Les observables de l'échelle de progression

Niveau de technicité :

niveau de technicité

 

Auteur : Bernard MAUREL (juge international de dressage)

Février 2018

La formulation des étapes de référence pour décrire, apprécier et évaluer les éléments techniques de la formation du cheval de sport a été reconnue et définie par les Fédérations Equestres dans les dernières décennies, marquées par un développement exceptionnel de l’équitation. Leur description précise et détaillée dans la présente fiche aide à comprendre leur contenu et l’ordre de priorité qu’elles représentent dans le travail du cheval. Correction du rythme des allures, souplesse et décontraction, mise sur la main, impulsion, rectitude et rassembler en sont les 6 points de repère, expliqués et expertisés dans ce document.

Introduction

Acceptée internationalement, cette pyramide dite de « l’échelle de progression » du travail du cheval peut paraître simplifiée à l’extrême. Mais elle illustre utilement les objectifs successifs de l’entrainement. Ses degrés s’enchainent comme le font les couleurs de l’arc en ciel. Afin de faciliter sa compréhension, et en complément des objectifs décrits par les divers documents existants, Bernard MAUREL, s’appuyant sur son expertise de juge international et d’entraîneur, se propose de préciser les observables permettant d'apprécier la correction du travail accompli.

1er niveau : la correction de l'allure

Le rythme1

Observable 1 – la rapidité / la lenteur : le cheval est dans son activité naturelle ; il fonctionne sans paresser et sans se dépêcher ; pas de critère d'attitude (dépend de la conformation et de l'orientation naturelle de l'encolure du cheval) ; son envie d'avancer est naturelle et n'est pas contrariée par la main.

Observable 2 – le rythme des battues : la correction du rythme naturel des 3 allures ; le pas est à 4 temps réguliers, ni traînant ni précipité, avec assez de liberté d'encolure ; le trot est à deux temps sautés dans une cadence naturelle ; le galop est à 3 temps suivis d'une phase de suspension.

Observable 3 – la stabilité et la régularité des foulées : le rythme des battues est le même au fur et à mesure du déroulement de chacune des 3 allures, sans à-coups, quel que soit le parcours suivi ; le rythme se maintient lors des changements de direction ; le rythme de chacune des allures n'est pas perturbé lors du passage d'une allure à une autre.

Observable 4 – l’absence de dissymétrie : au pas les deux postérieurs s'engagent de façon analogue ; au trot enlevé le cavalier peut trotter indifféremment avec un diagonal ou avec l'autre ; le galop s'obtient facilement sur chaque pied.

On peut estimer que ce premier niveau de l'échelle de progression correspond à l'impulsion et l'équilibre élémentaires du jeune cheval dont l’allure et la direction commencent à être contrôlables, et à l'équitation élémentaire du cavalier débutant qui s'assure de l’orientation suivie et du rythme observé.

 


1
: Dans la correction de l’allure, l’auteur préfère insister sur le « rythme », donné par les posers des membres et la suspension des allures sautées, et sa correction. Les notions de cadence et d’amplitude viennent ensuite.

 

2ème niveau : la souplesse

La décontraction physique et morale

Observable 1 - l'expression du cheval est confiante et relâchée : pas d'inquiétude, les yeux peuvent regarder autour d'eux (pas d'attitude contrainte, exagérément plaquée ou enfermée ); le jeu des oreilles montre un cheval à l'écoute (vers l'avant quand il regarde son environnement, vers le cavalier quand il est sensible à ses aides) ; la transpiration est légère, éventuellement plus marquée aux endroits dont les muscles travaillent plus, et sa consistance reste discrète et fluide.

Observable 2 - le contact avec le mors est exempt de contractions ou d'agitation : la bouche est calme ; les lèvres et le bout du nez ne présentent pas de signe de crispations ; si elle se voit, la langue reste de couleur rose ; l'ajustage de la muserolle n'empêche pas le cheval de bouger sa mâchoire.

Observable 3 – la stabilité et la discrétion des aides du cavalier :  les mains dirigent le cheval sans action trop visible ; les jambes veillent à l'activité sans usage permanent ou excessivement marqué ; l'assiette est stable et accompagne les mouvements du cheval.

Observable 4 – le balancement de la queue : le port de queue est naturel et ne montre pas de contraction ; le cheval fonctionne avec toute sa ligne de dessus ; sa locomotion est élastique et souple.

Observable 5 – le rythme naturel de la respiration : au galop en particulier le cheval respire en harmonie avec le rythme de l'allure ; à l'arrêt après une période de travail, il reprend rapidement son souffle et peut relâcher sa respiration.

Ce deuxième niveau de l'échelle de progression correspond à celui d'un jeune cheval habitué à être monté, en confiance avec son cavalier, et à l'aise avec les exercices ou les terrains qui lui sont proposés ; c'est aussi celui du cavalier qui par son sentiment naturel ou par l'acquisition d'un tact équestre suffisant sait tenir compte des retours d'information que lui donne sa monture, et adapter ses exigences à leur niveau équestre commun, qu'il soit élémentaire ou confirmé.

3ème niveau : la qualité du contact

La mise sur la main

Observable 1 – les postérieurs engagés et actifs : le cheval est dirigé par les aides. Les deux postérieurs viennent sous la masse et par leur détente assurent la propulsion qui permet d'allonger l'allure. Leur activité témoigne d'une disponibilité du cheval dans le mouvement vers l'avant et donne aux allures une aisance et une élasticité analogues à celles qu'il aurait en liberté, mais qui restent contrôlées par le cavalier.

Observable 2 – l’encolure orientée naturellement : le cheval se porte dans son attitude naturelle, l'encolure plus ou moins haute et arrondie selon sa conformation, la nuque le point le plus haut et le chanfrein en avant de la verticale. Il accepte les demandes du cavalier pour tourner, s'incurver, ralentir ou accélérer sans changer outre mesure son attitude.

Observable 3 – la bouche posée sur la main : la confiance du contact avec la main se traduit par une bouche calme, exempte d'agitation ou de contraction, et qui suit les indications de la main. Lorsque le cavalier met les rênes longues, le cheval se relaxe et se déplie vers le bas naturellement sans s'échapper ou s'endormir.

Observable 4 – l’élasticité, la suspension, la propulsion : le cheval fonctionne avec toute sa ligne de dessus. Les observables des deux premiers niveaux se confirment avec la souplesse du pas, où le cheval peut facilement se déplier ; la cadence du trot, qui se maintient dans les transitions comme dans les mouvements de deux pistes ; et le rythme d'un galop à 3 temps suivi d'une phase de suspension, qui n'est pas altéré par le travail à faux, par le développement de l'allure ou par la recherche de l'équilibre sur de petits cercles.

Observable 5 : le cheval est incité à chercher le contact : la fluidité du travail et le bon fonctionnement du dos sont prouvés par la capacité du cheval à tout moment à déplier son encolure ou bien à amplifier son allure. Le cavalier par l'intermédiaire des rênes peut agir sur une bouche disponible.

Ce troisième niveau de l'échelle de progression correspond à un jeune cheval qui fonctionne "juste" et accepte le contrôle des aides du cavalier, et à une équitation où le réglage de l'allure, de la vitesse et de la direction a cédé la place à une technicité liée à la compréhension du fonctionnement du cheval. Ce niveau aborde les exercices latéraux ou longitudinaux. L'entente qui en résulte permet les premières compétitions, ou bien donne la sécurité recherchée dans la pratique d'un loisir régulier et exigeant.

4ème niveau : l'impulsion

Le désir de se porter en avant, la propulsion, la perméabilité

Observable 1 - l’engagement et la propulsion des postérieurs : la régularisation de la poussée et son harmonisation avec le fonctionnement du dos et avec le travail des épaules permettent à l'engagement des postérieurs de n'être jamais excessif (disposition de freinage) ou insuffisant (disposition de déséquilibre avant). Le cheval est disponible pour tout passage à l'allure supérieure ou allongement de l'allure en cours.

Observable 2 - l’activité : l'envie naturelle du cheval de se porter en avant s'est canalisée en une énergie régulière ; l’activité se voit par le fonctionnement des articulations supérieures des membres (grassets et jarrets, coudes et genoux). Elle témoigne de l’efficacité et de l’harmonie des mouvements du cheval. Si elle provient de l'énervement, elle est néfaste car liée à l'enjambement du deuxième niveau. Si elle provient d'une présence forte des aides impulsives, jambes, éperons, cravache, elle sera vite inutilisable. Si elle est acceptée comme une gymnastique lors de séances bien construites, elle est un observable d'impulsion idéal.

Observable 3 - la suspension au trot et au galop : dans les deux allures avec de la suspension, sa présence est une condition sine qua non d'un cheval dans le mouvement en avant. Le trot marché, le galop rompu, faciles à voir car le cheval semble "collé au sol" signent une équitation dans la contrainte ou un accord des aides défectueux. La bonne cadence du trot ou du galop montrent à l'évidence un travail juste, respectueux des possibilités et de l'évolution du cheval.

Observable 4 - la fluidité des mouvements : elle montre la perméabilité aux demandes du cavalier ; l'aisance dans le passage sans à-coups d'une allure à une autre, dans le passage de la ligne droite au cercle et réciproquement, dans les changements de pied au galop, dans l'entrée ou la sortie des mouvements latéraux témoigne d'une harmonie du couple cavalier/cheval.

Observable 5 – la facilité des transitions : au sein d'une même allure, la capacité du cheval à s'étendre ou à se reprendre, à prendre un rythme plus serein ou à accélérer, prouve que les actions du cavalier, surtout si elles sont peu visibles, sont parfaitement acceptées et intégrées dans le niveau d'apprentissage du cheval.

Observable 6 – l’immédiateté des départs : le passage facile du pas au galop, de l'arrêt au trot, voire du reculer au galop montrent un niveau de disponibilité satisfaisant. L'allongement d'une allure sans temps d'attente, sous réserve d'un équilibre maintenu, et obtenu avec des aides discrètes est le signe d'un cheval généreux et physiquement apte à l'effort.

Arrivé à ce quatrième niveau de l'échelle de progression, le couple cavalier/cheval est construit. Le cheval a achevé son développement physique et est en harmonie avec son cavalier même si leur entente connaît encore des hauts et des bas. Le niveau technique permet un cheval compétitif dans toutes les disciplines. Les fondamentaux sont suffisamment installés pour aller au besoin vers une spécialisation ou intensifier une pratique moins sportive basée sur une synergie pleine de satisfactions.

5ème niveau : la rectitude

La symétrie G/D, l'harmonisation Ant/Post, la poussée en ligne

Observable 1 – les incurvations : le cheval reste en équilibre dans les cercles ou sur les tourners aux trois allures et aux deux mains, même si l'une présente un peu moins d'aisance. Il accepte les mouvements latéraux aussi facilement d'un côté que de l'autre.

Observable 2 - le pli de l'encolure : dans les mouvements incurvés, les muscles de l'encolure du côté interne se fléchissent, et cette flexion peut s'observer depuis la nuque jusqu'à la base de l'encolure.

Observable 3 - la similitude des galops : le travail sur les deux pieds devient analogue, le cheval de dressage peut rapprocher les changements de pied, le cheval d'obstacle aborde les sauts avec facilité aux deux mains.

Observable 4 - les transitions : les postérieurs restent en place et actifs dans toutes les transitions, aussi bien descendantes que montantes. Les antérieurs gardent leur geste et leur fonctionnement. Les transitions ne sont pas l'occasion d'irrégularités devant ou derrière (sauts de pie, postérieurs joints, coup d'antérieur, ...)

Observable 5 - les développements d'allures : l'augmentation d'amplitude ne s'accompagne pas d'une perte d'engagement des postérieurs, l'amplification du geste des antérieurs se fait avec des épaules libres. La réduction de l'amplitude ne compromet pas l'activité des postérieurs ni la souplesse des antérieurs. Dans les variations du trot, les canons restent parallèles.

Observable 6 - les modifications d'attitude : l'attitude générale quand le cheval se reprend ou s'étend correspond au pas à un déploiement complet de la ligne de dessus, le bout du nez vers l'avant ; au trot, la modification est peu marquée mais visible ; au galop elle correspond à une légère ouverture des angles (tête-encolure, compas des postérieurs, geste des antérieurs).

Observable 7 – la poussée sur le droit et sur les courbes : les postérieurs suivent la trace des antérieurs exactement : au pas chacun a la même amplitude de mouvement ; au trot les hanches sont dans l'axe des épaules et les postérieurs ne s'écartent pas dans les développements ; au galop il n'y a pas de déviation de la ligne suivie et la propulsion est maintenue quel que soit le rythme ou la trajectoire.

Observable 8 - le passage des coins : l'impulsion ne s'éteint pas dans les coins ou lors de tourners serrés. La sortie est en équilibre prête à une propulsion sur la ligne droite, à une inflexion immédiate ou à un grandissement de l'attitude.

 

Arrivés à ce cinquième niveau de l'échelle de progression le cheval et son cavalier forment un couple dont l'harmonie est visible. Même si le dresseur dès les premières étapes de son travail a eu à l'esprit le besoin de régulariser la poussée de son cheval, il a su fluidifier ses mouvements grâce à un dos tonique et souple qui participe à la locomotion. Ce niveau marque l'acceptation des aides, et garantit l'optimisation du potentiel du cheval. 

6ème niveau : le rassembler

Report de poids, maniabilité, disponibilité

Observable 1 - la liberté des épaules : le cheval a acquis une musculature souple et tonique qui lui permet de soutenir son dos pendant tout son travail. Son respect de la main du cavalier lui permet de grandir son devant à partir de la base de l’encolure. En conséquence, le geste des antérieurs est ample, élevé, symétrique, et délié.

Observable 2 - la flexibilité des hanches : le cheval peut continuer à avancer à pas comptés (au pas, sans perturber le rythme de l’allure) ; il peut garder l’allure diagonale du trot en restant sur place ou en avançant dans une cadence lente ; il peut conserver son galop presque sur place ou en tournant autour des hanches. Ces trois exercices témoignent d’une souplesse des postérieurs qui peuvent à la fois porter le poids plus longtemps que dans l’allure de travail et se fléchir pour garder l’activité des membres.

Observable 3 – la mise en main : le cavalier a obtenu une réelle acceptation des aides, grâce à une réactivité aux jambes qui ne laisse jamais le cheval lui passer « derrière », grâce à un liant de son assiette qui n’empêche pas le cheval de gagner en élévation, et grâce à une obéissance à l’action des mains pour fléchir latéralement l’encolure, la déplier, l’arrondir ou la relever et ainsi pouvoir reprendre ou étendre l’allure sans en perturber le rythme. Cela donne à la nuque la souplesse nécessaire pour garder une attitude stable, et permet à la bouche un contact souple et confiant sur le mors. Cette attitude où le cheval garde toute son énergie et ne résiste pas, ou bien plus communément dit « où il a franchi son mors », est la marque de la mise en main.

Ce sixième niveau de l'échelle de progression correspond à un cheval qui peut jouer de son équilibre à toutes les allures en restant constamment à la disposition de son cavalier. L’impulsion permet à la fois une propulsion énergique, vers l’avant ou vers le haut à l’obstacle, ou une flexibilité qui conserve l’expression des allures sur le plat. Ce niveau permet de dominer les difficultés de l’équitation sportive ou de la haute école. L’harmonie qui en résulte exprime à la fois le plaisir ultime du dresseur et la beauté de sa présentation au spectateur. 

Conclusion

Ces repères visibles voire mesurables que sont les observables peuvent aider le cavalier, l’entraineur ou le juge, voire le spectateur ou le propriétaire à se faire une idée du travail d’un cheval. Aujourd’hui où les images et vidéos circulent partout et sans délai, il peut ainsi être utile de savoir ce qu’il faut regarder et pourquoi. Et surtout de l’apprécier en fonction des priorités que donne l’échelle de progression, où chaque étape compte, même si toutes s’interpénètrent, car l’entrainement d’un cheval est une œuvre à la fois quotidienne et de longue haleine. Ces informations détaillées ne remplacent cependant pas la connaissance intime du fonctionnement du cheval, depuis son élevage jusqu’à son utilisation, pour lesquels compétence pratique et sentiment équestre viennent compléter nécessairement l’observation qu’on peut en faire.

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