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Pâturage tournant ou continu pour les prairies destinées aux chevaux

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Doligez, E. Doligez, L. Marnay, C. Trillaud Geyl
Mai 2014

 

 

 

Le cheval est un herbivore. L'herbe peut couvrir 40 à 90 % des besoins nutritionnels annuels totaux selon le type et la race des chevaux.
 
Le pâturage est l'exploitation directe de la production primaire de fourrages qui s'avère la plus économique. La sélection de la ressource alimentaire, le piétinement et la répartition hétérogène des déjections par les chevaux font de la prairie une ressource qui évolue dans le temps en fonction aussi des conditions pédo-climatiques. Une gestion raisonnée et rigoureuse du pâturage est nécessaire pour rendre son exploitation performante et durable dans l'alimentation des chevaux.

Définition du cycle de l'herbe 

Comme tout être vivant, les feuilles ont un cycle de vie qui comprend naissance, développement, vieillissement puis sénescence (mort): la durée de pâturage sur une parcelle doit correspondre au temps que mettent les feuilles à accomplir ce cycle, dont la durée s'allonge au cours de la saison de pâturage.


La pousse de l'herbe se caractérise dans le temps par la formation de feuilles, de tiges portant des épis générant des graines à l'issue d'une floraison. Lorsqu'elle est fauchée ou consommée par un animal, l'herbe recommence sa pousse au début, avec ou sans formation d'un nouvel épi.
Le cycle de l'herbe correspond à son exploitation, précédé du temps de croissance et suivi du temps de repousse sans exploitation, c'est à dire :

  • une période de pousse: de la fauche précédente ou de la sortie des animaux jusqu'à la nouvelle exploitation.
     
  • une période d'exploitation par le pâturage (de l'entrée à la sortie des animaux) ou par la fauche pour une parcelle donnée.


En fonction des conditions pédo-climatiques et de la situation géographique, on peut exploiter 3 à 5 cycles de pousse de l'herbe par saison en gérant bien fauche et pâturage.

Comportement des chevaux en pâture et effet sur la prairie

 

Les règles de fonctionnement d'une prairie sont les mêmes quelle que soit l'espèce d'herbivore. En revanche le comportement des chevaux au pâturage est particulier. Leur préférence pour l'herbe jeune et riche en protéines digestibles occasionne le développement de zones pâturées où l'herbe est rasée et des zones de refus où l'herbe est moins consommée et où les chevaux déposent leur fèces.

 
On constate un effet sur la flore :

  • un épuisement des graminées et une colonisation par le trèfle blanc et les plantes à rosettes (pissenlit, plantain, pâquerette) dans les zones pâturées,
     
  • un développement des plantes recherchant des milieux riches en matières organiques et éléments fertilisants (houlque laineuse, dactyle, renoncules (bouton d'or), ortie) dans les zones de refus.

 

Sans une gestion adaptée, le pâturage équin seul génère l'apparition de zones surpaturées où les ressources s'épuisent et d'autres sont gaspillées.

 

Pratiques dégradant la prairie

 

Absence de prise en compte de la portance du sol

 
La portance peut être définie comme la capacité d'un sol à supporter la pression qu'exercent les pneus, les pieds de l'homme ou les pieds d'un animal. Quand la portance est faible (en période humide), le piétinement engendre un tassement et une perturbation de la vie du sol, défavorable à de nombreuses espèces végétales.

 

Les sorties quotidiennes des chevaux dans les prairies même lorsque la portance du sol est limite, créent de nombreuses zones de terres nues propices au développement de plantes rampantes (renoncule rampante, agrostis stolinifère) et des plantes à germination rapide (rumex, chardons) non désirables, remplaçant peu a peu les espèces consommées. Il importe donc de veiller à préserver les parcelles affectées au pâturage et à condamner des espaces réduits où les animaux sont placés quand la portance est insuffisante.

 

 

Sous ou sur-utilisation des ressources herbagères

 

La vitesse de pousse de l'herbe, liée aux conditions de température et d'humidité, est variable au cours du temps. Très importante au printemps, elle ralentit quand les températures deviennent trop élevées (ou trop basses) et en période de sécheresse.

Sur une parcelle donnée, la quantité d'herbe journalière produite évolue donc, pouvant largement dépasser les besoins des animaux et générant l'apparition de refus importants ou au contraire, ne pas les couvrir, causant un épuisement de la prairie par un pâturage excessif.

Pour optimiser l'utilisation de l'herbe dans la rationnement des chevaux en offrant une herbe jeune et appétente, il faudra maintenir le couvert végétal au stade feuillu et limiter la montée à graines. Pour cela le pâturage tournant sera préféré au pâturage continu.

Pâturage continu

 

Le pâturage continu consiste à laisser les chevaux dans la même parcelle pendant toute la durée du printemps et de l'été sur la même surface. La modulation du chargement peut se faire en ajoutant ou retirant les animaux de la parcelle en cours de saison (bovins ou chevaux) ou en agrandissant la parcelle en été avec une zone fauchée au printemps.

Dans ce cas, la production d'herbe n'est pas optimale et des zones de refus se développent si aucune fauche n'est réalisée sur ces zones. Quand la surface offerte est trop importante par rapport au nombre d'animaux, la dégradation de la flore est alors rapide.

Dans les régions arrosées, en absence de fertilisation azotée, on pourra prévoir un chargement modéré de :

 

  • 50 à 60 ares/UGB (soit 2,5 à 3 chevaux/Ha au printemps).
     
  • 80 ares/UGB (soit environ 2 chevaux/Ha en été).

 
Au-delà d'un mois de présence continue dans la même parcelle, il est difficile de bien maîtriser la végétation et d'éviter les refus.

  

Intérêts Inconvénients
Moins de travail de manipulation des chevaux Recrudescence de refus et de zones de sol nu
Adapté aux grandes parcelles Qualité de l'herbe dégradée
Moins de clôtures Moins de manipulation (des jeunes chevaux)
  Moins bonne performance de croissance des jeunes
  Nécessité d'adapter le nombre de chevaux à la parcelle
  Chevaux et bovins en même temps si on ne souhaite pas les mélanger

Pâturage tournant

 

Le pâturage « tournant » ou en rotation consiste à diviser la surface offerte en 3 à 5 parcelles. Chaque parcelle sera pâturée successivement pour exploiter le cycle de l'herbe au stade optimum (stade feuillu des graminées). Les chevaux seuls ou associés à des bovins pâturent successivement les parcelles déplacés plus ou moins rapidement  d'une sous-parcelle à l'autre selon les cycles et en modulant le chargement(nombre de chx/Ha).

 

Chargement sur les parcelles

 

Dans les régions arrosées, on pratiquera sur le premier et deuxième cycle au printemps un chargement de 2 à 5 chevaux/Ha (à moduler selon la qualité et la densité de la prairie et le niveau de fertilisation).

 
Puis aux cours des cycles suivants, lorsque la pousse de l'herbe diminue (été), on passera à 1,5 à 2 chevaux/Ha.

 
Le chargement moyen sur l'ensemble de la période de pâturage sera voisin de 2 chevaux/Ha variant de 1 à 2,5 chx/Ha en fonction de la situation géographique (zones humides ou sèches) et en fonction de la qualité de la prairie.

 

Quand introduire les animaux dans une parcelle et quand les sortir ?

 

Le cheval préférant l'herbe jeune et riche, il est recommandé de rentrer les animaux assez précocement avant la montée de l'herbe. Cela correspond aussi au stade où la prairie possède les meilleurs valeurs alimentaires.

 

Ne pas attendre d'avoir de l'herbe jusqu'aux genoux !!

 

  • Une entrée dans la parcelle quand en moyenne l'herbe a une hauteur de 7 à 10 cm est un bon objectif. Si elle a dépassé 15 cm c'est déjà trop avancé, cela accentue le développement de zones de refus, de zones d'herbes couchées et le développement de ligneux.
     
  • La parcelle est en moyenne considérée comme bien pâturée lorsque l'herbe est en moyenne à 5 cm environ (c'est à dire au dessus de la semelle de la chaussure) - limite basse à 3 cm à ne pas dépasser dans les zones pâturées.

 

Temps de repousse


Au cours de la saison, le temps de repousse se rallonge et le chargement doit diminuer. La surface de l'ensemble pâturé est progressivement augmentée en rajoutant des parcelles.
Sur le premier cycle, le temps de repousse sera de 15 à 20 jours, puis de 20-25 jours pour le deuxième cycle afin de maîtriser la montée en épi et maintenir un stade feuillu.
 
Les cycles suivants seront rallongés de 30 à 50 jours lorsque le stade feuillu est maintenu.  
Ainsi seulement 50 à 70% de la surface est exploitée en pâturage aux cours des premiers cycles au printemps où la croissance de l'herbe est élevée. Les parcelles en excédent seront alors fauchées pour produire du fourrage. Ces surfaces seront ensuite intégrées en été dans le pâturage tournant pour procurer un temps de repousse supplémentaire aux premières parcelles utilisées.
 
Les refus seront fauchés dans chaque parcelle à partir du deuxième cycle après la sortie des animaux de la parcelle, sinon ils auront tendance à s'étendre.

 

Intérêts Inconvénients
Adapté aux chargements élevés Coût des clôtures
Permet de gérer la surface à faucher Demande plus de manipulation d'animaux
Moins de refus Un parcellaire relativement groupé sera plus facile à gérer pour les changements de sous-parcelles
Meilleure qualité de l'herbe (stade feuillu)  
Limite la dégradation du couvert végétal  
Permet d'alterner bovin et chevaux  

A retenir :

  • Un hectare pâturée par 1 cheval, c'est trop !! C'est du gaspillage et plus de refus, notamment au printemps.

  • Éviter les grandes parcelles, le cheval n'a pas besoin de 5 Ha pour se défouler...

  • Éviter le surpâturage (zones de moins de 3 cm) qui se dégradent.

  • Traiter les zones de refus (alternance fauche- pâturage, fauche au printemps, ou faire consommer en hiver) et éviter que les « herbes envahissantes » montent à graine (rumex, chardons, ;..).

  • Éviter le séjour prolongé des animaux en période humide et en hiver, pour limiter la dégradation et laisser un temps de repos au couvert végétal (au moins 3 mois de repos).

  • Associer les espèces bovin-équin, limitant l'apparition de zones de refus.

Equivalence des UGB :Barême Unité Gros Bétail, d'après Martin Rosset 2011

Types de chevaux Trait (750 kg) Selle (550 kg) Poney (300 kg)
Jument seule (tarie ou gestante jusqu'à 5 mois) 0,87 0,71 0,38
Poulain de 7 mois 0,75 0,49 0,26
Jument avec son poulain sevré de 6 mois pendant 1 an 1,62 1,2 0,64
Poulains de 7 à 12 mois 0,78 0,56 0,27
Poulains de 13 à 24 mois 1 0,89 0,49
Poulains de 25 à 36 mois 1,04 0,94 0,56
Poulains > 36 mois 0,98 0,78 0,41

Références bibliographiques

 

DOLIGEZ E., 2002. Paturage du cheval, Prairiales Normandie, Journée technique du Pin- 20 juin 2002

 
MOULIN Ch., 1999. Utiliser et gérer l'herbe pour l'alimentation du cheval, Fiches techniques, Institut de l'élevage- Edition Technipel.

 
MARTIN ROSSET W., et coord. 2011. Nutrition et alimentation des chevaux, Nouvelles recommandations alimentaires de l'INRA, Edition QUAE.

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

  • Alimentation des chevaux
  • Nutrition et alimentation des chevaux
  • Le cheval, techniques d'élevage

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