équi-vod

Fiche consultée 48209 fois.

Partager

La myopathie atypique des équidés

Niveau de technicité :

Auteur : D. Votion

Mise à jour : Juillet 2016

Vidéo : Journée de la recherche équine 2015

 

 

La myopathie atypique est une maladie saisonnière désormais bien présente en France et en Europe. Elle se caractérise par une destruction des muscles posturaux, respiratoires et du myocarde. Des études récentes ont montré que la cause est une toxine présente dans les graines de certains arbres du genre « Acer » (érable) dont l'Acer pseudoplatanus ou érable sycomore.

La maladie

La myopathie atypique (MA), appelée aussi myoglobinurie atypique des chevaux au pré, est une maladie généralement fatale se caractérisant par une dégénérescence sévère de différents groupes musculaires, dont les muscles intervenant dans la respiration, la posture, ou encore le muscle cardiaque.

 

La MA frappe les équidés de toutes espèces (chevaux de trait, de selle, poneys, ânes et zèbres) séjournant en pâture la majeure partie de la journée.

 
La MA ne présente pas les caractéristiques d’une maladie contagieuse. Cependant, son apparition étant liée à des conditions environnementales particulières, plusieurs chevaux pâturant sur une même prairie peuvent être affectés simultanément. Les séries cliniques se déclarent essentiellement au printemps et en automne. 

 

Situation européenne

Depuis 2006, l'Autriche, la France, l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, l'Irlande, les Pays Bas, le Royaume Uni, la Suisse, l'Espagne, la République tchèque ont été touchés, dont 41 % des cas en Belgique, en France et en Allemagne (pour la période 2006-2015).

 
Outre-Atlantique, une maladie présentant les mêmes caractéristiques cliniques a été identifiée depuis 2006 aux Etats-Unis où elle a été nommée "myopathie saisonnière du pâturage".

 

 

Causes de la maladie

 

L'hypothèse d'une toxine d'origine environnementale affectant le métabolisme énergétique musculaire est maintenant validée.

Aux Etats-Unis, il a été montré que la myopathie saisonnière du pâturage était causée par la toxine appelée « hypoglycine A » présente dans les graines de l'Acer negundo (érable negundo).

En Europe, cette toxine est également retrouvée dans les graines et plantules de l'Acer pseudoplatanus  ou érable sycomore plus fréquemment responsable des cas de myopathie atypique en Belgique et en France. Néanmoins, l'Acer negundo est une espèce invasive qui est en forte expansion, notamment dans le sud-ouest de la France et peut donc aussi être responsable de cas de myopathie atypique en Europe.


Une fois ingérée, l'hypoglycine est métabolisée en un composé toxique, le « MCPA », qui engendre des désordres biochimiques sévères.

 

 


L'Acer pseudoplatanus est un arbre qui peut atteindre 20 à 30 m de haut. Ses feuilles sont vert sombre et présentent 5 lobes arrondis.

On le retrouve dans les forêts mixtes de l'Europe occidentale jusqu'à la Mer Baltique. La configuration des fruits (samares) prédispose à la dissémination par le vent, ce qui accroît le rayon d'action d'un arbre ou bosquet.

Signes cliniques

Présents chez plus de 50% des cas Présents chez moins de 50% des cas
■ Emission d’une urine foncée : émission spontanée ou à la suite d’une palpation rectale ou encore d’une cathétérisation (93%) ■ Difficultés respiratoires (49%)
■ Muqueuses congestives (couleur rouge) (53%) ■ Hypothermie : température rectale < 37°C (29%)
■ Faiblesse généralisée (85%) ■ Anorexique (28%)
■ Raideurs (83%) ■ Difficulté à déglutir (23%)
■ Psychisme déprimé (80%) ■ Appétit exacerbé (18%)
■ Fréquence cardiaque augmentée :> 45 battements/ min (79%) ■ Hyperthermie : température rectale > 38°C (11%)
■ Cheval couché sur le flanc (78%)  
■ Appétit conservé (72%)  
■ Tremblements (68%)  
■ Sudation (64%)  
■ Température rectale normale : 37–38°C (60%)  
■ Distension de la vessie (58%)  

Prévention

 

Il est difficile d'empêcher la présence de samares sur les pâtures : même en évitant de planter des érables à proximité des herbages, la dissémination des graines par le vent est importante (jusqu’à plus de 100 m de l’arbre).

Le bilan des études épidémiologiques amène à conseiller de :

  • complémenter les chevaux vivant au pré,
  • réduire le temps passé au pâturage aux saisons à risque,
  • rentrer les chevaux les jours de pluie ou de grand vent,
  • laisser une pierre à sel à disposition,
  • abreuver avec l’eau du réseau, nettoyer régulièrement les abreuvoirs… 

 

Il n'est pas exclu que la toxine puisse être contenue dans les fruits d'autres arbres c'est pourquoi la recherche en Europe s’attache à :

  • Mettre en place des outils (dosages de l'hypoglycine) pour identifier les autres sources d’intoxication potentielles : autres arbres, fourrages conservés, eau de boisson…
  • Elaborer un test de terrain, à partir d’une prise de sang, qui permette de confirmer rapidement le diagnostic clinique et d’établir un pronostic de survie.

 

Traitement

 

Aucun antidote de la toxine n'existe actuellement. Un traitement symptomatique est mis en place : administration de vitamines et d'antioxydants qui soutiennent la fonction musculaire et le métabolisme énergétique. L’apport énergétique doit être assuré via des sucres puisque le muscle du cheval ne sait plus, temporairement, utiliser les lipides.

Réseau de surveillance

 

Depuis 2005, le réseau d’alerte de la Myopathie Atypique (MA) a été constitué : il s’agit de l’AMAG ( Atypical Myopathy Alert Group). 
 
Initié et géré par l’Université de Liège (Belgique), il rassemble les chercheurs et cliniciens européens confrontés à la problématique de la MA.
 
Depuis l’apparition des premiers cas français en 2002, le Réseau d’EpidémioSurveillance en Pathologie Equine (RESPE ; www.respe.net), participe au réseau européen.

Le groupe AMAG collecte les informations épidémiologiques et cliniques auprès des propriétaires de chevaux et des vétérinaires (de terrain, de cliniques privées et universitaires)  et informe les professionnels de la filière équine lors de l’émergence de séries cliniques.
Retrouvez les informations sur le site : http://labos.ulg.ac.be/myopathie-atypique/

Si vous avez connaissance d’un cas, MERCI de le déclarer :

 

- en tant que propriétaire, via le lien http://labos.ulg.ac.be/myopathie-atypique/questionnaire-proprietaire/

 

- en tant que vétérinaire, via le lien http://labos.ulg.ac.be/myopathie-atypique/diagnostic_veterinaire/

 

Références bibliographiques

  • Votion D.-M., van Galen G., Sweetman L., Boemer F., de Tullio P., Dopagne C., Lefère L., Mouithys-Mickalad A., Patarin F., Rouxhet S., van Loon G., Serteyn D., Sponseller B.T., Valberg S.J. Identification of methylenecyclopropyl acetic acid in serum of European horses with atypical myopathy. Equine Vet J. 2014, 146-149.
  • Baise E., Habyarimana J.A., Amory H., Boemer F., Douny C. , Gustin P., Marcillaud-Pitel C., Patarin F., Weber M., Votions D. Samaras and seedlings of Acer pseudoplatanus are potential sources of hypoglycin A intoxication in atypical myopathy without necessarily inducing clinical signs. Equine Vet J. 2015 Aug 17. doi: 10.1111/evj.12499.
  • Votion D.-M. Atypical myopathy: an update. In Practice. 2016, 38(5), 241-246.

Liens vers des pages sur un thème proche

Lettre d'information "Avoir un cheval"

 

Inscrivez-vous et recevez la lettre chaque mois par email 


Grâce à cette lettre mensuelle, restez informé de nos derniers articles publiés, des fiches encyclopédiques et des vidéos en ligne sur les sujets qui vous concernent : alimentation, santé, reproduction, génétique, comportement, infos réglementaires... et bien d'autres!

 

Je souhaite recevoir la lettre d'information gratuite "Avoir un cheval"