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L'induction du poulinage

Niveau de technicité :

Auteur : L. Marnay (IFCE)
Mai 2012

 

L'induction du poulinage est possible avec l'administration d'un traitement adapté. Celle-ci présente cependant des risques importants, qu'il est essentiel de bien connaitre et de bien prendre en compte avant de pratiquer une induction.

Le poulinage

Aboutissement d’un long investissement, la naissance d’un poulain est un événement capital. Il est important que l’éleveur soit présent au moment du poulinage de sa ou ses jument(s), afin de s’assurer que tout se passe bien et de pouvoir intervenir en cas de nécessité. Néanmoins, il n’est pas facile de prévoir ce moment car :

 

  • La gestation chez la jument dure approximativement 11 mois mais la date de poulinage peut être décalée de quelques jours à quelques semaines (330-360 jours), en fonction de la jument, mais aussi de la date de terme (les gestations de début de saison ont tendance à être un peu plus longues, celles de fin de saison un peu plus courtes), de son niveau d’alimentation…
  • Les signes avant-coureurs de la mise bas sont parfois assez frustres, variables en fonction des juments, et dans une certaine mesure, d’une année sur l’autre pour une même jument.
  • Enfin, 80 % des poulinages ont lieu la nuit lorsque les possibilités d’assistance sont réduites.


L’induction du poulinage permettrait donc, en théorie, d’assurer une meilleure surveillance de ce moment crucial. Néanmoins, son utilisation comporte de réelles limites qu’il faut connaître au risque de courir à la catastrophe.

Indications

Le poulinage peut être induit pour des raisons médicales ou économiques : gestations à haut risque, enseignement, convenance, etc. 


En cas d'affection risquant de mettre en danger la vie de la jument et/ ou du poulain, l'induction peut s'avérer nécessaire. Par exemple :

  • La préparation au poulinage est très longue et la jument perd beaucoup de colostrum, ses ligaments sacro iliaques et sa vulve sont relâchés mais elle ne présente pas de contractions (atonie utérine)
  • La jument a présenté une affection ou un problème au cours d’un poulinage précédent et une dystocie ou un accident sont redoutés (rupture du tendon prépubien, fracture du bassin, tumeur du vagin ou du col, hernies ou hématomes du ligament large…) rendant la présence du vétérinaire indispensable au cours du poulinage . 


L’induction du poulinage pourrait également permettre d’optimiser les coûts de main-d’œuvre affectée à la surveillance des juments, notamment week-ends et jours fériés.

Quand déclencher le poulinage ?

Trois conditions doivent absolument être remplies afin de s’assurer que la gestation est réellement à son terme, pour limiter le risque de faire naître un poulain immature. En effet, la maturation finale des organes se fait en fin des gestation chez les équins, soit dans les 2-3 % de la fin de gestation (Camillo, 2006) voir même selon Ousey (2003) dans les «2-3 derniers jours»

 

  • Pas de déclenchement avant 330 jours de gestation
  • Mamelle bien développée et produisant du colostrum blanc et légèrement visqueux.
  • En complément, le changement de la composition électrolytique des sécrétions mammaires avant le poulinage permet d’affiner la décision d’induire celui-ci. On peut utiliser un test de dureté totale de l’eau : une concentration de  Ca2+>40 mg/dl ou Ca CO3> 200ppm vient confirmer l’imminence du poulinage. Utilisation de bandelettes test de dureté totale : pas d’induction sur une jument à moins de 4 carrés roses.



Important : chez les primipares, le développement mammaire peut être très tardif et se terminer au cours de la mise-bas, rendant difficile l’évaluation du moment opportun d’induction du poulinage. Par ailleurs il est parfois impossible d’en extraire la moindre sécrétion lactée avant mise bas.

Par ailleurs, notamment chez les primipares, ces changements peuvent avoir lieu alors que le foal n’est pas tout à fait mature.

Enfin, les juments présentant une affection placentaire associée à une lactation prématurée présentent fréquemment une évolution anarchique de la composition électrolytique des sécrétions lactées…

Comment déclencher le poulinage ?

Corticostéroïdes et prostaglandines, utilisées dans d’autres espèces, sont déconseillées chez la jument en raison des complications générées.

La molécule utilisée est l’ocytocine. Elle induit des contractions du myomètre (muscles de l’utérus) et la libération de prostaglandines et d’ocytocine endogènes assurant dans un deuxième temps la poursuite des contractions utérines jusqu’au poulinage.

Des doses de 20 à 120 UI ont été testées, par voie IV, IM, SC perfusion, ou encore 2.5 à 15 UI en IV, IM répétées toutes les 15 à 20 minutes jusqu’à mise bas sont efficaces pour déclencher la parturition… même si le foal n’est pas encore mature…

De faibles doses de 2.5 à 3.5 UI sont utilisées en IV (même 1 UI pour des ponettes) pour tenter d’obtenir un déroulement du poulinage le plus «physiologique» donc sécurisé possible. Une si faible dose d’ocytocine semble pouvoir déclencher un événement imminent mais pas un système qui n’est pas encore prêt. Des essais ont été réalisés en injectant une dose chaque fin de journée jusqu’à mise bas (max 4 soirs).  Néanmoins, ce mode d’induction ne semble pas pouvoir dispenser de surveiller les juments qui n’y ont pas répondu au cours de la nuit suivante…  quelques juments ont pouliné dans la nuit indépendamment du traitement.

La queue de la jument est ensuite protégée d’une bande de queue, la vulve et zone périnéale nettoyée à l’eau et la Vétédine savon. La jument est ensuite placée dans un box propre et généreusement paillé, sous surveillance discrète.

Le poulinage a lieu en moyenne dans les 15 à 90 minutes post induction et se déroule comme une mise-bas classique.

 

Quels sont les risques encourus ?

5 complications principales, quels que soient la dose et le protocole utilisés :

 

  • La plus grave est d’aboutir à la naissance d’un poulain immature donc non (ou difficilement) viable : il n’est pas physiologiquement prêt à la vie aérienne. Le poulain peut aussi être particulièrement faible à la naissance.

  • La séparation prématurée du placenta : la membrane rouge et veloutée de l’allantoïde apparaît aux lèvres de la vulve : le poulain n’est plus alimenté en oxygène et risque de présenter des séquelles (hypoxie, troubles ischémiques) ou mourir rapidement si l’on ne l’en dégage pas au plus vite.

  • Une dystocie : défaut de position du poulain risquant d’entraver le bon déroulement du poulinage, et dont le risque est un peu plus important que lors d’un poulinage spontané principalement lorsque des doses élevées d’ocytocine sont utilisées.

  • Un défaut de prise colostrale : expliquée par une production ou une absorption insuffisante : n’envisager l’induction que lorsque la qualité du colostrum de la jument est vérifiée au préalable ; complémenter le poulain si besoin.

  • La rétention du placenta : ne semble pas plus fréquente que lors d’un poulinage normal si l’induction est réalisée à terme.



NB : les structures pratiquant l’induction du poulinage semblent souvent bien équipées pour gérer les dystocies et la prise en charge des poulains… Veillez à être au point sur ces sujets avant toute induction !

Conclusion

En raison des risques, cette technique doit être utilisée principalement dans un cadre clinique quand les risques pour survie de la jument et/ou du poulain nécessitent une mise bas assistée.

L’induction du poulinage sur des juments en bonne santé est une procédure associée à des risques supérieurs à une mise bas spontanée. Cette procédure accélère la cascade hormonale classique du péripartum et est donc moins physiologique. L’intérêt de l’induction hors cadre clinique mérite alors clairement d’être réfléchi. Les propriétaires doivent être informés du risque et la décision d’induire le poulinage ne devrait être réalisée qu’avec la certitude que le poulain est prêt à naître.

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

Bibliographie

Camillo F. et al 1991, Essai d’induction du poulinage de jour par faibles doses d’ocytocine. 17ème journée d’étude

Camillo F. et al, 2000. Clinical studies on daily low dose oxytocin in mares at term. Equine Veterinary journal n°32

Camillo F., Marmorini P., Dominici C., 2006. Comment prévenir, contrôler et induire le poulinage chez la jument. Le nouveau praticien vétérinaire équine

Ley W. B. et al, 1998. How we induce the normal mare to foal,  EAAP proceedings vol 44

Margo L et al, mars 1997, Three methods of oxytocin-induced parturition and their effects on foals, JAVMA vol 210

Ousey et al, 2003. Induction of parturition in the healthy mare, Equine veterinary education n°15

Ouvrage collectif : Guide pratique Haras nationaux "Gestion de la jument".

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