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L'effort physique du cavalier à cheval

Niveau de technicité :

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Auteur : P. Galloux (BEES 3 équitation)

Juillet 2018

Alors que certains pensent que la pratique équestre est suffisante pour s’entraîner ou que le sport n’est réservé qu’au cheval, que d’autres se voient arriver très fatigués de leur épreuve, il est utile d’évaluer la réalité de l’effort physique en compétition et de le comparer à celui observé à l’entraînement. Ces résultats montrent, que dans tous les cas et même pour un professionnel, il est nécessaire de suivre un entraînement physique en complément. 

Introduction

La « Culture équestre » transmise de génération en génération par les plus illustres Maîtres de nos grandes écoles académiques a été, à de rares exceptions près, exclusivement tournée vers le cheval et très peu vers le cavalier…, comme si l'équitation n’était faite que pour le cheval sans considération du rôle essentiel du cavalier.

Pendant longtemps, l’Équitation est restée un Art qui ne mettait en valeur que la beauté, l’esthétique ou la performance du seul cheval en mouvement.

Si comme nous le pensons, l’Équitation est un Sport, il est facile de s’accorder à dire qu’elle doit allier les forces et les qualités de l’homme à celles du cheval. Et tous deux doivent être considérés comme de véritables athlètes, tenus d’être en permanence au meilleur de leur forme pour progresser ensemble.

Même si de plus en plus d’excellents cavaliers s’y mettent, un grand nombre avoue ne jamais avoir eu recours à un registre particulier de préparation pour eux-mêmes, prétextant qu’ils montent quotidiennement de nombreux chevaux, ou le fait que ça n’ait pas été dans leur culture d’entraînement… Mais tous s’accordent à dire aussi que leur état physique n’est pas pour autant exempt de tout reproche, reconnaissant même que leurs performances auraient été sans doute encore meilleures avec un minimum de travail sur leur corps.

Travailler son physique, on en parle de plus en plus en équitation. En France cette exigence reste encore trop restreinte par rapport à ce qui se fait en Allemagne, en Suisse, en Belgique ou chez nos voisins anglo-saxons qui utilisent cette composante de la préparation depuis fort longtemps.

Essayons de mieux comprendre, pourquoi désormais la considération du cavalier en tant que sportif à part entière, est devenue un critère essentiel de la performance du couple en équitation.
Tentons de mieux évaluer la sollicitation réelle du cavalier lors de l’entraînement et en compétition.  

Le cavalier en compétition

Le cavalier sur le cross

Après cet effort significatif, proche de la fréquence cardiaque maximale1, le retour à une fréquence cardiaque normale est assez long selon le type de récupération. L’exemple sur le graphique suivant montre l’effort non négligeable qui peut être réalisé par le cavalier. Ces niveaux de sollicitation rarement atteints à l’entraînement nécessitent une préparation particulière lors d’entraînements planifiés.

Chez le cavalier, la lactatémie à l’arrivée peut dépasser les 10 mmol/l ; on peut penser qu’elle est assez importante pour celui dont la condition physique ne serait pas parfaite. Un niveau insuffisant peut le rendre moins performant notamment par le manque d’énergie, mais surtout par l’altération de la lucidité, par la diminution de ses capacités de concentration en fin du parcours.


1
: Fréquence cardiaque maximale : On utilise souvent la règle simple : « 220 moins l'âge ». Par exemple, un homme de 30 ans aura une fréquence cardiaque maximale de 190. Pour les femmes, il est conseillé d'utiliser la règle « 226 moins l'âge ».

Le cavalier à l'entrainement

De nombreux cavaliers considèrent que leur pratique quotidienne peut suffire à leur préparation physique. Si musculairement, il est probable que le cavalier professionnel développe au niveau des jambes notamment, une force suffisante, il est improbable qu’un cheval à l’entraînement mette assez d’énergie pour développer chez le cavalier suffisamment de force dans le dos, la sangle abdominale et moins encore dans les bras pour notamment tenir un cheval qui tire sur le cross.  Enfin la mobilité articulaire, notamment au niveau du bassin, n’est pas très sollicitée au travail ou peut être réduite si le cavalier n’y prend pas garde ou manque de souplesse.

Sur le plan cardiaque chez un cavalier confirmé, la sollicitation reste souvent faible à l’entraînement et peut être insuffisante pour contribuer à une réelle mise en condition.

La sollicitation en dressage

Chez le cavalier, la sollicitation cardiaque est un témoin de l’intensité de la séance notamment lorsqu’il doit « s’employer » pour obtenir la qualité du mouvement demandé ; elle est souvent supérieure à celle du cheval. Dans certains cas, elle peut aussi refléter son émotivité s’il travaille sous la coupe d’un entraîneur « directif », ou sur des exercices difficiles.

 

Il nous semble important d’attirer l’attention du lecteur sur la respiration du cavalier qui est assez peu étudiée en équitation. Son rythme semble lié à l’allure mais on constate chez certains des phénomènes d’apnée auxquels ils doivent s’intéresser. En effet, si l’apnée peut être un moyen d’augmenter sa précision sur un temps extrêmement bref (exemple du tir sportif) elle peut devenir une gêne quand elle dure alors que le cavalier est en mouvement. Elle s’observe lors des difficultés de la présentation alors qu’on peut penser que c’est le moment dans lequel le cavalier devrait être le plus relâché pour accompagner le mouvement et sentir son cheval.

CAPTIV : Outil aimablement prêté par la Faculté de Santé d’Angers - Département Médecine - Equipe Ester - Epidémiologie en Santé au Travail et Ergonomie Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET - INSERM UMR 1085) 
Mesures réalisées par le plateau technique de Saumur (S. BIAU)

Le cavalier à l'obstacle et sur les galops

De part sa durée, chez un cavalier normalement entraîné, un travail à l’obstacle sans problème majeur à résoudre, sollicite assez peu le métabolisme aérobie. Par contre dès que les difficultés arrivent, soit parce le cheval est débutant soit qu’il ne montre pas suffisamment de coopération, la sollicitation pour le cavalier peut devenir importante. L’exemple d’un cavalier professionnel enchaînant trois chevaux sur le cross ou sur des galops ci-dessous montre que la sollicitation cardiaque peut devenir relativement intense (moyenne > 150 bts/min avec des pics à 170 bts/min) dès lors que des difficultés sont à surmonter ; alors qu’elle sera peu importante si le cheval est coopératif (moyenne 114 bts/min sans maximum élevé sur le galop à 450 m/min). Malgré tout, même au cours d’une séance « dynamique », ces valeurs restent en dessous de celles observées en compétition (approchant les 200 bts/min) parce que le cavalier à l’entraînement reste maitre de sa fatigue et que les vitesses sont très en-dessous de celles observées sur le cross.

 

Cet exemple montre que le cavalier professionnel montant beaucoup de chevaux a de fait l’occasion de développer ou de maintenir un niveau plus acceptable de condition physique sur le plan cardiaque. Néanmoins, il ne sera pas forcément adapté à l’ensemble de son activité.

Il lui restera à développer sa tonicité par du gainage et à gagner en souplesse en pratiquant régulièrement des étirements. Il préservera ainsi sa santé notamment au niveau de son dos et des adducteurs. Le cavalier amateur avec son seul cheval, pour peu qu’il soit facile, aura encore plus besoin de pratiquer des activités complémentaires pour acquérir la condition physique nécessaire à la pratique du sport équestre et plus encore de la compétition.

Les actions du cavalier

S’il montre des faiblesses physiques, le cheval devra compenser les imperfections de la position de son cavalier : sa dissymétrie, son ballant, un mouvement vertical non amorti… Les déplacements inopportuns ou une mauvaise position du cavalier peuvent augmenter significativement le travail mécanique que le cheval doit effectuer pour se déplacer. Les études menées à Saumur sur simulateur ont montré que les meilleurs cavaliers (d’obstacle) s’assuraient d’une plus grande stabilité de la tête tant sur l’axe vertical et longitudinal parce qu’ils disposaient d’une meilleure mobilité du bassin, d’une plus grande tonicité au niveau du dos et qu’ils savaient amortir le mouvement vertical de la selle par une flexion des lombaires. La stratégie des cavaliers de dressage est différente avec la recherche de l’auto-grandissement du haut du corps.

Le cavalier doit également prendre conscience de la tension qu’il exerce sur les rênes, qui peuvent lui engendrer un coût énergétique relativement important et auquel il devra se préparer. Il doit avoir des actions symétriques ou en accord avec le pied sur lequel le cheval galope ; dans le cas contraire le cheval va se traverser, avoir un mouvement contraint et un galop moins économique. Il n’est pas inutile de rappeler que le cavalier ne peut être précis dans ses actions que dans une gamme de tension limitée par ces capacités physiques ; dès qu’il se rapproche de sa force maximale, ses actions deviennent plus brutales ou moins dosées. Là encore, une très bonne position, utilisant tous les bras de levier (en équilibre, descendu sur ses étriers sans être assis), lui permettra d’utiliser au mieux ses capacités de force. Ces contraintes ont été reprises chez des jockeys pour le renouvellement de leur licence puisqu’il leur était demandé de réaliser, à la place d’un test sur bicyclette ergométrique, une épreuve d’effort au galop sur simulateur avec une tension des rênes imposée (tests réalisés à la clinique des jockeys de Chantilly).

En plus d’une certaine force dans les bras, ces éléments confirment l’intérêt de disposer d’un bon gainage pour pouvoir être stable et ajuster la tension des rênes avec pertinence.

 

Conclusion

Comme on peut le constater dans cette fiche, le travail musculaire, articulaire, de tonicité mais aussi respiratoire du cavalier est prépondérant en équitation. Il contribue largement au relâchement du cheval et à la performance dans l’exercice ou en concours et au-delà à la santé durable du cavalier dans l’exercice de son métier ou de la compétition.

De plus en plus, notamment en concours complet, s’en préoccupent en faisant appel à des préparateurs, des kinésithérapeutes, ou en incluant par eux-mêmes dans leur préparation de courtes séquences de condition physique, d’étirement, de renforcement musculaire…

Cette préparation physique du cavalier doit être totalement connexe à la celle du cheval en suivant le même séquençage de programmation en fonction des objectifs.

Les fiches sur la préparation physique du cavalier suivantes nous permettront de mieux comprendre les intérêts physiologiques, métaboliques et mécaniques de cette composante de l’entraînement, ainsi que les moyens à mettre en œuvre pour ne pas être dans certaines situations le « maillon faible » du couple cheval cavalier.

 

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