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Les affections ostéo-chondrales juvéniles

 

Niveau de technicité : 

Auteur : Sandrine JACQUET, Virginie COUDRY (CIRALE-ENVA), Yann SOUILLET-DESERT Fondation Hippolia

Mars 2015

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Mettant en jeu la carrière sportive d’un cheval dès les premiers mois de sa vie, cette pathologie équine a fait l’objet d’études détaillées en Normandie depuis plus de 10 ans. Les équipes de l’Unité de Recherche de Biomécanique et Pathologie Locomotrice du Cheval (BPLC) de l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort (ENVA), dont notamment celle du CIRALE, parmi les structures phares de la Fondation Hippolia, ont publié de nombreux articles scientifiques pour faire part de leurs travaux et de leurs conclusions sur le sujet. Nous vous proposons de faire un point sur ces troubles précoces de l’appareil locomoteur du cheval.

Que sont les affections ostéo-chondrales juvéniles (AOCJ) ?

 

Il s’agit de troubles assez répandus qui correspondent à des anomalies du processus d’ossification. Les poulains sont touchés dès leur plus jeune âge du fait de l’immaturité de leur squelette, quelque soit leur race.
Depuis peu, il existe un réel consensus international sur la définition des AOCJ (Affections Ostéo-Chondrales Juvéniles), établi par des sommités vétérinaires en matière de pathologie locomotrice : Wayne McIlwraith (USA), Leo Jeffcott (GB), René VanWeeren (HOL), Jean-Marie Denoix (FR).

 
Il en ressort que ces anomalies incluent majoritairement les lésions d’ostéochondrose, qui se manifestent par des irrégularités voire des fragmentations des surfaces osseuses, ou par la formation de kystes osseux. Les AOCJ englobent en plus les arrachements osseux par traction d’un ligament.

Il est également admis que ces anomalies sont la résultante de contraintes biomécaniques sur le squelette immature du poulain, conduisant à des perturbations de l’afflux sanguin au site d’ossification. Ces contraintes peuvent être représentées par des forces en compression ou en cisaillement sur les surfaces et la périphérie des os qui peuvent conduire à la formation d’un nodule  (fragment osseux) ou d’un kyste osseux (zone focale de déminéralisation).

Cette composante biomécanique à l’origine de ces lésions explique qu’elles se développent souvent aux mêmes endroits. Par exemple, sur le grasset, c’est la partie la plus étroite et qui subit le plus de compression de la rotule (la lèvre latérale de la trochlée fémorale) qui est le plus souvent affectée.

 

Quelles sont les conséquences liées à ces troubles ?

 

Ces affections juvéniles ont des répercussions économiques non négligeables pour la filière équine puisqu’elles peuvent diminuer la valeur commerciale du poulain et ses performances sportives ultérieures. En effet, certaines formes d’ostéochondrose entraînent des douleurs articulaires, voire des boiteries, qui limitent les capacités sportives du cheval. Il convient donc de l’identifier au plus tôt pour les gérer au mieux et limiter les conséquences futures sur la locomotion du cheval.

Comment identifie-t-on ces troubles et quels en sont les facteurs ?

 

Au-delà du dépistage précoce, il est nécessaire d’identifier les facteurs qui peuvent déclencher ces affections. C’est dans cet objectif qu’un vaste programme d’étude a été mené dans les années 2000 par l’équipe du Pr Jean-Marie Denoix (UMR BPLC – CIRALE-ENVA).

Etude ESOAP : Elevage Statut Ostéo-articulaire et Performance (2000)

Cette étude nommée « ESOAP » (Elevage, Statut Ostéo-Articulaire et Performances) a permis de dresser le bilan ostéo-articulaire de poulains bas-normands de races Pur-Sang, Trotteur Français et Selle Français, d’étudier l’évolution radiographique des AOCJ entre l’âge de 6 et 18 mois, et d’évaluer les facteurs prédisposants à ces lésions et leurs conséquences sur la carrière sportive ultérieure.

 
Au total, 392 poulains, dont 133 Pur-Sang, ont été radiographiés suivant le même protocole dans leurs haras à l’âge de 6 mois en moyenne, puis aux alentours de 18 mois pour vérifier l’évolution d’éventuelles lésions détectées sur les 10 premiers clichés radiographiques réalisés pour chacun d’entre eux.

 
Cette étude a permis de montrer que les affections ostéo-chondrales juvéniles évoluaient beaucoup au cours de la première année de vie du poulain, et ce jusqu’à 18 mois). Cette conclusion est en accord avec des études précédentes menées dans d’autres pays et sur d’autres races.
 
En effet sur la population étudiée en Basse-Normandie, seulement 32.3% des images radiographiques anormales (IRA) identifiées à 6 mois n’ont pas évoluées à 18 mois, alors que 46.6% d’entre elles disparaissent et que 38.7 % des IRA identifiées à 18 mois sont de nouvelles IRA.  
 
Par exemple les lésions d’ostéochondrose de la lèvre latérale du grasset identifiées sur les poulains à l’âge de 6 mois ont dans plus de 80% des cas eu tendance à s’améliorer ou disparaître lors du contrôle radiographique à 18 mois (Figure 1). Inversement beaucoup d’IRA identifiées sur les boulets des yearlings n’étaient pas visibles sur les clichés réalisés à l’âge de 6 mois (Figure 2).

 
Pour ce qui concerne la prédisposition à ces troubles, l’étude ESOAP a confirmé le caractère multifactoriel, avec notamment l’influence des déséquilibres alimentaires (minéraux), de la vitesse de croissance, et de la gestion de l’activité et des conduites d’élevage.

Y-a-t-il un facteur race ?

Sur le lot de poulains Pur-Sang, 142 images radiographiques anormales (IRA) ont été identifiées, et réparties en 4 grades de sévérité. La plupart d’entre elles étaient de faible sévérité (52.8% de grade 1 et 38.7 % de grade 2).
Ce nombre d’anomalies identifiées est plus faible que celui des autres lots de poulains et surtout des Selle-Français, mais la proportion d’IRA de plus forte sévérité (grade 3 et 4) y est le plus élevée : 8.4 % vs 7.7% pour les trotteurs ou 3.8 % pour les Selle-Français.

 
Concernant la localisation des AOCJ, c’est sur les boulets que les poulains Pur-Sang sont le plus souvent affectés, avec surtout le boulet postérieur (20.3% des poulains), puis le boulet antérieur (17.3%). Ensuite, respectivement 15% et 14.3% des poulains présentent des IRA au niveau du carpe (genou) et du grasset. Les poulains Pur-sang de l’effectif étudié présentaient peu d’IRA sur les jarrets et à la différence des autres races, elles étaient plus nombreuses sur la partie distale (basse) de ce dernier que la partie proximale (haute).

Figure 1: Complète résolution d’une lésion d’ostéochondrose de la lèvre latérale de la trochlée fémorale (LLTF). © CIRALE-ENVA

Figure 2 : Fragmentation ostéochondrale péri-articulaire dorsale de la première phalange sur un boulet postérieur non identifiée à l’âge de 6 mois. © CIRALE-ENVA

 

Le poulain Pur-Sang n’apparaît donc pas comme étant plus prédisposé qu’une autre race à ces affections ostéo-chondrales juvéniles. En revanche, lorsqu’il en présente, la sévérité peut y être plus forte.
De nombreux travaux se penchent sur l’aspect héréditaire de ces lésions, qui, même s’il semble probable, n’a pas encore été associé à l’identification d’un gène spécifique.

 
L'examen radiographique autour de l’âge d’1 an semble donc être un bon compromis entre la précocité du dépistage des AOCJ
et la stabilité des anomalies observées, considérant qu’un examen à 6 mois ne permettrait pas d’avoir une idée réelle du statut ostéo-articulaire futur du poulain. Cependant, en cas d’anomalie physique détectée sur un plus jeune poulain (vessigon, molette, défaut d’aplomb), l’examen radiographique sera alors d’emblée recommandé.

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