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Bien préparer sa jument à la saison de reproduction

Niveau de technicité : 

Auteur : P DOLIGEZ
Janvier 2014

La mise à la reproduction d'une jument est un acte réfléchi, qui s'anticipe afin d'optimiser les chances d'obtenir un poulain. Comprendre la saisonnalité de la jument reproductrice et les facteurs influençant la cyclicité permet de mieux appréhender les techniques disponibles pour optimiser les chances de fécondation .

La saisonnalité

©Y.Rivalain

 

A l'issue d'une gestation d'environ 11 mois, la jument en milieu naturel doit donner naissance à son poulain dans des conditions climatiques et nutritionnelles favorables à sa survie et son développement, c'est à dire à la belle saison lorsque l'herbe est abondante.

Ainsi la jument a une activité sexuelle saisonnière. Les variations de la durée du jour (photopériode) vont être perçues par le système nerveux central (cerveau et annexes) qui va gouverner l'alternance de périodes de repos sexuel (anoestrus) en automne-hiver et de périodes d'activité cyclique (chaleurs avec ovulation) en printemps et été.

Définition de l'inactivité ovarienne et de l'activité cyclique

Durant l'anoestrus les ovaires sont petits, les follicules qui s'y trouvent se développent peu ou pas du tout et l'ovulation n'a pas lieu. La période anovulatoire s'étend de la dernière ovulation de l'année (octobre-novembre) à la première ovulation de l'année suivante (avril-mai). En activité cyclique, la croissance folliculaire (période de chaleurs ou oestrus) conduit à l'ovulation et la formation d'un corps jaune (période de refus ou dioestrus). 

 

 

Mécanismes 

La photopériode est le synchroniseur du rythme annuel endogène de reproduction de la jument ; c’est à dire qu’elle règle une ou plusieurs horloges cérébrales permettant la mise à jour d’un calendrier interne de l'organisme.
La lumière perçue par l’œil de la jument constitue une information qui va être transmise à la glande pinéale (épiphyse) au niveau du cerveau. La glande pinéale produit la mélatonine (hormone) qui est secrétée majoritairement la nuit. Lorsque la durée des jours raccourcit, la mélatonine secrétée en plus grande quantité par 24 heures va inhiber la sécrétion de GnRH (Gonadotrophin Releasing Hormon) par l'hypothalamus qui en cascade induira la diminution de sécrétion des hormones FSH (Folliculo-stimulating hormon) et de LH (Luteinising Hormon). En effet, l'alternance de sécrétion de la FSH (croissance folliculaire) et de la LH (ovulation) véhiculées par le sang agissent directement sur les ovaires en induisant la cyclicité en périodes de jours longs. 
La période d'anoestrus se divise par trois phases :

  • la période de transition hivernale (endormissement ovarien)
  • la période de transition printanière (réveil ovarien)
    Ces deux périodes sont caractérisées par des chaleurs avec une croissance folliculaire mais qui n'aboutit pas à une ovulation. La jument peut présenter des comportements de chaleurs et de refus.
  • la période d'inactivité ovarienne profonde (en hiver) se caractérise par une absence de croissance folliculaire et d'ovulation. L'utérus est mou et souvent difficile à visualiser à l'échographie. Les niveaux d'oestrogènes (produit par les follicules) et de progestérone (produite par un corps jaune) sont très bas. La jument ne présente pas de comportement de chaleur.

     

Facteurs influençant l'inactivité ovarienne

Facteurs internes

© Ifce
  • Etat nutritionnel

Dans l’espèce équine, des études démontrent que l’inactivité ovarienne est favorisée à l’automne par un état nutritionnel déficitaire.
Les juments maigres présentent une période d'inactivité systématique et plus longue que les juments en bon état corporel.

La durée de l’inactivité ovarienne varie de zéro à 8 mois en fonction de l’état nutritionnel des juments. Ainsi environ 60% des juments adultes, en bon état corporel, non allaitantes l’été précédent ne présentent pas d’inactivité ovarienne hivernale : elles sont donc en permanence cyclées et présentent 12 à 13 cycles utilisables par an.

La photostimulation artificielle (décrite ci-après) des juments maigres est inefficace. Un état d’engraissement suffisant, maintenu ou obtenu avant l’automne (note d’état 2 à 3 sur 5) est nécessaire.
Les juments recevant une complémentation hivernale (notamment composée de protéines de bonne qualité) sortent d'inactivité ovarienne trois à six semaines plus tôt que les juments non complémentées.
Toutefois, une alimentation riche en hiver n’est pas suffisante pour modifier l’horloge interne déclenchant l’activité ovarienne si la jument a subi auparavant un déficit alimentaire important au cours de la période précédant l'hiver.


  • Etats physiologiques

Certains états physiologiques liés à un déficit alimentaire, peuvent accroître la durée de l’inactivité ovarienne :

- Les juments allaitantes, la saison précédente et ayant subi le stress du poulinage peuvent être en déficit énergétique. Un effet poulinage + période de lactation favoriserait l'entrée en anoestrus.

- Les juments suitées peuvent rentrer en inactivité après le poulinage. Dans ce cas, soit la jument entre en anoestrus juste après le poulinage, soit on observe une chaleur de lait suivie d'une période d'anoestrus (cas le plus fréquent).

- Les juments sortant de l'entraînement en raison du travail intensif (déficit énergétique).

 

  • Race

Les juments de race rustique, élevées en milieu naturel ayant un déficit en nutriments pendant les mois de sécheresse. (les ponettes présentent dans 70 à 100 % des cas une phase d'inactivité contre 50 à 70 % des cas chez les juments de selle).

  • Age

Les jeunes juments (2-3 ans) en phase de croissance et
les vieilles juments (> 17 ans) peuvent présenter des périodes d'anoestrus, même pendant le printemps et l’été.


Ainsi la moitié des juments adultes et non suitées l'année précédente présentent une période d'anoestrus.

Autres facteurs environnementaux

 

  • Température

La température extérieure agit essentiellement sur la phase de transition au printemps. Ainsi des températures froides au printemps ont tendance à retarder la première ovulation.

  • Logement

L'éclairage ou la luminosité du bâtiment influence aussi la durée d'anoestrus. La jument hébergée dans un box sombre sans ouverture vers l'extérieur sera moins stimulée par l'arrivée de l'allongement de la durée du jour.
A l'inverse, on observe sur le terrain qu'une jument éclairée régulièrement (soins aux écuries), bien nourrie toute l'année, tenue au box, munie de couverture (exemple des juments de concours) peut présenter une cyclicité toute au long de l'année.

  • Mise à l'herbe

La mise au pré des juments a un effet stimulant sur la sortie d'inactivité : la mise en pâture serait associée à un exercice physique minimum suspecté responsable d’une augmentation de la sécrétion de prolactine qui influencerait la croissance folliculaire et induirait la première ovulation de la saison. De même l'ingestion d'herbe jeune et riche constitue un flush alimentaire (répercussion métabolique positive sur la fertilité et fécondité).

Traitements pour réduire la période d'inactivité

  • Alimentation : Adapter la ration alimentaire pour que la  jument soit plutôt en prise de poids à l'automne.

  • Photostimulation ou mise sous lumière : La photo-stimulation consiste en un  éclairage artificiel des juments le matin et le soir, mimant une photopériode printanière précoce. Réalisée au plus tard début janvier, pendant au moins 35 jours consécutifs, elle permet potentiellement d'avancer la date de reprise de l'activité cyclique chez la jument (voir mise sous lumière ou photo-stimulation).

    Le traitement de photostimulation  se base sur un éclairement artificiel, soit 14,5 à 16 heures de lumière au total par 24 h. Il est conseillé de mettre aussi sous traitement lumineux les juments pleines qui poulinent tôt en hiver (janvier, février, mars).

  • Traitements pharmacologiques : Que faire si la jument n’a pas été mise sous lumière en décembre ?

    Il est possible de traiter pharmacologiquement les juments qui n’ont pas été mise sous lumière en hiver pour avancer la date de la première ovulation.


Les traitements à base d'injection d'hormones sont tous inefficaces sur la jument en anoestrus profond.


Des traitements d'hormones à base de sulpiride ou de GnRH sont efficaces pour provoquer une croissance folliculaire suivie d'une ovulation sur des juments en transition printanière qui présentent sur un des ovaires un follicule d’une taille d’au moins 25 mm.

D'autres traitements consistent à mettre la jument sous progestagène (Régumate ou spirale vaginale). La durée du traitement sera de 8 jours. A la fin de cette période, en prévention, une injection de prostaglandines sera réalisée. L'efficacité de ce traitement n'est pas prouvée puisque la date d’ovulation n’est pas toujours avancée comme il serait souhaité.

Signes de sortie d'anoestrus

 

Un signe extérieur qui peut laisser supposer que la jument commence la phase de transition ou de cyclicité est la perte du « poil d’hiver ».

Il est possible de savoir si une jument est sortie d’anoestrus hivernal par le suivi échographique, jusqu’à constater une ovulation. Il est également possible de réaliser une prise de sang hebdomadaire pour doser le taux de progestérone. En inactivité ovarienne, le taux est inférieur à 1ng/ml. Dès lors que le dosage devient positif, cela signifiera que la jument a ovulé et alors elle s’installe dans la cyclicité.

Le suivi des comportements de chaleur à la barre reste le moyen le plus pratique pour repérer la reprise de l'activité ovarienne au printemps. Cependant les premières chaleurs observées ne sont pas forcément suivies d'une ovulation (phase de transition printanière). Le suivi gynécologique par échographie réalisée par le vétérinaire couplé au passage à la barre, permettra un meilleur diagnostic de l'état physiologique de la jument pour décider de la première date de saillie.

Suivi de la jument et choix du type de monte

 

Prophylaxie

Vaccinations
Les principales maladies sujettes à vaccination sont le tétanos, la grippe, la rhinopneumonie et la rage. Des vaccins existent également contre l’artérite virale et la fièvre West Nile. (cf fiche Vaccination)
Il est préférable de réaliser les rappels de vaccinations chez la jument en dehors de la période de poulinage et des périodes de saillie ou inséminations. Programmer les rappels de vaccinations en période de faible activité de la jument reproductrice.
Rappels à faire de préférence tous les 6 mois (Grippe, Rhinopenumonie), un mois avant la période d'activité intense de la jument (poulinage, saillie).

 

Vermifugation
Il est important de maîtriser le niveau d'infestation parasitaire de la jument reproductrice. Il est judicieux d'effectuer des examens coprologiques afin de déterminer quels animaux nécessitent un traitement de vermifugation. On limitera le nombre de traitement par an puisqu'on observe aujourd'hui le développement de résistance à certains anthelminthiques. Préférer vermifuger le jument pleine avant le poulinage pour limiter la contamination du futur foal.

 

 

©O.Macé

 

Suivi de l'appareil reproducteur

 
Il est important de connaître le passé reproducteur de la jument car la gestion et la préparation de la saison suivante sera influencée. Pour des juments sans problèmes les années précédentes, un bon état nutritionnel et la mise sous lumière suffiront à préparer la saison.

D'autres juments présentent aussi des pathologies (métrite, …), des problèmes au poulinage ou un avortement. L’examen général de l'appareil reproducteur en début de saison par un vétérinaire consiste à réaliser une  palpation de l’utérus et une échographie (voire une endoscopie) pour vérifier son intégrité. En complément, ou lors de problèmes de fertilité, des examens complémentaires pourront être réalisés pour diagnostiquer une inflammation utérine et en connaître les causes (bactériologie, cytologie et histologie).

Choix du type de monte
Le type de monte choisi (monte naturelle, Insémination artificielle en semence fraîche, réfrigérée ou congelée), sera réfléchi en fonction de la fertilité antérieure de la jument (nombre de chaleurs exploitées par an avant gestation), de l'âge de la jument et de son état de santé.

 

A retenir

 

La photostimulation ou mise sous lumière en hiver est la seule technique efficace permettant d'avancer la date de mise à la reproduction de la jument.
Les juments amaigries présentent une durée d'inactivité ovarienne (anoestrus) plus longue que les juments en bon état corporel.
A l'automne précédant la mise à la reproduction, la jument reproductrice doit être maintenue en bon état  corporel pour que le traitement de photostimulation d'hiver soit efficace.

Voir aussi

Disponibles à la librairie

Références

Gestion de la Jument 7ème édition, juillet 2013, Institut français du cheval et de l'équitation.

Guillaume D., Salazar-Ortiz J., Menassol J.B., Malpaux B., Chemineau P. (2010) Photopériode, métabolisme et reproduction, intérêt du modèle équin.

Carnevale E.M., Hermenet M.J., Ginther O.J. (1997) Age and pasture effects on vernal transition in mares. Theriogenology, 47: 1009-1018 )

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