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La rhodococcose du poulain

Une étude épidémiologique en Basse-Normandie

Niveau de technicité :

Auteur : ANSES

Mars 2011

Informations générales

Rhodococcus equi (R. equi) est une bactérie particulièrement abondante dans le sol et les crottins (tellurique et ubiquiste). Sa cible principale est le poulain de moins de 6 mois. La forme clinique la plus fréquente est la forme respiratoire caractérisée par une bronchopneumonie suppurée.

Des formes digestives (entérocolite) et ostéo-articulaires (arthrite, ostéomyélites) sont également observées.

La transmission se fait essentiellement par inhalation de poussières, contaminées par R. equi virulent, issues de l’environnement. Les signes cliniques évoluent souvent sous forme insidieuse avec des lésions internes déjà étendues lorsque les premiers symptômes apparaissent.

Le diagnostic précoce est difficile et le traitement antibiotique spécifique long et coûteux. Par ailleurs, les moyens de prophylaxie médicale actuellement disponibles (plasma hyperimmun et autovaccin) ne sont pas totalement efficaces lors de forte pression environnementale.

Une enquête réalisée auprès des vétérinaires a permis d’estimer la prévalence (proportion de malades dans une population d'équidés déterminée) de la maladie en Basse Normandie qui est de 1,2%. Il semblerait que cette maladie sévisse de manière enzootique dans certains élevages (c'est-à-dire qu'ils connaissent des cas de rhodococcose chaque année) alors que d’autres demeurent indemnes.

1- Forme respiratoire de la rhodococcose : bronchopneumonie suppurée à l'autopsie

2- Forme digestive de le rhodococcose : noeuds lymphatiques caecocoliques hypertrophiés et abcédés à l'autopsie

3- Forme ostéo-articulaire de rhodococcose : ostéomyélite (abcès osseux) vertébrale à l'autopsie

Présentation de l’étude

L’importance de la connaissance des facteurs de risque liés à l’élevage pour établir une prévention efficace est maintenant reconnue.

L’objectif de cette étude cas-témoin réalisée en 2005 était de mettre en évidence des facteurs de risque de rhodococcose liés à la structure et aux pratiques des élevage bas-normands. Ce sont les vétérinaires bas-normands qui nous ont permis de recruter des élevages atteints de pneumonie à R. equi de manière enzootique.

Cette première étape nous a permis de constater qu’il existait une différence significative entre la taille des élevages affectés (en nombre de naissances 2004) et la taille des élevages bas-normands (voir figure dans la partie résultats). Une grande taille d’élevage était significativement associée avec un risque augmenté des élevages d’être affectés par des pneumonies à R. equi.

Afin de pouvoir discerner d’autres facteurs de risque potentiels, nous avons structuré l’enquête en élevage dans le but d’éliminer ce facteur lié à la taille de l’élevage (répartition équilibrée des élevages témoins et atteints dans les différentes catégories de taille d’élevage).


L’étude a finalement concerné 93 élevages bas-normands volontaires pour participer : 64 élevages témoins et 29 élevages atteints.


Chacun d’entre eux a reçu la visite d’un enquêteur afin de compléter le questionnaire d’enquête. Ce questionnaire permettait de réunir un grand nombre d’informations relatives aux caractéristiques générales de l’élevage, aux herbages, aux paddocks, aux bâtiments dédiés à l’hébergement des chevaux et aux locaux réservés aux activités de reproduction. Les renseignements relatifs à la conduite d’élevage et au suivi sanitaire étaient également relevés.

Les données ont été analysées statistiquement (analyse univariée et multivariée par régression logistique) afin de déterminer les variables significativement associées au statut de l’élevage (affecté ou témoin).

 

Résultats de l’étude

Taille de l’élevage – Densité d’animaux – Poulinières de passage

Les élevages bas-normands sont majoritairement des élevages de petite taille : plus de 80% d’entre eux ont moins de 5 naissances annuelles. Notre étude préliminaire auprès des vétérinaires a permis de mettre en évidence le facteur de risque – grande taille d’élevage en nombre de naissances annuelles – puisque 61% des élevages enzootiques identifiés par les vétérinaires avaient au moins 15 naissances annuelles (seuls 3,7% des élevages bas normands sont dans cette catégorie).

 

Comparaison de la taille (en nombre de naissances annuelles) des élevages enzootiques identifiés par les vétérinaires et de l'ensemble des élevages bas-normands ayant eu des naissances en 2004.


Le nombre de naissances annuelles représente un bon indicateur du degré de risque d’un élevage d’être affecté par des pneumonies à R. equi.


Afin d’éliminer l’influence de la taille de l’élevage et de voir apparaître d’autres facteurs de risque, notre enquête en élevage a été construite de manière à avoir une répartition équilibrée des élevages enzootiques et des élevages témoins dans chacune des catégories de taille d’élevage (en nombre de naissances annuelles).

Cette démarche peut expliquer le fait que des facteurs de risque liés à la taille de l’élevage comme la STH (surface toujours en herbe) consacrée aux chevaux et les effectifs de chevaux résidents ne sont pas apparus dans notre étude. En revanche, des paramètres liés aux densités de chevaux sont apparus significatifs. 


Une densité de chevaux supérieure à 1 cheval/ha était significative avec 3,5 fois plus de risque d’être un élevage enzootique. 


Une densité de couple mère/poulain était plus fréquemment supérieure à 2 couples/ha dans les élevages affectés. 


Une capacité d’accueil maximale de poulinières était plus fréquemment estimée comme étant atteinte ou dépassée par l’éleveur dans un élevage affecté.


Un effectif de poulinières de passage supérieur ou égal à 20 correspondait également à un risque supérieur d’être un élevage affecté.

Ceci confirme l’influence majeure des effectifs d’animaux que ce soit en nombre absolu ou en concentration sur le risque de rhodococcose d’un élevage. Cette influence peut refléter des possibilités d’infection plus grandes en raison, d’une part, de plus fréquentes occasions de contamination de l’environnement par R. equi virulent par les crottins des poulains et des juments et, d’autre part, de plus fréquentes occasions de contact entre poulains.


Les poulains atteints de pneumonie à R. equi se contaminent principalement par inhalation de poussières renfermant du R. equi virulent. La bactérie peut se multiplier dans le tractus digestif des poulains avec des possibilités d’excrétion de quantités énormes de R. equi notamment dans les 8 premières semaines de vie. De plus, une grande population de poulains peut engendrer une plus grande contamination de l’environnement par R. equi. Les juments, à un degré moindre, peuvent également être source de R. equi virulent.

Un phénomène de contagion entre poulains par voie aérienne a également été décrit avec des poulains malades et des poulains cliniquement sains qui ont des concentrations élevées de R. equi virulent dans leur souffle et qui, en conséquence, peuvent être une source importante de bactérie pour les poulains sensibles.

 

Poussière

On a longtemps pensé qu’il y avait un lien entre la concentration en R. equi dans le sol et la prévalence de la maladie sur un élevage. Cette notion est aujourd’hui contestée. En revanche, l’association entre la concentration en R. equi virulent en suspension dans l’air et le nombre de cas de pneumonies à R. equi sur un élevage a été récemment démontrée. 

Ainsi, il est remarquable de voir ressortir dans notre étude plusieurs paramètres qui reflètent une exposition potentielle supérieure des poulains à la bactérie en suspension dans l’air : sol des paddocks en sable ou en terre, faible enherbement des paddocks, absence de période de repos sans animaux des paddocks, environnement poussiéreux, sol de l’aire d’attente en terre avant le local d’échographie et/ou d’insémination, mauvaise aération des logements des couples mères-poulains.

Une étude réalisée en Australie (Muscatello Appl Environ Microbiol 2006) mettait en évidence des sites à risque, c’est à dire des sites avec des concentrations supérieures en R. equi virulent dans l’air. Il s’agissait de sites habituellement secs, nus et poussiéreux, notamment les allées le long desquelles les chevaux sont déplacés entre les pâtures, les paddocks et les aires d’attente. Dans une autre étude réalisée en Irlande (Muscatello Equine Vet J 2006) où les conditions climatiques sont différentes de celle de l’Australie, avec notamment une humidité supérieure, c’est dans les écuries que le challenge en R. equi virulent en aérosol était le plus susceptible de se produire.


Les élevages dans lesquels les poulains sont exposés à la poussière étaient plus à risque.


Dans notre étude, les facteurs de risque relatifs à la poussière sont sans doute le reflet d’une augmentation de la concentration en R. equi virulent en aérosol avec un risque d’augmentation de la taille du challenge infectieux sur l’ensemble de l’élevage (environnement poussiéreux) : 

  • à l’intérieur : mauvaise aération des logements,
  • à l’extérieur : présence de paddocks avec un sol en terre ou en sable,
  • à la limite entre l’intérieur et l’extérieur : présence d’une aire d’attente avec un sol en terre avant le local d’échographie et/ou d’insémination.

Poulinages tardifs

La présence de naissances tardives (en mai et/ou juin) représentait également un facteur de risque majeur dans notre étude.

Il s’agit d’un paramètre prépondérant et qui est sans doute à relier à la superposition de la saison chaude et sèche à la période de sensibilité maximale des poulains aux infections lors de naissance tardive.

En effet, les poulains sont plus sensibles aux infections entre 1 et 3 mois d’âge, période durant laquelle l’immunité d’origine maternelle a chuté alors que l’immunité propre du poulain est encore insuffisamment développée (figure ci-contre).

Ainsi, les poulains nés tardivement atteignent l’âge de sensibilité maximale durant les mois chauds pendant lesquels le challenge infectieux est supérieur. Il n’est donc pas surprenant que des naissances tardives représentent un facteur de risque majeur dans notre étude.

 

Recommandations suite à l'étude

Préambule

Les élevages de grande taille et/ou avec des densités importantes de chevaux sont par essence des élevages à risque de rhodococcose.


L’idéal serait de pouvoir agir en premier lieu sur ces paramètres : réduire les effectifs, augmenter la STH.


Si économiquement, ces modifications ne sont pas envisageables, l’élevage aura un risque supérieur d’être affecté par des pneumonies à R. equi et devra mettre en oeuvre d’autres mesures de prévention pour limiter le nombre de poulains malades.

Correction des facteurs de risque mis en évidence dans l’étude

> Réduire le nombre de poulinières de passage : < 20

> Favoriser des naissances précoces : préparation des juments (hébergement, alimentation, éclairage artificiel)

> Diminuer l’exposition des poulains à la poussière :
1. Identifier les zones à risque, dans chaque élevage et chaque année, afin de préciser à quel endroit intervenir. En effet, leur localisation peut varier en fonction :

  • des régions : variation du climat et/ou des méthodes d’élevage avec soit un confinement des chevaux à l’intérieur soit des méthodes d’élevage extensif,
  • de l’année et de la période de l’année : période de chaleur et de sécheresse,
  • de l’élevage : méthode d’élevage, nature des sols à l’intérieur et à l’extérieur, qualité de la ventilation des bâtiments.


2. Modifier l’environnement
:

  • modification de la nature des sols (paddocks, aires d’attente),
  • amélioration de la ventilation des bâtiments,
  • déplacement des lieux d’alimentation et/ou d’abreuvement des poulains,
  • réduction du temps de stationnement des poulains dans une zone poussiéreuse (telle qu'une aire d’attente avant un local d’échographie et/ou d’insémination),
  • rotation sur les parcelles,
  • réduction de la taille des lots de juments suitées,
  • arrosage,
  • réensemencement des parcelles.

 

    Autres mesures de prévention habituellement recommandées

    • Ramassage régulier des crottins (intérieur et extérieur)

    • Locaux d’hébergement des poulains régulièrement nettoyés et désinfectés (par exemple avec des dérivés phénoliques)

    • Chaulage raisonné des pâtures (Ferry 2010)

    • Bonnes pratiques de compostage de fumier (Hebert 2010)

    • Contrôle du transfert passif de l’immunité : évaluer la qualité du colostrum (colotest), surveiller la prise de colostrum, vérifier la transmission des anticorps de la mère au poulain (dosage des immunoglobulines sériques du poulain), constituer une banque de colostrum

    • Prophylaxie médicale : plasma hyperimmun, auto-vaccins (souches de R. equi issues de l’élevage)


    Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’observation régulière des poulains est un élément-clé pour une détection précoce des symptômes, la mise en place rapide du traitement et un meilleur pronostic.

    Pour en savoir plus

    Cette page est issue d'une plaquette et d'une étude réalisées par l’Unité Observatoire Anatomopathologique et Épidémiologie des Maladies Équines majeures et émergentes (Dr J. Tapprest, Dr C. Laugier, A. Saison, C. Sevin, D. Courtois, F. Duquesne, N. Foucher) de l'AFSSA (ANSES) Dozulé. Collaboration : Dr M. Henry-Amar (GRECAN- Caen)

    La plaquette est disponible en téléchargement gratuit à la librairie des Haras nationaux, accessible en cliquant ICI.

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