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Syndrome métabolique équin (SME)

Niveau de technicité : niveau de technicité

Auteur : P. Doligez avec la participation de V. Picandet

Mise à jour : Décembre 2016

 

Le syndrome métabolique équin (SME) chez les équidés est assimilé au diabète chez l'homme. L'obésité et les crises de fourbure sont le facteur et les symptômes les plus caractéristiques de cette maladie.

Qu'est ce qu'une maladie endocrinienne ?

Une maladie endocrinienne est causée par un dysfonctionnement des hormones qui interviennent dans de nombreuses fonctions de l'organisme (nutrition, reproduction, croissance, régulation de la température...).

 
Conséquence d'une maladie endocrinienne, une maladie métabolique est provoquée par une perturbation de la transformation des sucres, des lipides et des protéines par les cellules de l'organisme. Souvent d'origine génétique, certaines maladies métaboliques peuvent aussi se développer suite à un régime alimentaire déséquilibré ou être induites par des agents toxiques.
 

Définition du SME (Syndrome métabolique équin) ou EMS (equine metabolic syndrom)

Le SME ou EMS est devenu le terme général utilisé par les vétérinaires pour décrire certains problèmes métaboliques des chevaux et poneys. 

De façon comparable au diabète de type 2 chez l'homme, le cheval  souffrant de SME est généralement obèse.  Le mécanisme d'obésité, et notamment d'accumulation de graisse sur certaines régions corporelles n'est pas connu, mais une surconsommation alimentaire chronique et un manque d'exercice sont des facteurs qui y contribuent largement.

Le risque de développer de la fourbure est prépondérant, le SME pouvant en être le précurseur ou peut-être le promoteur.

Symptômes

Obésité avec une répartition des graisses localisée ou généralisée

Les dépôts graisseux sont observés au niveau du chignon, des épaules, au passage de sangle, à la base de la queue, dans les salières, autour du fourreau chez le mâle, de la mamelle chez la femelle.

Prédisposition à la fourbure chronique

Le cheval atteint de SME montre des signes de fourbure chronique :

  • posture avec report du poids vers l'arrière-main,
  • boiterie,
  • anneaux de croissance proéminents sur les sabots (pieds cerclés, sole convexe).

La fourbure d'origine endocrinienne (comme ici) représente une grande partie des cas de fourbure. Les crises de fourbure apparaissent lorsque les apports alimentaires sont riches en glucides et que le cheval est prédisposé à une résistance de l'insuline.

Le mécanisme d'induction de la fourbure chez les poneys et chevaux hyper-insulinémiques et les insulino-résistants est encore mal connu aujourd'hui.

Insulino-résistance

Chez le sujet sain, le glucose issu de la dégradation des aliments dans le tube digestif passe dans le sang qui le véhicule ensuite vers les cellules de l'organisme (tissu graisseux, foie, muscle). Le pancréas secrète l'insuline (hormone) qui se fixe sur les récepteurs des cellules pour activer l'entrée du glucose dans celles-ci.

Chez le sujet insulino-résistant, l'insuline est produite mais n'a pas d'effet sur les récepteurs des cellules. Le glucose s'accumule alors dans la circulation sanguine et lymphatique.
Le taux d'insuline dans le sang (insulinémie) est souvent trop élevé et, dans certains cas, le taux de glucose (glycémie) également.
Le dosage sanguin de l'insuline permet de détecter l'insulino-résistance dans de nombreux cas, mais parfois, le diagnostic nécessite des tests de tolérance au glucose.

Obésité, SME et reproduction
Les juments en surpoids, en particulier celles présentant des boiteries ou des épisodes de fourbure associés à une maladie endocrinienne subissent des contraintes orthopédiques particulièrement difficiles à gérer au cours du dernier trimestre de gestation alors que la croissance foetale est maximale.
Les foals nés de juments en surpoids semblent présenter plus de difficultés à téter en raison du tissu graisseux excédentaire au niveau de la mamelle, qui rend les trayons moins proéminents donc peu accessibles.
L'embonpoint excessif et les taux anormaux d'hormones (notamment trop élevés en insuline et leptine, les deux caractérisant les chevaux en surpoids et atteints de SME) contribuent à l'allongement de la saison ovulatoire. De nombreuses juments n'entrent ainsi pas normalement en période d'anostesrus saisonnier.
Les juments souffrant d'un SME associé à une résitance à l'insuline présentent une durée entre chaleurs allongées. De même, les juments souffrant de SME présentent des taux plus élevés de médiateurs pro-inflammatoires, ce qui peut contribuer au déclin de la fertilité lié à l'âge.

Facteurs prédisposants

Age

Il est connu le plus souvent chez les chevaux entre 5 et 15 ans.
 

Génétique

L'obésité peut conduire ou aggraver le problème de dérégulation de l'insuline mais il est possible que ce soit un facteur génétique qui détermine le degré de sévérité de l'insulino-résistance.
Il semble qu'il y ait une prédisposition génétique, notamment chez les races rustiques qui sont particulièrement bien adaptées pour survivre dans des conditions extrêmes et dont le métabolisme est alors "trop efficace" lorsque les ressources alimentaires sont facilement disponibles sans exercice physique.

Race

Le cheval de selle et le poney semblent les plus prédisposés mais le cheval de sang peut aussi être concerné. Certaines races seraient plus sensibles comme : le Welsh, le Shetland, le Haflinger, le Fjord, le Morgan, le Paso-fino, le Paso péruvien, l'Arabe, le Mustang espagnol, le Quarter Horse, le Mustang...
 

Conditions de vie 

Comme chez l'homme, les principales causes de l'obésité sont la suralimentation et le manque d'exercice.
Les chevaux atteints ont généralement accès librement à la pâture et peuvent parfois en même temps recevoir des rations riches en énergie en disproportion avec l'exercice physique fourni.
Le risque de SME est accru lorsque les chevaux ont accès aux pâtures grasses (fourbure de pâturage au printemps et en début d'été lorsque l'herbe est la plus riche en sucres solubles (fructanes).

Le cheval peut aussi être insulino-résistant tout au long de sa vie et devient obèse et sujet aux fourbures lorsqu'il passe à une vie plus sédentaire et a accès à un régime trop riche (pâture).

Diagnostic

Tests génétiques

Aujourd'hui il n'existe pas de tests génétiques pour le SME.

Tests cliniques

Le dosage de l'insuline dans le plasma sanguin est simple, mais pas toujours sensible.
Le test oral d'ingestion du sucre et réponse insulinémique consiste à réaliser une comparaison des taux de glucose et d'insuline avant et après l'administration d'un aliment sucré.

Le vétérinaire réalisera plusieurs diagnostics différentiels pour discriminer la ou les maladies métaboliques dont le cheval est atteint. Il convient de distinguer le SME, du syndrome de Cushing et du diabète sucré car les traitements peuvent être différents, voire incompatibles.

Différence entre syndrome de Cushing et SME 


Différences et Points communs

Syndrome Métabolique Equin

Syndrôme de Cushing

Chevaux de 5 à 15 ans

Chevaux d'âge > 15 ans


Hirsutisme, anomalies de la mue

Chevaux sédentaires,

sans exercice physique


Obésité avec dépôt graisseux régionalisé ou généralisé

Obésité avec dépôt graisseux régionalisé ou généralisé mais peut aussi devenir très maigre (fonte musculaire)


Polyurie (urines abondantes et fréquentes)

Fourbures chroniques

Insulino-résistance, hyperinsulinémie, taux de triglycérides élevées


Quand un cheval de 10 à 20 ans présente de l'obésité (même localisée) et de la fourbure, il faut rechercher les 2 syndromes.

En cas d'insulino-résistance et sans signes du syndrome de Cushing, le SME est souvent diagnostiqué. Des chevaux atteints de SME, seraient disposés à développer le syndrome de Cushing avant l'âge de 15 ans. Ainsi les deux maladies peuvent coexister.

Le retard de mue et/ou une simple analyse de sang permettent de diagnostiquer un syndrome de Cushing. Aussi le diagnostic du SME sur des chevaux atteints du syndrome de Cushing est plus difficile.

L'obésité est un signe caractéristique du SME mais il n'est pas systématique non plus.

Traitements préconisés du cheval atteint de SME

Régime alimentaire

  • L'accès à la pâture doit être limité voire interdit. La proportion de glucides solubles (constituants intra-cellulaires des végétaux totalement digestibles) est généralement trop élevée dans l'herbe offerte, notamment au printemps et à l'automne dans les pâtures.

    L'accès à la pâture même limité pendant quelques heures n'est pas vraiment une solution, car il incite les animaux restreints au pâturage (notamment les poneys) à ingérer d'énormes quantités d'herbe en un minimum de temps.

  • Tout aliment concentré à base de céréales, de mélasse, de betterave, riches en glucides solubles, est à proscrire pour les chevaux atteints de SME.

Ration alimentaire

  • La ration alimentaire du cheval atteint sera composée uniquement de foin pesé avec précision à raison d'une quantité de matière sèche (MS) égale à 1% ou 1,5% du PV (poids vif) de l'animal par jour (voir fiche estimation du poids du cheval), supplémentée avec un CMV (Complément Minéral Vitaminé) adapté.

    Ex : un foin à 85% de matière sèche (MS) pour un cheval de 600kg
    Apport de 1%
    1% x 600kg = 6 kg de MS soit 6kg/0,85 = 7 kg bruts/ jour

    Apport de 1,5 %
    1,5 % x 600kg = 9 kg de MS soit 9kg/0,85 = 10,6 kg bruts/jour.

   
Le vétérinaire prescrira la ration adéquate en fonction de l'état d'embonpoint, de l'état de santé et du stade d'avancement dans la maladie du cheval atteint.

Mode de détention

  • Le cheval sera maintenu soit en paddock dénué d'herbe ou au box en limitant l'accès à une litière de paille qu'il pourrait surconsommer (pb de coliques, …)

  • Le foin peut être distribué dans un filet à petites mailles pour rallonger le temps d'ingestion et diminuer l'ennui.

  • On peut équiper le cheval d'un panier à grille ou d'une muselière (en nylon ou en cuir) qui entrave la prise alimentaire.

  • Attention à bien vérifier les clôtures, car le cheval sera à la recherche perpétuelle de nourriture.
    Lorsque l'herbe devient rare, les chevaux ont tendance à s'attaquer aux buissons et arbres. Les plantations et végétations devront être particulièrement protégées.

  • Un libre accès à l'eau est indispensable.

  • Pour son bien-être, le cheval devra disposer d'un abri (naturel ou non) pour lui procurer de l'ombre et le protéger des insectes en période de chaleurs. On évitera dans la mesure du possible l'isolement social (cheval totalement seul) en lui procurant au minimum un contact visuel avec des congénères.

Rétablir une activité physique

L'exercice physique est fortement recommandé pour les chevaux atteints de SME.

Le travail permet d'augmenter la dépense énergétique et d'élever la sensibilité à l'insuline. Le travail est à encourager si le cheval en est capable (pas de boiterie de fourbure empêchant le déplacement).

Traitements médicamenteux

Pour être efficace, le traitement médicamenteux sera toujours accompagné d'une restriction alimentaire et d'un retour à l'exercice (si possible).

  • Traitement à la Metformine (induit la sensibilité à l'insuline et diminue l'absorption du glucose de chevaux surtout quand il est administré 30 à 60 mn avant le repas).
  • Le vétérinaire peut aussi administrer une hormone thyroïdienne, la L thyroxine pendant 3 à 6 mois associée à une restriction alimentaire pour stimuler la perte de poids (coût souvent prohibitif).

 

Prévention

Beaucoup de chevaux peuvent être gérés en évaluant d'abord leur état d’embonpoint et en contrôlant les apports alimentaires. Procurer un exercice régulier et limiter l'accès à la pâture font partie du bon mode de gestion.

Estimer l'état corporel de son cheval régulièrement

Estimation de l'obésité :
Souvent l'embonpoint ou un certain degré d'obésité chez le cheval est considéré comme normal par le détenteur, acceptable voire même désiré.
Si l'on considère les notes d'état corporel allant de 1 à 5 (INRA, 1997), la note de 1 qualifie un sujet maigre, totalement émacié, entre 2,5 et 3 la note est acceptable, au-delà de 4 on considère le cheval obèse. (voir estimation de la note d'état corporel)

Régime alimentaire pour les chevaux sujets à l'embonpoint

Il est possible de réduire l'obésité en adaptant un régime alimentaire hypocalorique, c'est à dire pauvre en glucides, amidon mais aussi en protéines.

 
Pâture et fourrages
Le taux de glucides solubles est plus élevé dans l'herbe jeune que dans les fourrages conservés. La pâture est plus riche en glucides notamment au printemps et devient de plus en plus ligneuse (moins riche en glucides et plus riche en fibres cellulosiques) au fur et à mesure de l'avancée du stade végétatif des graminées (été). Attention les repousses d'herbe sont aussi plus riches à l'automne.

L'herbe serait aussi plus riche à certains moments de la journée (midi et après-midi lorsqu'il fait beau), après un ensoleillement et de l'humidité par exemple qui intensifient la photosynthèse de la plante, qui produira alors davantage de glucides solubles.

Les chevaux ayant tendance à prendre de l'embonpoint seront maintenus sur des parcelles plutôt dénudés avec un accès très limité à une pâture grasse surtout au printemps.  

On privilégiera des aliments dont le taux de cellulose brute (CB) est élevé, c'est à dire avec une proportion de parois cellulaires importantes (proportionnellement moins digestibles), riche en lignine, c'est à dire des fourrages médiocres comme un foin à un stade végétatif avancé des graminées (épiaison), ou de la paille.

Un fourrage trempé dans l'eau perd une proportion importante de glucides solubles, (mais également un bon nombre d'oligo-éléments).
 
Aliments concentrés
Tout aliment concentré est inutile dans la majorité des cas, lorsque le cheval adulte est à l'entretien ou n'exerce qu'une activité physique modérée.

Un régime constitué exclusivement de fourrages est tout à fait possible toute l'année (et même en hiver) pour un cheval adulte sans besoin de production type croissance, gestation, lactation ou non gériatrique.

On supplémentera tout de même cette ration avec un complément minéral et vitaminique adapté (en relation avec la valeur alimentaire du fourrage).

De même, la suralimentation avec des concentrés est délétère pour tous les animaux. Elle favorise les problèmes ostéo-articulaires (ostéochondrose) chez le poulain et entraînerait des troubles de la fertilité chez les reproducteurs.

Avis du vétérinaire

Consultez votre vétérinaire si votre cheval devient obèse. Les chevaux atteints de SME devront être traités médicalement en plus de leur procurer un régime hypocalorique et de l'exercice physique.

A vous de jouer !

simulation note état corporel


simulation poids


Ce qu'il faut retenir

L'obésité et les crises de fourbure sont les signes caractéristiques du cheval atteint de SME.
=> Estimer l'état corporel de votre cheval avant tout changement de régime alimentaire, notamment avant l'accès à une pâture riche.
=> Eviter l'obésité, et adapter un régime alimentaire hypocalorifique avant que les signes cliniques de fourbure n’apparaissent.
=> Un cheval adulte effectuant peu d'exercice physique (travail faible à modéré) n'a besoin que de fourrages avec un supplément minéral et vitaminique adapté.

 

Références bibliographiques

  • Benamou-Smith A., 2007. Syndrome métabolique ésuin : état des lieux et éléments de comparaison avec l'homme. Pratique vétérinaire équine 2007, Vol 39/ n°154 p 37-41.
  • Louis A., Guy A., 2013. Le syndrome métabolique équin, diagnostic et traitement, Le nouveau praticien vétérinaire équine, vol 9/n°31, février-mars 2013 p 49-57.
  • Mosseri S., Priymenko N., 2010. Diagnostic et suivi d'un cas de syndrome métabolique équin. Pratique vétérinaire équine- vol 42/n°166, p 71-78.
  • Picandet V. 2012. Résumé des conférences du 1° symposium européen sur les endocrinopathies équines- Berlin 2012 in AVEF Endocrinologie 2012, p 175-178.
  • Tamzali Y., 2012. Maladie de Cushing et syndrome métabolique: similitudes et différences, AVEF, Reims 2012, p 159-161.
  • Tamzali Y., 2013. Similitudes et différences entre la maladie de Cushing et le syndrome métabolique équin. Pratique vétérinaire équine, Gérontologie des équidés, 2013 n° spécial p 96-103.

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