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Prise en charge ostéopathique du cavalier 
Ch. Bouloc, JRE 2015, ISES 2016

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Prise en charge ostéopathique en équitation

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs : S. Biau, Ch. Bouloc, I. Burgaud

Août 2017

L'ostéopathie est une discipline de thérapie manuelle dont l’objectif principal est d'aider à rétablir l'équilibre et l'harmonie naturelle du corps. Le patient est traité avec une approche globale, la clé est de garder les différentes structures du corps les plus mobiles possible. Une restriction de mobilité peut entraîner des répercussions locales mais aussi distales causées par des phénomènes de compensation pour maintenir l’équilibre. Qu'en est t'il de la prise en charge ostéopathique en équitation ?

Introduction

Dans le sport, l'ostéopathie est souvent utilisée comme mesure préventive afin de maintenir le corps dans un état optimal et de réduire le risque de blessures. En équitation, l’ostéopathe est de plus en plus sollicité. D’abord pour le cheval, le recours à l’ostéopathie s’est considérablement développé depuis les années 1980, et plus récemment pour le cavalier. Une étude récente de type épidémiologique auprès de cavaliers professionnels a montré que 81% d’entre eux fréquentaient régulièrement l’ostéopathe (Biau, 2014).

Il est intéressant d’apprécier scientifiquement les impacts de traitements ostéopathiques, car ils sont encore peu évalués. C’est dans ce sens que des études ont été menées à l’IFCE, sur le site de l’Ecole Nationale d’Equitation.

L'ostéopathie au service du cavalier

Pour un fonctionnement optimal du couple, le cavalier doit, entre autres, s’attacher à accompagner le centre de gravité de son cheval sans le précéder ni le suivre. Il doit réduire au maximum les déplacements de son buste et les restreindre à la correction des effets de l’inertie pour optimiser le déplacement de son centre de gravité. Il peut aussi s’aider de la respiration, car bien respirer permet de mieux s’asseoir dans la selle, d’abaisser son centre de gravité et de le rapprocher de celui du cheval. Pour réussir dans son entreprise, le cavalier doit disposer d’un corps libre de toutes lésions physiques, d’un esprit attentif, ouvert et libéré au maximum du stress. 

Une étude a mis en évidence l’impact d’un traitement ostéopathique de deux mois (trois séances espacées de deux semaines puis deux séances espacées de trois semaines) sur un groupe de quatre cavaliers. Les techniques utilisées pour cette étude ont suivi les principes de la thérapie cranio-sacrée (Dr. Upledger) et  la visualisation mentale (Dr. Sutherland). La prise de mesure a été réalisée sur un simulateur équestre équipé de capteurs mesurant la pression des pieds sur les étriers et des ischions sur la selle, aux trois allures. Avant le traitement, tous les cavaliers ont présenté une restriction des trois diaphragmes : crânien, thoracique et pelvien.

Ces trois structures ont un rôle majeur dans la prise en charge global de l’individu :

  • L’axe cérébro-spinal (cerveau-moelle) est enveloppé par trois membranes concentriques, les méninges. Cet axe forme un système à l’intérieur duquel circule le liquide céphalo rachidien (LCR). Ce système ainsi formé, fonctionne comme un système hydraulique semi fermé obéissant aux lois de la mécanique des fluides.  L’application de n’importe quelle force à la surface de ce liquide se transmet de manière égale et dans toutes les directions.

  • Le diaphragme thoracique est un muscle respiratoire important. Son fonctionnement est automatique, cependant la volonté permet de modifier le rythme ou de bloquer ses mouvements. Il a des relations si multiples avec les os, des organes, des nerfs, des vaisseaux que toute dysfonction met en cause le fonctionnement général du corps humain. Une respiration ample et détendue est un gage de détente physique et psychologique du cavalier, recherchée pour la performance technique.

  • Le diaphragme pelvien a un rôle de soutien des organes pelvi-abdominaux. Chez le cavalier, il est très sollicité par les mouvements de rotations et torsions du bassin et les chocs répétés dans la selle.

Les manipulations les plus importantes en termes d’impact sur le fonctionnement ont été la première et la troisième manipulation un mois plus tard. Elles ont eu pour principale conséquence de symétriser les appuis droits et gauches au niveau des ischions et des étriers. Le faible nombre d’individus ne permet cependant pas de conclure de manière totalement objective.

Ces résultats peuvent permettre de penser que l’ostéopathie utilisée dans son entière philosophie : 

• respect de l’individu dans sa globalité (physique et émotionnelle), 

• respect de la chronologie des lésions

• respect de l’écoute du corps et de l’instant où nous réalisons le traitement, 

…peut être une technique à utiliser pour améliorer le fonctionnement du cavalier. Il faut bien garder à l’esprit qu’il s’agit d’une technique complémentaire au suivi médical et à l’entrainement de l’athlète dans le respect de son fonctionnement.

 

Ce qu'il faut retenir :
- L’ostéopathie est une médecine manuelle qui a un impact sur le fonctionnement du cavalier.
- Les aides du cavalier se symétrisent (sur simulateur équestre) et l’assiette s’améliore.
- Les améliorations apparaissent suite à la première séance puis à la troisième séance un mois plus tard.
- Les trois diaphragmes crânien, thoracique et pelvien sont très sollicités et jouent un rôle majeur dans la prise en charge globale du cavalier.
- Les bénéfices du traitement sont instables (ex. : choc émotionnel) et par conséquent doivent être entretenus par un suivi régulier.

L'ostéopathie au service du cheval

Au même titre que l’athlète humain, le cheval de sport est un athlète soumis à des contraintes biomécaniques pouvant générer des dysfonctions ostéopathiques, et ce parfois, avant même la fin de sa croissance.

Deux études ont été conduites pour évaluer l’impact d’un traitement ostéopathique sur la locomotion du cheval de sport.

  • Dans un premier temps, cinq chevaux avaient été d’abord testés sur tapis roulant. Une analyse visuelle du fonctionnement du dos vu de dessus, en aveugle, par quinze vétérinaires exprimait un gain de mobilité du dos significatif à partir de 10 jours post-traitement ; ceci interroge  sur la durée permettant au cheval de retrouver un nouvel équilibre locomoteur, à l’issue traitement ostéopathique.
  • La seconde étude avait été menée sur un groupe de chevaux plus conséquent et comparé à un lot témoin. Cette étude s’était limitée à des chevaux de sport présentant un fonctionnement altéré de leur arrière-main mais exempts de boiterie. Un tirage au sort avait divisé un lot de 26 chevaux  en deux groupes : un groupe témoin non manipulé (pansage simple) et un groupe manipulé (traitement global faisant appel à différentes techniques: cranio-sacrées, fasciales, structurelles indirectes, myotensives, viscérales…). La locomotion des chevaux en liberté avait été analysée  (système d’analyse Equimetrix) avant, 10 et 20 jours après le traitement ostéopathique. La locomotion s’était bonifiée dès les premiers jours après la manipulation avec davantage de rebond au trot 10 jours plus tard, et un gain de symétrie mis en évidence 20 jours plus tard. La propulsion chez les jeunes chevaux s’était améliorée tandis qu’elle diminuait chez les chevaux d’âge.

L’ostéopathie permet d’améliorer significativement et durablement (au moins 20 jours) la locomotion du cheval particulièrement chez le jeune. Elle semble par contre perturber dans un premier temps la locomotion des chevaux d’âge pour lesquels une remise au travail progressive, une rééducation à pied ou montée, ou un prolongement du traitement seraient indiqués.

 

Ce qu'il faut retenir :
- L’ostéopathie est une médecine manuelle qui a un réel impact sur la locomotion du cheval, particulièrement chez le jeune.
- Les paramètres locomoteurs qui s’améliorent suite au traitement ostéopathique sont : l’activité dorso-ventrale (rebond), la symétrie à l’allure du trot et la propulsion au trot et au galop.
- La modification du schéma postural consécutive au traitement ostéopathique implique que le cheval dispose de suffisamment de temps (10-20 jours) pour retrouver un nouvel « équilibre » locomoteur, et donc une écoute de la part du cavalier et une adaptation de son travail.
- Un traitement ostéopathique sur un cheval d’âge ou présentant des lésions musculo-squelettiques chroniques auxquelles il s’est adapté depuis des mois voire des années n’est jamais anodin car la levée de ces adaptations risque de dégrader dans un premier temps sa locomotion.

Conclusion

Chez l’homme comme chez le cheval, l'ostéopathie peut contribuer à améliorer :

  • la souplesse articulaire avec par exemple des répercutions sur la locomotion du jeune cheval,
  • à corriger l’équilibre structurel,  par exemple la symétrie des actions droites/gauches du cavalier.

Cette approche holistique peut participer ainsi, pour le cavalier et pour son cheval, à prévenir le risque de blessure et affronter la progression de travail d’un entrainement, deux  éléments fondamentaux de l’amélioration de la performance.

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