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La récupération active chez le cheval de concours complet : intérêt et emploi

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Galloux

Octobre 2016

Malgré les travaux menés, notamment en France dans les années 90, la pratique de la récupération active chez le cheval de concours complet à l’issue de son cross ne s’est pas généralisée. Une des raisons la plus souvent évoquée par le cavalier est la peur de rajouter à son cheval un effort supplémentaire. L’objet de cet article est de présenter l’efficacité de ce type de récupération et de rappeler les règles à respecter. L’avancée du saut d’obstacles avant l’épreuve de cross sur de nombreux concours a aussi eu pour conséquence de moins mobiliser les entraîneurs sur l’intérêt d’une bonne récupération avant le CSO.

La réalité de l'effort en concours complet

Lorsque la compétition sollicite d’une manière importante le métabolisme anaérobie lactique1, l’athlète humain pratique une récupération active adaptée à l’effort fourni.  Celle-ci consiste à pratiquer une activité physique modérément soutenue (10 minutes à 40% de sa Fréquence Cardiaque Maximale (FCM), soit de 50 à 65% de la Consommation Maximale d'Oxygène (VO2Max)2  ou encore à 60% de la Vitesse Maximale Aérobie (VMA). Elle se réalise immédiatement après la fin de la compétition dans le but de consommer les lactates produits et permettre un retour relativement rapide à des valeurs initiales.

Compte tenu des capacités athlétiques exceptionnelles de ce formidable athlète, les cavaliers n’ont pas une réelle idée de l’effort consenti par le cheval. Il apparait utile de rappeler les mesures de la lactatémie3  faites à l’issue d’une centaine de cross en compétition ; elles ont montré qu’elle pouvait atteindre des valeurs très élevées, de 15 à plus de 20 mmol/l4 , notamment chez les jeunes chevaux et pourtant dans les épreuves de courtes durées qui leur sont réservées. 

La physiologie nous apprend que le lactate produit par les muscles les plus sollicités est consommé localement, ou par l’activité des autres muscles moins sollicités ; la quantité de lactates à éliminer à l’issue de l’épreuve est liée à l’intensité de l’épreuve mais aussi à sa durée. Ainsi pour 10 mmol/l mesurée à l’issue d’un CSO de haut niveau ou à l’issue d’un cross de plus de 10 min, la durée d’élimination ne sera évidemment pas la même.

Quelques précisions pour bien comprendre :

1 La production d’énergie dans le muscle sous forme de molécules d’ATP, s’obtient par trois voies : aérobie, anaérobie lactique, anaérobie alactique ; la part du métabolisme anaérobie lactique est évaluée à 40% de la production d’énergie totale au cours d’un cross à rapprocher des 50% pour la part aérobie.
2 VO2max : valeur maximale de la consommation d’oxygène d’un athlète au cours de l’effort, elle permet  de quantifier l’intensité d’un exercice par un pourcentage de la VO2max ou de la vitesse correspondante (VMA). La consommation d’O2 pour un exercice donné dépend de la capacité d’extraction, de transport et de consommation  dans le muscle.
Lactatémie : mesure de la concentration de l’acide lactique dans le sang. C’est un témoin indirect de la production locale d’acide lactique dans la fibre musculaire lorsque le muscle est sollicité à une intensité suffisamment intense pour mobiliser le métabolisme anaérobie lactique. Lorsque la concentration d’acide lactique devient trop forte, l’exercice ne peut plus se poursuivre.
4 On peut observer à l’issue d’une course plate chez le cheval de pur-sang entraîné des valeurs de 22 à 30 mmol/l.  La tolérance à une lactatémie élevée s’acquiert par un entraînement à forte intensité.

 

Les mesures présentées dans les graphiques 1a et 1b ont été réalisées à l’issue d’un parcours de cross de petites épreuves combinées que l’on pourrait comparer aux épreuves actuelles de niveau CCI *, le steeple-chase étant alors ni très long ni très rapide. Dans les deux cas, les chevaux sont marchés en main à l’issue de l’épreuve. On observera une baisse de la lactatémie encore plus lente dans le 2ème graphique réalisé en début de saison et sur un parcours plus sollicitant car vallonné.

Pourquoi une récupération active ?

Pour accélérer cette élimination du lactate produit au niveau des muscles sollicités par l'effort, la récupération active est fortement conseillée chez le cheval. Son effet a été démontré dans de nombreuses études notamment celles conduites par Patrick GALLOUX en collaboration avec les docteurs Eric BARREY et Bernard AUVINET. 

Dans cette étude, à l’issue d’un cross de type « jeunes chevaux », les chevaux effectuaient pour les uns 10 min de trot suivi de 10 minutes de pas et les autres 20 minutes de pas. Le groupe pratiquant la récupération active de 10 min a obtenu au bout de 20 min une réduction de 55% de sa lactatémie.

L’acide lactique produit au niveau de la cellule musculaire est pour une partie consommé au niveau du muscle lui-même et diffusé par la circulation sanguine dans les autres muscles où il peut être aussi utilisé, Si l’exercice est de faible intensité, la balance consommation vs production du lactate devient positive et contribue à son élimination.

Règles à respecter pour une récupération active et sans risque

D’autres études conduites dans différentes configurations (récupération retardée, prolongée,…) ont permis de déterminer la durée optimale de récupération active et de fixer des règles. Par exemple, les études conduites montrent qu’une récupération active réalisée après 10 minutes de pas est moins efficace qu’une récupération qui suit immédiatement l’arrêt de l’effort.

De même, pour un effort donné, on observe des durées de récupération active optimales, la prolongation de la durée de celle-ci n’apportant pas plus qu’une récupération au pas ou en main. En effet, une activité prolongée à l’issue de l’effort peut freiner la restitution du glycogène et ne contribue pas systématiquement à accélérer la cinétique dès que la lactatémie devient inférieure à 5 mmol/l. Ces règles sont très comparables à celles retenues chez l’homme.

La récupération active doit donc être :

  • Immédiate après un effort d’intensité submaximale (comme le cross), c'est-à-dire dans la continuité de l’arrivée de l’épreuve.

  • Au trot et à la vitesse choisie par le cheval, le cheval trotte rênes longues dans l’attitude qu’il choisit et à son rythme.

  • Préparée à l’entraînement par sa pratique systématique à l’issue des séances de galops ou entre les séries de galop dans le cas d’un entraînement en interval-training.

 

Pour ne pas être excessive, la durée recommandée est :

  • 5 min sur les niveaux départementaux et les jeunes chevaux de 5 ans,

  • 7 min sur les niveaux régionaux et les jeunes chevaux de 6 ans,

  • 10 min sur les nationaux et à l’issue des épreuves CC** et au-dessus.

 

 

Conclusion : effet d'un entrainement de qualité

Dans une recherche du bien-être du cheval et de la préservation de sa santé, Il faut combiner un entraînement spécifique et de qualité à une récupération active et réfléchie. Le graphique 4 montre l’effet combiné d’un entraînement de qualité et d’une récupération active à l’issue du cross difficile qui permet à un cheval bien entraîné de retrouver en 10 minutes une lactatémie de repos alors que son partenaire n’aura toujours pas récupéré au bout de 20 minutes. 

Références

AUVINET B., GALLOUX P, GOUPIL X., DEMONCEAU T. (1990) : Intérêt de la récupération active chez le cheval  de CCE,  Equathlon vol.3, numéro 9, 5-12.  1991

AUVINETB., GALLOUX P., LEPAGE O., MICHAUX J.M., ANSALONI A., GOUPIL X., (1989) Adaptation à l’effort du cheval de concours complet d’équitation, Equathlon, vol 1,4 Paris, pp18-24

AUVINET B., GALLOUX P., GOUPIL X., DEMONCEAU T. (1991) Cinétique des lactates sanguins chez le cheval de concours complet, Journée d’étude CEREOPA vol 17, Paris, pp 108-120

GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011.

Les articles de la revue Equathlon sont accessibles à http://documentation.equestre.info/bibliotheque-numerique/articles-de-la-revue-equathlon

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