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L'effort du cavalier : un sportif à part entière !

Niveau de technicité : 

Auteur : S. Biau

Mars 2016

Vidéo : Journée de la Recherche équine 2016

La performance dans les sports équestres s’inscrit dans un cadre complexe avec une double pluralité de facteurs : l’équitation est le seul sport qui fasse intervenir deux êtres vivants. De nombreux facteurs doivent être pris en compte : facteurs morphologiques, médicaux, psychologiques, biomécaniques et physiologiques,  pour les deux athlètes du couple (figure 1). Nous abordons dans ce document les facteurs physiologiques, et plus particulièrement ceux du cavalier, trop souvent négligés.

Toute activité physique impose à l’organisme de grandes modifications physiologiques. Ces modifications sont variables en fonction de plusieurs paramètres tels que  :

  • le niveau de pratique
  • l’intensité
  • des paramètres individuels tels que l’âge, le poids, l’aptitude, les antécédents médicaux… 

Des tests d’efforts permettent d’évaluer les modifications physiologiques imposées par l’effort et donc d’évaluer l’état de forme de l’athlète pour les tests sur le terrain ou de prévenir des risques cardiovasculaires pour les tests en laboratoire.

Mesure de l'effort d'un athlète

Les tests en laboratoire

Les tests en laboratoire (figure 2) s’effectuent  sur vélo, rameur ou tapis roulant chez l’homme. Ces tests, sous surveillance médicale, évaluent la réponse cardiaque, respiratoire et métabolique. Le but est de déceler d’éventuelles anomalies et d’apprécier le potentiel physique.

Des tests d’effort similaires sont proposés à l’athlète cheval, sous surveillance vétérinaire, sur tapis roulant, par paliers progressifs. Ces tests ont l’avantage de mesurer davantage de paramètres par rapport aux tests de terrain, et surtout permettent de dépister d’éventuelles pathologies en particulier du système respiratoire dont certaines ne se révèlent qu’à l’effort.

 

 

Les tests de terrain (Luc Léger, Léger-Boucher, Vameval, Cooper…)

Ils ont plutôt vocation à établir un programme d’entrainement, à partir de l’évaluation de la VMA (vitesse maximale aérobie ou vitesse de course pour laquelle le coureur atteint sa consommation maximale d’O2, la VO2max). Le protocole diffère en fonction du test. Pour le test de Cooper par exemple, il s’agit de courir pendant 12 minutes de manière continue et constante le plus rapidement possible. La distance parcourue au terme de ces 12 minutes permet de calculer approximativement la VO2Max (VO2Max = 22,351 x D – 11,288). Le test de Luc Léger ou Vameval (figure 3) consiste à courir sur piste en augmentant sa vitesse de 0.5km/h entre deux plots installés tous les 20m. Le coureur doit atteindre le palier suivant au coup de sifflet. Le test prend fin une fois que l'athlète n'atteint pas le plot au rythme indiqué. Sa VMA est ensuite estimée avec une table de conversion. Ces tests sont simples à réaliser mais nécessitent une bonne maitrise de course pour une bonne estimation du potentiel endurant de l’athlète. La VO²max est un des paramètres faciles à estimer, utile en début de saison, après un arrêt suite à une blessure ou un problème d’entrainement, tout en gardant à l’esprit que ce paramètre n’explique pas à lui seul la performance. 

 

 

 

 

Chez le cheval, les paramètres de référence calculés lors des tests sur piste sont la  V200  (Vitesse pour laquelle la fréquence cardiaque du cheval atteint 200 battements/min) et la V4 (vitesse correspondant à une lactatémie de 4 mmol/l) qui évalue la capacité aérobie.

Ces paramètres sont calculés à partir de :

  • la mesure de la fréquence cardiaque en continu (figures 4 et 6), qui reflète l’effort. Chez l’homme comme chez le cheval, le cardiofréquencemètre est composé d'une ceinture thoracique  qui capte les battements du cœur et envoie l’information à une montre. Ces données peuvent être en simple lecture directe, ou transférables sur un ordinateur pour une bonne gestion du suivi d’entrainement. Ces cardiofréquencemètres sont maintenant équipés d’un GPS. Vitesse et dénivelé renseignent l’intensité de l’effort. L’intérêt d’utiliser un cardiofréquencemètre est d’analyser l’évolution de la fréquence cardiaque d’un athlète.
  • la concentration de lactate (figure 5), témoin des évènements musculaires, à la fin de chaque palier. C’est ce qui se pratique le plus couramment chez le cheval. La quantité de lactate est proportionnelle à l’intensité, la durée et le type d’exercice. C’est un des repères pour programmer les séances d’entrainement. (pour en savoir plus : Couroucé  A., 1995).

 

 

 

 

Figure 6  : A gauche, exemple d'enregistrement de la fréquence cardiaque (en rouge) et de la vitesse (en bleu) d'une séance de travail d'un cheval de complet. A droite, exemple d’enregistrement de la fréquence cardiaque d’un cavalier de club (21ans) au cours d’une séance sur le plat (galop 7, fréquence irrégulière de monte). Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Et le cavalier alors ? ...

 

Les études sont peu nombreuses et les résultats diffèrent beaucoup en fonction de la population étudiée, du niveau et de la discipline.

« Je suis fatigué à la fin du cross…»

La lactatémie et les fréquences cardiaques ont été mesurées chez le cavalier de concours complet. La lactatémie du cavalier à l’arrivée d’un cross est bien sûr variable en fonction de plusieurs paramètres et notamment le cheval, mais les valeurs sont tout de même élevées, au-dessus du seuil anaérobie, ce qui témoigne d’une activité anaérobie lactique. Lorsque la lactatémie est élevée à l’arrivée d’un cross, il est difficile d’être performant sur un éventuel deuxième tour avec un autre cheval. La fatigue du cavalier est suffisamment importante pour perturber ses réactions motrices (Auvinet, Galloux, 1993). 

La mesure de la consommation d’O² d’un cavalier de complet a prouvé  une réelle sollicitation (80% de sa FCmax en moyenne sur le parcours et 20% du temps à 70% de sa V02max) pour un cross d’entrainement sans difficulté (Berlanger 2008, figures 7 et 8). Une situation de compétition d’intensité et de stress supérieurs à la situation d’entrainement doit conduire à une sollicitation proche de la VO²max.

« ça dépend du cheval que je monte… »

La variabilité de la dépense énergétique selon le cheval a été montré sur le plat et à l’obstacle (Devienne, 1999), avec une VO²max qui augmente nettement sur un parcours d’obstacle avec un cheval « inconnu ».   Toujours à l’obstacle, des cavaliers de 4éme catégorie atteignent  75% de leur VO²max à l’entrainement. 

 

 

Figure 7  : équipement pour mesurer les échanges gazeux et déterminer la VO2max : consommation maximale d’oxygène, paramètre déterminant de l’aptitude à l’effort intense et prolongé. Exprimé en ml/kg/min, elle peut atteindre chez l’homme 70 à 90 ml/min/kg  et 130 à 165 ml/kg/min chez le cheval. Cette différence provient du fait que le débit cardiaque du cheval à l’exercice est plus important et qu’il est capable d’augmenter considérablement sa fréquence cardiaque de repos . Le cheval est unique dans sa capacité à utiliser l’O2

Toutes ces mesures mettent en évidence que la sollicitation métabolique du cavalier est loin d’être négligeable et qu’une bonne capacité aérobie est un facteur déterminant pour la performance du cavalier. Les mesures montrent qu’une augmentation de cette capacité aérobie peut être obtenue avec plusieurs heures de pratique par jour d’intensité soutenue, ce qui n’est pas le cas de tous les cavaliers compétiteurs. Une préparation physique générale et spécifique adaptée au cavalier apparaît comme indispensable.

Voir aussi

Références

Auvinet B. Galloux P. 1993 Comparaison de l’effort du cavalier et du cheval en CCE. Equathlon Vol.5 – n°20 – Décembre 2013

Berlanger Ch. 2008 Mesure des sollicitations cardiorespiratoires au cours d’un cross chez le cavalier complet de haut niveau. Mémoire de Master 1- Université de Nantes

Bong-Ju Sung,1 Sang-Yong Jeon,3 Sung-Ro Lim,3 Kyu-Eon Lee,3 and Hyunseok Jee2,*Equestrian expertise affecting physical fitness, body compositions, lactate, heart rate and calorie consumption of elite horse riding players. J Exerc Rehabil. 2015 Jun; 11(3): 175–181.

Couroucé A., Geffroy O., AuvinetB., 1995 Aide au dépistage de pathologie sous-jacentes au cours de l’entrainement du cheval trotteur. Equathlon Vol 7 N°25, mars 1995)

Devienne M.F., Guezennec C.Y., 1999 Etude de la dépense énérgétique. 8ème Congrès de l’ACAPS

Meyers M.C., Sterling J.C. Physical, hematological and exercise response of collegial female equestrian athlete. Journal of Sports Medicine and Physical Fitness, 2000 jun; 40(2): 131-8.

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