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Construire les microcycles d'entraînement : exemple du concours complet

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Galloux (BEES 3 équitation)

Mars 2017

Après avoir décrit les séances de galop et leur organisation dans un cycle d’entraînement, cette fiche précise l’enchaînement des travaux quotidiens et leur rythme au cours d’un microcycle. A partir d’exemples concrets issus des démarches en cours à l’IFCE, le lecteur apprendra à construire ses microcycles et à les adapter à ses objectifs en fonction des forces et des faiblesses de son cheval. Une prochaine fiche présentera une programmation de l’entraînement, succession de cycles et d’objectifs dont les microcycles sont les briques.

Ce qu'il faut savoir avant de commencer

La contribution de chaque métabolisme dans le travail

Suivant le type de séance, le travail musculaire sollicite principalement un ou plusieurs métabolismes. Les activités très brèves (par exemple lignes de cavalettis ou lignes d’obstacles avec retour au pas) sollicitent principalement le métabolisme anaérobie alactique tandis qu’un trotting ne mettra en œuvre que le métabolisme aérobie. De même dans les enchaînements de saut d’obstacles le métabolisme aérobie sera principalement sollicité, puis le métabolisme anaérobie lactique si les passages sont répétés sans repos intermédiaire complet.
La fiche « Evaluer la condition physique de son cheval pour adapter son entraînement" décrit l’impact de chaque séance de galop sur la filière en mesurant la fréquence cardiaque moyenne (témoin du métabolisme aérobie) et la lactatémie finale (témoin relatif du métabolisme anaérobie). 

 

Note : les expressions, utilisées dans le langage de la discipline et notées entre guillemets, sont reprises dans le texte même si elles ne correspondent pas toujours à la définition utilisée chez l’homme par les entraîneurs. On parle bien de « détente » pour parler « d’échauffement » …

Définition du microcycle

Un microcycle est un enchaînement de plusieurs activités, généralement différentes, que l’on répétera au cours d’un même cycle d’entraînement. Il dure de 3 à 7 jours suivant les modèles et l’intensité du cycle auquel il contribue. Ils peuvent être plus courts dans les phases de restauration où les galops sont lents mais fréquents (3 jours) tandis qu’ils seront plus longs dans une phase de développement où les galops sont intensifs et nécessitent une récupération partielle ou complète (5 à 7 jours).

A l’intérieur d’un microcycle et sauf demande particulière, on évitera des séances successives qui sollicitent majoritairement le même métabolisme. Notons que, du point de vue purement physiologique, une séance à dominante anaérobie alactique peut précéder une séance à forte sollicitation aérobie, l’inverse est moins possible. Ainsi sous réserve de prendre en compte les contraintes osseuses et tendineuses, on peut physiologiquement enchaîner gymnastique à l’obstacle et séquence de galop alors que l’on alternera séquence de mécanisation ou d’enchaînement en dressage à forte sollicitation musculaire avec des séances d’assouplissement et de travail sur des bases longues.

Nous verrons successivement :

  • Dans la phase préparatoire : 
    • Le microcycle d’un cycle de préparation physique générale (PPG).

  • Dans les phases de développement :
    • Le microcycle de préparation physique et technique (PPT) avec récupération complète ou partielle,
    • Le microcycle de préparation technique et de restauration (PTR),
    • Le microcycle de préparation physique spécifique (PTS).

  • Dans les périodes de compétition :
    • Le microcycle pré-compétition intermédiaire (Pré OI) ou principal (Pré OP),
    • Le microcycle post-compétition intermédiaire (Post OI).

Description des microcycles par cycle d'entraînement

La phase préparatoire

Le microcycle de type PPG

Le microcycle de type préparation physique générale (PPG) participe à la mise en condition générale du cheval ; en simplifiant, il serait commun à toutes les disciplines. On y trouve :

Des séances de « mécanisation » en dressage sont programmées progressivement et en alternance avec des séances moins contraignantes. Le cheval travaille isolément des mouvements ou découvre les figures qui lui sont nouvelles (appuyer, changement de pied, …). Le maintien de la qualité de l’allure doit rester un souci permanent dans la réalisation de l’exercice ; pourtant ce travail peut engendrer de la fatigue musculaire, prendre sur l’impulsion, dégrader la tension de la ligne du dessus et détériorer la qualité de l’allure (rebond, régularité, symétrie et cadence), il est donc suivi d’une séance sur des bases longues que ce soit sur le plat, la piste ou à l’obstacle.

Des séances de travail « stretching » sur le plat sur des bases longues et étendues avec un cheval qui développe sa locomotion naturelle sans la contrainte des figures de reprise et dans le souci d’amélioration des qualités naturelles de l’allure. Les dresseurs cherchent à avoir le sentiment d’un cheval qui se grandit. Un travail à la longe enrêné dans une attitude horizontale et étendu peut remplacer le travail monté.

Des séances de mécanisation à l’obstacle où le cheval développe soit son geste technique sans rechercher encore le renforcement musculaire. On y trouve des lignes faciles (de mobiles ou de semi fixes) où le cheval recherche l’aisance et l’étendue de son geste sans forcer. Ce type de séance peut remplacer une séance de « stretching » sur le plat.

Des séances de galop lent (400 à 450 m/min) purement aérobie sur des pistes naturelles de 3000 à 4000 m. Souvent oubliés dans le travail d’hiver ces « galops » ont pour but essentiel de préparer l’organisme à supporter les futurs galops et les charges de travail à venir. Le cheval galope sans effort apparent, sans tirer, en recherchant une amplitude du geste de la foulée. Si on dispose de pistes naturelles, ce travail est préféré au trotting qui s’avère vite insuffisant et dont l’allure est trop différente de celle du cross.

Par commodité, ce microcycle est souvent calqué sur la semaine de travail du lundi au dimanche.

La phase de développement

Le microcycle de type PPT

Le microcycle de préparation physique et technique (PPT) se situe dans une phase particulièrement intense où l’on recherche le développement des capacités musculaires et cardiaques du cheval. On y trouve :

Des séances de dressage

A renforcement musculaire sur le plat où chaque mouvement est la conséquence du précédent :  le cavalier profite du placement des membres de la 1ère figure pour plus solliciter les muscles dans un effort spécifique au lancement de la suivante. Par exemple en enchaînant une épaule en dedans avec un allongement sur le cercle, ou un galop à faux avec un allongement ou inversement un allongement sur un grand cercle avec le ralentissement sur un plus petit, sur des quarts de pirouette puis marcher droit en avançant…

La séance peut être à dominante développement de la force avec de fortes exigences en matière d’équilibre, de soutien ou de cadence, en séries entrecoupées d’un repos complet ou à dominante vitesse (série de début de pirouettes au galop et retour au pas) et cardio, en séries successives avec une récupération incomplète (série d’allongements et ralentissements, lignes successives de changements de pied en avançant…).

Quelque soit l’objectif et en aucun cas, le mouvement ne doit jamais être faux puisqu’on recherche à faire travailler les muscles dans leur longueur utile à l’exercice et à optimiser les déplacements articulaires (un appuyer ou une épaule en dedans ne peut être sans soutien et dégagement de l’épaule du pli, un ralentissement sans augmentation de l’équilibre et perte de la cadence…).

De mécanisation à dominante technique où le cavalier recherche par la répétition des mouvements une certaine mécanisation qui se traduit par la facilité d’exécution des enchaînements de figures et la capacité à les répéter plusieurs fois.

 

Des séances d'obstacles

Des enchaînements à dominante technique et cardiaque où le cheval enchaîne plusieurs séries de 4 à 6 obstacles dans une recherche d’optimisation de la performance (courbe idéale, saut droit, encadrement optimal, respect du contrat de foulées, …) sans recherche particulière de mise à l’effort. Pour donner une dominante ‘cardio’, les séries peuvent être rapprochées sans repos complet, l’entraîneur organisant la transmission de ses consignes techniques pour ne pas retarder l’enchaînement des séries. 

De la gymnastique à dominante renforcement musculaire : des séances de gymnastique et de renforcement musculaire telles que celles pratiquées en concours hippiques de haut niveau sont à introduire en début de cycle. Il s‘agit de séances spécifiques où tous les muscles du saut sont sollicités à leur maximum (ligne de cavalettis particulièrement larges (et sécurisés), sauts d’oxers larges avec un cheval "comprimé " sur des appels près où le cheval va développer la poussée des  postérieurs, lignes de sauts de puce, passages sur des marches d’un piano aménagé avec des barres intermédiaires dans un travail de pliométrie en descente et concentrique dans la montée particulièrement efficace sur les muscles élévateurs des épaules… Ces séances sont toujours éloignées de la compétition.

Des séances de galop

Des séances de développement de la capacité aérobie du cheval où le cheval va galoper généralement en interval training (appelé par certains entraîneurs ‘fractionné continu’) sur des séries associant des galops relativement intenses soit par la vitesse demandée (individualisée au seuil anaérobie), la qualité du sol (sable de plage profond), soit par le vallonnement. Le suivi de la fréquence cardiaque est une information indispensable à l’entraîneur pour objectiver les consignes données au cavalier. Suivant la nature des épreuves à courir et le rapprochement des obstacles (CCI ou CIC) la durée des séries sera plus ou moins courte en se rapprochant des conditions de course. Chez beaucoup de cavaliers, un travail de basse intensité (450 m/min) en continu sur des distances de 4000 à 6000 m est préféré sans pouvoir espérer le même effet.

Plusieurs approches existent suivant que l’on recherche une récupération complète ou partielle.

Modèle 1 : microcycles de 7 jours avec une récupération complète

Ces microcycles espacent largement les galops en recherchant l’absence de fatigue résiduelle. Ils assurent ainsi une certaine sécurité sans pouvoir prétendre à rechercher de la surcompensation.

Type 1 : avec une dominante obstacle

Type 2 : avec une dominante cross

Type 3 : avec une dominante galop

Modèle 2 : microcycles de 5 jours avec une récupération incomplète

Exemple 1 : Microcycle avec renforcement musculaire sur le plat et gymnastique à l'obstacle

Galop de type capacité aérobie : 3 x 3 à 4 min (2 au trot) à Fc4, [La] attendue à 4 mmol/l. (voir aussi fiche : Evaluer la condition physique de son cheval pour individualiser son entrainement et Définir et organiser ses séances de galop - l'actualité

Exemple 2 : Microcycle avec renforcement musculaire à l'obstacle et mécanisation sur le plat

Galop de type capacité aérobie : 3 x 3 à 4 min (2 au trot) à Fc4, [La] attendue 4 mmol/l.(voir aussi fiche : Evaluer la condition physique de son cheval pour individualiser son entrainement)

Ces microcycles se différencient des précédents par leur durée (5 jours) mais aussi par les doubles sorties journalières pour éliminer les courbatures afin de pouvoir enchaîner quotidiennement des séances. La journée commence par un travail sur des bases longues de type « stretching » et réserve le développement de la force au travail d’obstacles (récupération complète entre les séries) et les galops rapides à la dominante « cardio ». 

Recherchant la sollicitation de toutes les ressources énergétiques et le développement de nombreuses composantes de la performance, un tel cycle engendre une accumulation de fatigue qui devra être éliminée totalement tous les 4 à 6 microcycles par une période de 7 à 10 de travail de basse intensité au cours d’un microcycle de restauration.

Le cycle de préparation technique et de restauration (PTR)

Dans ce type de microcycle, tout est organisé autour d’un travail continu et facile, propre à restaurer les réserves énergétiques et réduire le niveau de fatigue. La durée de travail effectif au cours de la sortie sera limitée à 30 minutes, détente comprise.

Le travail d’enchaînement en dressage alterne avec des déplacements sur des bases longues et étendues pour retrouver en permanence les qualités naturelles de l’allure ; le travail d’enchaînement sera axé sur la précision de l’exécution des mouvements et le respect de la cadence sans rechercher le brio d’une présentation.

Le travail d’obstacle (mobile ou semi fixe) recherche de même la qualité du tracé, la rectitude du saut et justesse des abords sans rechercher la performance sur des hauteurs supérieures ou des tracés raccourcis. Le travail sur les lignes met le cheval sur la hauteur dans la facilité et la qualité du geste, les actions du cavalier sont réduites au minimum. Le nombre de sauts est faible, d’autant plus que le cheval est placé devant des difficultés qu’il a maîtrisées au cours de sa préparation préalable ; aucun exercice nouveau n’est proposé.

Le travail de galop est purement de type aérobie et reste facile pour un cheval à ce niveau de préparation. Il est à préférer au trotting plus éloigné de la pratique compétitive et pas assez sollicitant. En effet, la fréquence cardiaque atteint 130-140 bts/min en galop lent, 100 bts/min en trotting.

Quant on ne dispose pas de paddock, le cheval est promené après le travail du matin dans un but d’aération sauf lors des galops où la sortie est prolongée à cet effet.

 

Ce type de cycle peut se placer également dans les dernières semaines avant la compétition « objectif » pour affiner la préparation technique tout en réduisant le niveau de fatigue consécutif à la phase de développement. Il peut être aussi appelé « préparation physique technique » compte tenu de son objectif, notamment s’il suit une phase de développement peu énergétique comme cela est souvent pratiqué. Il ne doit en aucun cas engendrer de la fatigue musculaire supplémentaire et de lassitude par des répétitions des enchaînements de la reprise ou la résolution de problème.

Le microcycle de préparation spécifique (PPS)

Réservé aux grandes échéances, ce microcycle spécifique prévoit une période 7 à 10 jours totalement orientée vers le développement de la puissance maximale aérobie. Les autres activités contribuent à la récupération tout en entretenant la technique. Il est éloigné d’au moins 15 jours de la date de l’objectif final et sera suivi d’un microcycle technique et de restauration.

Les séances de galops orientées vers le développement de la puissance maximale aérobie sont renouvelées deux ou trois fois espacées de 3 jours. Elles se déroulent sur une très bonne piste avec un cheval en parfaite santé. Le contrôle de la fréquence cardiaque et de la lactatémie est un impératif. Voir aussi "Evaluer la condition physique de son cheval pour individualiser son entrainement".

Les activités sur le plat sont privilégiées sur les activités d’obstacles même si elles restent purement anaérobies alactique (sauts courts avec repos complet). Il n’est pas utile d’augmenter les contraintes sur les articulations et les tendons déjà largement sollicités par le galop, en réalisant une séance dont la qualité de saut attendue peut être contrariée par la fatigue accumulée et l’équilibre différent adopté lors de la séance de galop rapide.

Le travail du matin est réservé à la promenade pour éliminer les courbatures avant le travail sur le plat de l’après midi. Il doit rester actif pour être utile.

Galop 6 et 7 : 6 x 1 min à 450 et 500 m/min en terrain profond avec repos 1 min à 350m/min

PMA : Galop de 6 x 1 min ou 4 x 1 min30 à 700 m/min sur piste avec 1 min de repos au trot – [La]=8 mmol/l

Les phases de compétition

Les microcycles de compétition encadrent le concours, ils sont principalement impactés par les temps de transport ou de l’organisation de l’épreuve nationale (sur 3 jours) ou CCI ou CIC et des disponibilités des installations. Principalement axés sur la préparation de l’épreuve de dressage, ils ne doivent pas en être la répétition mais bien une montée en puissance progressive en prenant en compte le temps d’habituation du cheval à l’environnement et le délai de récupération du transport.

Le microcycle pré-compétition (pré OI ou pré OP)

Exemple d'un microcycle pré OI de type "Epreuve de deux jours"

Exemple d'un microcycle pré OP de type CCI (dressage le vendredi)

Exemple d'un microcycle pré OP de type CCI (dressage et jeudi avec galop)

Certains cavaliers n’hésitent pas à réaliser un galop court (1000 à 1500 m à 500 m/min) le jeudi soir après l’épreuve de dressage pour affiner leur préparation.

Le microcycle post-compétition (post OI)

Exemple de la première semaine après un objectif intermédiaire

Si la compétition intermédiaire constitue la fin d’un cycle de développement ou si le cheval a couru difficilement, le galop suivant ne peut être qu’un galop de récupération lent de type 1 ; si et seulement si, le cheval a bien couru, sans fatigue excessive et que la proximité de l’objectif principal nécessite de poursuivre la préparation, le galop peut être de de type 3 ou 4. Un galop de type capacité aérobie ne se placerait que la semaine suivante à au moins 10 jours de l’épreuve courue.

A l’issue d’une épreuve principale et quel que soit le résultat, le cheval devra maintenir une activité régulière avec une intensité minimale pendant une phase de récupération d’environ un mois. De simples promenades au pas ne suffisent pas à une bonne restauration des réserves et une bonne élimination de la fatigue de la compétition et de l’entraînement qui a précédé.

Conclusion

A partir de ces exemples présentés, le lecteur est en mesure de comprendre la construction des microcycles et les règles qui vont lui permettre de les adapter à son cheval. Pour compléter cette présentation et l’objectiver, il sera nécessaire d’évaluer la charge d’entraînement de chaque séance pour quantifier le poids de chaque microcycle dans une préparation. Une prochaine fiche présentera l’articulation des cycles dans la programmation d’une saison sportive.

Références

GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011

GALLOUX P. : Contribution à l’élaboration d’une planification de la préparation énergétique du cheval de concours complet (thèse de doctorat), Poitiers 1991

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