Fiche consultée 21323 fois.

Partager

Le syndrome coup de sang

Niveau de technicité : 

Auteurs : Anne Courouce-Malblanc, Charlène Daix, Bénédicte Ferry, Dominique Votion

Validé par le RESPE

Octobre 2015

Le coup de sang est un terme utilisé pour nommer une myopathie brutale consécutive à un exercice qui se manifeste cliniquement par des crampes douloureuses et une urine de couleur anormalement foncée du fait de l’élimination de la myoglobine des cellules musculaires détruites (myoglobinurie).

La maladie

Le syndrome coup de sang est encore appelé : « Maladie du lundi », myoglobinurie paroxystique, rhabdomyolyse ou encore, de façon impropre, myosite.

C’est une myopathie de forme aiguë apparaissant suite à un exercice même modéré sous la forme de douleurs musculaires subites et importantes, tremblements de certains muscles (ou myoclonies) pendant ou tout de suite après l’effort.
Dans la forme modérée, le cheval semble raide des postérieurs ou se met à boiter à chaud et les muscles de la fesse peuvent être douloureux ; on peut également constater un mal de dos, un décubitus prolongé, des raideurs passagères ou des tremblements intermittents.
Dans la forme sévère, il reste figé sur place par la douleur. D’autres symptômes associés : hyperthermie, tachycardie, myoglobinurie suivie d’insuffisance rénale parfois mortelle.
Ces crises peuvent récidiver chez  un même cheval et apparaitre de façon récurrente.
La lésion fondamentale observée dans la rhabdomyolyse associée à l’effort est la dégénérescence musculaire massive accompagnée de myoglobinurie.

Il existe deux types de coup de sang :

  • les rhabdomyolyses sporadiques ou occasionnelles
  • et les rhabdomyolyses chroniques ou récidivantes qui sont dues à un problème inhérent au cheval comme par exemple, un défaut de régulation du calcium et la maladie à stockage de polysaccharides (PSSM pour Polysaccharide Storage Myopathy, en anglais)

 

Rhabdomyolyse à l’exercice (RE) de type sporadique

Ce type de rhabdomyolyse survient principalement chez les chevaux qui effectuent un exercice trop intense en regard de leur condition physique (exercice trop long ou trop rapide).
Des formes sporadiques de RE peuvent être dues à un surentraînement ou survenir, par exemple, lors de courses d’endurance effectuées dans des conditions chaudes et humides (voir fiche "eau et abreuvement").

 

Rhabdomyolyse à l’exercice de type chronique

Les formes chroniques de RE sont dues à des anomalies héréditaires.

La PSSM est une rhabdomyolyse due à une accumulation excessive de glycogène et d’un polysaccharide anormal au niveau des fibres musculaires, qui touche les Quarter Horse, les chevaux de race lourde comme les Cobs Normands par exemple, mais également des Selle Français et des poneys de selle.

 

La RER (pour Recurrent Exertional Rhabdomyolysis en anglais) correspond à une rhabdomyolyse due à un défaut de régulation du calcium intracellulaire. Cette maladie touche les pur-sang mais également les Trotteurs (et probablement des chevaux arabes). Les crises de RER sont souvent liées à un stress, sachant que ces chevaux sont souvent connus comme étant nerveux voire très nerveux.

Diagnostic

 

Les symptômes sont caractéristiques (pas toujours dans les formes modérées) et  amènent à une forte suspicion clinique.
Une prise de sang est nécessaire pour confirmer le diagnostic dans le cas d’une augmentation de l’activité sérique des enzymes musculaires comme les créatines-kinases (CK) et aspartates aminotransférases (AST).
La mesure de l'activité des CK est un indicateur sensible de la souffrance musculaire, mais seules une augmentation marquée ou la persistance d’une élévation modérée des CK sériques sont cliniquement significatives.
Le dosage de l’AST, moins spécifique de la souffrance du muscle, peut être utilisé associé à celui des CK.

Les causes

 

Le terme générique « myopathies d’exercice » recouvre différentes entités pathologiques qui peuvent être distinguées en « myopathie ou rhabdomyolyse sporadique » et « myopathie ou rhabdomyolyse récurrente (ou récidivante) ».  

- La rhabdomyolyse d’exercice sporadique est un accident musculaire aigu qui atteint les chevaux de façon sporadique pendant ou après un exercice violent, excessif ou inadapté. Le degré d’augmentation des CK sériques reflète l’étendue des lésions musculaires.
L’élément déterminant associé à la rhabdomyolyse sporadique reste l’exercice excessif.

-Les rhabdomyolyses d’exercice récidivantes atteignent généralement des chevaux génétiquement prédisposés et sensibles suite à un dysfonctionnement sous-jacent de la cellule musculaire.


Deux types de rhabdomyolyses d’exercice récidivantes sont plus fréquemment rencontrés :

  1. La RER, une myopathie concernant les chevaux nerveux (pur-sang, trotteurs et arabes) due à une anomalie de la contraction musculaire qui s’exprime lorsqu’un jeune cheval sensible est soumis au stress au cours du travail. Contrairement à la forme sporadique, les crises sont souvent liées à une surexcitation du cheval plutôt qu’à un exercice excessif. La prévention du stress et un exercice quotidien semblent diminuer les crises chez les chevaux prédisposés. Des changements dans les méthodes ou le rythme d’entraînement, de même que des modifications dans l’environnement du cheval sont des facteurs perturbateurs pouvant déclencher les crises. Les crises sont récurrentes avec un délai entre les crises très variable. La forme subclinique de cette myopathie occasionne des défauts de performances à l’entrainement.

    Il semblerait que les chevaux touchés par cette myopathie aient une prédisposition génétique, mais le(s) gène(s) responsable(s) de cette maladie n’ont pas encore été mis en évidence. (http://fondation-hippolia.org/myopathie-recidivante-a-leffort-mieux-comprendre-pour-mieux-prevenir/)

  2. La  PSSM qui est la conséquence d’une accumulation de polysaccharides anormaux dans les fibres musculaires. Connue principalement chez les races d’origines américaines telles que le Quarter Horse ou chez les chevaux de trait, la PSSM peut néanmoins se retrouver chez un individu, peu importe sa race (poney, cheval de sport, cheval de course, de trait, …).

    Cette myopathie de stockage atteint les chevaux d’un tempérament calme, contrairement à la forme précédente.


Les chevaux peuvent être atteints à tout âge et les signes cliniques, variables, restent typiques d’une myopathie : position campée, fasciculations musculaires, difficulté à engager les membres postérieurs ou à reculer, douleur, refus de bouger. Ce sont surtout les membres postérieurs qui sont lésés mais le diaphragme peut également être atteint.

 
Il existe 2 sortes de PSSM :

  • La PSSM de type 1, pour laquelle un test génétique est disponible. Une mutation du gène GYS1 entraine un stockage de glycogène en trop grande quantité. La mutation sur le gène GYS1 étant dominante, un individu même hétérozygote sera malade. De plus, tout cheval sain croisé avec un cheval porteur à l’état hétérozygote aura 50% de chance de donner un individu non porteur mais aussi 50% de chance de donner un individu hétérozygote et donc malade. Voir fiche génétique comprendre la transmission d’un gène
  • La PSSM de type 2 qui est l’expression d’un stockage anormal du glycogène dans les cellules musculaires. La mutation responsable de cette PSSM n’a pas encore été mise en évidence.


Pour la PSSM, les chevaux exprimeront en général des signes cliniques et l’exercice même léger peut déclencher une crise. Une ration riche en concentrés n’est pas une bonne solution pour ces chevaux car ils ne peuvent pas utiliser cette source d’énergie. Un régime pauvre en glucides et riche en matières grasses exerce un effet préventif, probablement en diminuant la réponse glycémique postprandiale. Cette mesure diététique, combinée à un exercice régulier, diminue la fréquence d’apparition des épisodes de cette rhabdomyolyse.

Le traitement

Il faut d’abord éviter de déplacer le cheval pour ne pas aggraver les symptômes ; s’il accepte de se déplacer de lui-même essayer de le remettre au boxe.

Eponger la sueur et lui mettre une couverture.

Dans les formes sévères un traitement vétérinaire doit être mis en place de toute urgence avec perfusion pour éliminer les toxines, relaxants et éventuellement tranquillisants pour relâcher le muscle et anti-inflammatoires contre la douleur. Il faut faire très attention à ne pas administrer de médicaments à un animal déshydraté, cela pouvant être nuisible pour le rein.
Le repos est impératif jusqu’à retour à la normale des enzymes musculaires.

 

La prévention

Dans les myopathies on retrouve des facteurs favorisants communs concernant l’exercice et l’alimentation.
L’exercice doit être régulier, adapté à l’âge et à la condition physique de chaque cheval ; le déroulement de l’entrainement doit respecter un échauffement suffisant, des périodes de pause et de relâche musculaire et un temps de récupération active au petit trot ou au pas soutenu.
Chez les jeunes chevaux nerveux, l’environnement du travail et la prise en compte de l’excitation et la gestion du stress du jeune cheval sont primordiaux. Une routine de travail et le respect d’horaires réguliers sont à privilégier chez les sujets sensibles aux myopathies.
Les chevaux faisant des myosites à répétition peuvent être porteurs d’une prédisposition génétique. Un test génétique est aujourd’hui disponible pour la PSSM de type 1 et des études sont en cours pour essayer de mettre en place des tests génétiques pour les autres cas de myosite.

L’alimentation doit être diminuée le jour de repos ou bien une sortie au paddock doit être organisée ce jour-là pour permettre une activité suffisante.
Pour les chevaux qui ont une ration de concentrés importante, remplacer une partie des hydrates de carbone par des matières grasses et favoriser l’apport en cellulose.
Prévoir un accès permanent à l’eau fraiche et mettre à disposition une pierre à sel qui favorise la rétention de l’eau.
Par temps chaud ou suite à une forte transpiration apporter un complément en électrolytes dans l’alimentation ou l’eau.
Ne jamais distribuer de concentrés avant que le cheval ait bien récupéré mais lui laisser l’accès au foin.

Quelques autres myopathies

 

Une autre myopathie de stockage connue depuis 1999 chez le Quarter Horse et les croisés QH, la Glycogen branching enzyme deficiency (GBED) ou amylopectinose est une maladie de stockage atteignant les muscles striés, le myocarde et le foie. Généralement les poulains porteurs de la mutation meurent ou sont euthanasiés avant l’âge de 18 semaines.

Chez les équidés sauvages (zèbres et chevaux sauvages) il est décrit une « myopathie  de capture » lors d’une capture avec immobilisation et/ou transport. Les signes cliniques comprennent de la faiblesse, des fibrillations musculaires, de l’ataxie et de la myoglobinurie. Une acidose métabolique et de l’hyperthermie sont souvent associées. Cette maladie est souvent fatale.

La myopathie nutritionnelle est une autre maladie musculaire, parfois associée à une cardiomyopathie, consécutive à une carence en vitamine E et sélénium. La physiopathologie précise de la myopathie nutritionnelle n’est pas complètement élucidée et l’incidence de cette maladie reste imprévisible, les poulains carencés ne présentant pas toujours des signes cliniques et les chevaux déclarés atteints n’étant pas nécessairement carencés. Chez les poulains, la myopathie nutritionnelle s’observe entre la naissance et l’âge d’un an et peut se manifester sous une forme cardiaque, souvent fatale, ou squelettique. La myopathie nutritionnelle se rencontre également chez des chevaux adultes qui présentent, sur le plan clinique, des signes musculaires (raideur, incapacité à se nourrir, port de tête bas), urinaires (myoglobinurie), circulatoires (œdèmes de la tête et du cou) et généraux (dépression).

L’hyperkaliémie périodique paralysante est une autre forme de myopathie à composante héréditaire qui se manifeste principalement par une faiblesse musculaire, associée à des spasmes et myoclonies. Cette persistance involontaire des contractions musculaires est généralement brève et/ou inapparente. Elle affecte les chevaux Quarter Horse, Paint, Apaloosa et croisés Quarter Horse. Une recherche généalogique a permis de remonter à un seul étalon Quarter Horse, baptisé « Impressive », ce qui explique la dénomination occasionnelle de « Impressive disease »

La maladie du neurone moteur (MND) est une affection acquise dégénérative des neurones moteurs inférieurs liée à une carence prolongée en vitamine E. L’atrophie des fibres musculaires lentes (fibres de type I) et l’accumulation de lipopigments dans les capillaires de la moelle épinière suggèrent un stress oxydatif de ces neurones moteurs inférieurs causé par une carence prolongée en vitamine E. Les signes cliniques apparaissent quand au moins 30% des neurones moteurs sont atteints. Malgré un tableau clinique très fourni, cette affection est souvent sous-estimée.

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

  • Alimentation des chevaux
  • Nutrition et alimentation des chevaux

Lettre d'information "Avoir un cheval"

 

Inscrivez-vous et recevez la lettre chaque mois par email 


Grâce à cette lettre mensuelle, restez informé de nos derniers articles publiés, des fiches encyclopédiques et des vidéos en ligne sur les sujets qui vous concernent : alimentation, santé, reproduction, génétique, comportement, infos réglementaires... et bien d'autres!

 

Je souhaite recevoir la lettre d'information gratuite "Avoir un cheval"