Les aides du cercle

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteurs :  Patrick GALLOUX (Phd, BEES 3 Equitation, Ecuyer du Cadre noir)

Octobre 2018

L’équitation se pratique avec des actions justes et cohérentes, qui ne contrarient pas la locomotion du cheval, mais au contraire l’améliorent par l’enchaînement de mouvements pertinents. Il est très important de connaitre à tout moment l’incurvation prise par le cheval pour placer les aides correctement et obtenir le mouvement demandé. Cette approche simple permet également d’enchaîner avec fluidité des mouvements dans lesquelles les actions successives du cavalier ne se contrarient pas et qui assurent au mouvement suivant de bénéficier de la dynamique obtenue dans le premier.

Introduction

Autrefois le cours « d’école des aides » faisait partie de la formation des cavaliers, notamment des futurs professionnels ; désormais on se « pique » de « cours de dressage » dans une approche sportive alors que souvent les bases sont absentes. La lecture de certains documents, la vision de pratiques actuelles et le retour de nombreux vétérinaires témoignent de l’incompréhension qui habite certains cavaliers. Cette fiche est là pour rappeler quelques principes de base qui, sans être la seule approche, donnent des garanties quant à la préservation du cheval et la chance de réussir un mouvement.

Dans un but de simplification, les descriptions suivantes portent sur la position des mains et des jambes et sur l’intensité de leurs actions, tandis l’action de l’assiette en y sera peu abordée. La qualité du contact sera abordée ultérieurement dans la progression du cavalier et dès qu’il aura une assiette suffisante.

Ce qu'il faut savoir avant de commencer

Le cheval sur la main

Le cheval « sur la main » est un cheval qui tend également ses deux rênes sur la poussée égale des deux postérieurs.

Cette notion est essentielle car elle fait le lien entre le contact ressenti sur les rênes et la propulsion du cheval ; les aides, jambes et mains, ne sont pas déconnectées entre elles et utilisées uniquement comme seulement un code que le cheval a appris à reconnaitre mais bien comme une transmission d’une information de l’arrière vers l’avant.

Le cavalier se doit donc de faire tendre au cheval les deux rênes ; ainsi, il sera sûr que le cheval utilise bien les deux postérieurs et qu’il se propulse vers l’avant sans déséquilibre latéral (« il ne penche pas »).

Dans le cas contraire, le dresseur procède de la manière suivante et dans cet ordre :

  • Etape 1 : faire tendre au cheval la rêne qu’il tend le moins, avec les exercices proposés ci-après,
  • Etape 2 : réduire le contact par la recherche de l’équilibre en gardant l’activité,
  • Etape 3 : rechercher le relâchement sur un cheval juste qui se propulse.

D’autre part et progressivement au cours du dressage, le cavalier doit garder à l’esprit la phrase du général DURAND « Le contact doit tendre vers zéro sans jamais s’annuler. » Sans contact, aussi léger soit-il, il ne peut y avoir tension de la ligne du dessus et son extension à la demande, comme il ne pourra y avoir de réel allongement de la foulée avec une ouverture de l’angle tête encolure.

L'emploi des aides

François BAUCHER nous rappelle 1 « Mains sans jambes – jambes sans mains » ; ce principe fondamental repris par nos grands écuyers qui est quasiment « binaire » doit se comprendre avec les nuances suivantes :

  • Avoir une large amplitude dans leur intensité,
  • « Agir, résister ou céder » : ces termes un peu oubliés expliquent la relation avec les autres aides et le comportement du cheval,
  • Avoir des importances relatives suivant l’incurvation du cheval.

En équitation supérieure, le moment de l’action a aussi une importance pour être efficient :

  • L’action de jambe aura un effet différent en phase d’appui (poser/propulsion) ou pendant la phase de soutien (augmentation de l’engagement sous la masse)
  • L’action des mains pour ralentir sera plus efficace au galop quand le cheval s’allège au cours de sa foulée.

En tout état de cause les aides n’agissent pas en permanence mais en relation avec l’allure ; les jambes agissent normalement par pression continue (sans remonter le talon) et sans répétition exagérée, le cavalier recherchant dès que possible la descente des aides.

Quelques exemples d’actions synchronisées des aides :

  • Freiner à l’abord (raccourcir les foulées en gardant l’activité) : sur un cheval relâché, le cavalier agit avec les épaules qui résistent sur des jambes qui restent juste présentes.
  • Allonger (en augmentant effectivement la longueur des foulées) par une pression des jambes cadencée sur un contact existant même léger qui fait étendre la ligne du dessus.

Petit rappel de mécanique

Il n’est pas inutile de rappeler que le cheval ne peut se ployer que d’un seul côté à la fois. Il ne peut y avoir de pli inverse à l’incurvation (sauf très momentanément dans un changement de pied par exemple ou un contre changement de main). Ce principe est souvent oublié dans l’exécution des cessions à la jambe ou lors du travail du galop en pli inverse (nez à l’extérieur).

Il est très important de relier « incurvation » et « engagement d’un postérieur » car la première favorise généralement le second. Le côté du pli (rotation de la tête suivant un axe vertical) et l’incurvation (courbure du corps du cheval) sont liés, c’est un fait :  une incurvation à droite provoque l’engagement du postérieur droit, car il suit au sol un cercle dont la circonférence est plus petite.

Pour faciliter l’engagement, sur la courbe, le cheval doit pouvoir mouvoir librement son latéral intérieur (antérieur et postérieur du même côté) sans aucun frein, notamment par un effet de rêne (contraire ou d’opposition) mal à propos.

Dans un enchaînement de deux mouvements, pour bénéficier sur le second de l’effet du premier, il est nécessaire qu’ils sollicitent la même incurvation ou que le second soit en ligne droite. Sauf dans quelques mouvements de reprise (contre changement de main), et de toute façon, dans le travail du cheval en vue du développement de sa locomotion, l’enchaînement de figures, où le cheval est soumis à des changements d’incurvation successifs, est à proscrire.

1 : Dressage méthodique du cheval de selle, Faverot De Kerbrech 1891.

Les aides du cercle

La rêne intérieure

La rêne intérieure se place en « rêne d’ouverture » pour agir et initier ou entretenir la demande d’incurvation. Pour cela, elle peut s’écarter vers l’extérieur du cheval et se baisser ; elle ne se monte pas ni ne passe de l’autre côté pour ne pas générer un effet contraire ou un effet d’opposition susceptible de faire chasser les hanches et prendre sur l’impulsion.

Le cavalier recherche le relâchement de cette rêne, il témoigne que le cheval est incurvé et en équilibre. A contrario, un cheval qui pèse par déséquilibre ou qui se couche durcit le contact de ce côté.

La rêne extérieure

La rêne extérieure se tend sur la poussée du postérieur interne ; à contrario un cheval, qui ne pousse pas avec son postérieur opposé, ne la tend pas.

La main extérieure est à sa place (à proximité de l’autre, le poignet vertical, dans le prolongement de l’avant-bras, le pouce fermé). Lorsque le mouvement l’exige, elle peut temporairement se soutenir (déplacement vers le haut) pour se renforcer. La tension de la rêne témoigne de la poussée du postérieur opposé (intérieur).

La jambe intérieure

Son rôle est très important, La jambe intérieure est placée à la sangle et agit d’une manière discontinue (elle ne reste pas collée au corps du cheval) et non répétitive (à chaque foulée). Son action est souvent insuffisante chez de nombreux cavaliers par manque de force et par des actions inappropriées, par exemple en remontant les talons ou en la reculant au risque de faire chasser les hanches, ou lorsque les étriers sont trop longs. Elle nécessite un apprentissage du cheval.

La jambe extérieure

Plus passive, la jambe extérieure est légèrement reculée et tient les hanches. Son action est d’autant plus faible si elle n’a pas à corriger les actions incorrectes des trois autres (action de main en effet contraire ou d’opposition, jambe intérieure qui se reculerait…).

Le placement du cavalier

Enfin, le placement en rotation verticale du cavalier est essentiel pour rester en phase avec le mouvement. De la hanche, des épaules à la tête, le cavalier s’oriente de plus en plus dans le sens de l’incurvation. Même si la rotation de la hanche est relativement faiblement par rapport au reste du corps, pour un bon placement, le recul de la jambe extérieure doit partir de la hanche.

Pour se lier au mouvement du cheval et ne pas le gêner, le bassin doit rester souple, basculant latéralement et longitudinalement sans contrainte, sa mobilité ne doit pas être contrariée par l’action des jambes et la tension des épaules.

La combinaison des aides

L'amélioration de l'engagement

Pour rechercher l’incurvation ou l’améliorer au cours du mouvement, le cavalier agira avec ses aides latérales (rêne et jambe du même côté). Il agira avec la jambe intérieure à la sangle en écartant sa rêne intérieure (effet d’ouverture) ; à la fin de l’action, la diminution de la tension sur la rêne intérieure témoignera de l’amélioration de l’équilibre par un meilleur engagement du postérieur interne et une tenue des muscles supérieurs de l’épaule et de l’encolure.

L'amélioration de la propulsion

Pour augmenter la capacité à se propulser, le cavalier utilise ses aides diagonales : une poussée de la jambe intérieure (à la sangle) dont il sent l’effet par un renforcement de la tension de sa rêne extérieure. Cette action ne doit pas perturber l’équilibre latéral et donc le relâchement de la rêne intérieure. Ce concept est assez facile à comprendre dans l’épaule en dedans, où le cheval en épaule en dedans à gauche se déplace avec la jambe gauche en tendant la rêne droite.

La symétrie des actions de main

En partant du principe que les actions doivent être égales chez un cheval normal constitué, suivant   la symétrie (ou non) de l’allure, nous pouvons distinguer deux cas autour d’une position « par défaut » des mains (poignets verticaux, de part et d’autre du garrot, dans le prolongement de l’avant-bras).

Au trot (et au pas), l’allure étant symétrique, les tensions sur les rênes sont par défaut égales :

  • si le cheval manque d’incurvation et se durcit à l’intérieur, le cavalier va agir avec ses aides latérales : écartement pour obtenir le relâchement de la rêne intérieure avec soutien de la jambe du même côté ;
  • si le cheval manque de propulsion, le cavalier va lui faire retendre la rêne extérieure avec l’action propulsive de sa jambe intérieure (actions diagonales), pour retrouver rapidement des aides égales.

Au galop, le principe est le même mais la situation normale peut correspondre à une légère dissymétrique des tensions de rênes liée à celle de l’allure du galop. Le cheval progresse en ligne droite avec un léger pli, avec une rêne intérieure (du côté pied du galop) légèrement détendue par rapport à la rêne opposée (extérieure).

A tout moment, le cavalier peut vérifier la justesse de son allure : elle ne doit pas se modifier (respect de la cadence et de la vitesse), s’il décide de relâcher sa rêne intérieure, ou s’il le souhaite faire tendre sa rêne extérieure par le cheval en demandant plus d’activité.

L'utilisation des aides du cercle

Aucun mouvement classique n’échappe aux principes cités plus hauts et ne s’oppose à une utilisation des aides du cercle dans son exécution.

La référence dans les mouvements

La serpentine

Alternativement le cavalier va s’orienter différemment dans le demi-cercle à droite puis à gauche en recherchant notamment au passage de la ligne du milieu le relâchement de la rêne intérieure sur l’écartement de la main et la pression de la jambe du même côté ; il pense à la rotation de son bassin en lien avec le changement d’incurvation pour faciliter le positionnement de ses aides.

La cession à la jambe et le pas de côté

Dans la cession à la jambe (au pas ou au trot), le cheval se déplace latéralement avec une tendance à s’incurver du côté opposé au déplacement. Dans une cession à la jambe gauche (vers la droite) il se déplace donc avec la seule jambe gauche à la sangle pour un déplacement vers la droite.

Contrairement à une idée largement répandue, ce mouvement ne va pas dans le sens de l’engagement du postérieur, c’est pourquoi il doit rester un éducatif. Il est exécuté plus facilement au trot qu’au pas et ne devrait pas être pratiqué au galop.

Dans le pas de côté, le cheval, préparé avec un léger pli du côté du déplacement, se déplace avec la main et la jambe du côté opposé au déplacement (main et jambe gauche dans un pas de côté vers la droite).

Ce mouvement, appelé aussi appuyer élémentaire, est plus facile que l’appuyer car il ne demande pas un grand chevauchement des épaules avec un pli prononcé de l’encolure.

L'épaule en dedans

Dans l’épaule en dedans (au pas ou au trot) ou dans l’épaule en avant (au galop), le cheval se déplace du côté opposé à son incurvation. Pour cela le cavalier agit avec un effet de la jambe d’incurvation à la sangle, la main intérieure veille à garder le relâchement en s’écartant si nécessaire. Le cheval tient ses épaules sans effondrer dans son encolure ni jamais s’enfermer.

L’épaule en dedans se débute à partir d’une sortie des épaules (après passage du coin, début de petit cercle, sortie des épaules avec les deux mains) puis d’un réquilibrage et seulement après l’allégement par l’action de la jambe intérieure pour se déplacer ployé.

Les aides dans le travail au galop

Le galop

Au galop, le cheval garde une incurvation naturelle du côté du pied sur lequel il galope, les membres du côté interne, allant chercher le terrain plus en avant, doivent garder toute liberté pour le faire. Le cheval est tenu par la jambe à la sangle, la main du même côté maintient un contact relâché.

Les changements de cercle

Le galop à faux

Au galop à faux, le cheval garde une légère incurvation du côté extérieur à la courbe. Ce ploiement justifie d’obtenir le déplacement sur le cercle par le renforcement de l’action de la jambe du pied sur lequel il galope à la sangle, celle-ci « rebondit » sur la main du côté opposé (action de la jambe droite sur la rêne gauche, au galop à droite sur un cercle à gauche).

Cet exercice étant un exercice d’amélioration de l’équilibre, le cheval doit progresser « redressé » et en aucun cas augmenter son incurvation (se traverser) par une action parasite de la main (côté du pied du galop) en effet contraire d’opposition ou une action inappropriée en jambe isolée (jambe opposée au pied du galop). Le galop à faux est un exercice qui ne consiste pas à empêcher le cheval à changer de pied.

L'allongement et le ralentissement du galop

Plus qu'à tout autre, le respect des aides de cercle dans les transitions dans l’allure au galop sont essentielles pour ralentir souplement le cheval ou allonger sans précipiter. En effet le mouvement du latéral interne (qui va plus en avant que l’externe) ne doit être en aucune façon contrarié par l’action des aides du cavalier. Il est donc important de ralentir le cheval sur sa rêne externe (opposée au pied du galop) et dans le ralentissement maintenir le relâchement interne par les aides latérales internes pour faciliter l’engagement du postérieur ainsi que son dégagement vers l’arrière.

L'apprentissage des aides du cercle

Trois exercices de base sont proposés au début pour éduquer le cheval à leur compréhension et le cavalier à leur bonne maitrise : le cercle, la spirale et la cession à la jambe. Dans la spirale, le cheval débute sur un petit cercle que le cavalier élargit progressivement en utilisant principalement sa jambe intérieure à la sangle. Il revient ensuite sur un petit cercle en rêne d’ouverture.

 

 

Quelques exemples d'enchainement

Pour progresser et développer la locomotion de son cheval, le cavalier peut travailler des situations techniques plus complexes.

Transition d'allure en épaule en dedans

Dans cette transition montante le cavalier passe à l’allure supérieure en renforçant l‘action de sa jambe intérieure à la sangle sans perdre l’incurvation qu’il maintient avec une rêne d’ouverture. Dans cet exercice, le cavalier demande une augmentation de la détente du postérieur dans l’engagement pour sauter dans le trot.

Transition d'allure en sortie d'épaule en dedans

Le cheval en épaule en dedans au trot de travail sort de sa figure sur trot moyen par le renforcement de la jambe intérieure à la sangle qui provoque une augmentation d’activité comprimée par la rêne extérieure. Suivant l’orientation de la rêne intérieure le cheval marche sur une oblique ou un cercle (rêne d’ouverture) parfois plus propice au maintien de l’engagement.

Changement d'allure dans l'appuyer

Exercice difficile, le changement d’allure dans l’appuyer témoigne d’une bonne compréhension des aides du cercle chez le cheval, d’un bon accord des aides et de leur bon dosage chez le cavalier. En effet, il fait intervenir des aides extérieures qui emmènent le cheval dans l’appuyer, un bon contrôle du déplacement par la jambe intérieure qui peut alors le freiner pour passer dans l’allure inférieure ou demander le trot. La main intérieure se contente d’assurer la décontraction et le maintien de l’incurvation et de la liberté des épaules pendant le mouvement.

Les règles d'Or

Dans tous mes mouvements, si je respecte les aides du cercle dès que mon cheval est incurvé, je ne triche pas et je garde une logique qui :

  • Evite les erreurs susceptibles d’incompréhensions chez le cheval,
  • Respecte sa mécanique et donc préserve sa santé,
  • Laisse mon cheval se mouvoir et exprimer ses allures,
  • Le garde décontracté avec le souhait de son bien-être,
  • Va dans le sens de l’économie des aides, sans opposition entre elles ni temps de freinage,
  • Le fait progresser par l’enchaînement de mouvements complémentaires.

Conclusion

Connaitre les aides du cercle et les appliquer dans toutes les figures de dressage ou les enchaînements des mouvements est essentiel pour avoir une équitation efficace et bénéfique pour le cheval.

Vous aurez une vision claire des actions à avoir quel que soit le mouvement pratiqué et facile à comprendre par le cheval qui n’y verra ni confusion ni objet de défense.

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