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Sécheresse : Comment gérer les surfaces fourragères et alimenter les chevaux autrement ?

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Doligez, G. Fleurance,
Juillet 2015

 

 

 

La sécheresse se caractérise par une faible distribution ou un déficit marqué de précipitations par rapport à la normale. Elle a un impact important sur les productions fourragères qui ne pourront pas totalement satisfaire les besoins alimentaires des animaux.
 
Pour mieux gérer cette situation critique, des solutions en amont et pendant la sécheresse peuvent être envisagées pour préserver les surfaces fourragères.
Aussi en cas de pénurie, des aliments de substitution inhabituels, source de cellulose et/ou de protéines peuvent être intégrés à la ration des chevaux.

Gestion des surfaces fourragères

Au préalable prévoir des stocks de sécurité dès la récolte

En période de sécheresse, le cours des prix des fourrages est élevé. Afin de limiter les achats extérieurs, des stocks de fourrages de « sécurité » (+20 à +30% des besoins annuels) doivent être constitués à la récolte pour appréhender les périodes s'avérant plus délicates en cas de mauvaises conditions météorologiques (distribution de fourrages dès le mois de juillet en cas de sécheresse estivale ou au printemps lorsque la mise à l'herbe est retardée quand le sol n'est pas assez ressuyé).

 

Faire un bilan fourrager avant d'acheter

Avant de décider de l'achat de fourrages en cas de pénurie, il convient de faire le bilan entre les besoins des chevaux et les stocks en herbe et en fourrages prévus sur la période critique supposée.
Ce bilan permet de faire la somme des besoins en quantités de matière sèche nécessaire pour chaque catégorie d'animaux (environ 10 kg de matière sèche par UGB/j) et de les comparer au stock disponible sur pied (parcelles de pâturage disponibles) et au stock de fourrages établi pour la saison hivernale (calculé en tonnes de matière sèche).

Conduite du pâturage

  • Ne pas gaspiller l'herbe

En cas de sécheresse, il convient de bien valoriser toute l'herbe disponible pour ne pas la gaspiller. Le chargement (nombre d'animaux/ha) doit être adapté à la hauteur d'herbe disponible dans la parcelle. On optera plutôt pour un système de pâturage tournant (voir pâturage tournant ou continu) pour limiter la formation de zones de refus. Les parcelles doivent être divisées. Les animaux sont réintroduits lorsque la repousse a atteint 8 à 10 cm de hauteur. Si les refus s'accumulent ou si des zones avec beaucoup de graminées épiées se développent, il faut les faucher et les récolter. Ces fourrages pourront servir à alimenter des animaux à moindres besoins.
De plus, tant que des épis sont présents, les graminées ne fabriquent pas de nouvelles feuilles. La fauche des épis va permettre aux plantes de redémarrer un nouveau cycle.

  • Surtout ne pas dégrader les pâtures

Lorsque la prairie est trop râpée par un surpâturage excessif (en dessous de 3 cm de hauteur) et en conditions sèches, les repousses sont compromises, puisque les entre-noeuds des graminées (poacées) où sont accumulées les réserves à la base de la plante sont prélevés. Lorsque la prairie est trop rase, la surface de feuilles est plus faible. La photosynthèse est réduite et la repousse sera retardée. En période de sécheresse, il faut épargner les zones pâturées dés que la végétation atteint 3 cm (hauteur d'herbe entre semelle et talon, dépassant légèrement la semelle) en sortant les animaux des parcelles et en les affourageant. Cet affouragement doit être réalisé sur des parcelles spécifiques (paddocks) afin d'épargner les autres.

  • Allonger la période de pâturage à l'automne

Pour éviter d'entamer trop vite les stocks de fourrages prévus pour la période hivernale, on pourra allonger la période de pâturage en automne sur les prairies permanentes à condition que les sols restent portants (pas de formation de boue excessive par le piétinement). Il faudra cependant respecter un temps de repos hivernal (au moins 2 à 3 mois) pour les parcelles exploitées au printemps, pour favoriser la régénérescence du couvert végétal.

 Cependant, l’allongement de la période de pâturage n’est pas préconisé sur les prairies temporaires, sensibles au piétinement et dont la capacité de régénération au cours de l’hiver est moindre.

Récolte des fourrages

  • Faucher tôt

En condition de sécheresse, le stade « épiaison » des graminées est atteint plus rapidement. Il convient alors de faucher tôt, pour obtenir un fourrage de meilleure qualité (en énergie et protéines), profiter de l'humidité restant dans le sol pour alimenter la repousse suivante et bénéficier d'une plante plus jeune, qui redémarrera plus vite suite à une période de pluie.

  • Ne pas faucher trop bas

Faucher très bas permet d'augmenter le rendement mais compromet aussi la repousse lorsque le temps reste au sec. La règle d'une coupe à 5-6 cm de hauteur permet au couvert végétal de rester « vert » en fin de chantier de fourrage, et d'envisager un meilleur redémarrage. Cela limite aussi l'apparition de sol nu qui accélère la dessiccation du sol.

  • Fertilisation après la fauche

Une fertilisation minérale azotée sur les prairies temporaires à base de graminées adaptées à la sécheresse (fétuque, dactyle), voire sur des prairies permanentes moins sensibles à la chaleur que le ray-grass peut être réalisée juste après la fauche si les sols ne sont pas trop desséchés. La quantité d’azote minéral devra être cohérente avec la croissance de l’herbe attendue, la part des légumineuses et les apports antérieurs de fumier.

Après une période de sécheresse et au retour de la pluie à l'automne, en présence de chaleur et d'humidité, on assiste à une minéralisation naturelle importante c'est à dire une transformation des macro-éléments de l'humus et de la matière organique en éléments minéraux nutritifs (N, P, K) directement disponibles pour la plante.
Il n'est alors pas forcément nécessaire de réaliser une fertilisation minérale chimique (N, P, K). On privilégiera plutôt en toute fin de saison (automne) un apport de fumure organique type compost qui permet de renforcer la résistance des prairies de longue durée (pour la saison suivante) par l'introduction d'humus, matière organique dont la minéralisation sera lente et continue au cours de la période hivernale.

Alimenter les chevaux face à une pénurie de fourrages ou/et céréales

En cas de pénurie, des produits inhabituels peuvent être utilisés dans l'alimentation des chevaux. La plupart d'entre eux sont des co-produits de l'industrie agro-alimentaire (pulpes de betterave, lactosérum, corn-gluten feed, drêches de blé, matières grasses..). Il peut s'agir aussi de co-produits disponibles sur les exploitations agricoles (paille de céréales, paille de pois, déchets de maïs, fourrages déshydratés…) ou de retraits des filières fruits et légumes (pommes, carottes, pomme de terre, ..)

 
Il est important de procurer au cheval :

  • des sources de fourrages pour leurs apports en lest et cellulose indispensables à sa une bonne digestion.
  • Une complémentation avec des concentrés pour équilibrer selon les cas les déficits en énergie et protéines engendrés par l'utilisation de fourrages inhabituels.


Les produits autres que l'herbe, le foin et les concentrés « classiques » (orge, avoine, …) peuvent potentiellement être intégrés dans la ration en respectant bien-sûr les conditions d'utilisation (proportion et équilibre dans la ration)  voir « utilisation des aliments inhabituels dans la ration du cheval ».
Pour chaque aliment utilisé, il faudra veiller à disposer de la valeur alimentaire (par l'analyse ou vérification dans les tables INRA), de la qualité sanitaire et du prix proposé (prix  au kg, ou mieux, à l'UFC de l'aliment en €)  : voir « calculer le coût de la ration journalière de mon écurie »  pour décider de son intégration dans la ration des chevaux.

Une transition alimentaire de 10 à 15 jours lors de la modification de la ration est nécessaire pour limiter les troubles digestifs.
Plus la décision d'utiliser des aliments inhabituels est précoce, plus il est possible de les mélanger avec les fourrages traditionnels et limiter ainsi les risques digestifs. Si on attend l'épuisement des stocks en fourrages traditionnels, il faudra composer une ration uniquement avec des co-produits, ce qui est plus délicat pour ne pas faire d'erreur alimentaire.

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

  • Alimentation des chevaux
  • Nutrition et alimentation des chevaux
  • Le cheval, techniques d'élevage

Références bibliographiques

Soltner D., 1988. Les grandes productions végétales, 16ème édition. Collection sciences et techniques agricoles.


Fleurance G., Pottier E., Sécheresse : conseils pour gérer les surfaces fourragères destinées aux équins. Prairiales du Pin 2011, le Pin au Haras, 16 juin.


Pottier E., Dossier spécial sécheresse : 7 conseils pour optimiser la gestion des surfaces fourragères. 17 mai 2011- Institut de l'élevage- CIRPO.


Trillaud Geyl C., Marnay L., 2011. « Spécial sécheresse » solutions alternatives en matière d'alimentation. Equ'idée n°76, automne 2011, p 30-32.

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