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Evaluation de la charge d'entraînement - Première approche

Niveau de technicité :niveau de technicité

Auteur : P. GALLOUX (Phd, BEES 3 Equitation, Ecuyer du Cadre noir), P. MULL (BEES 2 Equitation, Ecuyer du Cadre noir et entraîneur du Pôle France jeune de concours complet), G. BESSAT (BEES 3 Athlétisme, préparateur physique de cavaliers, consultant à l’ENE de Saumur pour la mise en place du suivi de la condition physique)

Novembre 2017

Gérer la quantité d’entraînement, élaborer une progression cohérente et adaptée selon les chevaux, savoir l’ajuster à tout moment, pouvoir établir un bilan de fin de saison…, font partie des tâches essentielles de tout entraîneur ou cavalier désireux de progresser, de performer durablement et de façon rationnelle. L’objet de cette fiche est d’enclencher une réflexion concernant les charges d’entraînement à partir d’une logique basée sur les méthodologies d’entraînement connues, mais aussi sur l’expérience d’entraîneurs et de rares travaux sur le cheval. Son contenu évoluera avec la connaissance, notamment dès que des outils de mesure de la récupération permettront d’évaluer encore mieux la fatigue engendrée pour chaque type de séance et la durée de récupération nécessaire à chacune d’elle.

Introduction

Entraîner un cheval c’est gérer l’alternance des phases de travail et de repos, la succession de périodes distinctes de développement, de pré-concours, de concours et de régénération. Pour cela il est nécessaire de pouvoir appréhender de façon précise l’enchaînement des séances d’entraînement et donc le poids de chacune d’elles, pour quantifier, contrôler et ajuster le travail au niveau de la préparation du cheval.
A l’issue de la saison, il est possible d’analyser son programme par rapport à ses objectifs et ses performances, de le comparer avec l’année précédente et à celui d’autres chevaux. Les conséquences d’une séance hormis les aspects psychiques, peuvent être la fragilisation des systèmes osseux, musculaires et tendineux, l’accumulation d’une certaine fatigue par l’épuisement des ressources énergétiques et métaboliques.

D’après plusieurs auteurs, la fatigue peut être la conséquence de phénomènes très divers :
- élévation massive de la production de lactates entraînant une baisse du pH musculaire et de ce fait une inhibition des voies métaboliques,
- chute des capacités oxydatives du muscle,
- élévation du taux d’ammoniaque avec des perturbations dans certains phénomènes chimiques et neuronaux,
- baisse des ressources en substrat, en particulier du glycogène (50% de baisse suffit à limiter le nombre de contractions et la part de la glycolyse),
-perturbation hormonale et de la concentration en ions Ca++, déséquilibre ionique et hydrique, élévation de la température interne,
- insuffisance des réserves en minéraux (Fe) par perte sudorale,
- déséquilibre de la régulation cardiaque des systèmes ortho et parasympathiques.

Définition de la charge d'entraînement

Les entraîneurs définissent généralement la charge d’entraînement à partir des effets d’une séance sur l’organisme. Habituellement cette valeur s’appuie principalement sur l’analyse de la consommation des sources d'énergie utilisées dans l’effort (glucides, protéines, O², lactates…). Dans de nombreuses disciplines on utilise la fréquence cardiaque, en la pondérant en fonction des activités pratiquées et en la liant à la durée et l’intensité de l’effort. Ce chiffrage approché est fourni par les cardiofréquencemètres modernes des athlètes humains. Il faudra nuancer si on analyse l’effort d’un cheval de dressage ou d’obstacles dans leurs activités les plus consommatrices d’énergie. Les systèmes récents basés sur l’évaluation de la charge de la séance par la fréquence cardiaque et la durée incluent dans leur calcul des valeurs personnelles (âge, sexe, poids) et des valeurs d’aptitude comme la V4 . Voir aussi fiche « Evaluer la condition physique de son cheval »

On peut également évaluer la charge d’entraînement par la capacité de l’athlète humain ou équin à récupérer d’une séance. Cette approche permet de valider les évaluations faites à partir des paramètres physiologiques (Fc et lactatémie), dans les études en cours nous les utiliserons pour valider les données théoriques présentées dans cette fiche.

Il est important de prendre en compte le niveau de préparation au moment de la mesure. En effet, au fur et à mesure de l'amélioration de la condition physique, une même séance d'entraînement est supportée différemment. Par exemple, un galop continu de 4000 m à 450 m/min sera considéré comme un vrai galop dans la phase de préparation générale pour ne devenir qu’un travail de récupération dans la phase de préparation terminale ; cette donnée variant également avec le niveau et les capacités « d’entraînabilité » du cheval et du cavalier. En fait de nombreux paramètres interviennent dans la nature de la charge.

Influence du travail sur la charge

Les séances de galop

Dans une séance de galop, la charge est principalement fonction de la durée des galops, de la vitesse, de la configuration du terrain, de la qualité du sol et, dans une moindre mesure 1, des conditions climatiques.

Il faut également prendre en compte la forme du travail et les temps de récupération entre les répétitions : un galop par intervalle est mieux supporté qu’un travail en continu à vitesse identique 2. Dans le même ordre d’idée, raccourcir la durée des récupérations augmente la charge de travail : 3(1)3(1)3(1) 3 est plus sévère que 3(2)3(2)3(2). D’autre part, un échelonnage des répétitions peut influencer le poids de la séance (par exemple 5-4-3 au lieu de 4-4-4).

Enfin, un travail sur une piste vallonnée est mieux supporté que sur une piste avec une seule montée et descente. Ainsi un travail à intensité variable 4 est à distinguer d’un travail à intensité constante 5

La locomotion, par ses coûts mécaniques et énergétiques intervient dans le calcul de la charge. En effet, c’est la répétition des foulées qui coûte le plus : un cheval fatigué, laissé à lui-même augmentera la longueur de ses foulées en fin de course avec un moindre rebond et un équilibre de moindre qualité 6. Bien que cet exercice soit peu pratiqué chez le cheval 7 , à vitesse égale, un travail avec une fréquence élevée de foulée est plus coûteux que s’il est réalisé avec une foulée longue, souple et étendue 8. Pour chaque cheval, il existe également une vitesse pour laquelle le coût énergétique est minimal pour chaque allure.

1 : « Moindre mesure » dans le sens que l’on évite généralement de travailler dans des conditions climatiques extrêmes. 
2 : Pour être significative, la durée de la récupération entre les répétitions d’un travail au seuil anaérobie est le temps du travail divisé par deux (exemple : 2 minutes de trot entre des répétitions de 4 minutes au galop à V4)
3 : Dans cette écriture le chiffre entre parenthèse représente la durée de la récupération.
4 : Cette supériorité du travail au « seuil » semble remise en cause par les dernières études scientifiques où il apparaitrait que l’athlète est plus performant en variant ses sollicitations énergétiques (« moteur hybride »).
5 : La fréquence cardiaque, témoin de l’intensité dans un travail sous maximal, est maintenue constante la différence de la vitesse s’adapte au vallonnement rencontré.
6 : Equilibre au sens de la capacité à modifier sa trajectoire, que ce soit vers le haut pour sauter ou longitudinalement pour se rassembler.
7 : On peut trouver ce type de situation avec des chevaux galopés enrênés excessivement, au prétexte de les tenir ou chez les trotteurs dont l’enrênement n’est pas correctement ajusté.
8 : En fin de course ou de cross, le cheval allonge de lui-même sa foulée avec la fatigue pour trouver la locomotion la plus économique.

La fiche « Définir chaque séance d'entraînement » hiérarchise les différentes formes de séance d’entraînement au trot et au galop à partir de la mesure de la fréquence cardiaque moyenne et de la lactatémie finale.

Tableau 1 : Paramètres influençant la charge d’une séance de galop

Séance

Environnement

Forme de la séance

Récupération

Forme de l’intensité

Durée

Intensité (Vitesse, Fc)

Vallonnement

Qualité du sol

Conditions climatiques

Par intervalle

En continu

Durée, allure, vitesse

Complète/incomplète

Echelonnage des répétitions

Vitesse constante ou modulée

Avec accélération

Les séances d'obstacles

Il est facile de comprendre les effets du nombre de sauts, de la hauteur et de la largeur des obstacles. Il faut y ajouter la vitesse à l’abord, les plus fortes sollicitations de force musculaire lors de la réduction de la foulée F-1 donc de l’accélération de sa fréquence et de la distance de l’appel (saut tendu ou enroulé) …

Quelques sauts au pas épuisent vite. De même que des lignes de cavalettis larges et serrées avec une entrée au trot engendreront rapidement des efforts conséquents sur des hauteurs relativement basses. Au contraire, une ligne facile, bien construite sur des hauteurs parfois significatives, sera probablement physiologiquement moins sévère (hors les contraintes osseuses à la réception). Le cavalier est conscient des sauts faciles, généralement avec des battues d’appel éloignées, tandis qu’il fera forcer le cheval sur des appels rapprochés ; il ne faut pas oublier les abords de verticaux à vitesse élevée qui demandent beaucoup de force pour garder le cheval dans l’équilibre.

La réalisation d’enchaînements de plusieurs obstacles avec des temps de repos intermédiaires plus ou moins longs, passifs ou actifs…, n’aura pas la même incidence sur la charge de la séance. 

Enfin la forme des obstacles, si on comprend bien que des obstacles larges abordés lentement sont plus sévères que des verticaux, le contre-haut, et notamment une succession de contre-hauts, nécessitent un effort supérieur à celui d’un vertical de même hauteur. De même que descendre des marches dans un effort musculaire de type excentrique ou une succession de sauts de puce dans un exercice de pliométrie engendreront une charge significative probablement comparable au travail concentrique classique ou en montée.

Tableau 2 : Paramètres influençant la charge d’une séance d'obstacles

Nombre de sauts

Forme du saut

Récupération

Type de séance

Type de contraction musculaire

Obstacles isolés

Combinaison

Ligne complexe

Hauteur/largeur/profil

Facile,

Enroulé

Loin en équilibre

Durée du repos

Marcher au pas

Enchaîner…

Technique

Gymnastique

Renforcement musculaire

Enchaînement

Réception (excentrique)

Saut de puce (pliométrie)

Les séances de dressage

Si on considère que les séances habituelles de dressage restent de faible intensité cardiaque, il faut s’appuyer sur la sollicitation musculaire engendrée pour pouvoir évaluer la charge d’entraînement.  On distingue : 

  • les séances de « stretching » à faible sollicitation contribuant à la récupération,
  • les séances à dominante apprentissage technique dites de « mécanisation »
  • les séances plus énergétiques à dominante « renforcement musculaire ».

Des séances de « mécanisation à dominante technique », où l’on recherche plus la vitesse d’exécution et la fluidité des enchaînements que le développement de la force sont introduites dans cette progression. (Cf fiche «Elaborer un cycle d'entraînement »)

Les premières (mécanisation – technique dressage) ont un effet neutre et peuvent être renouvelées sans conséquence si leur déroulement s’est passé dans de bonnes conditions d’apprentissage. Les secondes (à dominante renforcement musculaire) méritent une attention dans l’évaluation de la charge qu’elles engendrent, le temps de récupération nécessaire et leur éloignement de la compétition.

Tableau 3 : Paramètres influençant la charge d’une séance de dressage

Type de séance

Volume de la séance

Type de mouvement

Forme de l’intensité

Récupération

Stretching

Apprentissage technique

Mécanisation

Renforcement musculaire

Nb de séries et de répétitions

Mouvements isolés ou enchaînés

Nb de transitions

Durée de la répétition

Transitions /allongement

Pirouette et ¼ de pirouette

Changement de pied, galop à faux

Reculer & départ

Travail de 2 pistes

Choix de l’allure

Découverte du mouvement

Recherche du rythme.

Durée de la récupération

En mouvement, arrêté…

 

Le suivi de la charge d'entraînement

Suivi des séances de galop

Dans une première approche, réservée au cheval de concours complet, il est possible de se donner des coefficients que l’on multipliera par la durée totale de chaque répétition. Par exemple : 

  • Trotting : coefficient 0.2
  • Galop lent en continu : coefficient 0.5
  • Galop au seuil aérobie : coefficient, par intervalle 1, en continu 1.5
  • Galop de type puissance maximale aérobie : coefficient 2
  • Cross ou compétition : coefficient 2

La charge d’entraînement est alors représentée par des rectangles sous les courbes de la fréquence cardiaque moyenne et de lactatémie finale.

Suivi d'un cheval sur une période

Dans une autre approche toute activité du cheval est exprimée par une valeur dont on trouvera le détail dans le tableau ci-dessous. Comme cela a été précisé au début de cet article, une activité comme un galop de type PPG* 1 ou 2 n’aura pas le même effet en début de préparation. Pour pallier cette difficulté on joue sur la durée de chaque répétition, de la récupération et ou de l’intensité de la séance : ainsi la même séance aura une même valeur, par exemple 80, parce que les premiers galops de 3 X 3 min avec 1min30 de repos évolueront en 3 x 4 min (2 minutes de repos) ou 3 x 3 min avec une seule minute de repos.

* PPG = préparation physique générale

Attention : Ce tableau n’est qu’un exemple qui doit être validé par l’expérience et la spécificité du travail de chacun. Son utilité est plus dans la réflexion qu’il nous conduit à mener pour hiérarchiser le travail du cheval et organiser la récupération. Il nous permet de quantifier le travail d’un microcycle (par exemple sur la semaine) ou d’un cycle (par exemple sur un mois) voire d’une période. Ce tableau peut aussi être affiné pour chaque cheval en fonction de ses qualités ou points faibles.

La récupération

Le tableau présenté ci-dessus ne sera réellement complet que si l’on associe à chaque activité définie dans sa durée, un temps de récupération. Actuellement certains entraîneurs galopent tous les 5 jours, d’autres une fois par semaine. S’appuyer sur des données scientifiques, devrait leur permettre de savoir gérer les temps de récupération et les effets de surcompensation.

Parmi les formes de récupération, certaines activités contribuent à l’accélérer. Ces activités compensatrices ont une charge « positive ». Il en est ainsi des galops de récupération à V2 après un cycle de capacité aérobie comprenant notamment des séances à V4. Ce type de galop, bien qu’il représente un travail supplémentaire, aura un effet bénéfique sur la récupération et donc sur l’acceptation de la charge par le cheval.

Exemple du suivi de la charge chez un cheval de concours complet

Le tableau ci-dessous présente la préparation en 2017 d’un cheval pour un championnat des moins de 25 ans. Dans cette préparation , on trouve à gauche les séquences définies selon les objectifs, les périodes, cycles et microcycles. Dans la colonne de droite la charge d’entraînement cumulée suivant le tableau précédent.

Cet entraîneur a distingué chaque période de « développement », de « précompétition », puis la préparation finale de « compétition », « concours » à l’issue, une période de « régénération ». D’autres modèles existent : voir fiche « Elaborer un microcycle d'entraînement ».

 

A partir de ce tableau , il est possible de créer un graphique permettant de visualiser la charge d’entraînement sur la saison sportive ; on y distingue le séquençage, les différentes périodes organisées en cycles et microcycles (semaines) conduisant aux compétitions intermédiaires ou finales.

Conclusion

Cette fiche sensibilise le lecteur à la notion de charge d’entraînement et son corollaire nécessaire : la récupération. Au même titre, l’objectif d’une séance doit être clairement identifié et la charge doit faire partie de la réflexion de l’entraîneur. Cette fiche permet à chacun de se construire les éléments d’une première évaluation de la charge d’entraînement que supporte son athlète cheval ; avec l’expérience, elle lui permettra d’ajuster plus finement ces valeurs théoriques et de rationaliser sa préparation et plus globalement sa saison sportive.

Références

  • BILLAT V. : Physiologie et méthodologie de l'entraînement (304) Deboeck 2017
  • COMETTI G. : Les méthodes de développement de la force (2005) UFR STAPS de Dijon
  • DENOIX JM, PAILLOUX JP. : Kinésithérapie du cheval (291p), Maloine 1997
  • DENOIX JM : Biomécanique et gymnastique du cheval (190p), Vigot 2014
  • GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011

 

Les articles de la revue Equathlon sont accessibles à http://documentation.equestre.info/bibliotheque-numerique/articles-de-la-revue-equathlon

 

 

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