Décider de traiter contre les petits strongles

Niveau de technicité :

Auteurs : J. Cabaret, E. Deberge (INRA Nouzilly)
Issu d'un article de la revue équ'idée n°77, Hiver 2011

 

Face à l'évolution de la résistance des petits strongles aux anthelminthiques disponibles, il devient impératif de mieux raisonner les traitements. 

Contexte

©P.Lando

Les chevaux ou les poneys à l’herbe ont des infestations très variables d’un individu à l’autre par les petits strongles. Ce sont 22% des chevaux d’un troupeau de chevaux qui hébergent 80% des petits strongles (cyathostomes).

S’il était possible de les repérer, cela reviendrait à ne traiter qu’un animal sur cinq. Il existe un examen de laboratoire, la coproscopie, qui permet de le faire. Elle a un gros désavantage, son coût (environ 15 euros par animal). Elle a un second désavantage : les chevaux doivent être prélevés individuellement, ce qui nécessite des structures et du personnel. Son troisième désavantage est l’attente du retour des analyses pour entreprendre le traitement. Face à ces désavantages, on conçoit bien que les éleveurs y aient peu recours pour construire leur décisions de traitement.

Cependant, la situation actuelle de l’évolution de la résistance de ces strongles face aux anthelminthiques disponibles amène à reconsidérer les traitements systématiques et fréquents de tout le troupeau.

L’analyse coprologique, une nécessité

Les éleveurs disposent de trois groupes de molécules pour les traitements des petits strongles : les benzimidazoles, les avermectines, et une tetrahydropyrimidine (pyrantel). Les résistances aux benzimidazoles sont avérées dans de nombreux pays dont la France (en particulier en Normandie). Les ressources en anthelmintiques ne se sont pas élargies depuis 20 ans pour les chevaux, et il faudra donc être économe sur la ressource antiparasitaire : on sait que l’usage fréquent des antihelminthiques est la source principale de diffusion de la résistance des petits strongles à ces produits. Les traitements ciblés des chevaux s’inscrivent dans cette dynamique de ne pas sélectionner des petits strongles résistants.

L’analyse coprologique reste l’élément incontournable pour mesurer l’intensité de l’infestation. Elle peut concerner les individus ou le groupe de chevaux. Le prélèvement de matières fécales composite est un moyen d’avoir une estimation de l’intensité du parasitisme dans un troupeau. Il se réalise sur des prélèvements frais au sol (par exemple après un regroupement des chevaux) sur une trentaine de points. Le laboratoire effectuera environ 3 à 5 examens sur ce prélèvement. Il est possible, à partir de ces valeurs, de savoir s’il est nécessaire de traiter. Il reste ensuite à cibler ces traitements sur des individus ou des catégories de chevaux particulièrement infectées (comme les 1 à 3 ans). Si des coproscopies individuelles ont été pratiquées sur l’ensemble des animaux, cette information permettra de choisir individuellement les animaux à traiter. En fait, il existe une stabilité de l’infestation des animaux : un animal très infesté à un an le sera également à deux et trois ans. La corrélation des examens pour les mêmes individus est excellente pour une même année, puis diminue progressivement.

L’arbre décisionnel

"Tête" d'un petit strongle vue au microscope ©V.Cozma

Sur la base de ces informations, nous avons construit un arbre décisionnel pour construire les décisions de traitement anthelminthique. La première étape concerne l’existence ou non de coproscopies individuelles datant de moins de deux ans. Elle nous renseigne, si elle existe, sur les chevaux qu’il faudra cibler.
Quelle que soit l’information individuelle ancienne, il sera nécessaire de réaliser un échantillon composite pour connaître l’infestation du moment. Nous avons choisi le seuil de 250 oeufs par gramme de fèces (OPG) dans un composite comme seuil pour considérer une intervention.

Le risque de se tromper indique le pourcentage d’individus qui sont ou ne sont pas traités à tort. Il est de 6 à 22% suivant les périodes et les troupeaux. Cela veut dire que cet arbre décisionnel peut encore être amélioré, mais qu’il est déjà utilisable.

Enfin, la vérification de l’efficacité du traitement (surtout avec les benzimidazoles) est une nécessité. L’utilisation de cet arbre décisionnel est une première étape vers une utilisation rationnelle et durable des anthelminthiques.

Voir aussi

Pour en savoir plus

Consultez les articles suivants :

> La résistance des strongles aux anthelminthiques chez les équins : mesure simplifiée par des échantillons composites. M.C. Guerrero, G. Duchamp, F. Reigner, J. Cabaret Institut français du cheval et de l’équitation 2010. 36e journée de la recherche équine, jeudi 4 mars 2010

> Distribution agrégée du parasitisme interne par les nématodes équins : intérêt pour le diagnostic et la gestion parasitaire.
J. Cabaret, M.C. Guerrero, G. Duchamp, L. Wimel, S. Kornas Institut français du cheval et de l’équitation 2011. 37e journée de la recherche équine, jeudi 24 février 2011

> Résistance aux cyathostomes du cheval aux dérivés du benrimidazole en Normandie. C. Collobert, N. Bernard,C. Lamidey, D. Kerboeuf, Hubert J. Institut français du cheval et de l’équitation 1996. 22e journée de la recherche équine

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