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Appréhender le débourrage d'un cheval de sport

Niveau de technicité :

Auteurs : F. Grosbois, L. Marnay, G. Samson

Màj Janvier 2011
 

Faire naître un poulain, l’élever puis l’éduquer dans un objectif d’utilisation n’est pas une chose aisée si l’on n’a pas de connaissances suffisantes sur le sujet, indépendamment d’un minimum de structures et de matériel.
Le débourrage correspond à l’acceptation du cavalier sur le dos du cheval. Il n’existe pas une méthode pour débourrer un cheval : il en existe plusieurs. L’objectif est le même : l’apprentissage des codes de communication employés (les aides) et l’acceptation du cavalier. Cela doit se faire par étapes, qu’il ne faut pas vouloir brûler.

Age du débourrage

©FG/IFCE

Le poulain sera en confiance et n’aura pas de réaction de défense ou de peur face aux gestes de l’homme, si leurs contacts ont été précoces, dès les premières semaines de sa vie. Toutes les manipulations effectuées, même sous la mère, (pansage, marcher en main, prendre les pieds…) sont relativement bien mémorisées par le cheval ainsi que les conditions dans lesquelles elles sont réalisées (stress, violence, calme…). 


L’âge du débourrage du cheval de sport est conditionné par celui fixé pour accéder à la participation notamment à des épreuves d’élevage
où le cheval est examiné sous la selle à 3 ans, dans ses trois allures. Un « pré-débourrage » aura pu être réalisé l’année précédente, vers 18 mois à 2 ans, souvent aux longues rênes. En général, on conseille de débourrer au plus tard à 4 ans, cela devenant plus délicat au delà, en raison de la force du cheval adulte qui se soumet plus difficilement.


Le cheval doit présenter un bon état physique et sanitaire pour aborder le débourrage.

 

Matériel utilisé

©FG/IFCE


La méthodologie proposée ci après, a déjà fait ses preuves. Aujourd'hui une autre approche se développe : l’éthologie.

Le matériel doit être en bon état et entretenu afin de ne pas engendrer de blessures à l’usage.

Il faut équiper le cheval d’un caveçon ajusté à deux doigts sous les apophyses zygomatiques (comme pour une muserolle). Le serrage doit être franc de façon à ce que, si le cheval se défend, le caveçon reste bien en place.

L’intérêt du caveçon est de ne pas agir sur la bouche du cheval avant que le contact ne soit correctement établi et compris. De plus, il permet des changements de mains très rapides.

 

Mettre par dessus un filet simple (sans muserolle) avec une embouchure souple et articulée (en caoutchouc par exemple ou à gros canons) pour le premier contact. Ultérieurement, le choix de l’embouchure sera fonction des réactions du cheval et de la sensibilité avec la main du cavalier.

L’ajustement de l’embouchure est vérifié de façon à ne pas blesser les commissures des lèvres,  sans tension excessive mais pas trop lâche afin que la langue du cheval reste bien sous le mors.  

Le choix du type de rênes est fonction du cavalier, les rênes brédies ou en toile avec arrêtoirs sont recommandées car elles permettent une bonne tenues de celles ci, même si le cheval transpire. Maintenir les rênes dans la sous gorge.

 

Une corde peut être nouée (avec un nœud de marin) autour du cou du cheval ce qui permettra au cavalier de s’assurer en cas de bonds par exemple.Une étrivière pourrait avoir le même rôle.

 

©FG/IFCE

Une longe plate est attachée dans l’anneau, fixé sur la muserolle du caveçon. Ainsi harnaché, le cheval peut être sorti du box et conduit en main sur le lieu de travail, un manège, une carrière, un espace au pré canalisé, au sol souple et non glissant. Le longeur disposera d’une chambrière pour encadrer et mettre le cheval en avant.

C’est normalement à partir de la deuxième séance que le cheval peut être sellé pour la première fois, sur le lieu de travail, classiquement avec un tapis sans épaisseur exagérée, et environ à la cinquième séance qu’il sera sellé au box. L’utilisation d’une sangle élastique évite le serrage trop puissant, qui pourrait gêner le cheval.

Il est conseillé de protéger le cheval avec une paire de guêtres aux antérieurs.

Remarquez qu'il est préférable de seller en dehors du box la première fois afin, d’éviter que le cheval ne se blesse si celui montre une réaction vive au sanglage (Sellez alors dans un lieu de travail clos).

 

Méthode de débourrage


Le protocole ci dessous proposé doit être considéré comme une base de travail. Les séances quotidiennes sont fixées raisonnablement à 20 minutes environ s’agissant d’un jeune cheval.

Il faut bien entendu moduler cette suggestion en fonction des acquis antérieurs (manipulations) mais aussi des acquisitions, compréhension par le cheval lors de ces étapes. Il faut aussi s’adapter au caractère du cheval.

Deux personnes sont nécessaires, afin d’agir en sécurité, tant pour le cheval que pour le cavalier.

©AL/IFCE

1ère séance

Mettre le caveçon et le filet au box. Dans l'espace de travail, tourner le cheval en longe aux deux mains, calmement en lui parlant, avec des ordres brefs, clairs  et  distincts selon les consignes, au pas et au trot. Vous devez toujours conserver un triangle « cheval - longe - longeur - chambrière », pour encadrer et guider le cheval sans que le longeur ne le devance.

Conseil : veiller à ce que le cheval se porte toujours en avant. 

©AL/IFCE

2ième séance

Mettre le caveçon et le filet au box. Dans l'espace de travail, laisser le cheval se détendre (échauffement du cheval) au bout de la longe pendant 5 minutes, à main gauche, afin de lui permettre de «jeter son feu ».

Seller le cheval en veillant aux réactions lors du sanglage (laisser les étriers pendre librement le long des quartiers).

Tourner le cheval en longe, aux deux mains, calmement en lui parlant, au pas et au trot. Il doit toujours se porter en avant.

Conseil : si le cheval veut galoper, le laisser faire.

 


L’objectif de ces 2 étapes : que le cheval, calmement, obéisse peu à peu aux ordres. 

 

©FG/IFCE

3ième séance

Mettre le caveçon et le filet au box. Dans le manège, seller le cheval et le laisser se détendre 5 minutes à chaque main. 

Arrêter le cheval et commencer la séance du montoir, le longeur le tenant au caveçon. Il aide le cavalier à se hisser et se poser en « sac » sur le dos du cheval. Il va lui  faire découvrir qu’il peut être touché sur les deux côtés (épaules, flancs). Ainsi, le cheval s’habituera à ne pas réagir quand le «cavalier»  se laisse glisser à terre.

Le longeur conduit alors le cheval en main, sur un petit cercle au pas.

Conseil :  parler au cheval.

©FG/IFCE

4ième séance

Mettre le caveçon et le filet au box. Dans l'espace de travail, seller le cheval et le détendre  pendant 5 minutes, à la longe, à chaque main. 

L’arrêter et recommencer la leçon du montoir en « sac ». Le longeur conduit le cheval en main, sur un petit cercle au pas.

Terminer la séance en enfourchant le cheval, le cavalier tenant les rênes sans véritable action, mais néanmoins ajustées. Le longeur fait marcher le cheval au pas et au trot pendant 10 minutes. Le cavalier descend et remonte aussitôt en se faisant hisser par le longeur.

Conseil : ne passer à l’étape suivante que si la précédente a bien été acceptée.

 

©FG/IFCE

5ième séance

Mettre le caveçon, le filet et seller le cheval au box. L’amener en main sur le lieu de travail. Détendre le cheval pendant 5 minutes, à la longe, à chaque main.  L’arrêter et recommencer la leçon du montoir en «sac». Le longeur conduit le cheval en main, sur un seul cercle au pas.

Arrêter le cheval pour que le cavalier l’enfourche. Les rênes sont tenues et le contact main-bouche est établi.  L’aide longe le cheval sur un cercle de 20 mètres de diamètre.

Le cavalier commence par associer ses aides (voix, mains, jambes) aux ordres du longeur pour les changements d’allures, avec l’objectif de s’y substituer progressivement.

Par action des jambes, le cavalier demande le trot et le maintient 5 minutes. L’exercice est demandé à chaque main. Le galop est ensuite demandé de la même manière.

Pour terminer, le cavalier descend et remonte aussitôt en se faisant hisser par le longeur.

Conseil : Ne demander l’allure supérieure que si la précédente à bien été acceptée.

 

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6ième séance

Au box, seller le cheval et le brider en rajoutant une muserolle française au filet. Ne pas mettre le caveçon.

Amener le cheval en main sur le lieu de travail. La plate longe est fixée sur l’olive opposée du mors en passant sur la nuque du cheval et en revenant dans l’olive interne, visible.

Le cavalier se fait hisser et enfourche le cheval. Détendre le cheval pendant 5 minutes, à la longe, au pas, au trot et au galop à main gauche.

L’arrêter, enlever la plate longe et laisser le cavalier diriger les opérations.  Marcher au pas, arrêter plusieurs fois, à chaque main.
En fonction des réactions du cheval, le trot et/ou le galop seront demandés.

Pour la mise en avant, une cravache peut être utilisée mais en action complémentaire des jambes et en arrière de celles-ci, ou sur le plat de l’épaule.

Le cavalier descend et remonte aussitôt en chaussant l’étrier, le longeur tenant le cheval à la tête.

 

©FG/IFCE

7ième séance

Au box, seller le cheval et le brider (avec la muserolle française). L’amener en main sur le lieu de travail, l’aide le tenant à la tête, le cavalier le monte directement en chaussant l’étrier.

Demander le pas, aux deux mains pendant 5 minutes, en alternant avec des arrêts. De la même manière demander le trot et le galop.

Le cavalier descend et remonte en chaussant l’étrier, l’aide étant proche de la tête du cheval mais sans le tenir.

 

©FG/IFCE

8ième séance

Au box, seller le cheval et le brider avec la muserolle française.

L’amener en main sur le lieu de travail où le cavalier le monte directement en chaussant l’étrier, sans que le cheval ne soit tenu.

Seul, le cavalier demande les trois allures, aux deux mains pendant 10 minutes, en alternant avec des arrêts.

Le cavalier descend et remonte en chaussant l’étrier, l’aide étant proche de la tête du cheval mais sans le tenir.

Conseil : à ce stade, l’autonomie doit être privilégiée.

 

A retenir

©AL/IFCE

Réalisée dans le calme, la mise en selle du cavalier peut être relativement rapide si elle est conduite avec discernement et écoute du cheval.
En tout état de cause, il ne faut jamais vouloir brûler les étapes et ainsi, toute séance non intégrée par le cheval doit être renouvelée jusqu’à compréhension.

Enfin, le débourrage ne peut être terminé sans au moins quelques séances à l’extérieur, en compagnie d’un vieux cheval si possible.


Un bon « éducateur » doit toujours se projeter à la place du cheval, pour bien comprendre les réactions de celui ci. Il doit constamment lui parler,  le rassurer et le caresser dès que l’exercice est compris. Il faut savoir être progressif et méthodique.


Le débourrage, cela ne s’improvise pas. Il faut déjà être un bon cavalier pour bien aborder l’exercice. Ne pas se lancer dans cette aventure sans en avoir les compétences.

Le débourrage, c’est déjà l’apprentissage de la carrière future du cheval, c’est donc une étape capitale. Il est préférable de faire appel à des professionnels.

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