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Définir et organiser ses séances de galop - L'actualité

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Galloux

Janvier 2017

En fonction de l’objectif de la saison, les entraîneurs programment des cycles d’entraînement qui intègrent des séances de galop. Cette fiche a pour objet de décrire quelques-unes des différentes formes de préparation pratiquées à partir d’exemples fournis par des cavaliers internationaux actuels et les résultats de la recherche scientifique. 

La préparation actuelle des chevaux de haut niveau

Dans les entraînements décrits ci-après et a contrario des exemples présentés dans la fiche "Définir et organiser ses séances de galop - les précurseurs", on distingue une préparation spécifique et commune à tous les chevaux et dans le cadre du dernier mois de la préparation aux grandes échéances un cycle de finition plus intense.

Dans ce modèle on ne recherche pas la surcompensation1, les séances sont suffisamment espacées (7 jours) pour éviter toute accumulation de la fatigue. Le suivi de l’intensité de la séance est réalisé au chronomètre et suivant les sensations du cavalier ; régulièrement des mesures de lactates en fin de séance sont réalisées afin de vérifier la justesse des paramètres.

Le principe de surcompensation est le phénomène qui permet à l'organisme, après avoir subi un stress, de développer une capacité fonctionnelle supérieure. C'est un mécanisme de réadaptation qui permet, après avoir réalisé une période de récupération, de générer un plus haut niveau de performance.

La préparation spécifique : le travail en distance

Exemple des chevaux entrainés sur le site de l'ENE

De type « fartlek », ce type de séance est une variante du travail à vitesse constante car l’intensité est variable. Le cheval galope en continu en terrain varié, le cavalier maintient la vitesse que son cheval peut soutenir librement, sans fatigue excessive quels que soient les vallonnements du terrain. Ces variations d'intensité améliorent le rendement du système cardio-vasculaire d’une manière harmonieuse.

Plusieurs cavaliers actuels de haut niveau pratiquent hebdomadairement un travail en continu pendant 12 min à une vitesse moyenne située entre 420 et 450 m/min, sur une piste naturelle et entretenue moyennement vallonnée. Bien que la vitesse ne soit pas très élevée, les mesures de lactates réalisées en fin de séances sont généralement entre 3 et 4 mmol/l. 

 

La finition : le travail en "fractionné continu"

Cet enchaînement, dont la terminologie peu conforme peut étonner, est celui pratiqué avec succès par nos meilleurs cavaliers actuels, notamment lors de leur stage de fin de préparation (sous la direction de Michel Asseray et Thierry Touzaint). Il consiste à galoper 12 minutes en continu à une vitesse peu élevée (400 m/min) et à faire des paliers de 1 minute à une vitesse d’environ 500 m/min toutes les 3 minutes. Les mesures de lactates réalisées 1 minute en fin de séance sont attendues entre 4 et 8 mmol/l suivant les objectifs de l’entraîneur, le cavalier jouant sur la vitesse des paliers et la profondeur du sol. Ces valeurs peuvent être assez variables et correspondent à des objectifs fixés par l’entraîneur national, des mesures de fréquence cardiaque sont nécessaires pour évaluer le niveau d’intensité réel dans les phases soutenues (voir fiche équi-peadia : « J’entraîne mon cheval de concours complet ; Oui, mais pour quel objectif ? ")

Actuellement, suivant leur positionnement dans un programme d’entraînement et de leur proximité des objectifs intermédiaires ou principaux, les séances seront dites à 80% ou 100%  de la durée maximale (12 min) et à 80% à 100%  de la vitesse sur les paliers rapides.

Proposition d'un entrainement spécifique

Cet entraînement, adapté à partir des méthodes utilisées chez le coureur de demi-fond, se distingue du précédent modèle par : 

  • L’individualisation de l’intensité du galop pour chaque cheval (V4 et V200 )
  • La notion de cycles intensifs, entrecoupés de cycles de restauration, au cours desquels une certaine surcompensation est recherchée.


Les valeurs de V4 (vitesse au seuil anaérobie) et V200 (vitesse à 200 bts/min) sont déterminées au cours d’un test pour chaque cheval. 

L'interval training rapide

Les séances d’interval training rapide ont débuté avec les travaux conduits dans les années 90 qui ont montré qu’il était nécessaire d’atteindre des intensités proches du seuil anaérobie (V4) pour espérer développer significativement la capacité aérobie des chevaux. L’arrivée des cardio-fréquencemètres et des analyseurs de lactate portables a permis aux entraîneurs de pratiquer des séances plus intenses en réduisant le risque de surentraînement.

Dans ce type de programmation, à l’opposé des programmations linéaires, on distingue après la période d’endurance générale,

  • des cycles intenses pour rechercher le développement de la capacité aérobie (CA) ou le développement de la puissance maximale aérobie (PMA),
  • des cycles techniques ou de restauration dont les galops sont d’intensité modérée.

Le cycle de développement de la capacité arérobie

Un cycle de développement de la capacité aérobie comprend des séances relativement intenses (vitesse V4  et lactatémie attendue 4 mmol/l) et assez rapprochées (5 jours) pour espérer des phénomènes de surcompensation et dans des durées contraintes (4 à 6 semaines maximum). Un tel cycle intense est toujours suivi d’un cycle de désaturation d’une quinzaine de jours en galop lent avant toute compétition majeure ou un autre cycle intense. Pour diversifier les séances, il est possible d’alterner les séances en interval training avec des séances en distance (travail en continu à vitesse V4) ; l’expérience montre qu’une programmation chargée conduit à privilégier les séances en interval training.

Quelques recommandations : 

  • Les séances par intervalle :
    • Durée totale égale à la durée du cross puis progressivement jusqu’à un maximum de 1,5  en fin de préparation, séance répartie en 3 à 5 séries de 3 à 5 min de galop,
    • Durée de la récupération égale à 50% de la durée du galop qui précède (2 min de trot pour un galop de 4 min) qui peut se réduire progressivement pour durcir la séance sans augmenter la durée ou l’intensité.

  • Les séances en distance :
    • Durée totale égale à la moitié du cross et au maximum jusqu’au ¾ en fin de préparation.

  • Le contrôle systématique :
    • Un suivi objectif (mesure de la fréquence cardiaque en cours de séance et de la lactatémie finale) est fortement recommandé pour prévenir le surentraînement. Toute déviation des normes attendues doit systématiquement conduire à reprendre par des séances de galop modéré (400-450 m/min) en continu jusqu’à retrouver des valeurs de lactatémie autour des 2 mmol/l.

Contrairement à l’impression, ce travail par intervalle sur des séries à un galop soutenu ne fait pas « chauffer » le cheval, qui s’habitue rapidement à attendre le temps de récupération et à prendre le trot. 

       

Le cycle de puissance maximale aérobie

Le cycle de puissance maximale aérobie est utilisé en phase de finition quelques semaines avant un objectif principal de haut niveau. Il est toujours suivi d’une phase de restauration avant l’échéance, appelée désaturation. Ce cycle très intense n’est réalisé qu’en interval training à une vitesse où la fréquence cardiaque atteint 200 bts/min (V200, soit entre 650 et 700 m/min) sur très bon terrain.

Quelques recommandations :

  • Chaque série dure entre 1 et 2 min. Les séries sont entrecoupées du même temps de récupération : 2(2)2(2)2(2) ou 1(1)1(1)1(1).

  • Le nombre de séries est de 3 à 4 pour une durée totale de 4 min à 6 min suivant le degré de préparation du cheval et sa résistance à ce type d’effort (du plus facile au plus dur : 4 x 1' à 3 x 2')

  • La lactatémie finale doit être comprise entre 7 et 10 mmol/l.

  • Pour durcir la séance, la durée des séries est augmentée par tranche de 30 sec. : 4 x 1' puis 4 x 1'30 puis 4 x 2'.

  • En général, il n’est pas recherché de surcompensation et deux séances sont suffisantes et compatibles avec le planning et le travail technique.

Conclusion

L’objet de cette fiche était de présenter les entraînements tels qu’ils sont pratiqués par les meilleurs cavaliers et en parallèle un entraînement plus proche de ce qui se fait chez l’athlète humain et reposant sur des données scientifiques ; il a également été expérimenté avec succès sur des chevaux de haut niveau. 

Le concours complet est une épreuve pluridisciplinaire dont le classement final est le résultat d’une préparation diversifiée et équilibrée. Une prochaine fiche présentera comment insérer le travail technique entre les séances ce galop.

Références

GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011

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