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Examiner le placenta après le poulinage : Intérêts et conduite à tenir

Niveau de technicité :

Auteurs : L. Marnay, M. Delerue, E. Provost

Février 2017

 

Le placenta , couramment appelée « délivre », correspond à l’ensemble des enveloppes du fœtus au cours de la gestation. Expulsé à l’issue du poulinage, il est le témoin/reflet du déroulement de la gestation. Son examen apporte de nombreuses informations qui peuvent permettre d’anticiper une éventuelle dégradation de la santé de la jument ou du poulain nouveau-né.

Les enveloppes foetales : allantoïde et amnios

L'allantoïde tapisse l'intégralité de l''utérus de la jument et permet de nombreux échanges avec le foetus

 

 

Tapissant l’intérieur de l’utérus de la jument dans lequel il est intimement engrené, l’allantoïde participe à la fixation du fœtus dans l’utérus. Ce complexe, appelé allantochorion, remplace ses appareils digestif et respiratoire, par le biais d’échanges nutritifs et gazeux entre les sangs maternels et fœtaux. Il a également un rôle de protection sanitaire du poulain au cours de la gestation. Enfin, de nombreux échanges hormonaux mère/fœtus y ont lieu. Les vaisseaux sanguins de l’allantoïde convergent au niveau du cordon ombilical du poulain.

L’amnios est la poche « translucide » qui enveloppe le poulain et apparaît en général avec lui aux lèvres de la vulve lors de la mise-bas. Il contient le liquide aminiotique dans lequel baigne le poulain, qui le protège aussi des chocs.

 

 

L'allantoïde joue un rôle de barrière sanitaire qui protège le poulain pendant la gestation en agissant comme un filtre ne laissant passer que des molécules de petite taille. Ceci a notamment deux conséquences importantes :
- Il empêche le passage des anticorps de la mère au poulain :  le transfert de l'immunité, par l'absorption de colostrum par ce dernier dès sa naissance est indispensable.
- Les éléments pathogènes de petite taille (par exemple les virus, tel celui de la rhinopneumonie) peuvent franchir cette barrière et contaminer le poulain in-utero.

 

 

Le poulain "baigne" dans le liquide amniotique
Le poulain apparaît, coiffé de l'amnios © C. Gourtay
Sous l'action des contractions, l'allantoïde se rompt au niveau du col de l'utérus, provoquant la vidange de la poche des eaux

 

 

Entre l’amnios et l’allantoïde se trouve la cavité allantoïdienne, où sont collectées les urines fœtales au cours de la gestation. La rupture de l’allantoïde au niveau du col de l’utérus lors des prémices du poulinage, sous l’action des contractions, entraîne la vidange de cette « poche des eaux ».

La délivrance lors de la mise-bas

Invagination du placenta © Ifce

 

 

La délivrance ou expulsion des enveloppes fœtales a lieu à l’issue du poulinage à proprement parler. Des contractions de faible puissance continuent à traverser la paroi utérine. La jument peut alors éprouver quelques coliques. Les vaisseaux de l’allantoïde s’effondrent et les villosités se contractent et se détachent progressivement de l’endomètre. Cette étape prend entre ½ et 3h en moyenne.

Lorsque la jument se relève après avoir pouliné, l'amnios pend aux lèvres de sa vulve et chaque déplacement engendre un mouvement pendulaire qui participe à l’expulsion progressive des enveloppes. Il est recommandé d’y faire un nœud tant que le placenta n’a pas encore été expulsé pour éviter que la jument le  déchire en marchant dessus. 

Ne jamais tirer sur la délivre d’une jument : vous risquez de provoquer sa déchirure dans l’utérus. Si l'amnios s’est malencontreusement partiellement déchiré, attacher un poids sur la partie restante pour un décrochement progressif. 

La délivrance est progressive après le poulinage © L. Marnay
Le mouvement pendulaire facilite la délivrance © C. Gourtay

Observer le placenta : conduite à tenir

Délivre, observée "côté poulain" allantoïde + amnios + cordon © L. Marnay

 

  • Observer la délivre sans attendre car elle se dégrade rapidement et change de couleur.

  • La retourner « comme une chaussette" : la face veloutée rouge est celle qui était en contact avec l’utérus de la jument et permettait les échanges.

  • L’étaler par terre, en « F », le "pied" du F correspondant au corps de l'utérus, les "branches", aux cornes utérines, la plus large étant celle, dite "gravide" ou se trouvait principalement le poulain : vérifier son intégrité, sa couleur (rouge à rosée, presque uniforme), ainsi que son épaisseur, qui doit être à peu près identique partout. Elle est cependant plus fine et fragile au niveau de la corne non gravide.


Si un morceau manque et est resté dans l’utérus, il y a un risque de métrite post-partum, qui peut engendrer rapidement une fourbure et une septicémie pour  la jument.

Une couleur jaunâtre ou marron peut traduire une infection au cours de la gestation : il faut surveiller étroitement la jument et le poulain.

Une couleur très hétérogène, une partie importante dépourvue de vaisseaux sanguins (blanche) traduit une diminution de la surface d’échanges mère-poulain au cours de la gestation. Une surveillance rapprochée du poulain est indispensable.

En cas de doute, ne pas hésiter à consulter votre vétérinaire, à réaliser des photos ; conserver la délivre dans un sac au frais (ne pas la congeler !) s’il doit l’examiner.

La délivre présente un aspect velouté, de couleur rouge uniforme © C. Gourtay
Vérifier que la délivre est complète (ici juste une déchirure) © L. Marnay
Une coloration anormale doit vous alerter © D. de Cadolle

La rétention placentaire est la complication la plus fréquente du poulinage (entre 2 et 10% des cas). Les causes ne sont pas bien élucidées. On considère qu’il y a rétention placentaire lorsque la délivrance n’a pas eu lieu au bout de trois heures. Elle constitue une urgence vétérinaire chez la jument car ses conséquences peuvent être graves en raison de l'apparition d'une métrite post-partum. Le traitement initial avec de l’ocytocine est complété par des lavages utérins si le placenta n’est pas expulsé.

A retenir

La surveillance du bon déroulement de la délivrance ainsi que l'examen attentif des enveloppes foetales, dans les plus brefs délais permettent d'anticiper la survenue d'affections pouvant toucher la jument et son poulain nouveau-né. Dans cette période à risque, où l'état de santé de l'un comme de l'autre peut se dégrader très rapidement, c'est une étape capitale à ne pas négliger.

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