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Les principales causes d'avortement chez la jument

Niveau de technicité :

Auteurs : I. Barrier, C. Laugier, L. Vignaud

Mise à jour Février 2016

Vidéo : Journée de la recherche équine 2015

Les causes d'avortement sont diverses, et certaines peuvent être évitées. Il est donc important de bien les connaitre afin de prévenir au mieux ces situations.
Ne sont pas abordés dans cette fiche les cas d'avortements précoces liés à une déficience en progestérone, qui feront l'objet d'une fiche spécifique.

Etude ANSES

Selon un bilan du laboratoire de pathologie équine de l'ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) en 2011, portant sur 1822 avortons (40 à 300 jours de gestation) autopsiés entre 1986 et 2009, la cause de l’avortement a pu être déterminée dans 75% des cas, avec la répartition suivante

  • Cause infectieuse (microbe) : 48%
  • Cause non infectieuse : 27%
  • Cause indéterminée : 25%


Cette étude donne une indication sur les principales causes d’avortement chez la jument, mais ne prétend pas être à coup sûr représentative de la situation dans l’élevage français. En effet, 90% des avortons étaient issus de Basse Normandie, ce qui ne préjuge pas des causes d’avortement dans d’autres régions, et surtout lorsqu’une jument avorte le fœtus n’est pas toujours autopsié.


Causes infectieuses d'avortements

Selon cette étude, les bactéries sont de loin les microbes les plus fréquemment responsables d’avortements : 80% des cas, suivies par les herpesvirus (rhinopneumonie) avec 15%, puis par les mycoses (2% des cas). Un seul avortement était dû à l’artérite virale, et dans 3% des cas le microbe en cause n’a pas pu être identifié.

 

Causes non infectieuses d'avortements

Parmi les causes non microbiennes d’avortement, la torsion du cordon est majoritaire, suivie par l’ «hypoplasie des villosités» (insuffisance de développement du placenta, le plus souvent associée à des lésions chroniques de l'endomètre et qui limite les échanges entre la jument et le fœtus), puis par les malformations congénitales létales et les jumeaux. Les autres causes sont peu fréquentes dans cette étude.

 

Infection du placenta = placentite ascendante

©IBB/IFCE

Une des principales causes d’avortement est la placentite ascendante, c’est à dire l’infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve, puis «remonté» par le vagin et le col de l’utérus.


Causes

Cette entrée de bactéries peut se faire lors de mauvaise conformation de la vulve, qui laisse pénétrer le crottin. Ces juments nécessitent alors une suture adéquate (vulvoplastie) . Attention aussi à ne pas laisser maigrir les juments pleines, ce qui peut modifier l’orientation de la vulve (fonte des coussinets graisseux autour de l’anus, ce qui fait basculer vers l’avant l’anus et la partie supérieure de la vulve). Maintenir également les juments pleines dans de bonnes conditions d’hygiène pour limiter les risques de contamination microbienne (boxes ou stabulations régulièrement curés, etc…)


Bien entendu il est formellement déconseillé de faire des palpations vaginales chez les juments pleines. Lors de suspicion d’anomalie, consultez votre vétérinaire qui jugera des examens à effectuer.

Photo : jument maigre avec l’anus enfoncé vers l’avant et la vulve trop inclinée : le crottin peut facilement suinter à l’intérieur du vagin.

©IBB/IFCE

Comment la suspecter ?

Les juments présentent souvent des signes précurseurs si on les observe attentivement : développement de la mamelle bien avant terme, parfois des écoulements de pus par la vulve, mais l’état général reste bon et la température rectale n’est pas augmentée.


Photo
: mamelle développée, avec début d’écoulement de lait («cire»). Ce n’est pas normal si la jument n’est pas très proche du terme.

Peut-on empêcher l’avortement ?

Il faut bien examiner chaque jour les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve, …) et consulter son vétérinaire lors de la moindre anomalie. Il pourra alors confirmer ou non la suspicion de placentite en effectuant, par exemple, une échographie du placenta, et mettre en place un traitement antibiotique si nécessaire. Un traitement précoce peut permettre d’éviter l’avortement.


En dehors d’une infection, un décollement placentaire peut également être occasionné par un traumatisme (coup de pied, etc…). Il s’ensuit une insuffisance des échanges entre la mère et le fœtus, qui provoque l’avortement.

Rhinopneumonie

© Dr C. Laugier

La forme abortive de la rhinopneumonie, due essentiellement à l'herpès virus EHV-1, est aussi à l'origine d'avortements.


Un avortement intervient sans signes prémonitoires (pas d’écoulements vulvaires, pas de montée laiteuse), le plus souvent en fin de gestation (9-11ème mois) mais pouvant survenir dès le 4ème mois. Le fœtus et le placenta sont expulsés sans difficultés, la jument n’est pas malade.


Une jument qui a avorté de rhinopneumonie n’est pas protégée contre les avortements les années suivantes.


Dans certains cas, le poulain naît, à terme et vivant, mais présente des difficultés respiratoires et meurt, le plus souvent dans les 3 jours. Ces poulains sont hautement contagieux pour les autres chevaux.


Photo : lésions du foie chez un avorton, dues à la rhinopneumonie. Les petits points blancs sont des foyers de « nécrose » (destruction des tissus).

Limiter les risques par la vaccination

Même si la Rhinopneumonie n'est la cause que de 6-8 % des cas d'avortement, elle se distingue par son caractère viral qui multiplie les risques de propagations à l'ensemble du troupeau de juments gestantes. Il existe sur le marché des vaccins qui contribuent à prévenir les avortements découlant d'une infection par le EHV-1. Toutefois ces vaccins ne peuvent garantir une protection totale contre les avortements. Il convient également de limiter les contacts avec les chevaux circulant beaucoup en dehors de l'élevage, comme les chevaux de concours.

Jumeaux

©I. Barrier-Battut

La jument ne peut pas assurer le développement à terme de deux poulains. Lors de gestation gémellaire, il peut se produire dans certains cas une résorption spontanée d’une vésicule, et donc la naissance à terme d’un seul poulain.

Lorsque la gestation gémellaire persiste au delà de 45 jours, on observe environ 80% d’avortement des deux fœtus vers le 9è ou 10è mois de gestation (probablement parce que la surface de placenta disponible pour chaque poulain devient insuffisante), environ 10% de naissance d’un seul poulain (résorption spontanée de l’autre en cours de gestation), et environ 10% de naissance de jumeaux, qui sont de taille très petite et ne survivent que rarement.


Photo : Jumeau de race Selle français âgé de 17 jours. On note la très petite taille et les déformations des membres. Ce poulain n’a pas survécu, contrairement à son jumeau, qui est resté petit mais normal.

Placenta de jumeaux (©I. Barrier-Battut)


Comment l’éviter ?

Faites pratiquer précocement un diagnostic échographique de gestation par votre vétérinaire, qui saura vous conseiller sur la marche à suivre. Dans certains cas, il est préférable qu’il effectue une réduction manuelle des jumeaux par pincement d’une des vésicules.

Dans les haras de Pur Sang à Newmarket (Grande Bretagne), les jumeaux représentaient dans les années 70 la principale cause d’avortement (29% des cas). L’amélioration des techniques gynécologiques a permis de réduire ce pourcentage à 3% en 2001.

Torsion du cordon

Il est normal que le cordon ombilical soit tordu sur lui-même, du fait des mouvements du fœtus. Toutefois dans certains cas le nombre de tours est excessif et bloque la circulation sanguine en direction du foetus, provoquant sa mort.

Les causes de cet excès de torsion sont encore mal connues, un cordon trop long est probablement un facteur prédisposant. On ne peut pas faire le diagnostic avant l’avortement, et il n’y a pas actuellement de moyen de prévenir cet accident.

Autres causes

Maladies générales

Des maladies de la jument telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose, la leptospirose, etc… peuvent provoquer l’avortement. Pour tenter de l’éviter, il est impératif de diagnostiquer et traiter le plus rapidement possible la maladie en question.

Attention également, certains médicaments peuvent provoquer l’avortement. Toujours prévenir le vétérinaire que la jument est pleine, afin qu’il puisse choisir au mieux le traitement.


Stress important, exercice physique excessif

Ces causes peuvent également provoquer un avortement.

Voir aussi

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