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Production et caractéristiques du fumier de cheval

Niveau de technicité :

Auteur: P. Doligez

Janvier 2015

 

La gestion du fumier est une préoccupation récurrente pour toutes les structures équestres. Dans un contexte plus respectueux de l'environnement, développer des moyens sûrs de valorisation du fumier de cheval semble nécessaire. Connaître les caractéristiques et les spécificités du fumier de cheval peut être intéressant en vue d'optimiser sa valorisation. 

Volume et mode de curage

Le volume et le poids du fumier de cheval sont difficiles à évaluer puisqu'ils dépendent fortement de la fréquence d'apport de litière et du mode de curage des boxes ou stabulations. Le fumier de cheval de boxe curé tous les jours sera beaucoup plus léger et pailleux que la litière accumulée dans une stabulation libre.

La quantité de fumier produit dépend aussi du type de litière utilisée (paille, lin, copeaux, chanvre, semoulettes de bois…). La litière la plus répandue reste la paille moins coûteuse mais souvent plus volumineuse que les litières alternatives une fois transformée en fumier.

Selon le mode de curage et la litière utilisée, la quantité moyenne de fumier est estimée entre 7 à 14 tonnes par an et par cheval, et en moyenne plutôt 12 tonnes/an/cheval. Sa densité est très variable allant de 14 à 418 kg/m3 avec une moyenne de 171 kg/m3 (selon Pouech 2009).
Ainsi, la quantité de fumier produite par la population équine française représente plusieurs millions de tonnes.

 

Curage et stockage du fumier

S’appuyant sur le dispositif national des Réseau d’Elevage Equin (Réseau REFErences), une étude a été menée en 2013 portant sur la caractérisation des modes d’hébergements et les temps consacrés aux principales tâches sur 126 exploitations (Madeline, 2014).
Selon cette étude, le mode de curage du fumier dans les structures équines est le plus souvent manuel et effectué une fois par semaine. Au-delà d'une semaine, l'accumulation en boxe ou en stabulation nécessite le recours au curage mécanique. (voir aussi écurie curable mécaniquement).


 Il a été aussi mis en évidence que le fumier est principalement stocké au champ (44% des réponses). Dans 20% des exploitations, les effluents sont gérés avec fumière (et fosses dans les exploitations diversifiées bovin-équin/ ovin/équin...).
L’utilisation d’une plate-forme de stockage provisoire est répandue dans les entreprises équines (18%).

Tout élevage ou structure comportant des animaux est tenu de respecter un certain nombre d'obligations vis à vis de l'environnement, des nuisances, de l'hygiène et de la sécurité. Ces règles sont définies par le Réglement Sanitaire Départemental (voir Règles de stockage et d'épandage du fumier de cheval)

 

Comment réduire le volume des déchets :


Le paillage des boxes est généralement réalisé à l'appréciation visuel du soigneur sans réel souci de rationalisation. La première impression des clients lorsqu'ils pénètrent pour la première fois dans une structure équine est souvent basée sur l'état de propreté et d'abondance des litières, attribuant psychologiquement un gage de qualité des soins apportés aux chevaux.

Or, l'excès de paille fraîche plus ou moins mélangée aux zones souillées entraîne un gaspillage et la production d'un fumier très pailleux difficile à valoriser. Un entretien quotidien voire plusieurs fois par jour permet de maintenir une litière propre mais les frais et le temps de main d'oeuvre engendrés deviennent conséquents. A l'opposé, le manque d'entretien et de paillage peut induire des odeurs désagréables voire irrespirables par le dégagement d'ammoniaque et provoquer des troubles respiratoires autant chez l'homme que chez le cheval. Un compromis entre le maintien d'une certaine propreté (pour une bonne hygiène et le confort du cheval) et un approvisionnement raisonné en litière est à rechercher.

La quantité de fumier produite est directement proportionnelle à la quantité de litière apportée. Pour réduire le volume, plusieurs solutions sont envisageables :

  • Réduire le paillage tout en maintenant un boxe propre en retirant les crottins et zones souillées par un tri sélectif quotidien,
  • Utiliser une litière alternative moins volumineuse (copeaux, mais souvent plus coûteuse) (voir litières alternatives à la paille)
  • Equiper les boxes d'un tapis isolant (mais nettoyable) assurant confort et permettant alors de réduire le surpaillage.

 

 

Privilégier l'apport de lest pour le cheval

Pour limiter les problèmes gastriques et de comportement anormal (stéréotypies), le fourrage doit constituer la base de l’alimentation du cheval. Ne pas oublier que le cheval est un herbivore qui passe naturellement 16 heures par jour à s'alimenter.

La litière à base de paille fait partie de ce fourrage apportant du lest, si elle n'est pas consommée en excès (risque de coliques d'obstruction).
L'apport journalier de fourrages, quel que soit le type d'équidés, est primordial lorsque la litière du cheval n'est pas comestible (copeaux, ...).

Par ailleurs, selon certaines études, l'usage de litière alternative autre que la paille augmenterait les risques de comportements anormaux. La litière de paille contrairement aux copeaux de bois, favorise aussi davantage la position en décubitus latéral et surtout amène le cheval à rechercher en continu des aliments limitant l'ennui. (voir Alimentation et bien-être du cheval).

Emission et rejets par les équidés

En 2003, une étude de Martin Rosset et al 2013 a permis d'évaluer les émissions de méthane et l'excrétion d'azote par les chevaux en fonction de l'alimentation consommée. 

Méthane

Il s'avère qu'en extrapolant à l'ensemble de la population française d'équidés, un facteur d'émission de méthane de 20,7 kg/tête/an a été calculé, soit 20202 tonnes par an pour 975000 animaux en 2007 (Martin Rosset et al 2013).


La valeur estimée pour la jument nourrice de race lourde (29,4 kg) est égale à 34 % de celle calculée pour une vache de race allaitante nourrice (Vermorel et al 2008).
La part des équins dans les émissions totales de méthane entérique (provenant des intestins) des animaux de ferme en France est seulement de 1,5 % (~1 million de chevaux) contre 97 % pour les ruminants (~19 millions de bovins et 7 millions d'ovins- AGRESTE).

Azote fécal

L'excrétion d'azote fécal est estimé à 116 kg MAT (Matières Azotées Totales), soit 18 unités d'azote. L'excrétion urinaire d'azote pour un cheval adulte de 500 kg à l'entretien nourri sur un régime à base de foin (95 % de foin, 5 % de concentrés) est de l'ordre de 121 kg MAT soit 19 unités d'azote.


Le cheval de 500 kg excrète au cours d'une saison de pâturage :

  • dans les fecès environ 10 kg de calcium, 8 kg de phosphore, 2 kg de magnésium et 2 kg de potassium.
  • dans l'urine environ 4 kg de potassium. L'urine de cheval est très riche en potassium et bien pourvue en calcium.  (Martin Rosset et al 2013).

 

 

Valeurs physico-chimiques du fumier de cheval

Références Martin Rosset et al 2013,

Composition chimique du fumier et du compost
(d'après IFCE 2007 et FIVAL 2006)

Le fumier de cheval se caractérise par une quantité de matière sèche plutôt élevée (peu humide), mais les références sont rares.

Les données physico-chimiques sont très variables, principalement à cause du mode d'entretien et de curage rendant une matière finale très hétérogène selon les pratiques. Le fumier de cheval est généralement riche en Potassium (K), en corrélation avec un taux de paille important, elle-même riche en K.

Le fumier de cheval est bien pourvu en Matière Organique et plutôt pauvre en azote ammoniacal (N-NH4) si on le compare au fumier de bovin. La dégradation de l'azote (minéralisation dans le sol) sera plus longue, engendrant la nécessité d'une fertilisation azotée complémentaire (voir compostage: suivi des transformations).

Le fumier très pailleux avec un rapport C/N de plus de 30 se compostera difficilement. La matière première doit être constituée d'un rapport de C/N de 30 pour finir en compost avec un C/N de 15.

Ainsi une analyse  de fumier au départ est nécessaire permettant d'adapter la technique (arrosage, co-compostage) afin de favoriser au mieux la fermentation par compostage.
(voir Le compostage : suivi des transformations).

 

Exemple d'épandage de compost de fumier de cheval sur prairie

Avec un compost dont les valeurs agronomiques analysées sont ci-dessous (par tonne de produit brut): N=5,2 ; P=3,7  K=7,9 ; Ca= 12,1 et Mg = 1,6;

15 tonnes par hectare épandues de ce compost apportent les unités agronomiques suivantes:

Liens vers des pages sur un thème proche

Voir aussi

Références: 

Martin Rosset W., Vermorel M., Fleurance G., Doligez P., 2013. Evaluation et prévision de différentes sources de pollution issues de l'élevage et de l'utilisation du cheval- 39ème Journée de la Recherche Equine, Jeudi 28 février 2013, IFCE.

Vermorel M., Jouany J.P., Eugène M., Sauvant D., Noblet J., Dourmad J.Y., 2008. Evaluation quantitative des émissions de métahne entérique par les animaux d'élevage en 2007 en
France. INRA Production Animales 21, 403-418.

Saint Raymont J.; la valorisation du fumier de cheval- mémoire de fin d'étude ISA- Beauvais 2004-2005.

Pouech P, Galibardy C., Loustale C., Arribarrouy E. 2009- Etude de caractérisation des fumiers de cheval issus de centres équestres afin d’aider à la décision sur les possibilités de valorisation. APESA, Centre technologique en environnement et maîtrise des risques.

Madeline L., Palazon, Fourot M., Doutart E, Pavie J. Caractéristiques des modes d’hébergements équins, conséquences sur les conditions de travail. Institut de l'Elevage- Equ'idée Novembre 2014.

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