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La Cryobanque des équidés

Niveau de technicité :

Auteur : Margot Sabbagh, Clémence Fraslin

Décembre 2016

 

La domestication des animaux par l’homme a entraîné, dès ses débuts, un processus de sélection. L’homme a orienté l’évolution des animaux en choisissant ceux qui étaient le mieux adaptés à leurs objectifs (vaches qui produisent plus de lait, chevaux de trait pour la traction agricole, porcs à destination charcutière…). Cette domestication est à l’origine d’une biodiversité très largement supérieure à celle que l’on trouve chez les espèces sauvages. Au fur et à mesure, les programmes de sélection mis en place par des collectifs d’éleveurs se développent. Ils définissent de nouveaux objectifs pour les espèces/races (des vaches laitières de plus en plus productives, des chevaux moins lourds avec de bonnes aptitudes au saut…). Les races se spécialisent et se répandent parfois au détriment de races locales originales par rapport aux objectifs des éleveurs. Les races régionales qui n’entrent pas dans les objectifs des schémas de sélections voient leurs effectifs diminuer fortement au détriment de races plus compétitives.
 
C’est dans les années 70 que les pouvoirs publics prennent conscience de la nécessité de conserver les races bovines régionales, et dès 1976 le premier programme de conservation est lancé pour la race Bretonne Pie Noir, en partenariat avec des éleveurs locaux attachés à conserver le patrimoine (COLLEAU J.J et al 2002). Les méthodes de conservations évoluent. En plus de celles mises en place dans les systèmes d’élevage, on développe des méthodes où les animaux sont maintenus hors de leurs environnements habituels tels que des conservatoires de semence congelée par exemple : c’est le principe de la Cryobanque Nationale.

Constitution de la Cryobanque et ses objectifs

 

Ce Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS) "Cryobanque Nationale" a été créé en 1999 afin de pouvoir reconstituer une race si elle disparaissait de façon brutale. Il a été constitué sous l’égide du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche et compte à l’heure actuelle onze autres partenaires dont  l’Institut Français du cheval et de l’équitation (I.F.C.E.).

 
L'objectif de la collection nationale est de conserver un échantillon représentatif de la diversité génétique des principales espèces d'élevage. A l’heure actuelle, quinze espèces sont entreposées pour plus de 340 000 doses [http://www.cryobanque.org]. La semence est le principal matériel biologique conservé en raison de son faible coût de production et de son utilisation très répandue, mais on retrouve aussi des embryons (lapins) et quelques lignées de fibroblastes.
Cependant il est important de prendre en compte la réalité de l’utilisation de ce matériel biologique, par exemple le transfert d’embryons n’est pas quelque chose de courant pour les races à petit effectif. De même, il est interdit dans certaines races de chevaux, tout comme l’utilisation de semence congelée (chez les Pur Sang par exemple).
 
On distingue trois types de matériel génétique stockés dans la collection :
 

  • le matériel de type I issu de races menacées,
     
  • le matériel de type II issu d’animaux originaux, c'est-à-dire avec certaines aptitudes non retenus aujourd’hui par le schéma de sélection (robes particulières, maladies génétiques par exemple).
     
  • Le matériel de type III est constitué par des échantillons représentatifs de l’état génétique à un instant donné d’une race ou population soumise à une sélection (des individus représentant les races à fort effectif).

 

Dans le cas du matériel de type I, la Cryobanque Nationale a plus un rôle d’assurance qui permettrait de restaurer une population donnée en cas d’extinction.
 
Chaque collection existe en double, la première centralisée à Maisons-Alfort pour toutes les espèces et la seconde sur un lieu de stockage par espèce. Quand l’utilisation de matériel congelé est une technique de reproduction répandue, les centres professionnels sont les sites secondaires, dans les autres cas, un site spécifique est mis en place pour stocker les échantillons. Pour les espèces asines et équines, ce lieu de stockage secondaire est implanté sur un site de l'Institut français du cheval et de l'équitation.
 
Un système de gestion est mis en place afin de documenter toute entrée ou sortie de matériel. La partie non confidentielle des renseignements est consultable sur une base de données en ligne (www.cryobanque.org). On y trouve des renseignements statistiques comme le nombre de doses et le nombre de donneurs par espèce ou par race, la nature du matériel déposé…
 
Le nombre de doses à entreposer diffère en fonction de l’espèce et du type de matériel. Dans le cadre de matériel de type I pour les équins, la recommandation est de 100 doses par animal. L’objectif est d’atteindre au moins 13 étalons par race. En cas de disparition brutale d’une race, cela permettrait de réintroduire cette semence, tout en ayant une diversité génétique suffisante pour permettre d’avoir une race proche de la race d’origine et une consanguinité pas trop élevée.

Le CRB-Anim, vers une nouvelle phase de collecte pour la Cryobanque

 

Aujourd’hui, faute de moyens financiers, il est difficile d’augmenter les stocks de la Cryobanque notamment dans le cas des équidés. Ainsi, la Cryobanque Nationale fait  partie d’un projet plus large qui est le CBR-Anim (Centre de Ressources Biologiques pour les Animaux domestiques). Ce projet  qui associe des organismes de recherche, des établissements d’enseignement supérieur, une fondation scientifique et des plate-formes privées, a été présenté en octobre 2011 à l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR) et accepté en février 2012.


Ce projet répond à deux enjeux majeurs pour la science et la société :
 

  • l'érosion de la biodiversité en particulier dans les espèces d'élevage soumises à une sélection intensive,
     
  • l'essor de la génomique qui ouvre une ère nouvelle pour comprendre les relations entre phénotype et génotype et valoriser la richesse phénotypique issue de la domestication des animaux.


Pour les équidés l’objectif est double :
 

  • d’une part lever les verrous qui persistent aujourd’hui dans l’utilisation du matériel cryoconservé : semence d’âne et congélation d’embryons, (mise au point de techniques de congélation)
     
  • d’autre part constituer des stocks, de matériel de type I, qui permettront de reconstituer des races en cas d’extinction.

 

Voir aussi

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Références