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Le cheval de concours complet, cet athlète que l'on ignore

Niveau de technicité : 

Auteur : P. Galloux

Novembre 2016

Parler d’entraînement sans connaitre son athlète serait une hérésie, cette fiche rappelle quelques définitions indispensables et les valeurs des paramètres biologiques dans lesquels se situe le cheval. Les épreuves de concours complet illustrent ces connaissances indispensables à tout entraîneur.

Introduction

A l’occasion des derniers jeux olympiques, les chevaux de sport ont eu des performances incroyables alors que leur entraînement physique n’a rien à voir avec les charges supportées par les athlètes humains. On peut y voir une explication :  le cheval est un athlète formidable avec des capacités naturelles supérieures dans bien des domaines à celles de l’homme.

A contrario, le cavalier et l’entraîneur ont tendance à profiter de cet avantage en sous estimant le travail nécessaire pour que le cheval concoure avec facilité et sans dommage sur les épreuves auxquelles il est destiné.

Comparaison Homme - Cheval

Pour assurer la contraction musculaire nécessaire au mouvement, l’athlète dispose de trois voies :

  • la voie anaérobie alactique pour une production immédiate d’énergie : le cheval et l’homme disposent d’une réserve d’énergie en ATP1 et en phosphocréatine2 assez comparable rapportée au poids.

  • la voie anaérobie lactique apparait dans les exercices de moyenne à forte intensité avec, en contrepartie, une production d’acide lactique dont un taux trop important contrarie la production d’énergie sur la durée. Le glycogène, ressource nécessaire à cette production d’énergie, est deux fois plus présent chez le cheval. Pour renforcer cette supériorité, le cheval entraîné, peut résister à des lactatémies3 très supérieures à l’homme. Le muscle du cheval présente également un pourcentage de fibres rapides4 beaucoup plus élevé que l’homme. Toutefois, la valeur du seuil anaérobie5 retenue par les spécialistes pour les deux races est de 4 mmol/l.
  • la voie aérobie pour des exercices de longue durée : l’amplitude de la fréquence cardiaque (du repos à la Fc max) est bien plus importante chez le cheval, qui dispose également d’une VO2max6 bien supérieure. 

Suivant le type d’exercice, les voies de production d’énergie se cumulent, la voie anaérobie lactique apparaissant après la voie aérobie ; le cheval garde un avantage incontesté dans les domaines du fond (course d’endurance) ou du demi-fond (concours complet).

En résumé, le cheval dispose :

  • d’une très grande capacité aérobie avec une VO2max élevée,

  • d’une grande capacité anaérobie avec d’importantes réserves en glycogène, un fort pouvoir tampon pour résister à l’acidité et une typologie musculaire orientée vers les fibres rapides.

Quelques précisions pour bien comprendre :

ATP : Adénosine triphosphate : élément indispensable à la contraction musculaire qui constitue en réalité le "réservoir" d'énergie cellulaire, dans lequel la cellule puise pour réaliser l'ensemble de ses activités.
Phosphocréatine : molécule riche en énergie, utilisée dans les muscles pour régénérer l'ATP lors des 2 à 5 secondes qui suivent un effort intense.
Lactatémie : taux d’acide lactique dans le sang, témoin indirect du taux d’acide lactique présent dans la cellule musculaire.
Les fibres musculaires sont de 4 types I, IIa, IIb et IIc ; les fibres I, dites lentes, sont d’abord sollicitées puis les fibres rapides sont recrutées au fur et à mesure que l’exercice devient plus intense. Les fibres rapides privilégient la voie anaérobie lactique et le glycogène comme carburant ; on les dit plus fatigables car on y trouve, privilégiant la voie anaérobie, les concentrations d’acide lactique les plus fortes.
5 Vitesse ou production et consommation des lactates s’équilibrent, permettant un exercice prolongé. Sur la base de cette définition, la valeur du seuil anaérobie est plus proche de 3 mmol/l chez le cheval.
6 VO2max : consommation maximale d’oxygène, elle représente la sollicitation maximale de la voie aérobie.

Pour mieux situer ces deux athlètes, nous allons les observer dans les différentes situations de compétition de concours complet, l’épreuve de fond sollicitant à des niveaux comparables le métabolisme aérobie et anaérobie lactique.

Le cheval en compétition

L'épreuve de dressage

Sur l’épreuve de dressage, dans des conditions environnementales normales, la fréquence cardiaque reste peu élevée (92 bts/min), elle est assez proche des épreuves de dressage élémentaires (103 bts/min) tandis que le cheval de dressage exécutera la reprise de Grand Prix entre des passages à 80-100 bts/min et des périodes plus intenses entre 120 et 140 bts/min.

L'épreuve de fond

 

Graphique 1 : Tracé de la fréquence cardiaque du cheval pendant une compétition internationale de concours complet, épreuve de fond : cross avec steeple.

Même si cette mesure date du temps où les épreuves comportaient un steeple, il est intéressant de visualiser la valeur de la fréquence cardiaque (>200 bts/min) lorsque sur le steeple-chase la vitesse est très élevée1. On peut la comparer à celle du cross, où elle monte progressivement avec l’apparition de la fatigue et la sollicitation du cavalier. Notons la chute brutale de la fréquence cardiaque à l’arrêt de l’effort, qui rend difficile chez le cheval l’exploitation d’un indice de récupération. La comparaison de la fréquence cardiaque entre les deux routiers et la baisse progressive de celle-ci au cours du second montre la récupération progressive et la nécessité d’un routier suffisamment long pour retrouver des valeurs initiales.

1NB : L’épreuve de steeple se courait sur terrain plat à une vitesse comprise, suivant le niveau de l’épreuve, entre 640 et 690 m/min pendant 3mn30 à 4mn30, avec 8 à 10 obstacles. Depuis 2004 et les Jeux Olympiques d’Athènes, l’épreuve de fond ne comprend plus que l’épreuve de cross.

Graphique 2 : Tracé de la fréquence cardiaque du cheval pendant une épreuve internationale avec steeple.

Lors d’une épreuve simple, comme celle pratiquée de nos jours en CCI*** ou CCI****, on observe l’échauffement au trot (100 bts/min), les temps de galop ou de sauts à la détente (120-150 bts/min) et l’épreuve où la fréquence cardiaque est supérieure à 200 bts/min pendant les 5000 m de cross. La chute de la fréquence cardiaque reste tout aussi rapide à la fin de l’effort pour atteindre 120 bts/min ; il faudra plus de 10 minutes pour retrouver ensuite des valeurs inférieures à 100 bts/min. Il est probable que ces épreuves moins longues nécessitent un engagement du couple dès le départ du cross. En effet, les épreuves actuelles se courent sur un cross de 5100 à 6100 m en format long, 3600 à 5000 m en format court de type CIC tandis qu’avant 2004 les épreuves de fond comprenaient un steeple de 3100 m et un cross de 7400 m en CCI****. 

La lactatémie moyenne observée sur 123 chevaux dans des épreuves de niveaux différents est de 10,2±4,3 mmol/l. Avec des chevaux peu préparés, la lactatémie peut atteindre des valeurs très élevées chez certains chevaux (>20 mmol/l) sur des épreuves de début de saison ou des épreuves courtes comme les épreuves de 1er niveau ou de jeunes chevaux. A un même niveau d’épreuve, la hauteur de lactatémie est corrélée avec la distance du cross et la vitesse du cheval. La durée de l’élimination peut être longue (plus de 20 minutes pour diviser de moitié la lactatémie d’arrivée) notamment si l’épreuve est longue, la vitesse des concurrents élevée ou si la récupération est passive. Généralement dans les épreuves en sous-bois, moins galopantes, les chevaux sont moins sollicités. Des lactatémies supérieures à 12 mmol/l sont rarement observées à l’issue des épreuves longues notamment avec steeple car ces chevaux n’ont pu terminer le cross sans être éliminés.  

Ces valeurs sont confirmées par des études plus récentes réalisées sur des épreuves dans le nouveau format. Les valeurs de la fréquence cardiaque sont toujours élevées sans être maximales : 195 bts/min à Burghley et même 202 bts/min observés aux JO d’Athènes où le parcours était sinueux et la température plus élevée (30-35° C).

A titre de comparaison, le trotteur de course dépasse 230 bts/min et atteint 240 bts/min lorsqu’il défend ses chances sur les 1ères places. Les lactatémies moyennes observées à l’arrivée sont élevées 19.7±2.2 mmol/l mais elles apparaissent supportables compte tenu de l’entraînement spécifique suivi. Le cheval de plat (course de 1000 à 1800m) peut présenter des lactatémies supérieures atteignant 24-25 mmol/l avec un pic situé 5 à 10 minutes après l’arrivée. 

Le concours de saut d'obstacles

La fréquence cardiaque dépend du niveau de l’épreuve : ainsi sur le CSO d’un CCI* (h=1m10) on observe des fréquences cardiaques moyennes de 147 bts/min alors qu’elles ont été mesurées entre 178±5 bts/min et 191±4 bts/min sur un championnat junior de CSO (h=1m50).

Le cavalier en compétition

 Le cavalier sur le cross

Graphique 3 : Enregistrement de la fréquence cardiaque d’un cavalier en compétition (critérium).

Après cet effort significatif, proche de la fréquence cardiaque maximale, le retour à une fréquence cardiaque normale est assez long. Il montre l’effort non négligeable qui vient d’être réalisé par ce cavalier. Ce niveau de sollicitation n’est jamais atteint à l’entraînement et nécessite une préparation particulière. A l’opposé du cheval, la fréquence cardiaque sur le steeple-chase est inférieure à celle du cross, probablement car le travail de pilotage et d’équilibre est plus important pendant cette dernière phase.
Chez le cavalier, la lactatémie à l’arrivée dépasse les 10 mmol/l ; on peut penser qu’elle est assez importante pour un cavalier, dont la condition physique ne serait pas parfaite. Ce niveau insuffisant peut le rendre moins performant sur la fin du parcours.

A retenir

La fréquence cardiaque du cheval bénéficie d’une grande amplitude (30 à 240 bts/min), la valeur moyenne pendant la compétition et son suivi permet d’évaluer l’intensité de l’effort au cours de l’épreuve. Contrairement à l’homme, le suivi de la fréquence cardiaque pendant la récupération immédiate est un indice peu pertinent. 

En fin de cross, un cheval bien entraîné doit présenter une lactatémie située entre 8 à 12 mmol/l. La valeur mesurée en fin d’exercice est un bon témoin de la sollicitation du cheval compte tenu de son entraînement. Des valeurs supérieures à 15 mmol/l ne devraient être observées que chez des chevaux de course dont l’entraînement très spécifique les prépare à supporter une accumulation d’acide lactique sans dommage.

Compte tenu de la sollicitation du métabolisme anaérobie lactique pendant l’épreuve de fond, l’entraînement du cheval de concours complet doit être conduit à une intensité qui développe les capacités à consommer le lactate produit. 

Le cavalier présente en compétition des valeurs de fréquence cardiaque et de lactatémies élevées qui doivent le conduire à réaliser un entraînement spécifique que la pratique quotidienne de l’équitation ne peut lui offrir totalement.

Exemple d’une combinaison de trois éléments en fin de parcours, mixant saut en contrebas, courbe en dévers et précision du tracé. Ce type de difficulté nécessite un cavalier fixe et en équilibre pour un bon pilotage et un cheval réactif et à l’écoute, qualités que l’on ne pourra trouver que si cheval et cavalier ont une bonne condition physique (championnat du Monde des chevaux de 7 ans au Lion d’Angers).

Références

GALLOUX P. : Concours complet d’Equitation (234p), Belin 2011

AUVINET B., DEMONCEAU F., Physiologie comparée de l’effort chez l’homme et le cheval (1991), Equathlon, vol 3,4 Paris, pp5-10

AUVINET B., GALLOUX P., LEPAGE O., MICHAUX J.M., ANSALONI A., GOUPIL X., (1989) Adaptation à l’effort du cheval de concours complet d’équitation, Equathlon, vol 1,4 Paris, pp18-24

AUVINET B., GALLOUX P., GOUPIL X., DEMONCEAU T. (1991) Cinétique des lactates sanguins chez le cheval de concours complet, Journée d’étude CEREOPA vol 17, Paris, pp 108-120

AUVINET B., Comparaison de l'effort, physiologie du cavalier et du cheval en CCE (1993), Equathlon, vol 5, pp19-21

MARLIN D., Exercice Physiology of eventing, janvier 2007 

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