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Dépistage des maladies : quelles obligations réglementaires pour la monte ?

Niveau de technicité :

Auteurs :  B. Ferry, Ifce
Texte de référence : Arrêté Ministériel du 04/11/2010

Novembre 2016

 

L'ifce est chargé du contrôle  du respect des Règlements de Stud-Books pour l’attribution annuelle des carnets de monte des étalons ; le contrôle de la conformité sanitaire des juments a été confié à l’Ifce par les races PS et AQPS, tandis que le Trot organise ses propres contrôles.
Voici les obligations réglementaires de dépistage des maladies pour les reproducteurs.

Contexte réglementaire

Depuis 2006, les exigences sanitaires applicables aux reproducteurs équins ont été supprimées par le Ministère de l’Agriculture et ont été reprises dans les Règlements des Stud-Books des principales races (26). En parallèle un Arrêté Ministériel (AM) du 24 janvier 2008 est venu préciser les règles de l’insémination artificielle équine : agréments des centres de collecte et exigences sanitaires pour les donneurs.

Cet AM a été modifié par l’AM du 4/11/2010, encore en vigueur, qui  prenait en compte le nouveau Règlement Européen 176-2010 du 2/3/2010 relatif aux échanges de sperme, ovules et embryons.

C’est l’Ifce qui est chargé du contrôle des Règlements de Stud-Books pour l’attribution annuelle des carnets de monte des étalons ; le contrôle de la conformité sanitaire des juments  a été confié à l’Ifce par les races PS et AQPS, tandis que le Trot organise ses propres contrôles.

Les contrôles des centres de collecte sont réalisés par les DDPP qui attribuent les agréments sanitaires (pour le marché national ou européen) et contrôlent la santé des donneurs et la conformité des doses produites en cas d’échanges.

S'informer, se préparer

Quelles exigences sanitaires pour les reproducteurs

Pour être inscrits dans la race ciblée, le père et parfois la mère d’un poulain doivent avoir subi certains dépistages et vaccinations dont le programme varie selon des niveaux numérotés de 0 à 4 (avec des variantes intermédiaires). 

Les maladies ciblées sont l’anémie infectieuse, l’artérite virale, la métrite contagieuse et la dourine pour les dépistages ; les vaccinations concernent la grippe équine et la rhino-pneumonie. Le niveau supérieur est le 4, qui est celui de l’insémination artificielle (AM du 4/11/2010) qui s’applique aux races qui ont les plus gros effectifs (PS, AQPS et TF et aux SF).

Un tableau récapitulant les dépistages et vaccinations par race et sexe, mis à jour tous les ans, est disponible sur le site www.ifce.fr : « Sire et Démarches/avant et après la saillie/carnet de saillie et suivi sanitaire ». 

D’autres protocoles que ceux des stud-books peuvent être appliqués par choix des étalonniers : 

  • C’est le cas du protocole international issu du Common Code of Practice, accord entre la France, le Royaume Uni, l’Irlande, l’Allemagne et l’Italie et que décident d’appliquer certains étalonniers « haut de gamme » en race PS et AQPS : ce protocole impose notamment un dépistage de la métrite contagieuse et de la flore annexe sur le col utérin et des dépistages de l’artérite virale de moins de 30 jours avant chaque saut.

  • Un protocole volontaire réservé aux juments Arabes de course est prévu dans le RSB (réglement de Stud-book) de la race. 

Tout étalonnier est libre d’imposer des tests sur les juments qu’il accueille, en sus des règles de stud-book, pour protéger ses étalons utilisés en monte naturelle. Par exemple : le dépistage de la métrite contagieuse est souvent demandée en race TF, SF, Arabes, etc…

Les étalonniers joignent les conditions sanitaires qu'ils appliquent aux juments au contrat de réservation de saillie.

Quand les faire réaliser ?

Tous les Règlements prévoient que les tests peuvent être réalisés :

  • pour les étalons à partir du 1er décembre de l’année N-1 ;

  • pour les juments à partir du 1er janvier de l’année de saillie et toujours avant le premier saut.

Selon le protocole à respecter, les dates peuvent être plus contraignantes.

L’étalonnier doit avoir la certitude de la bonne santé de son étalon avant toute saillie, il a donc tout intérêt à ne pas retarder les prélèvements.

Sur des juments pleines, certains tests peuvent être réalisés avant le poulinage comme la sérologie artérite et l’écouvillon métrite sur le clitoris ; par contre les écouvillons sur le col utérin ne seront réalisés qu’au retour des chaleurs ; si l’éleveur vise une naissance précoce, la chaleur de lait peut être utilisée.

Les reproducteurs utilisés sur le marché européen doivent respecter les programmes de tests imposés par la réglementation européenne.

Par qui les faire réaliser ?

Seul un vétérinaire praticien peut réaliser les prélèvements et vaccinations sur les reproducteurs pour qu’ils soient valables ; il faut donc s’assurer de la disponibilité d’un vétérinaire au bon moment.

Bien anticiper en fonction de la date de reproduction souhaitée

Penser au temps incompressible d’acheminement des échantillons vers le laboratoire et au temps d’analyse et faire le compte à rebours en fonction de la date de saillie ou insémination souhaitée.

De nombreux imprévus peuvent générer des contretemps :

  • Le laboratoire peut parfois rendre un résultat « ininterprétable » suite à un envahissement par des contaminants par exemple, ce qui impose de refaire le prélèvement.

  • Un dépistage sérologique positif de l’artérite virale nécessite parfois un 2ème test au moins 14 jours après le 1er, qui recule d’autant le résultat.

  • 2% des tests métrite réalisés en Immuno-fluorescence sont « douteux » ; dans ce cas, un nouvel échantillon doit être analysé par la technique de culture bactérienne pendant au moins 7 jours, ce qui prolonge d’autant le résultat final.

  • Certaines races exigent des tests génétiques qui sont parfois sous-traités par le laboratoire local à un autre laboratoire à l’étranger…

Gagner du temps avec le bon formulaire

La transmission des résultats d’analyse numérisés directement des laboratoires vers le SIRE est opérationnelle depuis plusieurs années pour le plus grand confort de tous : gain de temps pour l’instruction des carnets de monte des étalons et fiabilité des enregistrements des dépistages juments, pour les étalonniers des races PS et AQPS.

A savoir : le laboratoire ne peut transmettre par Echanges de Données Informatisées (EDI) qu’avec l’autorisation du demandeur de l’analyse ; sur le site www.ifce.fr , l’éleveur trouve sur son espace privé, avec le numéro SIRE du reproducteur concerné, le formulaire pré-renseigné avec le nom et tous les identifiants du cheval ; les données sont inscrites également en police « code barre » ce qui facilite l’enregistrement automatique par le laboratoire. => Mes démarches Sire et outils/Sanitaire et détention/démarches liées au sanitaire/Editer une demande d’analyse (vétérinaires et éleveurs)

Au vu de ce formulaire  le laboratoire transmet les résultats directement à la base SIRE en plus de leur  envoi par courrier ; seuls sont destinataires des résultats dans leur espace privé, le vétérinaire prescripteur, l’étalonnier pour ses étalons et pour les juments inscrites à la saillie de ses étalons et le propriétaire du cheval.

Règles générales relatives aux analyses de dépistage

Les laboratoires qui réalisent les dépistages de maladies réglementées doivent être agréés par le Ministère de l’Agriculture. Leur liste est disponible sur le site du Maaf et repris sur le site www.ifce.fr en version bilingue : http://www.ifce.fr/wp-content/uploads/2016/09/SIRE-Maladies-equines-Liste-laboratoires-agrees-V52.pdf

Pour être pris en compte, les comptes-rendus d’analyse doivent comporter certaines mentions indispensables :

  • l’identification de l’équidé : son nom, son numéro SIRE ou à défaut son transpondeur,

  • les dates de prélèvement des échantillons, la date de résultat n’est pas indispensable, par contre en cas de nouveau prélèvement sérologique les 2 résultats consécutifs peuvent apparaitre sur le même compte rendu ;

  • les sites de prélèvement pour les écouvillons métrite : fosse urétrale (ou du gland), sinus et/ou fosse clitoridiens, col utérin, etc…

  • ou les matrices des échantillons (sérum ou sperme),

  • les techniques d’analyse utilisées : séroneutralisation, culture bactérienne, PCR etc…Toutes les techniques ne sont pas agréées en France, par exemple, la PCR métrite est en cours d’agrément et l’ELISA artérite virale n’est pas agréée…

  • le résultat explicite en langue française ; les normes NF obligent parfois les laboratoires à exprimer les résultats selon un format difficilement compréhensible pour les éleveurs : par exemple un résultat de séroneutralisation du virus d’artérite virale peut être « inférieur à positif 4 » ce qui est équivalent à un résultat négatif !...

L’absence ou la non-conformité d’un seul critère invalide le dépistage et les conséquences sont pénalisantes :

  • non délivrance du carnet de monte,
  • jument refusée à la saillie,

  • pénalités financières selon règlement de stud-book (allant de 70 à 700€ par jument saillie),

  • doses ou embryons non qualifiés pour les échanges ou l’exportation occasionnant une moins-value considérable…

Les dépistages pour la monte en France

Dépistage de l’anémie infectieuse des équidés 

Il est fait par un test sérologique d’Immuno-Diffusion sur Gélose (AGID) ou « test de Coggins » ; c’est la seule technique agréée en France alors que l’Europe accepte la technique ELISA. Pour les races qui l’imposent sur les étalons, ce test doit dater de moins de 3 mois au moment de la demande du premier carnet puis est renouvelé tous les 3 ans.

Dépistage de la métrite contagieuse équine 

Il se fait par écouvillonnage des muqueuses génitales sur des sites bien spécifiques : la fosse urétrale des étalons et les sinus et/ou fosse clitoridiens pour les juments ; la situation sanitaire est très favorable en France puisque le dernier foyer de métrite date de février 2012 ; en milieu contaminé, le dépistage de Taylorella equigenitalis s’avère parfois difficile et nécessite de multiplier les sites de prélèvement et le nombre de tests, c’est pourquoi en cas de foyer de métrite, l’étalon ou la jument est retiré de la monte et traité et devra subir 3 séries de tests sur plusieurs sites (fosse urétrale, urètre et sperme ou bien sinus/fosse clitoridiens et col utérin) avant d’être à nouveau autorisé à la monte. Des précisions sur la nomenclature bilingue (français-anglais) des sites de prélèvement des étalons sont disponibles sur www.ifce.fr à toutes fins utiles.

Deux techniques d’analyse sont utilisées en France :

  1. l’Immuno-Fluorescence (IF) a l’avantage de pouvoir supporter 72 heures d’acheminement mais 2% de résultats sont « faux-positifs » ; cette technique non reconnue dans les autres Etats Membres ne peut être utilisée qu’en France ;

  2. la culture bactérienne doit être prolongée au moins 7 jours pour identifier Taylorella et nécessite un acheminement réfrigéré en 48 heures maximum ;

  3. la PCR reconnue par l’Europe est en cours d’agrément en France.

Dépistage de l'artérite virale

Un étalon contaminé par le virus va devenir séropositif et dans 40% des cas il va rester « porteur sain » excréteur de virus dans le sperme. 

Le contrôle sérologique : Pour vérifier qu’un étalon est sain, on réalise un test sérologique de neutralisation virale : un étalon séronégatif ne peut pas être porteur de virus. L’ELISA non  agréée en France pour le moment n’est pas valide pour la monte.

Le contrôle virologique : Si l’étalon est séropositif, il faut vérifier qu’il n’y a pas de virus dans le sperme par :

  • technique d’isolement viral, technique longue qui nécessite un échantillon de sperme en bon état de conservation et donc acheminé au laboratoire sous régime du froid, 

  • ou par PCR, technique rapide et très sensible.

La vaccination : Si l’étalon a été vacciné en respectant très rigoureusement les préconisations du fabricant, il est dispensé de dépistage en vertu des règlements français.
La vaccination est réalisée :

  • après un test sérologique ou virologique négatif ;

  • par une primovaccination comprenant 2 injections à environ 1 mois d’intervalle ;

  • puis des rappels systématiques tous les 6 mois avec une tolérance de 8 mois ; 

Au moindre doute, un dépistage virologique est demandé par l’Ifce dans le cadre de l’attribution des carnets de monte.

Le contrôle AVE « allégé » : Une modalité de contrôle de l’AVE dite « allégée » a été mise en place pour des étalons qui saillissent en monte naturelle et pour lesquels le prélèvement de sperme pour recherche du virus s’avère difficile voire impossible ; dans ce cas, un étalon déjà testé « séropositif non excréteur » sera contrôlé les années suivantes uniquement  par séroneutralisation pour vérifier que son niveau d’anticorps n’augmente pas ce qui préjuge de l’absence de nouvelle contamination par le virus de l’artérite.

La lecture des niveaux d’anticorps : Plus l’équidé possède d’anticorps circulants, plus la dilution du sérum analysé devra être importante pour ne plus neutraliser le virus. La norme NF impose de faire la moyenne de 2 analyses, c’est ce qui explique l’existence des demi-dilutions.  Le titre seuil de positivité est ¼ (norme internationale O.I.E). 

Il y a séroconversion si le titre en anticorps du 2e échantillon, prélevé au moins 14 jours après le 1er, est au maximum multiplié par 3. Ainsi un équidé qui passe de 8 à 4 ou de 8 à 24 est considéré comme sain alors que l’augmentation de 8 à 32 est signe d’une contamination récente. A savoir que les anticorps artérite virale restent plusieurs années consécutives dans l’organisme, ce qui permet de comparer un test sérologique à des tests réalisés 1 ou 2 années plus tôt.

Les spécificités des races PS et AQPS

Les races PS et AQPS ne pratiquent pas l’insémination artificielle et exigent un certificat de bonne santé avant chaque saison de monte.

Depuis l’épidémie de Dourine en Italie en 2011, les races PS et AQPS imposent à leurs étalons des tests de dépistage de la Dourine s’ils ont résidé dans les 12 derniers mois dans un pays non indemne.

Par ailleurs, face à la pression des anglo-saxons avec lesquels de nombreux échanges existent pour la reproduction, le dépistage de Klebsiella pneumoniae et de Pseudomonas aeruginosa qui sont des germes de contamination génitale, est imposé en même temps que le dépistage de Taylorella. Les laboratoires réalisent ces dépistages sans surcoût mais si la recherche de Taylorella est demandée en IF(immuno-fluorescence), il faut alors un 2ème écouvillon pour la culture de Klebsiella et Pseudomonas. Le règlement du stud-book n’impose pas un résultat négatif à ce dépistage de la flore annexe et en cas de résultat positif, les étalonniers ou éleveurs devront demander conseil à leur vétérinaire pour prendre les mesures d’assainissement utiles. Seules les Klebsiellestypes capsulaires 1.2 et 5 sont pathogènes, il est donc conseillé de les identifier.

 

Les tests génétiques

Certaines races imposent des tests de dépistage de maladies génétiques avant la mise à la reproduction des étalons avec information des résultats aux éleveurs de manière à pouvoir raisonner les accouplements sans risque de voir apparaitre ces défauts.
C’est le cas de la myotonie dans la race New Forest et pour les races Arabe et Demi sang Arabe de l’atrophie cérébelleuse et de l’Immunodéficience Combinée Sévère.

Ces tests peuvent demander plusieurs semaines de délai de réponse et doivent donc être anticipés. Les juments peuvent être testées comme les étalons ; les prélèvements doivent être réalisés par un vétérinaire pour être valides.

Les vaccinations obligatoires ou conseillées pour la monte

La vaccination contre la grippe équine est nécessaire avant tout mouvement et a été rendue obligatoire par de nombreuses races sur les étalons et parfois sur les juments.

La vaccination contre la rhinopneumonie (herpès virus 1-4) trouve sa légitimité dans les dégâts importants que peuvent provoquer ces virus dans les élevages. Or, pour maîtriser la diffusion virale, il est reconnu que 80% des équidés d’un effectif doivent être correctement vaccinés. Surveiller les dates de rappel pour ne pas dépasser les délais et être pénalisé par le coût d'une nouvelle primo-vaccination.

Un étalonnier peut imposer hors stud-book que les juments qui viennent à la saillie aient été vaccinées.

Pour ces 2 virus les protocoles vaccinaux se superposent :

  • Primo vaccination en 2 injections espacées de 1 mois environ

  • 1er rappel 6 mois plus tard

  • Rappel annuel et de préférence tous les 6 mois surtout pour les Herpès.

Surveiller les dates de rappel pour ne pas dépasser les délais et être pénalisé par une nouvelle primo-vaccination.

En conclusion

C’est l’anticipation et la préparation qui va permettre à l’éleveur de réussir sa saison de monte sans surcoût dû aux dépistages et aux vaccins.

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