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Rénovation des prairies destinées aux chevaux

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs : P. Doligez, Ifce et Chambres d'Agriculture

Octobre 2017

 

La flore de la prairie évolue en permanence en fonction des pratiques d'exploitation et des conditions pédo-climatiques. Lorsque le couvert végétal se dégrade, des techniques de rénovation peuvent être envisagées en ayant auparavant pris en compte les causes de la dégradation et les modalités d'entretien nécessaires pour assurer une productivité souhaitée.

Pourquoi rénover une prairie ?

Quand la prairie se dégrade-t'elle ?

On parle de phénomène de dégradation de la prairie lorsque des zones de sol nu apparaissent et que des espèces indésirables (adventices non consommées par les animaux) se développent. La dégradation de la prairie peut s'entendre aussi lorsque la productivité et/ou la valeur alimentaire du couvert végétal ne correspond plus aux attentes de l'exploitant.

Le diagnostic floristique est une « lecture botanique » au cours duquel les espèces végétales présentes sont identifiées en nombre et qualifiées en plantes désirables ou indésirables pour le pâturage et/ou la fauche. A partir de cette analyse, il est possible d'identifier les facteurs responsables d'une dégradation potentielle.

Pourquoi la prairie se dégrade-t'elle ?

Quand il y a sous-pâturage, exploitation tardive au pâturage et à la fauche, surpâturage, piétinement, manque de fertilisation, d'entretien ou trop tardif avec développement d'adventices (mauvaises herbes).

Comment agir avant ?  

On peut agir par une bonne gestion du pâturage et des prairies en pratiquant :

  • Le pâturage tournant avec  un chargement élevé lorsque la pousse de l'herbe est maximale au printemps,
  • Une exploitation précoce de l'herbe pour limiter l'apparition de certaines adventices (mauvaises herbes) et de zones de refus,
  • Le broyage ou le pâturage par d'autres espèces (bovins) pour limiter la formation de refus,
  • L'alternance fauche et pâturage,
  • Un repos hivernal en limitant le pâturage en périodes pluvieuses,
  • La fertilisation en tenant compte des exportations lors de la fauche,
  • Des techniques d'entretien (voir fiche « entretien des pâtures au printemps, entretien des pâtures à l'automne).

Comportement spécifique du cheval au pâturage et dégradation

Le cheval entretient des zones de pâture rases où il vient fréquemment s'alimenter. Ces zones deviennent surpâturées si le pâturage est libre sur la parcelle au cours d'une période continue de pâturage. Le sur-pâturage engendre la dégradation des réserves situées à la base de la plante dont la croissance est alors ralentie. L'arrachage des repousses en dessous de 3 cm de hauteur favorise l'apparition de zones nues et l'implantation de plantes indésirables. Ceci sélectionne progressivement une flore avec moins de graminées et plus de plantes à rosette et mauvaises herbes. 

Il délaisse des zones dites « de refus » où les déjections s'accumulent. Cette végétation se durcit avec le temps et devient de moins en moins appétente. Aussi un couvert maintenu haut fait de l'ombre aux jeunes repousses dont la croissance est alors ralentie. On observe alors la sélection d'une flore avec des graminées nitrophiles (qui aiment l'azote) peu appétentes avec une disparition des légumineuses.

Sur les zones de passage ou d'affouragement, l'apparition de zones nues causées par le sur-piétinement accentue aussi la dégradation du couvert végétal.

Techniques de rénovation

Les sur-semis ou la rénovation totale par un labour puis un semis sont des techniques coûteuses qui demandent au préalable de procéder à la réalisation d'un diagnostic floristique pour choisir le mode de rénovation le plus approprié à la situation. Un diagnostic du sol sur la faisabilité d'un labour (remontée de cailloux, sol non fertile) doit aussi être envisagé.

Résultat d'un diagnostic prairial

Plantes indésirables et trous
% de bonnes graminées + légumineuses herbacées
> 70%
30 à 70 %
< 30%
< 15  %
Excellente prairie
Semis, adaptation du chargement
Sursemis
15 à 30 %
Bonne prairie
Semis, adaptation du chargement Semis sans labour
> 30 %

Semis, adaptation du chargement Rénovation totale avec ou sans labour

Niveaux de dégradation des prairies et possibilités d'amélioration d'après Leconte et al 1998.

 

Remarque : Les zones d'abreuvement, d'affouragement, de passage ou de présence hivernale, et les paddocks d'exercice sont des surfaces en permanence piétinées. La rénovation peut représenter un coût élevé et ne sera pas durable puisque ces surfaces seront dégradées à nouveau par l'utilisation. Un ré-encaissement (stabilisation de ces zones avec des cailloux ou du calcaire) semble plus approprié.

Le semis et sursemis

On parlera de semis lorsque l'on souhaite réimplanter un couvert végétal sur une surface totalement nue. Alors que le sursemis a pour objectif de regarnir certaines zones nues d'une prairie installée sans détruire le couvert végétal déjà en place.

Les conditions de réussite :

  • la période : les semis fin d'été – début d'automne sont plus faciles à réussir que les semis de printemps. Le salissement par la levée des adventices sera moindre en hiver.
  • des zones nues bien distinguées : + 10% de sol nu (pour un sur-semis), +30% d'indésirables et <30% de bonnes graminées et légumineuses herbacées (pour le semis, voir tableau au-dessus)
  • le couvert végétal du reste de la parcelle doit être bien ras
  • le sol ne doit être ni détrempé, ni trop sec.

Le matériel :

Pour le semis, après destruction du couvert végétal existant (chimique ou mécanique) :

  • Avec un rotavator (pas plus de 8 cm de profondeur) ou un outil à dents type vibroculteur ou herse pour obtenir un sol fin en surface,
  • Obtenir une surface plane et bien tassée par un roulage avant le semis,
  • Juste après le semis, la graine doit juste être recouverte en surface (<3cm de profondeur).

Pour le sursemis et le semis :

  • Semer à la volée ou avec un semoir à disques, à sabots ou à patins,
  • Privilégier un bon contact graine-sol par le roulage (semis) ou le piétinement des chevaux (sursemis)

La densité de semis :

La dose de semis est déterminée par le nombre de graines par gramme. Ce nombre est variable selon les espèces. L'objectif est d'obtenir 500 plantes au m2. La dose de semis pour une surface totalement nue, varie de 10 à 25 kg/ha pour les principales graminées et légumineuses prairiales (référence Gnis). Ne pas dépasser 25-30 kg/ha dans le cas d'un mélange.(Se renseigner auprès du fournisseur).

Pour entretenir une prairie avec un sur-semis de graminées, on préconise une quasi dose pleine (20 kg/ha de graminées + 3kg/ha de Trèfle Blanc ou 6 kg/ha  de Trèfle Violet)

Remarque :
L'agrostis stolonifère a un pouvoir anti-germinatif sur les autres graminées.
Il est important de l'éliminer par hersage avant le semis.

Quelles espèces choisir pour le semis ou sursemis ?

Pour les chevaux, il n'y a pas de graminées ou de légumineuses spécifiques à privilégier pour le pâturage ou la fauche par rapport aux autres herbivores. L'objectif est de maintenir une prairie toujours gazonnante et un couvert végétal productif à base de graminées. La présence de légumineuses comme le trèfle est intéressante pour son apport en protéines mais ne doit pas excéder 20 % du couvert.

Le choix des espèces dépend davantage des conditions pédoclimatiques du sol et de l'utilisation de la prairie pour le pâturage et/ou la fauche.

Pour obtenir un résultat satisfaisant au sur-semis, il est préférable de choisir des espèces à implantation rapide et des variétés  dites « agressives » comme le Ray Gras anglais tétraploïde (mais moins résistante au piétinement) ou du Ray Gras hybride et le trèfle blanc.

Pour l'utilisation en pâturage pour le cheval, on choisira pour le semis  des variétés de préférence gazonnantes, résistantes au piétinement (variétés diploïdes), et tardives (qui épient tardivement)

Proposition de mélanges pour le semis de prairie en Pays de Loire

d'après F. Hubert 1998

Espèces dominantes : espèces de fond prairial, qui assurent l'essentiel de la production fourragère

Espèces d'accompagnement : espèces pas forcément productives, mais qui couvrent bien le sol pour éviter le salissement par les adventices.

 

 

Références

  • Deleau D, Deville A., Lamy M., Tisserand J., 2012. Entretien des prairies, Halte aux idées préconçues. Elevage allaitant- Bâtir une dynamite gagnante- 19/10/2012- Arvalis- Saint Hilaire en Woëvre.
  • Hibert F., La Prairie multi-espèces, groupe prairie Pays de Loire, Juin 1999.
  • Lemasson C., Pierre P., Osson B., 2008. Rénovation des prairies et sursemis. Comprendre, raisonner et choisir la méthode. Revue Fourrages N° 195, p 313- 330.
  • Leconte D., Luxen P., Bourcier J.FJ- 1998. Raisonner l'entretien des prairies et le choix des techniques de rénovation.Fourrages 153, 15-29, 1998.
  • Leconte D., GNIS. http://www.gnis-pedagogie.org/diagnostic-prairie-fiche-diagnostic.html

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