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J'entraîne mon cheval pour le concours complet, oui, mais pour quel objectif ?

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Galloux

Décembre 2016

Dans le cadre de la préparation rigoureuse d'un cheval de concours complet, il est capital de connaître l'effet de chaque séance de "galop" réalisée et d'en évaluer les résultats.
L’objet de cette fiche est de répertorier les séances d’entraînement habituellement pratiquées pour en montrer la diversité et pour permettre à l’entraîneur de choisir la bonne charge en fonction des objectifs.

Introduction, un peu d'histoire

Si on interroge nos anciens entraîneurs nationaux ou si on parcourt les écrits qu’ils ont pu laisser, on observe la grande variété des techniques utilisées. Il est possible de les classer en quatre catégories :

  • L’entraînement de type course,
  • L’entraînement fractionné court,
  • L’entraînement en continu,
  • L’entraînement par intervalles longs.
  • (1) Programme développé par le général Chevalier.
  • (2) Si le travail de mise en condition est insuffisant.
  • (3) Le reste de la semaine, le cheval poursuit le travail de mise en condition ci-dessus.

Suivant la durée, les galops sont soit très rapides et donc très courts (800m) soit réalisés à une vitesse inférieure à la vitesse du cross mais sur des durées plus longues en continu (15-20 min à 500 m/min) ou en plusieurs séries (3 fois 5 à 7-8 min). 

Si on observe les meilleurs cavaliers français et étrangers des années 80-90, ils pratiquaient des entraînements assez différents pour une même compétition majeure (CCI*** ou CCI****, l’épreuve de fond comprenait steeple et routiers).

  • Int training = interval training ( entraînement en fractionné)
  • (1) Nombre de jours entre le dernier cycle et le jour du cross

Rappel de l'objectif

Le cheval de concours complet réalise son cross à une vitesse qui sollicite significativement son métabolisme anaérobie lactique. S’il court à une vitesse supérieure à son seuil anaérobie, l’exercice peut l’amener à des niveaux de lactatémies finales élevés (> 15 mmol/l), qui peuvent être critiques s’il n’y est pas entraîné.

Pour que le cheval puisse concourir avec facilité des cross à des vitesses élevées, l’entraînement doit faire progresser sa vitesse au seuil anaérobie. Les études scientifiques ont montré que les séances de galop réalisées au niveau de ce seuil sont les plus efficaces car elles conduisent à des échanges entre production et consommation du lactate musculaire. La zone optimale de travail se situe entre 4 à 6 mmol/l/. On appelle ainsi VLa4 (V4), la vitesse seuil où production et consommation des lactates s’équilibrent permettant un exercice prolongé sans accumulation. Suivant la classe de galop et la condition physique, cette vitesse se situe entre 520 et 600 m/min pour les meilleurs.

Pour répertorier chaque type séance, des mesures de fréquence cardiaque moyenne, témoin du métabolisme aérobie, et de lactatémie finale, témoin de la sollicitation du métabolisme anaérobie lactique ont été faites chez des chevaux entraînés. Nous verrons successivement :

  • Le trotting
  • Le travail en terrain varié
  • Le travail en continu ou par intervalle à un galop modéré
  • Les montées au pas
  • L'entraînement en piscine
  • La séance de galop de type « développement de la capacité aérobie »
  • La séance de galop de type « puissance maximale aérobie »
  • La séance de désaturation
  • La séance avec accélération finale

Les entraînements de basse intensité

Dans cette étude nous avons simulé avec des chevaux entraînés les diverses séances proposées par de nombreux entraîneurs. Nous avons utilisé les moyens de mesure classique de suivi de l’entraînement : fréquence cardiaque et lactatémie finale. (voir aussi  "évaluer la condition physique de son cheval pour individualiser son entrainement")

Le trotting

 

 

Le trotting en terrain plat ou peu vallonné n'offre que peu d’intérêt dans la mise en condition physique. Il est réservé à l'échauffement et à la récupération. La fréquence cardiaque reste faible, avoisinant les 100 bts/min, la lactatémie inférieure à 1,5 mmol/l. Pratiqué à l'excès, le trotting use sans rien développer ; répété, le cheval puise dans ses réserves de graisse et s’amaigrit réduisant ses capacités énergétiques (Graphique 1). 

 Le travail en terrain varié

Le travail en terrain varié, même effectué au trot, est plus intéressant que le trotting. Outre qu'il développe la musculature des fessiers, des abdominaux et des élévateurs des épaules, il améliore l'équilibre et apporte de la diversité. Le vallonnement doit permettre de garder le rythme tant dans les montées que dans les descentes. 

Par son intensité, il participe efficacement au développement de l'endurance générale et à la restauration des réserves à l'issue d'un gros travail ou d'une compétition. La fréquence cardiaque varie entre 140 et 160 bts/min, la lactatémie reste généralement à 2 mmol/l, mais elle peut atteindre 3 - 4mmol/l chez les jeunes chevaux peu entraînés. Pratiquée au trot, cette séance est trop peu spécifique de l'activité pour participer, à elle seule, efficacement au développement de la capacité aérobie nécessaire en cross. (Graphique 2)

Le travail en continu ou par intervalle à un galop modéré

"Trois séries de galop à 400 à 450 m/min" était le programme d'entraînement classique utilisé dans les années 80-90. Par intervalle, il est réservé aux jeunes chevaux et pratiqué sous la forme : 3x3 min ou 3x4 min. Chez le cheval entraîné pour des épreuves de haut niveau, il est réalisé sur 3x6 min ou 3x7 min ou en continu, lorsque les récupérations intermédiaires ne se justifient plus. La fréquence cardiaque se situe entre 140 et 160 bts/min et la lactatémie autour de 2 mmol/l. (Graphique 3)

Chez un cheval entraîné, il est utile pour « désaturer  » ou restaurer des réserves énergétiques. La désaturation est une période d’activité modérée, généralement de 2 à 3 semaines, pendant laquelle l’athlète cheval récupère d’un cycle d’entraînement intense ; ce cycle est également placé avant les compétions majeures pour arriver avec un cheval prêt et reposé.
Il est alors préférable de garder une durée moyenne de 8 à 12 min et de le renouveler tous les trois jours. Lorsque le terrain est dur ou lorsque l'état de santé du cheval interdit le travail rapide, il peut servir à maintenir le niveau de condition acquis, la durée de l'exercice est alors comprise entre 15 et 20 min.

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Les montées sévères au pas

Le travail dans les montées est réalisé avec le souci de préserver le cheval ; si la fréquence cardiaque est élevée, le palier est de trop courte durée et la récupération dans la descente au pas est trop longue pour réellement créer une production de lactate significative. L’allure utilisée, le pas, est musculairement trop éloignée de celle du cross, pour espérer un développement musculaire utile pour améliorer le galop à allure du cross. (Graphique 4)

L'entraînement en piscine

Dans le graphique 5 on distingue : 

  • phase 1 d’accoutumance : le cheval nage à son rythme, la distance de nage augmente au cours des séances,

  • phase 2 d’entraînement : le cheval est encouragé à nager plus vite afin d’augmenter l’intensité,

  • phase 3 de « désaturation » : le cheval nage à son rythme afin de récupérer des séances précédentes.

Le cheval nage à une allure qui ressemble au trot, guidé par une hampe fixée au licol et tenu par un aide qui marche à sa hauteur, sur le bord de la piscine. Dans les tournants, le cheval vire avec ses membres externes. Pour garder la symétrie, le sens du parcours alterne à chaque séance.

Il faut une semaine pour que le cheval s'habitue à la nage. Au début, il ne réalise que quelques tours, deux fois par jour. En plein entraînement, il peut aller jusqu'à 400 m deux fois par jour. Laissé à son rythme, le cheval s'adapte et sa fréquence cardiaque s'abaisse considérablement. Au bout de 10 à 15 jours de travail régulier, la fréquence cardiaque se situe entre 140 et 160 bts/min et la lactatémie atteint seulement 2 mmol/l. Ce n'est donc qu’un travail de restauration spécifique recommandé pour les chevaux fragiles, après une grosse épreuve de sélection ou lorsque l'on souhaite reprendre l'entraînement rapidement et ne constitue pas un entraînement spécifique. Il est également utilisé pour maintenir la condition de chevaux de haut niveau qui ne peuvent maintenir le programme de galop envisagé suite à un problème de santé (fatigue au niveau des tendons, sensibilité des pieds...). 

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Ce qu'il faut retenir

Compte tenu de l’objectif fixé au niveau du seuil anaérobie, toutes les séances décrites ci-dessus sont généralement insuffisantes pour espérer améliorer la capacité aérobie d’un cheval entraîné. Elles doivent être réservées au développement de l’endurance générale et au cycle intermédiaire entre deux cycles spécifiques.

Les entraînements spécifiques

Un entraînement spécifique s’inscrit dans une planification de l’entraînement ; ce type de séance est présent dans des cycles de développement programmés en vue d’un objectif de compétition terminale, l’intensité de la séance est personnalisée pour chaque cheval.

La séance de galop de type "développement de la capacité aérobie"

 

 

Cette séance est conduite au niveau de la Fc4 déterminée chez chaque cheval par un test d’effort triangulaire ou d’un test rectangulaire au cours d’une séance en continu. Elle doit nous conduire à une lactatémie finale comprise entre 4 et 6 mmol/l correspondant à un travail au niveau du seuil anaérobie ; à cette intensité, le système musculaire du cheval, dont le métabolisme anaérobie lactique sera suffisamment sollicité, développera sa capacité à équilibrer la production et la consommation du lactate. La récupération finale est toujours effectuée au trot pendant 10 minutes. (Graphique 6)

En fonction des résultats, l’entraîneur pourra augmenter la durée de chaque série, réduire la durée de récupération ou augmenter le nombre de séries. La durée totale ne dépasse pas 1.5 fois la durée de l’épreuve à concourir, la durée des récupérations intermédiaires est égale à la moitié de la durée de la série (4 minutes de galop, récupération 2 minutes), elle peut être progressivement réduite pour descendre à 1mn30 puis 1min. Ce type de séance peut aussi être effectué en « distance » sans période de récupération intermédiaire, en alternance avec les séances par intervalle, afin de développer la capacité aérobie sur la durée, la durée totale ne dépassant pas alors les ¾ de la durée de l’épreuve à concourir.
Ces séances sont répétées tous les 5 jours au cours d’un cycle de développement de la capacité aérobie qui ne dépasse pas 4 à 6 semaines.

Même si la vitesse imposée sur les cross de jeunes chevaux est réduite (500 m/min), il est recommandé d’inclure progressivement ce type de séance dans la formation du jeune cheval et, dès l’âge de 6 ans, pour le préparer à son futur métier de cheval de sport.

La séance de galop dans un cycle de développement de la puissance maximale aérobie

Ce type de séance réalisé à 200 bts/min est réservé à un cheval entraîné, ayant bien supporté un ou deux cycles de développement de la capacité aérobie et récupéré après un cycle de 10 à 15 jours de désaturation. Une séance renouvelée, une ou deux fois avant la compétition majeure et à au moins 15 jours de celle-ci, permet d’affiner la préparation en vue d’une épreuve particulièrement difficile compte tenu de l’environnement ou des capacités à l’obstacle du cheval. (Graphique 7)
La lactatémie doit être scrupuleusement contrôlée pour rester entre 8 et 10 mmol/l ; un prélèvement intermédiaire peut être un contrôle utile avant de réaliser la dernière série. La durée de la récupération est égale à la durée de la série (2 minutes de galop pour 2 minutes de récupération).

La séance de désaturation

Pratiquée entre deux cycles intenses ou après une échéance, et renouvelée régulièrement (tous les 3 - 4 jours), ce type de séance améliore sensiblement le niveau de performance car elle permet de maintenir à niveau la condition physique sans rajouter de la fatigue à un cheval qui récupère des efforts précédents. Elle est également utilisée (2 à 3 séances) au cours d’un cycle intense pour retrouver des valeurs normales lorsque les paramètres mesurés témoignent d’un probable surentraînement. (Graphique 8)

La séance avec accélération finale

Certains entraîneurs préconisent des séances pendant laquelle la vitesse varie notablement en fin de travail. A moins d’avoir un suivi de l’entraînement particulièrement pointu et avoir une très bonne connaissance de son cheval, je ne suis pas favorable à ce type de travail ; en effet, il n’est pas rare d’obtenir des lactatémies finales relativement élevées pour un cheval non préparé sans savoir si cela est dû à la pointe de vitesse ou à une première partie de séance trop intense sauf à réaliser, pendant la récupération, des mesures à 3 ou 5 min.
D’autre part, demandée en fin de séance, l’accélération va brutalement provoquer une montée du lactate musculaire sans développer l’aptitude à le consommer en cours de travail. Ce type de travail pourrait être réservé à l’affinage de la condition, notamment d’un cheval de course, après que celui-ci a déjà suivi un cycle de développement de sa puissance maximale aérobie.

Ce qu'il faut retenir

Pour ma part j’ai présenté et pratiqué des séances d’entraînement, lors de cycles spécifiques principalement par intervalle. (Un cycle spécifique s’inscrit dans des séances d’entraînement préparatoire à une compétition dans une discipline. En concours complet, pour une épreuve de cross, il s’agit principalement de cycles de développement de la capacité aérobie.)
Dans ce type de séance, on fixe le nombre de séries, la durée et l’intensité de chaque série, et enfin la durée de la récupération entre chaque série. La grande variété des paramètres permet de moduler la charge d’une séance ; il est ainsi possible de la durcir, sans augmenter les temps de galop, en diminuant les durées de récupération intermédiaires. Ces séances sont toujours contrôlées avec un cardiofréquencemètre et des contrôles de lactatémie très réguliers.

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Conclusion

Parmi les séances décrites dans cette fiche, la séance de type « capacité aérobie » est celle que nous devons trouver systématiquement dans tout entraînement d’un cheval de concours complet et dès qu’il concourt sur des épreuves de cross à des vitesses égales ou supérieures à 520 m/min. En effet, en dessous de 520m/min, on peut estimer que le cheval réalise sa performance en-dessous de son seuil anaérobie.
Chaque séance devra se situer dans une programmation individualisée de l’entraînement.

Références

GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011

GALLOUX P. : Contribution à l’élaboration d’une planification de la préparation énergétique du cheval de concours complet (thèse de doctorat), Poitiers 1991

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