisives et à leur capacité à s’alimenter pendant 16 heures par jour en moyenne (contre 8 heures chez les ruminants).

  • Dans des prairies humides du Marais Poitevin exploitées en pâturage continu par les deux espèces, les équins ont entretenu des zones d’herbe rase (<4cm), tandis que les bovins ont exploité les zones d’herbes hautes (9-16cm en moyenne) où étaient regroupés les fèces des chevaux (Ménard et al. 2002).

  • Dans des prairies permanentes du New Forest et dans une zone humide des Pays-Bas, des poneys ont privilégié une végétation rase tandis que les bovins se reportaient sur les zones plus hautes refusées par les équins (Edwards & Hollis 1982, Vulink et al. 2000, Cornelissen & Vulink 2015).


En milieu naturel, lorsque la disponibilité en herbe diminue au sein des prairies (en cas de fort chargement ou en hiver par exemple), il est nécessaire d’offrir aux bovins un autre type d’habitat car ils ne sont pas capables de constituer leur ration journalière sur un couvert ras. Les bovins peuvent alors exploiter de vastes espaces embroussaillés ou boisés où la végétation, majoritairement composée de dicotylédones, est peu appréciée par les chevaux (Vulink et al. 2000, Ménard et al. 2002, Lamoot et al. 2005).

 

Ingestion et performances animales

Quelques travaux ont comparé l’ingestion volontaire entre des équins et des bovins allaitants au pâturage. Ils montrent que les équins ingèrent davantage de matière sèche que les bovins (prairies humides : Ménard et al. 2002; landes et prairie : Osoro et al. 2017). Cette supériorité d’ingestion des équins leur permettrait de compenser leur moindre efficacité digestive comparativement aux ruminants (prairies humides : Ménard et al. 2002; zone humide : Cornelissen & Vulink 2015; landes et prairie : Osoro et al. 2017). 

Les références relatives aux performances des équins et des bovins conduits en pâturage mixte sont peu nombreuses.

  • Dans un milieu composé uniquement de landes, les performances de vaches suitées et dans une moindre mesure de juments suitées ont été pénalisées en dépit d’un faible chargement (0.25 animaux/ha) et d’une durée de pâturage réduite (performances ramenées à l’UGB pour permettre la comparaison entre espèces, Celaya et al. 2011).Dans un milieu composé de landes et intégrant ¼ de sa surface en prairie, les performances de vaches suitées étaient inférieures à celles de ponettes suitées. Les ponettes, du fait de leur fort niveau d’ingestion d’herbe et de leur aptitude à pâturer ras, entraient en compétition avec les bovins pour l’utilisation de la ressource prairiale (Osoro et al. 2017).

  • De même dans une zone humide des Pays-Bas, Cornelissen & Vulink (2015) ont montré que des vaches conduites avec des chevaux à chargement élevé (1.6 animal/ha) présentaient des performances individuelles moins élevées que lorsque le chargement était allégé (1.3 animal/ha). A nouveau, les auteurs expliquent ce résultat par le fait que le pâturage ras des équins a exclu les bovins des prairies conduites à fort chargement.

  • Une seule étude rapporte des résultats obtenus en prairies mésophiles plus productives. Dans ce travail réalisé en Limousin et Basse-Normandie et comparant 2 ratios entre des poulains de trait et des bœufs, les auteurs ont montré que les performances des chevaux étaient supérieures lorsque les équins représentaient 30% du poids vif total plutôt que 50% (Martin-Rosset & Trillaud-Geyl 2011).

Les prairies mésophiles sont des formations végétales herbacées installées sur des sols relativement fertiles et bien drainés. Elles sont traditionnellement fauchées au début de l’été pour la production de foin. La repousse (regain) est soit pâturée par le bétail, soit fauchée à la fin de l’été.

Entretien des espaces pâturés : des effets positifs

Le pâturage mixte équin-bovin est utilisé comme moyen de gestion pour éviter la fermeture de différents types de milieux (zones humides, estives etc.).

  • En Camargue, des chevaux et des bovins freinent le développement du phragmite commun (Phragmites australis) et du scirpe maritime (Scirpus maritimus) (Ménard et al. 2002)

  • Dans des espaces peu fertiles des Pays-Bas et du nord de l’Allemagne, le pâturage mixte par des chevaux Konik et des vaches Galloway permet de limiter le développement de certaines plantes compétitives vis-à-vis de la lumière au profit d’espèces de petite taille et/ou compétitives vis-à-vis des nutriments du sol.

  • Le piétinement des animaux crée également des niches de régénération pour plusieurs espèces (Rupprecht et al. 2016).

  • Lorsque le milieu est composé de différents types d’habitats, l’impact des chevaux et des bovins sur la végétation moins préférée (fourrages grossiers, arbustes) est d’autant plus élevé que la disponibilité de l’herbe devient limitante au sein des prairies (Cornelissen & Vulink 2015)

  • Dans une estive de moyenne montagne (Massif Central), l’introduction de pouliches de race lourde dans un troupeau de génisses a permis un meilleur contrôle des graminées de faible valeur nutritive et une amélioration de la valeur alimentaire du couvert (Loiseau & Martin-Rosset 1988). L’entretien de zones rases par les chevaux a toutefois conduit à une diminution de la productivité du milieu comparativement au pâturage bovin (Loiseau & Martin-Rosset 1989)

  • L’introduction de bovins dans un troupeau de chevaux a quant à elle permis une amélioration de la valeur alimentaire des zones de latrines refusées par les chevaux mais pâturées par les bovins. L’introduction des bovins n’a toutefois pas conduit à une répartition plus homogène des déjections au sein du milieu car les bovins n’exploitaient pas les zones rases créées par les chevaux en raison de leur faible accessibilité (Loiseau & Martin-Rosset 1988)

  • Dans le New-Forest, Edwards & Hollis (1982) ont également observé que les bovins concentraient leur alimentation et leurs déjections sur les zones de latrines créées par les poneys.

Conséquences sur la biodiversité

Les conséquences sur la biodiversité de l’association des équins et des bovins comparativement à un pâturage monospécifique bovin ou équin ont également été analysées dans certains milieux.

  • Dans le marais Poitevin, le pâturage mixte équin-bovin conduit à chargement modéré (750kgPV/ha) s’est révélé plus favorable qu’un pâturage bovin sur le plan de la diversité botanique en raison d’une plus forte hétérogénéité de structure du couvert (Loucougaray et al. 2004). Le pâturage mixte équin-bovin a également été plus favorable qu’un pâturage monospécifique équin, du fait de l’amélioration de la diversité des zones hautes peu utilisées par les chevaux. En effet, n’ayant pas la capacité de constituer leur ration journalière sur les zones rases, les bovins se sont reportés sur les zones hautes et y ont limité le développement d’espèces nitrophiles  compétitives (Loucougaray et al. 2004).

  • Dans une autre étude conduite en moyenne montagne (Massif Central), l’introduction de chevaux dans un troupeau de bovins a permis d’améliorer la richesse spécifique et la valeur pastorale du couvert du fait du contrôle des graminées de faible valeur alimentaire par les équins (Loiseau & Martin-Rosset 1988). A l’inverse, l’ajout de bovins à un troupeau de chevaux a réduit les effets positifs du pâturage équin.

  • Orth (2011) rapporte une plus forte régression de la lande à callune  sous pâturage mixte que sous pâturage bovin.

  • Dans une estive du Massif Central, Carrère et al. (1999) ont également conclu à une plus grande efficacité du pâturage mixte équin-bovin pour contrôler les jeunes pousses de ligneux : bouleau (Betula sp.), peuplier (Populus tremula), saule blanc (Salix alba) et noisetier (Corylus avellana). En l’absence de résultats relatifs à l’utilisation de la végétation par les deux espèces, ces résultats ne permettent cependant pas de déterminer si la maîtrise des jeunes plants par le troupeau mixte est liée à un effet direct des équins ou indirect (maitrise par les bovins sous influence de la présence des équins). D’autres travaux concluent en effet plutôt à une meilleure aptitude des bovins pour limiter l’expansion des ligneux en situation de sous-chargement. Ainsi, Lamoot et al. (2005) ont observé une utilisation significative du saule rampant (Salix repens) par des bovins de race Highland (34kgPV/ha) alors que les poneys Shetland ne permettaient pas de freiner l’invasion des prairies par le saule, malgré un plus fort chargement (51 à 73kgPV/ha). Ceci pourrait être lié à une différence de format des animaux mais une autre étude conduite aux Pays-Bas avec un même niveau de chargement modéré pour les deux espèces (120kgPV/ha) confirme ce résultat : une prairie naturelle humide pâturée par des chevaux Konik a été rapidement envahie par le sureau noir (Sambucus nigra) alors que ce processus était fortement ralenti par les bovins de race Heck (Vulink et al. 2000).

Une espèce nitrophile est une plante qui se développe préférentiellement sur des sols riches en nitrates (azote).
Une lande à callune est une formation végétale comportant des proportions variables de Calluna vulgaris accompagnées par des herbacés et / ou d’autres espèces arbustives.

Conclusion

Cette synthèse de la littérature scientifique montre que la majorité des travaux conduits en milieux tempérés sur le pâturage mixte équin-bovin ont été réalisés dans un contexte de conservation de milieux sensibles (zones humides, estives etc.). Bien que le pâturage mixte équin-bovin soit mis en œuvre dans plusieurs élevages, les connaissances acquises dans des prairies mésophiles plus productives qui constituent le principal support de production des chevaux de sang et des bovins dans les bassins herbagers sont extrêmement limitées. De plus, certains bénéfices attendus de la mixité tels que la dilution du parasitisme gastro-intestinal n’ont jamais été explorés. En France, des travaux conduits par l’Ifce et l’Inra sur le pâturage mixte entre chevaux de selle et bovins allaitants ont démarré récemment dans des prairies permanentes fertiles du Limousin (station expérimentale de l’Ifce). Ils sont enrichis  par d’autres mesures qui viennent de démarrer en Normandie. L’objectif de ces études (Projets Equibov et Pamiebo) sont de préciser les bénéfices et les limites du pâturage mixte équin-bovin comparativement à une conduite séparée des espèces, et de déterminer les modalités de mise en œuvre du pâturage mixte qui concilient performances animales et entretien des couverts.

Références bibliographiques

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

Lettre d'information "Avoir un cheval"

 

Inscrivez-vous et recevez la lettre chaque mois par email 


Grâce à cette lettre mensuelle, restez informé de nos derniers articles publiés, des fiches encyclopédiques et des vidéos en ligne sur les sujets qui vous concernent : alimentation, santé, reproduction, génétique, comportement, infos réglementaires... et bien d'autres!

 

Je souhaite recevoir la lettre d'information gratuite "Avoir un cheval"