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Evaluer la condition physique de son cheval pour individualiser son entrainement

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Galloux

Octobre 2016

 Cet article propose un test d'effort standardisé, adapté au cheval de concours complet, réalisable sur le terrain et capable de déterminer les paramètres individuels d'entraînement d'un cheval et de suivre le développement de sa capacité aérobie.

La réalité de l'effort en concours complet

Compte tenu des capacités athlétiques exceptionnelles de cet athlète, les cavaliers n’ont pas une réelle idée de l’effort consenti par le cheval. Les études conduites, notamment à l’Ecole nationale d’équitation montrent que l’épreuve de cross du concours complet d’équitation sollicite d’une manière importante le métabolisme anaérobie lactique1. On a observé couramment des valeurs supérieures à 15mmol/l, alors qu'un cheval correctement entraîné et monté en fonction de ses capacités devrait arriver à l’issue du cross avec une lactatémie2 comprise entre 8 et 12 mmol/l. 

Croire qu’entraîner un cheval à des niveaux faibles, autour de 2 mmol/l, au prétexte de préserver son intégrité physique, peut suffire à le préparer à de telles épreuves ne peut conduire qu’à des désillusions à court ou moyen terme ou gâcher la chance de chevaux moins résistants. Beaucoup d’entraîneurs recommandent des entraînements de basse intensité par méconnaissance de l’intensité optimale de développement de la capacité aérobie de l’athlète cheval. 

Enfin l’élévation des exigences du saut d’obstacles et la suppression du steeple-chase peut contribuer à orienter vers le concours complet de bons chevaux d’obstacles n’ayant pas une classe de galop exceptionnelle. Ces chevaux nécessitent un entraînement sérieux mais adapté à leur spécificité.

Quelques précisions pour bien comprendre :

1 La production d’énergie dans le muscle sous forme de molécules d’ATP, s’obtient par trois voies : aérobie, anaérobie lactique, anaérobie alactique ; la part du métabolisme anaérobie lactique est évaluée à 40% de la production d’énergie totale au cours d’un cross à rapprocher des 50% pour la part aérobie.
Lactatémie : mesure de la concentration de l’acide lactique dans le sang. C’est un témoin indirect de la production locale d’acide lactique dans la fibre musculaire lorsque le muscle est sollicité à une intensité suffisamment intense pour mobiliser le métabolisme anaérobie lactique. Lorsque la concentration d’acide lactique devient trop forte, l’exercice ne peut plus se poursuivre.
Un test submaximal reste en dessous des intensités permettant d’atteindre la consommation maximale d’oxygène (VO2 max) et ne peut que prédire cette valeur.

Les conditions initiales et le matériel

Pour que le test, bien que submaximal3, soit sans danger pour le cheval, il doit se situer dans la programmation de l’entraînement après la période d’endurance générale. Après l’intersaison, deux mois de préparation avec des galops lents et progressivement plus longs sont nécessaires pour avoir un niveau minimum de préparation.

L’entraîneur doit disposer d’une piste plate de bonne qualité d’au moins 800 m de tour et permettant de galoper à 600 m/min sans risque. La piste doit être mesurée soigneusement : le départ et l’arrivée de chaque palier doivent être identifiés ainsi que chacune des 2 minutes intermédiaires de chaque palier. Les performances des cardiofréquencemètres de nouvelle génération devraient permettre de s’affranchir de ce piquetage.

Le matériel indispensable est un cardiofréquencemètre (premier prix 200 € avec GPS et ceinture « cheval ») et un analyseur de lactate (premier prix à 200 €). Il est nécessaire de disposer d’un préleveur confirmé pour la technique de la prise de sang (un vétérinaire n'est pas réglementairement nécessaire) et de l’utilisation de l’analyseur ; si le cheval est compliqué, un aide, pour tenir le cheval, permet de réaliser le prélèvement sans demander au cavalier de descendre. 

Le cheval est équipé comme pour un galop avec son cavalier d’entraînement habituel. L’embouchure est choisie pour galoper souplement sans tirer. Le cavalier doit être habitué à respecter un train constant et à suivre les bips de sa montre.

Les conditions météorologiques (température et hydrométrie) sont des conditions habituelles de travail.

Photo 1 : Analyseur de lactates portable
Photo 2 : Cardiofréquencemètre

Le déroulement du test

Le protocole, issu des études conduites par le Dr. Auvinet, permet de réaliser une accumulation de l’acide lactique suffisamment rapide et d'avoir des valeurs encadrant la valeur de 4 mmol/l et représentatives de l’intensité du palier. La durée totale du test reste dans un effort raisonnable, intégrable dans une préparation normale (18 min – 8550 m dont 3450 m à des vitesses de cross).

Le test comprend 2 paliers au trot et 6 paliers de 3min au galop s’étageant de 350 à 600 m/min de 50 en 50 m/min (ou en m/s : 6.7 ; 7.5 ; 8.3 ; 9.2 et 10.0). La durée entre les paliers est de 1 minute, prélèvement compris. A l’issue du test, le cheval récupère au trot pendant 5 minutes.

Graphique 1 : protocole du test d’effort à 6 paliers de galop de 3 minutes.

Les résultats

Grâce au logiciel intégré au cardiofréquencemètre, il est aisé de calculer les fréquences cardiaques moyennes à chaque palier et de les placer sur un graphique. Si le cheval est trop actif sur le premier palier, il peut être nécessaire de ne tenir compte que des 5 derniers paliers. Le graphique 2 montre comment tracer la droite moyenne car, comme chez l’homme, la fréquence cardiaque croit linéairement avec l’intensité dans les valeurs qui nous intéressent (40 à 220 bts/min). 

Graphique 2 : suivi de la fréquence cardiaque en continu et visualisation des points représentant les moyennes de chaque palier.

Les valeurs mesurées de la lactatémie3 sont positionnées sur le graphique en utilisant un second axe des Y. Une courbe est tracée à la main ou graphiquement sur un tableau Excel en utilisant une fonction exponentielle (cf fichier Excel à télécharger : penser à activer les macros !).

Le graphique 3 montre les points de mesure de la lactatémie à l’issue de chaque palier et pour information les valeurs qu’aurait celle-ci si la mesure était effectuée en continu (toutes les minutes). Ce graphique montre la croissance de la lactatémie au cours du palier et la chute rapide de celle-ci après l’arrêt de l’effort. Il est donc très important de réaliser le prélèvement dans les 30 secondes. 

Photo 3 : Prélèvement à la veine jugulaire
Graphique 3 : cinétique de la lactatémie en continu au cours de 4 paliers d’un test d’effort effectué sur tapis roulant. Les points rouges représentent les valeurs obtenues entre les paliers à l’arrêt de l’effort comme cela se pratique sur le terrain.

Détermination des paramètres de l'entrainement

On distingue deux paramètres essentiels dans la conduite de l’entraînement :

  • V4: vitesse correspondant à une lactatémie de 4 mmol/l. Cette intensité, appelée seuil anaérobie, correspond à un passage entre un effort de type aérobie à un effort où la part anaérobie lactique devient prépondérante dans la production d’énergie. Pour en faciliter l’usage sur le terrain et rendre le contrôle de l’intensité indépendante des conditions environnementales (qualité du sol, dénivelé du terrain, conditions climatiques,..) on utilise la Fc4, c'est-à-dire la fréquence cardiaque correspondant à cette intensité.

  • V200 : vitesse correspondant à la fréquence de 200 bts/min et assez liée à la VO2 max4. En relation avec l'aptitude à la vitesse, elle est peu utilisée à l'entraînement pour les chevaux de  concours complet, d’autant plus que l’épreuve de steeple-chase a disparu.

 

 

Graphique 4 : détermination graphique des paramètres VLa4 et Fc4

La vitesse V4 se détermine en reportant sur l’axe des X (vitesse des paliers) la valeur correspondant à 4 mmol/l lue sur l’axe de la courbe de la latactémie (axe de droite).

La fréquence cardiaque Fc4 se détermine en reportant sur la droite « Fréquence cardiaque/vitesse » la valeur de V4 et en lisant la fréquence cardiaque correspondante sur l’axe des Y (axe de gauche) de la fréquence cardiaque.

Quelques précisions pour comprendre :
4VO2max : valeur maximale de la consommation d’oxygène d’un athlète au cours de l’effort, elle permet  de quantifier l’intensité d’un exercice par un pourcentage de la VO2max ou de la vitesse correspondante (VMA). La consommation d’O2 pour un exercice donné dépend de la capacité d’extraction, de transport et de consommation  dans le muscle.

Aide à l'entrainement

Individualisation de l'entraînement

La valeur de V4 est propre à chaque individu et varie en fonction de son niveau d’entraînement. Des valeurs moyennes par race ont été déterminées, renforçant l’idée que l’intensité de l’entraînement doit être personnalisé. Par exemple les V4 s’étagent pour des chevaux de concours complet entre un groupe de race « anglo-arabe », un groupe de demi-sang et un groupe de race « selle français », à 560, 550 et 520 m/min., la Fc4 moyenne restant pour cet échantillon assez comparable, autour de 170 bts/min.

Le suivi de chevaux de très haut niveau a montré des variations importantes conduisant à des intensités d’entraînement différentes : par exemple si on compare deux chevaux de CCI 4 étoiles, un cheval de race anglo-arabe de bonne classe de galop avait une Fc4 de 160 bts/min tandis que l’autre cheval de moindre aptitude au galop avait une Fc4 de 180 bts/min avec pourtant une V4 de 40 m/min inférieure.

Suivi de l'entraînement

Utilisé régulièrement et notamment à la fin de chaque cycle de développement de la capacité aérobie,  le test d'effort permet de suivre la progression de l’entraînement et de valider l'intensité des séances. On distingue 2 situations opposées :

  • L’entraînement a été bien conduit, l'intensité des séances (Fc4) permet un développement de la capacité aérobie et une augmentation de la vitesse VLa4 (graphique 5). On peut s’attendre à ce que le cheval réalise son épreuve de cross à cette vitesse avec aisance.

 

 

Graphique 5 : Progression de la vitesse la V4 à l’issue d’un entraînement de type capacité aérobie à V4 mesuré par deux tests triangulaires (courbe rouge test 1, courbe noire test 2).
  • L’entraînement n’est pas adapté ; La VLa4 a reculé, la courbe s’est redressée (graphique 6). Il faudrait s’attendre à ce que le cheval atteigne des lactatémies élevées s’il courait un cross à une vitesse un peu supérieure à sa VLa4 dans les jours qui suivent. Un travail de galop léger (450 m/min) pendant une à deux semaines doit lui permettre de retrouver rapidement une situation normale. Si la Fc4 a été bien évaluée lors du premier test, il faudra s’interroger sur la qualité du cycle d’endurance générale qui a précédé ou remettre en question la forme de l’entraînement pendant ce cycle (durée des galops ou des séries ou des périodes de repos entre les séries).
Graphique 6 : Effet d’un entraînement mal supporté à l’issue d’un entraînement mesuré par deux tests triangulaires ; la courbe de la lactatémie se redresse et la vitesse V4 diminue, parfois les droites de fréquence cardiaque se croisent (courbe rouge test 1, courbe noire test 2).

Quelques précisions pour bien comprendre :
Un cycle de développement dure 4 à 6 semaines, il suit une période de développement général de 6 à 8 semaines ou une période de récupération de 15 jours à 1 mois.

Les alternatives

Nombreux pensent que ces tests d’effort, pourtant régulièrement pratiqués chez l’homme, (ou chez le trotteur sur tapis roulant dans des cliniques spécialisées en médecine sportive) sont inadaptés à l’entraînement du cheval de concours complet. Des protocoles alternatifs existent :

  • Un test triangulaire d’effort en début de saison puis un suivi systématique à chaque séance d’entraînement. Ce protocole est à recommander avec un jeune cheval inconnu abordant les premières grandes échéances ;
  • Un ou deux tests rectangulaires pour approcher ou encadrer  la vitesse VLa4 et la valider pour la saison en cours. Ce protocole est adopté pour les chevaux d’âge dont la Fc4 est connue.

Le test rectangulaire dure 8 minutes ; il est réalisé à la vitesse attendue pour ce cheval compte tenu de sa condition de moment et de sa classe de galop : 520 à 540 m/min en début de saison, 550 à 580 m/min en fin de saison chez un galopeur bien entraîné.

Pendant le test, la vitesse moyenne est notée, la Fc moyenne est calculée par le cardiofréquencemètre et comparée à la lactatémie finale pour faire une estimation de la VLa4.

Lors des premières séances, ces prélèvements effectués régulièrement permettront d’ajuster le paramètre Fc4. Il faudra ensuite garder la même intensité d’entraînement pour suivre objectivement l’entraînement et pouvoir détecter l’apparition d’un début de surentraînement. 

 

Graphiques 7a et b - Deux tests rectangulaires de 12 min effectués sur tapis roulant à une intensité égale à V3 et à V4 (Fc à gauche, la lactatémie à droite), la mesure de la cinétique de la lactatémie montre que la stabilité lactique est obtenue à une intensité comprise entre V3 et V4.
Contrairement à l’homme, la stabilité n’est obtenue à V4 que sur de courte durée (chez ce cheval jusqu’à la 6ème minute).

Conclusion

Parler des tests d’effort, sur des techniques développées dans les années 90, pourrait paraître suranné. Toutefois, plus que la pratique sur le terrain de ces tests, qui restent lourds à mettre en œuvre, leur description devrait permettre au lecteur de mieux appréhender la physiologie d’un cheval à l’exercice et  comprendre la réalité d’un entraînement moderne bien construit car étayé par la connaissance.

Références

AUVINET B., GALLOUX P, GOUPIL X., DEMONCEAU T. (1990) : Intérêt de la récupération active chez le cheval  de CCE,  Equathlon vol.3, numéro 9, 5-12.  1991

AUVINETB., GALLOUX P., LEPAGE O., MICHAUX J.M., ANSALONI A., GOUPIL X., (1989) Adaptation à l’effort du cheval de concours complet d’équitation, Equathlon, vol 1,4 Paris, pp18-24

AUVINET B., GALLOUX P., GOUPIL X., DEMONCEAU T. (1991) Cinétique des lactates sanguins chez le cheval de concours complet, Journée d’étude CEREOPA vol 17, Paris, pp 108-120

GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011.

Les articles de la revue Equathlon sont accessibles à http://documentation.equestre.info/bibliotheque-numerique/articles-de-la-revue-equathlon

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