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Cordon ombilical du poulain nouveau-né : Une mutation à surveiller

Niveau de technicité :

Auteurs : L. Marnay, M. Delerue, I. Barrier

MàJ : Juillet 2016

 

Véritable barrière sanitaire, le placenta assure l’oxygénation et l’alimentation du poulain, via son cordon ombilical, et contribue au bon déroulement de la gestation. Ce système subit une transformation radicale au cours de la mise-bas dont il convient de surveiller le bon déroulement. Revue des points de vigilance.

Le cordon ombilical : un rôle capital

 

Les veines et artères tapissant le placenta au cours de la gestation assurent les apports nutritifs, les échanges gazeux et hormonaux entre la jument et son poulain. Ces échanges ont lieu à travers les parois des vaisseaux des circulations sanguines maternelles (de l’utérus) et fœtale (du placenta). Ainsi, 1/3 du sang du poulain circule dans le placenta pendant la gestation. 

Ce réseau converge vers le poulain en formant le cordon ombilical qui se compose :

 

  • d’une veine ombilicale qui apporte le sang, riche en nutriments et en oxygène, au poulain ;

  • de deux artères ombilicales qui ramènent le sang du poulain vers le placenta ;

  • et du canal de l’Ouraque, qui guide, pendant la vie in utéro, les urines de la vessie du fœtus vers la cavité allantoïdienne (première poche des eaux). 

 

Ces structures s’obstruent normalement lors de la rupture du cordon ombilical, au niveau d’une zone de constriction, le poulain devenant alors soudainement « autonome ».

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Le cordon au cours de la mise-bas

Au cours de la mise bas, les fonctions alimentaire et respiratoire du poulain sont assurées par le placenta tant qu’il est en contact avec les cellules utérines. Le réflexe inspiratoire du poulain est induit par la compression générée par son passage dans la filière pelvienne de la jument et la traction sur le cordon à sa « sortie ».

Pendant et juste après le poulinage, à mesure que la circulation se réduit dans le placenta, le sang, « retourne » peu à peu vers le poulain. 

  • Placer une main propre sur le cordon, pour sentir le pouls du poulain ;

  • Ne pas chercher à rompre le cordon tant que le pouls y bat : ni en tirant, ni en déplaçant le poulain sinon on risque de priver le poulain de  1,6 litres de sang (un poulain de selle de 50 kg a à peu près 5 litres de sang circulant).


Le cordon ombilical se déchire normalement, dans les 15 premières minutes de la vie, à 3-4 cm de la paroi abdominale du poulain. La plaie s’assèche après 24 heures et l’extrémité croûteuse tombe une ou deux semaines plus tard.

  • A la rupture du cordon, surveiller qu’il n’y a pas d’écoulement de sang. En cas d’hémorragie, utiliser une grosse pince hémostatique (ou un clamp), qui sera retiré au bout de 12 à 24 heures.Il est préférable de ne pas utiliser les sutures car elles génèrent un risque d’infection.

  • Si le cordon ne se rompt pas seul, il faut le faire en imitant les conditions naturelles : saisir le cordon de part et d’autre du site de rupture naturel (matérialisé par un léger rétrécissement et parfois une sorte d’anneau blanc). Tourner et tirer sans exercer de traction sur l’attache abdominale. Ne pas couper avec un instrument tranchant car cela empêche la rétraction des vaisseaux et du canal et augmente les risques de complications.

Ceci implique aussi d’être présent ou d’intervenir avec douceur et discernement pour éviter que la jument pouline debout ou se lève brutalement sitôt après avoir pouliné.

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Surveillance et soins après mise bas : que faire ? Quand s’alerter ?

Les vestiges du cordon constituent une porte d’entrée de germes dans le poulain car c’est une plaie, en relation directe avec l’abdomen du poulain. Les germes qui y pénètrent peuvent être la cause d’infection généralisée (septicémie) ou localisée (polyarthrite, ostéomyélite, pneumonie). La pénétration de germes de l’environnement (sol, litière), facilitée par la localisation de l’ombilic, ne provoque pas forcément de gonflement externe, contrairement au veau, et passe souvent inaperçue au début.

La forme longue et étroite de l’ombilic favorise également le développement de germes anaérobies tels que ceux du tétanos. Ceci justifie administration d’un sérum antitétanique au  poulain dès sa naissance, d’autant plus si sa mère n’est pas vaccinée.

Une surveillance étroite est donc indispensable, jusqu’à totale cicatrisation de l’ombilic soit une quinzaine de jours : les premiers signes d’infection sont souvent frustres et peu spécifiques.

 

  • Contrôler la qualité du transfert passif de l’immunité via le colostrum maternel, première source d’anticorps du poulain.

  • Assurer une hygiène générale du milieu de vie : box régulièrement curé, suffisament paillé, paddock sain, réservé aux poulinières suitées. Les manipulations seront réalisées avec des mains propres, idéalement en premier dans la tournée des animaux de l’élevage ou en se lavant soigneusement les mains entre animaux de statuts sanitaires différents.

  • Réaliser une désinfection quotidienne du cordon (3-4 fois par jour le premier jour, puis deux fois par jour les 5 suivants) et surveiller le séchage et la cicatrisation. La povidone iodée diluée à 1% ou la chlorhexidine diluée à 0,5% sont souvent utilisées. Les solutions plus concentrées peuvent se révéler irritantes pour la peau et entrainer des infections secondaires.

  • Surveiller l’état général du poulain : tout abattement,  perte d’entrain : le signe le plus fiable est la perte d’appétit, visible notamment à la mamelle de la mère, gonflée ou perdant du lait : Le poulain tête normalement très souvent au cours des premières semaines. Toute difficulté de miction (ou émission de petits volumes fréquents) ou de défécation doit  également amener à réagir ou consulter.
     
  • Surveiller la température du poulain : attention, ce n’est pas un indicateur fiable à lui seul : un poulain atteint de septicémie sur deux présente une température normale.

  • Contrôler l’absence de douleur, chaleur, de gonflement, suintement suspect de l’ombilic, avec des mains propres. 

 

Les affections les plus fréquentes - conduite à tenir

Abcès ombilical 

Un abcès ombilical (ou omphalite), interne ou externe,  peut être constaté dans les deux premiers mois de vie. Pouvant concerner une seule à toutes les structures du cordon (veine, artères et souvent canal de l’Ouraque), il n'est pas toujours visible de l’extérieur. La complication la plus fréquente d’une infection ombilicale étant la septicémie, toute baisse de forme soudaine du poulain doit amener à consulter rapidement. Un examen échographique permettra d’établir le diagnostic. La période la plus à risque est la première semaine de vie du poulain, d’autant plus s’il souffre d’un défaut de transfert d’immunité passif.

Persistance du canal de l'Ouraque 

La persistance du canal de l’Ouraque se caractérise par l’émission d’urine par l’ombilic (peut parfois prêter à confusion chez les petits mâles, du fait de la proximité de la verge). Elle peut être partielle, une partie de l’urine s’écoulant normalement. On la suspecte lorsque le cordon reste humide.

  • Lors de persistance congénitale : lorsqu’elle n’est pas accompagnée de signes d’infections,  elle se résout souvent seule en baignant le cordon dans solution alcoolique d’iode à 2%  ou en le badigeonnant avec un bâtonnet de nitrate d’argent. Appliquer au préalable un peu de vaseline autour de la base du cordon pour éviter une cautérisation et/ou une inflammation locale…

  • La réouverture du canal de l’Ouraque a parfois lieu au moment où le cordon ombilical séché tombe, soit 1-2 semaines après la mise-bas, nécessitant potentiellement une intervention vétérinaire.

La hernie ombilicale

La hernie ombilicale est due à un défaut de développement et de fermeture de la paroi abdominale ventrale autour de l’ombilic à la fin de la gestation. Elle peut aussi être acquise suite à un traumatisme, une infection du cordon, les efforts expulsifs lors de rétention de méconium. Parfois, elle ne devient visible que quelques jours après la naissance, avec l’augmentation du poids du tractus digestif, dont un ou plusieurs organes (anses intestinale(s)) « descendent » dans la brèche non refermée. Souvent petite et simple, elle se résorbe spontanément, ou par le biais d’une réduction manuelle (anse intestinale régulièrement repoussée dans la cavité abdominale. Dans 8 à10% des cas, en général lorsqu’elle est plus volumineuse, la fermeture n’est pas spontanée. Une intervention chirurgicale est alors réalisée vers 6 mois/1 an.

Conclusion :

Le cordon ombilical, composé de structures d’importance capitale au cours de la gestation opère une transformation radicale aussitôt après la naissance du poulain. Une hygiène soigneuse, l’absence d’erreur pendant le poulinage et un suivi rigoureux au cours des premières semaines de vie permettent d’éviter ou de résoudre la plupart des complications potentielles.

Voir aussi

Références bibliographiques :

M Depecker, O. M. Lepage : Les affections de l’ombilic chez le poulain, article de synthèse, Pratique vétérinaire équine 2011, vol 43/n° 172, p 43-51

O. M. Lepage, A Vrins : Une revue des problèmes du tractus urinaire et de l’ombilic chez le poulain, Pratique vétérinaire équine 1996, vol 28/n°4, p 293-301

 

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