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Le rassembler : approche musculo-squelettique

Niveau de technicité : 

Auteur : Isabelle Burgaud

Décembre 2015

Le fait de comprendre comment fonctionne le cheval, permet d'en aborder le travail d'une façon plus rationnelle. Voici une approche musculo-squelettique du rassembler, en restant toutefois très synthétique, c’est-à-dire que nous nous concentrerons sur les muscles du tronc et sur le travail longitudinal.


Quelques notions d'anatomie

La chaine musculaire dorsale

Dans le plan sagittal, l’encolure et le tronc du cheval sont mobilisés par deux chaines musculaires : 

  • la chaîne dorsale (en rouge), située au-dessus du rachis, permet l’extension de l’encolure et du dos: lorsque ces muscles (muscles cervicaux dorsaux et « masse commune ») se contractent, l’encolure et le dos se creusent.
  • la chaîne ventrale (en jaune), située sous le rachis, comprend les muscles cervicaux ventraux, les muscles qui soutiennent le tronc entre les deux épaules et les muscles abdominaux ainsi que le muscle ilio-psoas : lorsque ces muscles se contractent l’encolure et le dos s’arrondissent et les membres postérieurs s’engagent sous la masse : ce sont des fléchisseurs du rachis.

 

 

 


Figures 2 et 3 - Les chaînes musculaires ventrale et dorsale du tronc. Schémas de Jean-Marie Denoix

 

Figure 2 : muscles sub-claviers, dentelés et pectoraux qui suspendent le thorax entre les deux membres antérieurs, le cheval n’ayant pas de clavicule.

Figure 3 : il est important d’observer que la chaîne dorsale, en rouge, s’attache crânialement jusque sur les dernières vertèbres cervicales. Cette chaîne musculaire aura donc une action jusque sur la base de l’encolure (relèvement de la base de l’encolure).

Le système ligamentaire du dos

Il est important d’évoquer le système ligamentaire du dos, qui joue un rôle important lui aussi dans la sustentation du dos. Il est situé en profondeur, sous les muscles extenseurs, dans le plan sagittal. Il s’agit du ligament nuchal (Figure 4) qui relie chaque vertèbre cervicale au garrot et, dans sa continuité, du ligament supra-épineux accroché sur chaque processus épineux thoracique et lombaire,  jusqu’au sacrum.  

Figure 4 – Le système ligamentaire du dos. Schéma de Guerd Heuschman

La chaîne dorsale n’a pas pour fonction d’être contractée en permanence pour porter le poids du cavalier car elle intervient dans les allures et comme élévateur du tronc. Malheureusement, si le cavalier ne s’attache pas assez à renforcer et muscler les muscles de la chaîne ventrale (sustentateurs du tronc, abdominaux, ilio-psoas), le cheval est obligé de contracter en permanence ses muscles dorsaux (figure 5) pour supporter le poids de la selle et du cavalier, entraînant toute une cascade de pathologies allant d’un dos contracturé et douloureux à une véritable dégradation des allures si ce problème devient chronique.  

Figure 5 – Les muscles de la chaine dorsale du dos. Schéma de Guerd Heuschmann

L’appareil réciproque

Avant d’aborder le rassembler, évoquons une autre spécificité du cheval : l’appareil réciproque. C’est une particularité du cheval résultant d’une adaptation à la fuite. Il s’agit de deux cordes fibreuses : l’une passe devant le membre postérieur : la corde fémoro-métatarsienne, et l’autre derrière :  la corde du jarret (figure 6).

 

 

Figure 6 – L’appareil réciproque. Schémas de Jean-Marie Denoix, les flèches ont été rajoutées pour indiquer le sens de mobilisation ce ces deux cordes : en rouge la corde fémoro-métatarsienne, en jaune la corde du jarret.

 

Lorsque le cheval avance son fémur (travail du muscle ilio-psoas entre autres) pour engager le postérieur sous la masse, la corde fémoro-métatarsienne se tend entraînant le canon sur lequel elle a son insertion terminale vers l’avant (figure 6, flèches rouges); cette flexion du jarret fait reculer le calcanéum qui repousse alors la corde du jarret vers l’arrière entraînant la flexion du doigt (boulet, pied) (figure 6, flèches jaunes). On observe ainsi un mouvement de flexion simultanée de toutes les articulations du postérieur.

Quels muscles vont entrer en œuvre lors du rassembler?

Principalement la chaîne musculaire ventrale, avec la flexion lombo-sacrée et l’engagement des postérieurs sous la masse grâce aux muscles ilio-psoas et abdominaux. Les muscles dentelés, subclaviers et pectoraux travailleront eux aussi activement. La chaine dorsale se trouve alors mise en tension (contraction isométrique). Celle-ci se répercutera jusque sur les cervicales basses (cf figure 3), permettant la montée de la base d’encolure et du garrot. Les muscles cervicaux-dorsaux participeront quant à eux au maintien de la nuque « au point le plus haut » (figure 7)

 

 

Figure 7 - Les muscles du tronc entrant en jeu lors du rassembler.© Alain Laurioux

Bien comprendre l’intérêt des exercices préparatoires au rassembler

Pour pouvoir rassembler un cheval, il est important de respecter un certain nombre d’étapes préliminaires permettant, par différents exercices pratiqués régulièrement, de tonifier la chaîne ventrale.

En voici quelques exemples (il ne s’agit en aucun cas d’une liste exhaustive):

Les transitions descendantes

Prenons une transition du trot vers le pas (Figure 8), on voit que le cheval qui ralentit son allure pour passer à l’allure du pas est obligé d’engager ses postérieurs, donc de contracter ses abdominaux et  ilio-psoas ; dans le même temps, afin d’éviter l’effondrement de son thorax du fait de l’absence de clavicules, les sangles musculaires thoraciques vont se contracter dans l’étirement : c’est ce que l’on appelle le travail excentrique. C’est ce type de travail qui développe le plus la force musculaire propulsive chez le cheval.

Si l’on effectue le même exercice dans une légère pente, on accentue encore davantage le travail de cette chaîne ventrale.


Figure 8 – Transition du trot vers le pas. ©Alain Laurioux

Le reculer

Le reculer permet, entre autres, de renforcer l’ilio-psoas en le faisant travailler à vitesse lente mais en inversion de point fixe (le point fixe n’est plus la région lombaire mais le fémur) : l’ilio-psoas se raccourcit en tirant une charge beaucoup plus lourde car il entraîne tout le tronc et l’avant-main vers l’arrière. C’est pour cela que les chevaux qui ont des douleurs en région lombaire ou au niveau des psoas ont souvent des difficultés pour reculer.

Figure 9 - le reculer. La flèche bleue matérialise le sens de contraction du muscle ilio-psoas. © Alain Laurioux

Les lignes de gymnastique à l’obstacle

Prenons l’exemple du franchissement d’un saut de puce : le cheval doit, dès la réception du premier obstacle, contracter fortement ses abdominaux et ilio-psoas pour ramener les postérieurs sous la masse et effectuer parallèlement une contraction excentrique rapide des sangles musculaires qui soutiennent le thorax pour relever sa base d’encolure afin d’aborder correctement le deuxième obstacle. 

Les lignes de gymnastique à l’obstacle, constituées d’obstacles rapprochés, sont un très bon exercice préparatoire au rassembler.

Figure 10 - le saut de puce. © Alain Laurioux

Pourquoi le renforcement de la chaîne ventrale est-il un pré-requis indispensable au rassembler ?

Cette préparation musculaire est indispensable si l’on veut rassembler correctement un cheval. Si elle n’est pas réalisée, le cheval ne peut pas engager correctement ses postérieurs sous la masse et les muscles fessiers moyens ainsi que la masse commune ne pourront pas prendre le relais pour élever correctement l’avant-main : le dos sera creux, avec un manque d’engagement des postérieurs, et le ramener ne pourra être que « plaqué » (figures 12 et 13).

Figure 11 – Attitude idéale d’un cheval au rassembler. Dessin de Gerd Heuschmann.
Figure 12 – Attitude "plaquée". Dessin de Gerd Heuschmann.

Figure 12 : Le cheval n’a pas la liberté de mouvement nécessaire pour bouger son corps dans toutes les directions de l’espace, que ce soit à l’obstacle ou dans l’exécution de mouvements de dressage du type pirouette ou passage.

Figure 13 – Attitude plaquée. Dessin de Gerd Heuschmann.

Figure 13 : Dans cette position de rassembler, le cheval présente deux courbures cervicales trop importantes en C2-C3 et C7-T1 (flèches bleues) et donc des difficultés pour respirer : tout son arbre respiratoire « haut » (larynx, trachée ) est coudé.

Un cheval mal préparé, n’utilisant pas correctement ses abdominaux, risque de présenter, sur du long terme bien sûr, différentes pathologies : douleurs cervicales et dorsales, névralgies cervico-brachiales, desmites des ligaments suspenseurs sur les membres postérieurs etc... 

En conclusion

En conclusion, «le sport c’est la santé », dans la mesure où le cavalier respecte le niveau d’entraînement du cheval ses qualités sont bien en adéquation avec la santé et l’état musculaire du cheval.

 

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