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Répertoire des séances d'entraînement, exemple du concours complet - Partie 3 : cardio et galops

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Auteurs : Patrick GALLOUX (Phd, BEES 3 Equitation, Ecuyer du Cadre noir), Guy BESSAT (BEES 3 Athlétisme, préparateur physique de cavaliers, consultant à l’ENE de Saumur pour la mise en place du suivi de la condition physique), Philippe MULL (BEES 2 Equitation, Ecuyer du Cadre noir et entraîneur du Pôle France jeune de concours complet)

Février 2018

Pour les mêmes raisons qui nous ont poussés à créer la fiche « vers un langage commun », il nous est apparu intéressant de dresser un « répertoire » le plus exhaustif possible des séances d’entraînement couramment utilisées dans la préparation du cheval de concours complet. Mieux se comprendre, unifier la terminologie, faciliter la lecture des fiches d’entraînement et de planification, et surtout clarifier les échanges que nous souhaitons nombreux, sont les objectifs de cette fiche. Chaque séance correspond à un objectif particulier et est présentée dans son contenu et sa durée, mais aussi en fonction des métabolismes sollicités et du temps de récupération estimé entre chaque séance de même type.

Ce répertoire est présenté sous forme de plusieurs fiches sur le même modèle :

Ce qu'il faut savoir avant de commencer

Une contribution métabolique pour chaque type de séance

La forme, l’intensité, la durée, les temps de récupération et la sollicitation musculaire… suivant le type de séance, déterminent la contribution métabolique pour chacune d'elles. Dans l’idéal, c’est à partir de cette sollicitation que doit s’élaborer la programmation puis la planification selon les objectifs assignés. La durée des séances doit être ajustée selon :

  • l’âge du cheval,
  • son niveau d’entraînement et
  • la période dans la programmation.

L’enchaînement des séances au cours des périodes, cycles et microcycles en fonction des caractéristiques de chaque couple cavalier/cheval en découlera. L’ensemble de ces paramètres permet de définir les charges d’entraînement (coût énergétique, dette et nature de récupération nécessaire).

Les activités plus brèves et donc plus intensives (par exemple lignes de cavalettis ou lignes d’obstacles avec une récupération complète ou semi-complète) sollicitent principalement le métabolisme anaérobie alactique ; tandis qu’un trotting souvent peu intensif et plutôt « long » ne mettra en œuvre que le métabolisme aérobie. Dans des enchaînements de saut d’obstacles, avec des passages répétés et peu de repos intermédiaire, le métabolisme anaérobie lactique sera dominant comme dans le cadre d’une séance de renforcement musculaire… (cf fiche « Effet des séances d'entraînement sur le cheval »)

On définira pour chaque séance :

  • Une durée moyenne hors échauffement et récupération ;

  • L’intensité nécessaire de la séance, c'est-à-dire le niveau de sollicitation ou de puissance (%VO2 max, quantité de force ou hauteur maxi suivant les disciplines) ;

  • Les temps de récupération nécessaires post-séance : cette valeur, définie généralement sur l’expérience, est une clef, avec la contribution métabolique, indispensable pour définir les quantités de travail et l’enchaînement des séances ;

  • La contribution métabolique principale, en se rappelant qu’elle peut, à travail égal, évoluer suivant la période, la durée, l’intensité et avec une gestion différente des récupérations.

Répertoire des séances cardio et des galops

Les séances de mise en condition


Le trotting fractionné

Il est réservé à la remise en route d’un cheval après un long repos ou à de jeunes chevaux qui débutent leur travail foncier, et consiste à des répétitions de trots de quelques minutes entrecoupées de temps de pas.

Durée moyenne de la séance

20 à 45 minutes

 

Intensité nécessaire de la séance

30 %

 

Temps de récupération nécessaire post-séance

6 à 12 h

 

Contribution métabolique dominante

Aérobie

 


Les séances de « trotting »

Il s’agit de trotter en continu sur un terrain faiblement vallonné sur un sol convenable et régulier1. Décontracté, le cheval doit trotter dans une attitude horizontale et à une intensité suffisante (250 m/min). Compte tenu de la faible sollicitation, il n’est pas utile de prolonger le temps de trot au-delà de 20 à 30 minutes2.

 

1 Le trotting sur le macadam, longtemps préconisé pour les tendons, n’est plus demandé car il génère des vibrations qui sont néfastes et des chocs répétés sur l’appareil locomoteur.
2 Des trottings très longs, tels qu’ils ont pu être pratiqués, notamment au motif de préparer les routiers, n’existent plus ; en outre, ils présentaient l’inconvénient d’« user » en utilisant exagérément les graisses.

Durée moyenne de la séance

30 minutes

 

Intensité nécessaire de la séance

50 %

Actif :240 m/min, Fc 100 bts/min

Temps de récupération nécessaire post-séance

6 à 12 h

([La] entre 1 et 2 mmol/l

Contribution métabolique dominante

Aérobie

 


Les séances de « trotting en terrain varié »
(pente de 4 à 6 %)

Effectuées sur du terrain vallonné, elles combinent les allures du trot et du galop en fonction du terrain dans la réalisation de séries de répétitions de montées et de descentes. Le cheval trotte et galope librement.

Durée moyenne de la séance

30 minutes

dont 15 à 20 min intensif

Intensité nécessaire de la séance

40 à 60 %

Fc entre 120 et 160 bts/min

Temps de récupération nécessaire post-séance

24 à 48 h

Si sollicitant musculairement

Contribution métabolique dominante

Aérobie/anaérobie

[La] entre 2 et 3 mmol/l

Les séances de galop


Les séances de « galop lent »

Elles se déroulent en continu, métabolisme aérobie, sur pistes naturelles. Souvent oubliés dans le travail d’hiver, ces « galops » ont pour but essentiel de préparer l’organisme à supporter les futurs galops et les charges de travail à venir. Le cheval galope sans effort apparent, sans tirer, en recherchant une amplitude du geste de la foulée, les allures sont régulières ou variées (progressives, altérées…).  Si on dispose de pistes naturelles, ce travail doit être préféré au trotting, vite insuffisant et dont l’allure est trop différente de celle du cross.


Les cavaliers de l’IFCE pratiquent des galops plus courts de type 1 : 2000m à 350m/min (6min) ou de type 2 : 2000m à 450m/min (4min30).

Durée moyenne de la séance

Une heure

6 à 12 min de galop à 400-450 m/min

Intensité nécessaire de la séance

50 à 70 %

Fc entre 140 et 150 bts/min

Temps de récupération nécessaire post-séance

24 à 48 h

En général moins dès que le cheval est prêt

Contribution métabolique dominante

Aérobie

[La] entre 2 et 4 mmol/l suivant le niveau de préparation

Note : A partir au moins des niveaux 2* et plus, mais plus probablement quel que soit le niveau, et si la piste le permet, il est recommandé de terminer par une accélération pour ne pas « endormir » le cheval et pour que sa vitesse intrinsèque ne soit pas altérée par ce type de séance « lente » et/ou régulière du fait de la durée de l’exercice en continu.

Ci dessous :

Tableau 1 : Exemple des séances de galop pratiquées en continu sur le site de Saumur de l’IFCE (piste naturelle en sable de Verrie : 1980m, 30m de dénivelés cumulés avec de courtes pentes 315m à 3%, 144m à 4.4%, 190m de 9% à 4.7%)

Galop de PPG

Distance

Vitesse

Temps au tour (1980m)

Durée approximative

Galop de  type 1

1980 m

350-400 m/min

5 min

5 min

Galop de  type 2

1980 m

450 m/min

4 min 30

4 min 30

Galop de  type 3

3960 m

450 m/min

4 min 30

8 min 50

Galop de  type 4

5940 m

470 m/min

4 min 15

12 min 40

Galop de  type 5

7920 m

470 m/min

4 min 15

16 min 50


Les séances de « galop rapide »

Elles se déroulent généralement par intervalles (séquencées) ou en continu (« en distance ») : le cheval galope à plusieurs reprises. Les durées, intensités et temps de récupération varient selon la période, le niveau, les capacités et les effets recherchés. On distingue ainsi :

  • Les séances de « galop orientées vers de développement de la capacité aérobie » : le cheval va galoper sur des répétitions assez intenses par la vitesse demandée (450m/min à minima pour se rapprocher de sa vitesse seuil située entre 520 et 600m/min sur piste plate). Il adaptera sa vitesse réelle en fonction du sol (sable profond) et du vallonnement3. Par exemple des séries de 3 x 3min ou 4 x 3min ou mieux décroissantes 4'-3'-2'.
    La récupération entre les répétitions doit être plus ou moins incomplète4 selon l’intention de la séance et s’effectue suivant les entraîneurs soit au galop lent soit au trot.

  • Les séances de « galops orientées vers le développement de la puissance maximale aérobie» (PMA).  Le cheval va galoper sur des répétitions courtes et intenses (1 à 2min) à vitesse élevée (V200 soit entre 600 et 700m/min) sur bonne piste avec des récupérations semi complètes. Ces séquences plus rapides souvent évitées par craintes de blessure, sont indispensables à la conservation de la vitesse intrinsèque et à la préparation des cross pour lesquels le cheval peut atteindre sur de courtes portions ces vitesses. Leur dosage en termes de durée, d’enchaînement donc de temps de récupération doit être très précis.

Ces séances doivent être systématiquement contrôlées avec un cardiofréquencemètre et une lactatémie finale et à 10min. Pour une meilleure individualisation de l’entraînement, il est recommandé de déterminer la vitesse du cheval au seuil anaérobie V4 ou Fc4 et la V200 (cf fiche « Evaluer la condition physique du cheval »).

Le cardiofréquencemètre permet de suivre la fréquence cardiaque pendant les paliers et pendant le temps de récupération, ce suivi permet de modifier le nombre de répétitions en fonction de la réponse à la séance. Il est également important pour s’assurer que le cheval a bien récupéré avant l’enchaînement de la répétition suivante.

3 L’usage du cardiofréquencemètre est fortement recommandé pour occulter les effets du sol, du vallonnement ou des conditions climatiques. 
4 On observe sur la courbe de fréquence cardiaque lors des phases de récupération son élévation progressive au fur et à mesure des paliers témoignant de l’accumulation de fatigue. En début de préparation, en capacité aérobie, la durée de récupération est égale à la moitié du palier, en puissance maximale aérobie, elle est égale à la durée du palier.

Durée moyenne de la séance

Une heure

8 à 12 min hors récupération finale

Intensité nécessaire de la séance

80 à 90 %

Fc entre 160 et 200 bts/min

Temps de récupération nécessaire post-séance

48 à 72 h

 

Contribution métabolique dominante

aérobie /anaérobie lactique (capacité)

[La] entre 4 à 6 mmol/l en capacité aérobie, 8 à 10 mmol/l en puissance aérobie

Ci-dessous :

Tableau 2 : Exemple des séances de galops spécifiques pratiqués avec les chevaux de haut niveau ou recommandés par les études de terrain.

Le cheval doit galoper relâché, dans une attitude étendue mais en restant à niveau (« en capacité de sauter »). Il peut être nécessaire de faire une longue détente au galop lent avant le travail spécifique.

Suivant les auteurs, de nombreuses propositions existent, qu’elles soient sous une forme séquencée ou en continu, avec des récupérations diverses (pas actif, trot, galop lent). Nous présentons quelques exemples, l’important est que l’objectif fixé par l’entraîneur (capacité ou puissance aérobie) soit atteint.

Exemple 1 : Type de galops sur plage utilisés de nos jours pour les chevaux de haut niveau

Galop de PPS

Modèle

Intensité des répétitions

Intensité des récupérations

Durée totale des galops intensifs

Galop de type 6

6 fois 1’(1’)

500 m/min
(sable profond)

350 m/min (galop)

6 min

Galop de type 7

7 fois 1’(1’)

500 m/min
(sable profond)

350 m/min (galop)

7 min

Exemple 2 : Type de galops sur piste utilisés chez les chevaux de haut niveau

Galop de PPS

Modèle

Intensité des répétitions

Intensité des récupérations[1]

Durée totale des galops intensifs

Galop de type 8
(capacité aérobie)

3 fois 4(2)
ou

5(2)4(2)3

Fc4

(550-600 m/min)

Au trot
T=50 % du palier

9 à 12 min

Galop de type 9 (Puiss. Max. aérobie)

3 fois 2(2) ou 1(1)

V200

(600-700 m/min)

Au trot
T=100% du palier

3 à 6 min



[1] Durée : La récupération peut être réduite au fur et à mesure de la préparation

Les séances mixtes

Ces séances trop rarement utilisées en équitation, sont pourtant d’une réelle pertinence pour la préparation des épreuves dites combinées ou multiples, comme le sont celles du concours complet.

L’intérêt est de travailler les capacités physiques aussi bien que mentales du cavalier et du cheval, à combiner dans la même séance, les qualités de différentes épreuves. L’enchaînement de deux ou trois séquences dosées en durée, intensité et temps de récupération selon les périodes, permettent d’aborder un thème particulier (équilibre dans les différents galops par exemple…).

Voici quelques exemples d’enchaînement : dressage, obstacle, galop / dressage, galop, obstacle / renforcement, obstacle, galop / galop, obstacle… La qualité du travail est dans tous les cas une recherche permanente. Le changement de selle est également important d’une séquence à l’autre.

Sur le plan métabolique, le choix d’un travail plutôt lactique ou aérobie peut donner également un vrai complément de valeur à ce type de séance. L’important est que l’objectif de la séance soit défini avant de monter le cheval et n’évolue pas au gré du travail, sans un argument objectif.

Durée moyenne de la séance

45 min à 1 heure

 

Intensité nécessaire de la séance

70 à 80 %

 

Tps de récupération nécessaire post-séance

24 à 48h

 

Contribution métabolique dominante

aérobie /anaérobie lactique (capacité)

 

Conclusion

La présentation de ces types de séances génériques, qui peuvent être le cas échéant déclinées à d’autres disciplines, doit permettre au lecteur d’être en mesure de construire des cycles et microcycles variés et progressifs selon les périodes d’entraînement et le séquençage. La connaissance des contributions métaboliques de chaque séance et la durée de récupération permettront d’enchaîner efficacement les séances sans qu’elles se nuisent ou se neutralisent.

Les règles qui vont lui permettre de les adapter à son cheval et à ses objectifs, devront passer par l’évaluation de la charge d’entraînement de chaque séance.

Références

  • GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011
  • GALLOUX P. : Contribution à l’élaboration d’une planification de la préparation énergétique du cheval de concours complet (thèse de doctorat), Poitiers 1991

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