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Le développement des propriétaires amateurs dans les territoires ruraux

Niveau de technicité:

Auteurs : C. Vial (IFCE) , M. Aubert (INRA), P. Perrier-Cornet (INRA)
Article extrait de la revue équ'idée n°74, Printemps 2011

Suite à l’importante croissance des acquisitions d’équidés par des amateurs au cours de ces dernières années, leur rôle dans l’occupation de l’espace est aujourd’hui indéniable, notamment en zone périurbaine. On s’interroge ici sur la façon dont ils se répartissent sur le territoire, en lien avec les transformations actuelles des campagnes.

Des liens avec les mutations contemporaines des campagnes ?

Depuis le début des années 1990, on assiste à un développement important des loisirs équestres, ceux-ci étant principalement localisés dans des espaces ruraux ou périurbains, vu les besoins d’espace qu’ils nécessitent. On connaît assez précisément les caractéristiques de ce développement pour le segment « encadré », organisé des loisirs que sont les établissements équestres, alors qu’encore peu de choses sont connues au sujet des propriétaires amateurs. On s’intéresse ici à la façon dont ces derniers se développent au sein des territoires, étudiant comment leur présence s’articule avec les dynamiques rurales actuelles.

Ce travail, qui fait partie du programme de recherche « cheval et territoire », se centre donc sur la population d’équidés possédés par des amateurs (propriétaires d’équidés dont l’activité professionnelle principale, et donc le revenu principal, ne sont pas liés aux équidés), ceux-ci pouvant soit être pris en charge directement par leurs propriétaires, soit être placés dans des pensions.

Quel que soit leur mode d’hébergement, ces équidés occupent une part croissante du territoire, qu’il s’agisse de zones rurales ou périurbaines (cf équ’idée n°69, p.28-30). Or, ces espaces connaissent actuellement des transformations importantes, marquées entre autres par des tensions ou concurrences pour l’occupation ou le contrôle du territoire entre activités et fonctions, certaines - comme l’agriculture - traditionnelles du monde rural, d’autres plus récentes comme celles liées à la fonction récréative des espaces ruraux ou à leur périurbanisation, particulièrement marquée en France. C’est pourquoi nous nous interrogeons sur les liens pouvant exister entre l’utilisation de l’espace par les équidés d’amateurs et les mutations actuelles des campagnes.

Nous approchons cette question par la recherche de facteurs explicatifs de la plus ou moins grande présence d’équidés d’amateurs dans les territoires ruraux et périurbains. Cette réflexion s’ordonne autour de deux grandes questions.

  • Notre premier questionnement concerne les relations avec la périurbanisation. Celle-ci se traduit d’un côté par l’arrivée de nouvelles populations d’origine urbaine potentiellement concernées par les loisirs équestres et en ayant les moyens financiers. Mais d’un autre côté, l’artificialisation croissante de l’espace peut créer les conditions défavorables à la présence de gros animaux.

 

  • Notre second questionnement renvoie aux effets d’entraînement –ou de répulsion- de certains secteurs d’activité présents dans ces territoires : l’agriculture, le tourisme et le monde professionnel du cheval. On s’intéresse tout d’abord à l’agriculture, celle-ci pouvant à la fois être concurrente (pour l’occupation de l’espace) et complémentaire (développement de la prestation de services équins, location ou prêt de terrains…) à la présence d’équidés d’amateurs.

    Deuxièmement, on se demande si une dynamique touristique locale, de par la qualité des paysages, l’existence de chemins entretenus et d’infrastructures touristiques, pourrait favoriser l’engouement des résidents locaux pour les loisirs équestres, et donc la possession d’équidés par des amateurs.

    Troisièmement, l’existence d’une filière sportive professionnelle et dynamique sur une région a généralement un effet d’entraînement sur la pratique de ce sport pour le loisir ou en tant que sportif amateur, ce que nous testerons ici dans le cas des activités équestres.

 

Une analyse économétrique sur quatre territoires contrastés

Ce travail a été mené sur quatre types de régions différentes représentatives de la diversité des espaces ruraux et périurbains français. Il s’agit de deux territoires périurbains (à l’exclusion des villes centres des aires urbaines, ces communes très urbanisées ne laissant que peu de place aux équidés) : l’un dans le sud de la France (aire urbaine de Montpellier), l’autre en Normandie, dans une région de forte tradition équestre (aire urbaine de Caen). Deux territoires ruraux ont également fait l’objet d’une étude : l’un à dominante agricole (Pays de l’Auxois, hors périurbain mais relativement accessible), l’autre à dominante environnementale et touristique, et éloigné de toute agglomération, marqué par une tradition locale d’endurance équestre (Parc National des Cévennes). Ces quatre zones sont de superficies comparables, présentent une grande hétérogénéité en termes de population et comprennent au total près de 25000 équidés selon le SIRE (Système d’Identification Répertoriant les Équidés) (cf tableau ci-dessous).

 

Nous avons travaillé à partir d’extractions du fichier SIRE : les équidés d’amateurs ainsi estimés représentent environ 60% du total des équidés recensés par le SIRE dans les communes considérées.

Nous avons croisé ces effectifs d’équidés (variable expliquée) avec un certain nombre de caractéristiques socio-économiques et territoriales des territoires (cf tableau ci-dessous), certaines correspondant à des caractéristiques propres et d’autres renvoyant à la notion de distance à certains points stratégiques.

Afin de mettre en évidence des facteurs explicatifs de la présence d’équidés d’amateurs, nous avons réalisé une régression linéaire sur l’ensemble de l’échantillon et une décomposition de variance, globalement puis séparément pour chacune des quatre zones d’étude.

Une forte imbrication avec la périurbanisation et certains effets sectoriels

La présence d’équidés d’amateurs est avant tout liée au développement de la fonction résidentielle des espaces, qu’il s’agisse de territoires ruraux ou périurbains. Ainsi, l’utilisation du territoire par des équidés d’amateurs augmente parallèlement à la croissance du bâti, et même dans les territoires périurbains les plus artificialisés, les propriétaires trouvent manifestement la place pour leurs ânes ou chevaux. Réciproquement, la présence de propriétaires amateurs peut dans une moindre mesure alimenter la périurbanisation de ces espaces, certains propriétaires pouvant quitter les zones urbaines pour habiter à proximité de leurs équidés dans le périurbain ou le rural. En revanche, la présence de ces équidés n’est pas dépendante des classes sociales aisées. Ce résultat confirme l’évolution du profil des pratiquants de loisirs équestres et va dans le sens d’une démocratisation de la pratique équestre amateur.

L’activité touristique locale des campagnes a peu d’influence. Une ambiance vacancière ne serait pas à l’origine d’un contexte particulièrement favorable à la possession d’équidés par des amateurs. D’autant plus que dans ces zones, l’équitation peut se retrouver en étroite concurrence avec d’autres types d’activités de plein air, telles que la randonnée pédestre ou à vélo, le quad, le canyoning… Même si le tourisme ne semble pas être, à première vue, une composante importante à considérer de par son influence, une partie des propriétaires amateurs pratiquent la promenade et la randonnée localement et participent donc, dans une moindre mesure, à la croissance des utilisations récréatives des espaces ruraux. En fait, la relation entre le tourisme et les loisirs équestres serait à approfondir en considérant les professionnels du cheval qui ont, pour certains, une activité saisonnière ciblée sur la période touristique en complément de leurs activités à destination des populations locales ou proches.

Le secteur agricole est lié de façon complexe à la répartition des équidés d’amateurs. Les résultats de ce travail suggèrent qu’une agriculture professionnelle est en concurrence avec ces équidés pour l’occupation des espaces disponibles alors que la présence d’une agriculture non-professionnelle leur est plutôt favorable. D’une part car ces agriculteurs seraient plus disposés à partager des terrains avec des propriétaires équins, et d’autre part car ils pourraient être plus intéressés par l’opportunité de diversification que représente la fourniture de biens (fourrages, céréales…) et services (prise en pension d’équidés, fauche de parcelles…) aux propriétaires d’équidés amateurs.

Enfin, la présence d’équidés d’amateurs est liée à celle des professionnels du cheval, ces propriétaires étant sensibles à l’existence de traditions équestres locales, à la présence de structures professionnelles, d’éleveurs et de manifestations équestres. Cette relation est exacerbée dans les régions où il existe une tradition équestre développée. Cependant, nous nous interrogeons sur le sens de la causalité de cette relation, ces deux segments pouvant respectivement avoir des effets d’entraînement l’un sur l’autre. Comme cela est démontré dans la littérature concernant d’autres sports, les professionnels ont probablement un effet d’entraînement sur la pratique amateur. Or, la réciproque pourrait aussi se vérifier, certains professionnels pouvant être tentés de s’implanter dans les zones où se concentrent les équidés d’amateurs, qui constituent une partie de leur clientèle.

Conclusion

Bien qu’il présente certaines limites, principalement liées aux imprécisions de la base de données SIRE et au fait que nos résultats ne portent que sur quatre zones rurales et périurbaines, ce travail apporte des premiers éléments sur les relations entre l’augmentation des effectifs d’équidés possédés par des amateurs et les mutations contemporaines des campagnes françaises.

Le développement des activités équestres va de pair avec la périurbanisation
. D’une part, celle-ci apporte une clientèle locale plus proche, plus mobile et en quête de ruralité donc favorable à la présence de professionnels et amateurs du monde équestre.  D’autre part, dans ces espaces, le cheval apparaît comme un utilisateur temporaire d’espaces de statut transitoire, délaissés par l’agriculture et en attente d’être urbanisés.

A l’évidence, ces types de terrains sont plus nombreux dans les zones fortement impactées par la périurbanisation, là où pourtant la pression foncière est forte et pourrait faire obstacle à l’utilisation de terrains par des équidés. La conjonction de ces phénomènes explique finalement la présence d’équidés aussi bien dans les premières que dans les secondes couronnes de périurbanisation.

Ainsi, ces résultats, démontrant que le développement des loisirs équestres participe aux mutations contemporaines des campagnes, soulèvent des questions d’actualité pour les acteurs et institutions du monde équestre et de l’aménagement du territoire.

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