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Médication de l’étalon et fertilité

Niveau de technicité :

Auteurs : L. Marnay,  B. Ferry, I. Barrier, L. Vignaud

Mars 2016

 

 

Peut-on effectuer des actes de prophylaxie courante ou soigner un étalon sans risquer d’affecter sa fertilité ?
De nombreux médicaments/traitements peuvent avoir des effets secondaires, potentiellement sur la fonction reproductrice de l’étalon. Certains ont été évalués dans le cadre d’essais sur des étalons ; pour d’autres, les conseils de prudence émanent d’études réalisées sur d’autres espèces. Tour d’horizon.

La spermatogenèse, comment ça marche ?

La « fabrication » des spermatozoïdes dure environ deux mois pour l’étalon. Elle est continue (= tout au long de l’année) dès la puberté, et a lieu dans les testicules. Ces derniers sont situés à l’extérieur du corps, afin de maintenir une température de 34-35°C, indispensable à une bonne spermatogenèse (ensemble des processus de multiplication et de différenciation des cellules de la lignée germinale mâle, dont le stade final est le spermatozoïde). Toute modification de température - inflammation locale, fièvre – altère potentiellement les spermatozoïdes en cours d’élaboration. 

A l’issue de la spermatogenèse, le transit épididymaire, qui dure environ 14 jours, permet l’acquisition du pouvoir fécondant par les spermatozoïdes.

En pratique, toute perturbation de la spermatogenèse pourra avoir des répercussions pendant 2 mois ½, et même plus longtemps si l’atteinte persiste.

 

La fonction reproductrice de l’étalon est orchestrée à distance par deux glandes endocrines situées dans la boite crânienne : l’hypothalamus et l’hypophyse. La communication entre les trois acteurs, testicules-hypothalamus-hypophyse, se fait par le biais de messagers chimiques, les hormones  (Une hormone est  une substance chimique sécrétée par une glande endocrine, agissant à distance et par voie sanguine sur des récepteurs spécifiques d'une cellule cible. Elle transmet des informations sous forme chimique et joue donc un rôle de messager dans l'organisme).

Effet des traitements médicamenteux sur la fertilité et le comportement sexuel des étalons

L’effet de l’administration d’un médicament/traitement dépend bien sûr de la dose, du rythme et de la durée d’administration.

Les actes de prophylaxie "courante" : vaccins et vermifuges, tranquillisants

Les antiparasitaires

Les études sur l’effet de certains antiparasitaires sur la spermatogenèse de l’étalon ont toutes montré leur innocuité. Tableau (extrait de « Insémination artificielle équine », éditions Haras nationaux 2014)

Anti-parasitaires

Imidocarbe (CarbesiaND)

Etude de terrain : pas de différence de fertilité entre les étalons traités et témoins

UTILISABLE

Vidament, 1997

Cambendazole

40 mg/kg = 2 fois la dose usuelle

Aucun effet

UTILISABLE

Amann et al., 1977

Fenbendazole (PanacurND)

20 mg/kg PO = 2 fois la dose usuelle

Aucun effet

UTILISABLE

Squires et al., 1978

Ivermectine (EqvalanND, Furexel ND)

200 µg/kg PO

Améliore la qualité de la semence fraîche et congelée

(étalons Franche-Montagne)

UTILISABLE

Janett et al., 1999

Les vaccins

A la suite de l’administration d’un vaccin, certains animaux peuvent présenter une hyperthermie transitoire associée à une réaction inflammatoire/immunitaire. A surveiller-gérer si elle est intense, cette fièvre, comme toute autre, peut générer des perturbations transitoires de la spermatogenèse. De façon générale, afin de ne pas cumuler les facteurs de risques en demandant un effort à un étalon déjà « fatigué » par sa vaccination, il est recommandé de ne pas récolter les étalons dans les quelques jours qui suivent toute vaccination. Ainsi, la notice du vaccin  Equip Artervac utilisé dans la prévention de l'artérite virale,   indique un délai de 3 semaines avant la mise en place de l'immunité et relève dans les effets indésirables, une hyperthermie légère (jusqu'à 40°C)  et transitoire (1 à 5 jours ) observée  chez environ 20 % des chevaux vaccinés.

Il est donc préférable de vacciner les étalons avant le début de leur saison de monte.  

 

Cas particuliers du vaccin anti GnRH :  LA CASTRATION IMMUNOLOGIQUE 

Il s’agit d’une méthode alternative à la castration chirurgicale qui permet de diminuer voire supprimer temporairement le comportement sexuel et la capacité reproductrice d’un étalon.  Elle consiste en la vaccination de l’étalon contre le GnRH (Gonadotrophine-Releasing Hormone). La sécrétion de testostérone chez l’étalon est sous la dépendance des hormones LH et FSH (produites par l’hypophyse), dont la sécrétion est elle-même contrôlée par GnRH (de l’hypothalamus). En absence de GnRH, les sécrétions de FSH et LH diminuent voire même disparaissent. En conséquence, la sécrétion de testostérone chez l’étalon diminue fortement ou cesse complètement. Cette vaccination anti GnRH peut également  être mise en œuvre dans le cadre d’un protocole de traitement de l’artérite virale chez l’étalon porteur, car la persistance de ce virus dans l'appareil génital de l'étalon est sous dépendance de la testostérone.

Bien que n'ayant pas d'AMM pour l'espèce équine en France, deux produits ont fait l’objet de publications chez le cheval : un vaccin anti-GnRH pour les porcins (IMPROVAC ND), commercialisé en Europe et dans de nombreux pays, et un vaccin commercialisé et indiqué pour les juments en Australie et en Nouvelle Zélande (EQUITY ND). 

La durée d’efficacité des vaccins anti-GnRH est variable en fonction des individus et les chances de retour à une fonction sexuelle normale suite à une immunocastration sont parfois incertaines (13% de non retour après 2 injections d’EQUITY ND (Vidament 2010, Vidament & Ferry, non publié).

Attention : la castration immunologique entraîne une modification du profil hormonal et par voie de conséquence, une inadéquation temporaire, définitive ou intermédiaire entre le sexe de l’animal et son statut hormonal. Le vaccin anti GnRH est une substance prohibée par les Codes des Courses (seuls les vaccins agréés pour la lutte contre les agents infectieux sont autorisés). Son utilisation sur un cheval de course n’est donc pas autorisée. Les sports équestres pourraient appliquer le même raisonnement.

Les autres traitements et médicaments

Tranquillisants/neuroleptiques

Les essais conduits ont apporté les résultats suivants : Tableau (extrait de « Insémination artificielle équine », éditions Haras nationaux 2014)

Tranquillisants

Imipramine – xylazine (RompunND)

2 mg/kg IV – 0,3 mg/kg IV

2 fois par semaine pendant 4 semaines

Aucun effet sur la semence

UTILISABLE

Vidament et al., 1999

Acépromazine (VétranquilND)

Peut provoquer une paralysie du pénis lors d'administration à un étalon en érection

DECONSEILLE

Pearson et Weaver, 1978

Les hormones stéroïdiennes : objectif : avoir un effet sur la fonction/le comportement sexuel

Dans la mesure où elles sont susceptibles d’interférer dans la « communication » hypothalamo-hypophyso-testiculaire, ce sont elles qui présentent les risques les plus importants d’altération de la spermatogenèse.

La testostérone et ses dérivés, les stéroïdes anabolisants

Interdits en France, ces médicaments étaient utilisés pour améliorer les performances, accélérer la croissance, augmenter l’appétit et le comportement sexuel. Les anabolisants sont tous des dérivés de la testostérone, hormone qui possède :

 

  • un effet androgène (induit le comportement mâle, l’agressivité et les caractères sexuels secondaires)
  • un effet anabolisant (augmente la masse musculaire)

C’est l’effet androgène qui possède une action néfaste sur la fertilité : en interférant avec la production endogène par les testicules, l’injection de testostérone induit un taux dans la circulation sanguine élevé et parasite la communication testicules-hypophyse. En effet, des cellules des testicules produisent de la testostérone, dont la concentration élevée dans les testicules est nécessaire à l'élaboration des spermatozoïdes. Une partie de cette testostérone se retrouve dans la circulation générale et permet une régulation à distance de la stimulation de la production de testostérone dans le testicule, par les hormones hypophysaires. Une quantité élevée de testostérone dans la circulation générale induit une baisse  de la stimulation : on parle donc de rétro-contrôle négatif.

L'administration exogène de testostérone induit donc une diminution durable de la concentration en testostérone dans les testicules, une diminution de la taille des testicules et de la production de spermatozoïdes.

Les composés androgéniques comme la testostérone n’ont aucun effet bénéfique sur l’étalon. A l’arrêt du traitement, la restauration de la fonction testiculaire est possible mais peut être longue (de plusieurs mois à 1 an). Il faut donc éviter d’utiliser ces produits chez le mâle entier destiné à la reproduction.Les effets négatifs sont d’autant plus importants que les animaux sont jeunes : Attention en particulier à la période pré-pubertaire pendant laquelle l’administration est à éviter absolument car elle peut perturber définitivement la fonction testiculaire.

 

Les progestagènes

L’Altrenogest (Régumate©) a été utilisé sans succès pour diminuer l’intensité du comportement sexuel des étalons. Ce produit, à dose normale (= dose jument) n'a pas d'effet lorsqu'elle est distribuée pendant une faible durée. A fortes doses, les essais conduits montrent un effet limité sur le comportement mais une altération de la qualité de la semence.

GnRH et hCG 

La GnRH, qui stimule la production d’hormones hypophysaires, peut être utilisée pour booster, le jour de l’injection, le comportement sexuel anormalement faible d’un étalon.

L’hCG est utilisable en injection unique pour tester la capacité du testicule à augmenter sa production de testostérone (avec dosage avant et après injection, à deux jours d’intervalle). On l’utilise notamment pour diagnostiquer une éventuelle cryptorchidie (« testicule non descendu ») ou une dégénérescence testiculaire. Ces deux produits ne semblent pas avoir d’effet néfaste sur la spermatogenèse. L’hCG ne doit pas être utilisé sous forme d’injections répétées.

Tableau (extrait de « Insémination artificielle équine », éditions Haras nationaux 2014)

Produit

Effet

Conclusion

Référence

Testostérone et anabolisants

Testostérone (propionate de)

Tous les 2 jours pendant 88 jours

50 µg/kg, IM

200 µg/kg, IM

Peu d’effet à faible dose

Diminue la qualité de la semence à haute dose, pas d’effet sur libido

Réversible en 90 jours

DECONSEILLE

Squires et al ., 1981

Laurate de norandrostenolone (LaurabolinND)

100 mg ttes les 3 sem pdt 8-12 mois

500 mg ttes les 3 sem pdt 8-12 mois

Poulains de 12 mois :

Les 2 doses diminuent la taille testiculaire

Réversible en 10-12 mois

DECONSEILLE

Koskinen, 1991

Undecylenate de Boldenone

Toutes les 3 sem pendant 70 semaines

3 doses : 0,55, 1,1 ou 2,2 mg/kg

Poulains de 10 mois :

Diminue la taille testiculaire et la qualité de la semence

Réversibilité peu probable pour la plus forte dose

DECONSEILLE

Jackson et al., 1991

Undecylenate de Boldenone

Toutes les 3 sem pendant 15 semaines

1,1 ou 4,4 mg/kg

Jeunes de 2-4 ans :

Diminue qualité de la semence, taux de LH et taille testiculaire

Pas d’effet sur libido

DECONSEILLE

Squires et al., 1992

Decanoate de nandrolone (Deca-durabolinND)

Toutes les 3 sem pendant 15 semaines

1,1 mg/kg

Jeunes de 2-4 ans :

Diminue qualité de la semence, taux de LH et taille testiculaire

Pas d’effet sur libido

DECONSEILLE

Squires et al., 1992

Stanozol (StrombaND) ou Undecylenate de Boldenone

0,55 mg/kg toutes les semaines

1,1 mg/kg toutes les 3 semaines

pendant 70 semaines

Adultes :

0,55 mg/kg toutes les sem détériore peu la semence ;

1,1 mg/kg toutes les 3 sem détériore la semence 

DECONSEILLE

Blanchard et al., 1983

Garcia et al., 1987

Progestagène

Altrenogest (RegumateND)

0,088 mg/kg/j pendant 150 ou 240 jours

utilisé pour diminuer l’agressivité de certains étalons

Diminue taux de LH, taux éjaculation, qualité de la semence et taille testiculaire

DECONSEILLE

Badzinski et Squires, 1995

Pickett et al., 1996

Altrenogest (RegumateND)

0,044 mg/kg/j pendant 30 jours
(4 traités et 4 témoins)


Diminue taux de LH, testostérone, oestrogènes

Pas d'effet sur semence

Effet mineur sur comportement

DECONSEILLE

Miller, Varner, Blanchard, et Thompson, unpublished

hCG et GnRH

GnRH

50 ou 250 µg en SC toutes les 2 heures pendant 75 jours

Le GnRH administré de façon pulsatile (pas un agoniste) ne semble pas altérer la semence

Augmente taux de LH et testostérone

Efficacité controversée chez l’étalon subfertile,

Brinsko et al., 1996

Roser et al., 1991

Blue et al., 1991

Boyle et al., 1991

GnRH (Cystoreline ND)

25 µg 2 h avant et
25 µg 1 h avant la récolte


UTILISABLE en cas de problèmes de comportement

Mc Donnell (communication le 27/06/00 à Nouzilly)

hCG

2500 à 12000 UI IV en 1 fois


Augmente taux de testostérone pendant 2 jours

N’altère pas la semence

UTILISABLE pour test diagnostic (cryptorchidie, ….)

Clément et al., 1995

Roser et al., 1995


Autres hormones



GH (somatotropine, EquiGen ®)

10mg/j pendant 90J

Aucun effet sur 9 étalons à faible qualité de semence

SANS INTERET

DeBotton et al, 2000

les anti-inflammatoires et anti-infectieux

Les affections, et la fièvre qui les accompagne, induisent une augmentation de température du corps, mais aussi des testicules. Cette augmentation est préjudiciable à la fabrication des spermatozoïdes, selon son intensité et sa durée. La douleur semble également avoir un effet néfaste, notamment sur la libido, en interférant avec l’excitation sexuelle de l’étalon.

Administrés dans le cadre de ces affections, les anti-inflammatoires et anti-infectieux administrés ont longtemps été soupçonnés d’avoir un effet délétère sur la spermatogenèse.

Pour certains produits, des essais ont été conduits sur des étalons sains, avec lot témoin. 

Voici une synthèse des résultats : Tableau (extrait de « Insémination artificielle équine », éditions Haras nationaux 2014)

tab4

Produit

Effet

Conclusion

Référence

Anti-inflammatoires

Phénylbutazone PO

1 g 2fois/j pendant 4 et 10 semaines

Aucune modification de la semence et de la taille testiculaire

UTILISABLE

Mc Donnell et al., 1992

Dexaméthasone (DexadresonND)

100 µg/kg IM tous les 2 jours pendant 8 jours (= 2 fois la dose habituelle)

Diminue taux de testostérone

Semence très peu altérée (légère augmentation du taux de spermatozoïdes anormaux)

UTILISABLE

Vidament et al., 1999

Vedaprofène (Quadrisol ND)

dose recommandée pendant 14 j

Pas de modifications de la qualité de semence fraîche ni de la congélabilité

UTILISABLE

Janett et al, 2005

Anti-infectieux

Sulfadoxine-trimétoprime (BorgalND)

26 mg/kg IV pendant 10 jours (= 2 fois la dose usuelle)

Aucun effet

UTILISABLE

Vidament et al., 1999

Gentamicine

10 mg/kg IV 1 fois par jour pendant 10 jours

Aucun effet sur qualité de la semence fraîche et congelée
et sur la testostérone

UTILISABLE

Vidament et al., 1999

Chlorhexidine 2% + nitrofurazone à,2 % en traitement local 1 fois par jour pendant 5 jours

Diminue la qualité de la semence

UTILISABLE en dehors des périodes de collecte

Rath, 1987

Bronchiolytiques

Clenbutérol (VentipulminND)

Etude de terrain : pas de différence de fertilité entre les étalons traités et témoins

UTILISABLE

Vidament, 1997

 

En conclusion :


L’administration d’hormones doit être évitée autant que possible pour les étalons reproducteurs.

Pour les autres, l’administration d’un traitement s’avère parfois indispensable, car c'est la maladie elle-même qui risque d'altérer la spermatogenèse… Il convient néanmoins de toujours garder en tête les implications possibles sur la fertilité et leur délai éventuel de réversibilité dans le cadre de la gestion d’un étalon. Ceci permet alors d’évaluer le rapport bénéfice-risque d’un médicament et/ou de gérer l’étalon en conséquence.

Références bibliographiques

Insémination artificielle équine, 2014, éditions Haras nationaux, p89-93 

Desfontis Jean-Claude : « Thérapeutique : les traitements qui perturbent ou non la fertilité de l’étalon » Le nouveau praticien vétérinaire (équine), n°14, oct-déc 2007, p33-35

Duluard Arnaud : « Thérapeutique et fertilité chez l’étalon : I -  Mécanismes d’action de certains médicaments sur la fertilité des étalons » Prat vét équine,  2001 Vol 33, n°132, p9-16

Duluard Arnaud : « Thérapeutique et fertilité chez l’étalon : II -  Effets des différents traitements sur la fertilité des étalons» Prat vét équine,  2001 Vol 33, n°132, p18-27

Stout T.A.E. : "Modulating reproductive activity in stallions : a review", 2005, Animal Reproduction Science, 89, p93-103 

Vidament Marianne : Action de la chaleur et des médicaments sur la semence de l’étalon, congrès AVEF, Nantes 1998

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