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Gérer le jeune cheval dans les périodes clés de sa vie

Niveau de technicité : 

Auteur : C. Neveux (Ethonova)
Janvier 2012

 

A l’élevage, le jeune cheval est soumis à différents stimuli potentiellement stressants qui peuvent avoir des conséquences négatives : immédiates (pertes de poids, blessures, agressivité…) ou futures (troubles du comportement : stéréotypies, mauvaise adaptation sociale…). La plupart des stéréotypies, ou vices d’écurie, apparaissent avant 18 mois, et une étude a montré que 18% des jeunes animaux présentaient un tic à l’appui, un tic à l’ours ou un tic ambulatoire (Waters et al, 2002). Ces périodes clés doivent donc être gérées le mieux possible de façon à limiter le stress des jeunes animaux et éviter de compromettre leur future carrière sportive.

La naissance

La première demi-heure après la mise-bas est considérée comme une période critique pour la formation du lien mère-jeune (Houpt, 2002). Pendant cette période, la jument identifie le poulain comme le sien grâce à des comportements d’exploration (visuels, auditifs et tactiles). L’attachement du poulain pour sa mère n’est pas complet avant sa deuxième semaine, il est donc préférable de les maintenir isolés du groupe dans un petit paddock pendant cette période.

Une technique de manipulations post-natales appelée « imprégnation », est parfois pratiquée de façon à rendre le poulain plus facilement manipulable par l’homme lorsqu’il grandit. Toutefois, ses effets sur la relation à l’homme sur le long terme sont relativisés par certains chercheurs. Et il apparaît aussi que cette technique peut avoir des conséquences néfastes sur le comportement social ultérieur (retrait du groupe) et sur l’orientation spatiale (Lansade et al, 2005 ; Henry et al, 2010). Certaines interventions humaines plus courantes autour du poulinage ont aussi été étudiées (Henry et al, 2006, 2010). Ainsi, il apparaît que le fait d’aider le poulain à la tétée (mise à la mamelle, maintien de la tête…) ait des conséquences négatives sur la future relation homme-poulain (méfiance).

En conséquence, il est conseillé de limiter au strict minimum les interventions autour du poulain après la naissance (injections de sérums, désinfection du cordon), surtout pendant les premières 30 minutes.

Le sevrage

A l’état naturel, le sevrage intervient vers la 40ème semaine, soit environ un mois avant la nouvelle mise bas. Mais le lien entre la mère et le poulain n’est pas rompu totalement et le poulain reste à proximité de sa mère jusqu’à 2 ans environ. En élevage, le sevrage qui a lieu le plus souvent entre 4 et 6 mois, provoque un stress important et peut conduire à divers problèmes physiques (blessures, perte d’état) ou comportementaux (période sensible pour l’apparition des stéréotypies).

Plusieurs méthodes sont préconisées pour limiter le stress lors de cette période (Houpt et al, 1985 ; Hoffman et al, 1995 ; McCall et al, 1987 ; Wulf et al, 2008).

 

  • Un sevrage en groupe au paddock est préférable plutôt qu’un sevrage où le poulain est seul au box.
  • Si un sevrage en box est pratiqué, il est recommandé de sevrer les jeunes animaux deux par deux, tout en étant vigilant sur les risques d’agressivité et d’agir en conséquence.
  • Il semble aussi qu’une séparation partielle de la jument et du poulain (se voir, s’entendre, se sentir et se toucher, mais prévenir les tétées) soit préférable à une séparation abrupte (jument emmenée dans un autre endroit).
  • Le retrait des juments une à une à plusieurs jours d’intervalle semble moins stressant que le retrait de toutes les juments le même jour.
  • Il est aussi conseillé de commencer la transition alimentaire en proposant au poulain avant le sevrage, une nourriture solide adaptée, avec un supplément en minéraux pour lutter contre le stress de cette séparation.


Il est évident que chacun doit choisir la méthode la mieux adaptée à ses infrastructures, son type de chevaux, ses pratiques d’élevage…etc…

Après le sevrage, le mode d’hébergement est aussi très important. Pour leur bon développement comportemental, il est conseillé de les garder en groupe et de préférence à l’herbe (Heleski et al, 2002).

En pratique, les jeunes chevaux sont effectivement maintenus en groupe, parfois mixtes, mais uniquement du même âge. Or, une étude a montré qu’il est bénéfique d’inclure des chevaux adultes (choisis pour leur facilité de manipulation) dans ce groupe de façon à favoriser les contacts sociaux positifs (Bourjade et al, 2008). Il a aussi été montré qu’après une période d’isolement social, les jeunes mâles sont plus agressifs envers leurs congénères (Christensen et al, 2002). Il est donc conseillé de les maintenir en groupe le plus longtemps possible.

Il est intéressant de souligner que le lendemain du sevrage ou d’une mise en box, le poulain est plus réceptif aux manipulations faites par l’homme. De plus, ces manipulations auraient tendance à avoir un effet à plus long terme que celles pratiquées sous la mère.

La transition vers l’âge adulte

Selon sa race et son utilisation, le jeune cheval est souvent soumis à des périodes de transition entre l’élevage et la compétition, que ce soit la préparation pour les ventes, le débourrage ou le pré-entraînement.

Ces périodes peuvent se révéler stressantes et engendrer des risques pour le jeune cheval et les soigneurs qui s’en occupent. Pour faciliter ces transitions, il est possible d’agrémenter la vie quotidienne des chevaux avec des enrichissements environnementaux : alimentaires (stimulation du goût…), modification du milieu de vie (hébergement), stimulations sensorielles (visuelles, tactiles, auditives et olfactives) et situations nouvelles (isolement lors du passage à la douche…) (Lansade et al, 2011).

Ainsi, un programme composé de divers enrichissements environnementaux a été mis en place chez des yearlings de race Pur-sang en préparation pour les ventes. Des conséquences positives ont été mises en avant : une réaction moindre face au stress d’isolement social dans un lieu inconnu (les boxes de la structure des ventes) et une diminution des comportements dangereux en main (cabrés, écarts, morsures…).

Lors des premiers apprentissages (débourrage), il a été montré que le mode d’hébergement des jeunes chevaux est très important. Ainsi, ils semblent mieux s’adapter à l’entraînement lorsqu’ils sont hébergés en groupe (paddock ou stabulation) et sont moins agressifs envers l’homme (Rivera et al, 2002 ; Sondergaard et Ladewig, 2004).

Les différentes méthodes issues de la recherche scientifique présentées ci-dessus permettent aux éleveurs de limiter les risques inhérents à ces périodes clés afin de mieux préparer le jeune cheval à sa future carrière. Différentes périodes clés particulièrement stressantes sont exposées ici, mais il est nécessaire de se rappeler que toute intervention inhabituelle (vétérinaire, transport, maréchal-ferrant) peut susciter un stress. Il est donc important d’être constamment vigilant et de s’adapter à chaque jeune cheval et à chaque situation.

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Bibliographie

Bourjade, M., Moulineau, M., Henry, S., Richard-Yris, M.A., Hausberger, M., 2008. Could adults be used to improve the social skills of young horses, Equus caballus? Developmental Psychobiology, 50, 408-417.

Christensen, J.W., Ladewig, J., Søndergaard, E., Malmkvist, J., 2002. Effects of individual versus group stabling on social behaviour in domestic stallions. Applied Animal Behaviour Science 75, 233–248

Heleski, C.R., Shelle, A.C., Nielsen, B.D., Zanella, A.J., 2002. Influence of housing on weanling horse behaviour and subsequent welfare. Applied Animal Behaviour Science 78, 291–302.

Henry S., Richard-Yris M.A., Hausberger M., 2010. Faut-il manipuler le poulain nouveau-né ? Les effets à court et long termes de l'imprégnation et de l'assistance humaine lors de la première tétée, 36ème Journée de la Recherche Equine, IFCE, p153-160.

Henry S., Richard-Yris M.A., Hausberger M., 2006. Influence of Various Early Human–Foal Interferences on Subsequent Human–Foal Relationship. Dev. Psychobiol. 48, 712–718.

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