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Recensements exhaustifs d’équidés : la population équine passée à la loupe dans six petits territoires modèles

Niveau de technicité : 

Auteur : Céline Vial, ifce, INRA, UMR MOISA

Octobre 2016

 

Cette fiche a pour vocation de présenter les résultats de recensements exhaustifs d’équidés et des espaces qu’ils occupent sur 6 petits territoires ruraux et périurbains français. Ces données mettent en lumière l’importance du segment des loisirs et des particuliers indépendants (ou propriétaires « hors structure ») au sein du total des équidés recensés.

Pourquoi des recensements exhaustifs ?

D’après les estimations du Réseau Economique de la Filière Equine (Annuaire ECUS 2015), la France comptait environ 1 100 000 équidés fin 2014 contre environ 570 000 en 2001. Cette progression importante des effectifs d’équidés pose question : où, comment, et par l’intermédiaire de qui se déploient les équidés et les activités équestres dans les territoires ? 

Les données du fichier SIRE (système d’information relatif aux équidés) permettent d’estimer l’importance du cheptel national mais présentent un certain nombre de limites : non-identification de certains animaux, notamment d’une partie de ceux situés chez des particuliers « hors structure » (dits indépendants), non-renseignement du lieu de stationnement de certains équidés (lieu où se situe l’animal, qui peut être différent de l’adresse du propriétaire qui, elle, est bien renseignée) et mauvaise actualisation de ses données concernant le lieu de stationnement de l’équidé, les changements de propriétaires, les déclarations de mort d’équidés... 

Le manque d’informations disponibles et le caractère diffus de cette population nous ont conduits à construire une méthodologie originale d’analyse de la population équine qui s’appuie sur des recensements exhaustifs des équidés présents, de leurs propriétaires et des espaces qu’ils occupent (par leur pâturage et leur stationnement, de façon permanente ou en alternance) réalisés sur de petits territoires « modèles » (travaux réalisés dans le cadre du programme de recherche « Cheval et territoire », qui associe l’Institut Français du Cheval et de l’Équitation (IFCE) et l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA)).

Quelles zones d’étude sont considérées ?

Six zones ont été choisies selon différents critères : présence de zones périurbaines et rurales, développement contrasté des secteurs agricoles et touristiques, activités équines différentes et plus ou moins ancrées dans les traditions locales et enfin présence de personnes ressources locales intéressées par l’étude et facilitant les conditions pratiques du travail de terrain. L’ensemble forme une gamme de situations qui nous semble assez bien refléter la diversité des espaces ruraux et périurbains français (figure 1). 

Les six zones étudiées (grappes de 4 à 12 communes contiguës) sont les suivantes :

  • Trois terrains d’étude sont en zone périurbaine : aires urbaines (hors pôles urbains) de Montpellier, de Caen, et Pays d’Auray (Bretagne Sud). Les deux premiers connaissent un développement résidentiel important mais présentent des contrastes au plan des activités équestres présentes : la zone de Montpellier a été choisie pour son orientation vers l’équitation touristique et de loisir, alors que celle de Caen est marquée par une tradition d’élevage équin orienté vers le sport et les courses. Le Pays d’Auray connaît un développement résidentiel moins dense mais particulièrement marqué par la présence de résidences secondaires et d’infrastructures touristiques. Les communes étudiées font partie de l’espace à dominante urbaine (hors pôle urbain). Elles sont éloignées du littoral et situées sur un gradient urbain-rural pour les terrains de Montpellier et Caen, littorales et touristiques dans le Pays d’Auray.

  • Trois autres terrains d’étude sont ruraux : le Pays de l’Auxois, le Parc National des Cévennes et le Pays Centre Bretagne. Le Pays de l’Auxois (Bourgogne) est une région agricole caractérisée par l’élevage extensif de troupeaux charolais allaitants et la polyculture. Bien que zone rurale, il est rendu accessible par le réseau autoroutier le reliant à Dijon. Le Parc National des Cévennes présente une dominante environnementale et touristique (tourisme vert). Il est caractérisé par la présence d’élevages ovins traditionnellement pastoraux et il est, de façon plus récente, considéré comme le berceau de l’endurance équestre. Enfin, le Pays Centre Bretagne est une zone rurale où l’agriculture est principalement tournée vers la production laitière et l’élevage intensif. Il est également marqué par une tradition d’élevage de chevaux de trait. Les communes étudiées font partie de l’espace à dominante rurale. Elles sont agricoles et soumises à l’influence modérée du pôle urbain dijonnais dans le Pays de l’Auxois, agricoles et éloignées de toute influence urbaine dans le Pays centre Bretagne et le Parc National des Cévennes.

Comment sont réalisés les recensements exhaustifs ?

Ces recensements avaient pour objectif de comptabiliser l’ensemble des équidés présents, leurs propriétaires et les espaces qu’ils occupent. Ils ont été réalisés entre 2006 et 2010. L’étude de terrain comprenait un important travail de repérage par observations directes, complété d’entretiens auprès de personnes ressources, d’enquêtes téléphoniques auprès de propriétaires équins et de cartographies.

Résultats détaillés zone par zone

 

Les recensements exhaustifs ont permis d’illustrer l’importance qu’a pris, à ce jour, le segment des loisirs au sein de l’ensemble du monde du cheval, quelle que soit la zone d’étude locale considérée, périurbaine ou rurale. Nous considérons dans ce travail que les activités de loisirs équestres comprennent toutes les utilisations des équidés par les pratiquants amateurs, qu’elles soient ou non encadrées par des professionnels de l’équitation (de type centre équestre). Elles englobent les disciplines sportives d’équitation, qui peuvent passer par la participation à des compétitions, ainsi que tous les loisirs en lien avec les équidés, allant de la pratique de promenades à cheval à la possession d’un équidé de compagnie.

Dans le périurbain montpelliérain, les 466 équidés recensés sont tous utilisés à des fins de loisirs. Parmi eux, 68% appartiennent à des amateurs, qui sont en majorité des particuliers indépendants (47% des chevaux totaux), puis des propriétaires confiant leurs chevaux à des prestataires de services de type pensions. Les 21% d’équidés restants sont des chevaux d’école en centres équestres (appartenant à des professionnels).

De même, parmi les équidés présents dans les communes étudiées autour de Caen, deux tiers sont utilisés pour les loisirs (ce segment présentant une structuration similaire à celle observée autour de Montpellier) et un tiers sont des chevaux de professionnels, de sport ou de course, à l’élevage ou à l’entraînement, en lien avec la tradition équestre du territoire.

Sur le littoral périurbain du Pays d’Auray, on observe des proportions intermédiaires entre les deux précédentes zones périurbaines avec 88% d’équidés de loisirs (et parmi eux 55% d’équidés d’amateurs, dont 38% chez des particuliers indépendants) et 12% d’animaux chez des professionnels.

La zone rurale de l’Auxois présente à la fois un segment des loisirs dont la structuration est similaire à celle des zones périurbaines (70% des équidés totaux font partie de ce segment, 53% appartiennent à des amateurs et 34% sont gérés par des particuliers indépendants), probablement de par la proximité du pôle de Dijon, et un élevage professionnel développé (30% des équidés totaux dont 16% sont des chevaux de trait principalement élevés pour la boucherie), grâce à la disponibilité des espaces herbagers. 

Dans les Cévennes, le segment des loisirs (77% des équidés totaux) présente une structuration différente : 33% appartiennent à des amateurs, qui sont tous des particuliers indépendants. Aucune pension n’a en effet été recensée, en raison de la faible présence de clients potentiels dans cette zone peu peuplée. Les amateurs propriétaires d’équidés prennent donc en charge leurs équidés eux-mêmes. Les professionnels ont néanmoins une importance prépondérante, à travers les centres équestres (44% des équidés totaux, soit plus de la moitié des équidés de loisir) et les élevages (23% des équidés totaux qui sont quasiment tous des chevaux de sang arabe élevés pour l’endurance). 

Enfin, le Pays Centre Bretagne présente la particularité d’un segment des loisirs (94% des équidés totaux) représenté uniquement par des propriétaires amateurs prenant en charge leurs équidés eux-mêmes (particuliers indépendants dont 20% pratiquent l’élevage, souvent de chevaux de trait). On constate donc une très faible représentation des professionnels du cheval (6% de chevaux dans des élevages professionnels qui sont quasiment tous orientés vers la production de viande).

Résultats globaux : quels types d’équidés trouve-t-on au sein des territoires ?

Notre échantillon comprend 49 communes au sein desquelles 2 635 équidés ont été recensés. Ils occupent une surface de 2 909 ha, soit 1,5 à 6 % de la surface totale des communes selon le terrain d’étude (tableau 1). Ces recensements exhaustifs ont permis d’illustrer l’importance du segment des loisirs au sein de l’ensemble du monde du cheval (figure 3), quelle que soit la zone considérée, celui-ci représentant systématiquement plus des deux tiers du total des équidés recensés (le tiers restant correspondant à des équidés appartenant à des professionnels et utilisés à d’autres fins que les loisirs : courses, sports professionnels, élevage…). Au sein de ce segment des loisirs, on note l’importance des propriétaires « amateurs » ou « non-professionnels » (c’est à dire dont l’activité professionnelle principale et donc le revenu principal ne sont pas liés aux équidés) qui représentent plus de 80% du total des propriétaires recensés et détiennent plus de la moitié des équidés de loisir (le reste des équidés de loisir étant principalement des chevaux et poneys d’école en centres équestres). Parmi ces propriétaires amateurs, on remarque l’importance des particuliers indépendants, qui prennent en charge leurs équidés eux-mêmes, indépendamment de toute structure équestre professionnelle, puisqu’ils détiennent 30 à 90 % de l’ensemble des équidés recensés selon la zone, soit un total de 1 187 équidés recensés. Ils utilisent 40 % des surfaces totales dédiées aux équidés, soit 1 118 ha au sein des 6 terrains d’étude. Ces surfaces représentent entre 0,9 et 2,6 % de la surface totale des communes selon la zone. Ces derniers chiffres démontrent l’importance qu’ont prise à ce jour les particuliers indépendants, importance qui est encore sous-estimée par les chiffres officiels.

Pour aller plus loin

Perrier-Cornet, P., Vial, C., 2006. Cheval et territoire : analyse économique de l'organisation des sports et loisirs équestres et de leur dimension territoriale. Equ'idée, n°57, p. 24-26 .

Vial, C., 2008. Cheval et territoire : les équidés et les formes de loisirs équestres dans les territoires ruraux et périurbains. Actes de colloque, 34ème Journée de la Recherche Équine, les Haras nationaux, 28 février 2008, Paris, p. 65-76. 

Vial, C., 2008. Les « amateurs »,  propriétaires d’équidés de sports et loisirs : qui sont-ils ? Comment s’organisent-ils ? Comment occupent-ils l’espace ? Equ'idée, n°65, p. 26-29. 

Vial, C., 2009. Cheval et territoire : l’organisation des « amateurs », propriétaires d’équidés de loisirs. Actes de colloque, 35ème Journée de la Recherche Équine, les Haras nationaux, 26 février 2009, Paris, p. 5-16. 

Vial, C., 2009. Quelle place pour le cheval dans l’occupation et l’aménagement du territoire français ? Equ'idée, n°69, p. 28-30. 

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