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La monte en liberté

Niveau de technicité :

Auteurs :  A. Margat, M. Vidament, L. Vignaud

Mise à jour : Octobre 2015
 

La monte en liberté se pratique en pâturage où un étalon est placé dans un troupeau de juments. L’homme n’intervient pas directement dans l'acte de reproduction contrairement à la monte en main, mais il est un observateur. Ce mode de reproduction peut constituer une alternative plus économique que d'autres techniques (inséminations, …). Elle est, à ce titre, largement pratiquée dans certaines zones géographiques françaises (Languedoc-Rousillon, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d'azur, Auvergne) et certains types d'élevage (Traits, chevaux de loisir ou poneys) . La monte en liberté représente une proportion croissante des juments saillies en France : 27 % des déclarations de premier saut (DPS) en 2014 (soit environ 20 000 DPS). Cependant, cette technique requiert une gestion spécifique de conduite de troupeaux et des règles strictes d'observation. 

Définition

 

La monte en liberté est le fait de laisser s’accoupler les juments et l’étalon dans un espace donné, sans intervention directe de l’homme.

Cette technique de reproduction se pratique essentiellement en plein air intégral, les juments en troupeau étant accompagnées d’un étalon pendant plusieurs mois (saison de monte) voire toute l'année.

Monte en liberté ne signifie pas : « laisser les animaux livrés à eux mêmes ». Cette pratique nécessite au contraire des qualités d’observation, des compétences particulières en terme de conduite de troupeau et de gestion des pâtures.

Le taux de juments pleines en fin de saison est excellent : proche de 90 % avec une bonne gestion. Il est cependant variable selon le nombre de juments et leur statut (vides, maidens - càd n'ayant jamais été mises à la reproduction - ou pleines), ainsi que selon l'expérience de l'étalon.

Le choix de ce type de reproduction induit des conséquences au niveau génétique (un seul étalon saillira l’ensemble des juments) puisqu'elle ne permet pas de choisir individuellement les accouplements. C’est pourquoi cette technique n’est pas utilisée dans certaines races en recherche de haut potentiel génétique. Elle nécessite malgré tout le choix d'un étalon adapté.

Sur le plan économique, la monte en liberté est très intéressante. Elle ne nécessite pas de détection des chaleurs, assurée par l'étalon lui-même, et pas de conduite de techniques de reproduction. Elle évite le paiement de fractions génétiques, mais impose l'achat et/ou l'entretien d'un étalon généralement de valeur génétique modérée. 

Règlementation

 

L’utilisation de la monte en liberté comme technique de reproduction n’exclut pas le respect des conditions réglementaires habituelles imposées d’un point de vue sanitaire et zootechnique pour les étalons et les juments. Ces conditions sont requises pour l'obtention d'un carnet de saillies.



Chaque stud-book fixe ces obligations pour une race donnée.

Choix de l'étalon

 

Pour être utilisé en monte en liberté, l’étalon doit : 

 

  • avoir bon caractère et être respectueux de l’homme,
  • être habitué au plein air,
  • être jeune mais avoir au minimum 3 ans (début de la maturité sexuelle) ; la production en spermatozoïdes de l’étalon sera maximale entre 5 et 9 ans
  •  avoir subi une analyse de sa semence (spermogramme) 
  • avoir subi des tests comportementaux préalables afin de s'assurer au moins qu'il peut saillir seul et qu'il n'est pas dangereux pour les autres membres du troupeau. Il existe des méthodes d'apprentissage à la mise en troupeau de l'étalon.
  • Si le troupeau de juments reste le même, il faudra soit changer d’étalon par la suite, soit retirer ses filles.

Constitution du troupeau de juments

Il s'agit du point le plus délicat de cette pratique. Beaucoup de critères sont à prendre en considération pour la constitution du troupeau de juments, basée sur la hiérarchie sociale. Des précautions sont indispensables au moment de l'intégration de l'étalon ou de nouvelles juments dans le troupeau pour éviter les risques d'agression ou d'exclusion.

Le moment d’introduction des juments et leur statut sont donc très importants. Avant leur introduction dans le troupeau, les juments doivent être contrôlées sur le plan sanitaire, vermifugées et déferrées.

La taille du troupeau peut varier de 10 à 25-30 juments selon l'expérience et la maturité sexuelle de l'étalon et le statut des juments du troupeau. Il faut éviter de constituer un troupeau de juments vides uniquement qui risquent d'arriver en chaleur dans une période très courte et donc d'épuiser l'étalon. Les dates de poulinages des juments pleines devront de préférence s’étaler dans le temps pour les mêmes raisons.

On peut choisir entre deux types de gestion de troupeaux

     . Le troupeau de juments est constitué avant l’introduction de l’étalon, il se hiérarchise. Puis il reste stable sans introduction de nouvelles juments. C’est un troupeau fermé, il ne changera pas de conformation. Il s'agit sans aucun doute du mode de gestion le plus simple. Il nécessite peu de manipulations et engendre peu de risques.

     . L ’étalon est introduit dans un troupeau de 3 à 4 juments, les autres juments étant ensuite intégrées généralement une par une et au fur et à mesure de leur venue en chaleur. C’est un troupeau ouvert. Ce type de gestion nécessite quelques précautions essentielles :

  • Introduire de préférence les nouvelles juments par 2 ou par 3 avec si possible au moins une jument en chaleur,
  • Ne pas faire plus d'une introduction nouvelle par semaine,
  • De façon générale, il faut éviter d'agir seul lors des entrées et sorties de juments. Si possible prendre en main l'étalon et/ou la jument dominante temporairement pour contenir leur éventuelle agressivité,
  • Retirer les juments seulement après avoir vérifié qu'elles sont bien pleines (échographie, test sanguin)

Suivi de la monte en liberté

Observation

 

La surveillance discrète du troupeau doit être quotidienne, de préférence matin et soir.

 

L’organisation du troupeau est basée sur les relations sociales entre les individus (étalon, juments et poulains), Ces relations de hiérarchie doivent bien être repérées par l’éleveur. Il est également important de bien observer le comportement de l'étalon vis à vis des poulains et notamment l'absence d'agressivité.

 

Dans les comportements observés, on peut citer le « herding » : l’étalon rassemble le troupeau de juments encolure basse et naseaux près du sol. Le herding est une attitude de conduite typique de l'étalon.

 

 

Le «flehmen» peut aussi être observé chez l'étalon. C'est une mimique avec retroussement de la lèvre supérieure, tête tendue vers le haut. Il fait suite à la découverte d’une odeur et peut aussi être observé chez les hongres et les juments.

L'étalon peut être dominant par rapport aux juments mais c'est un rôle fréquemment tenu par une jument plutôt agée. Elle fait alors figure de "leader", c'est-à-dire celui ou celle qui initie les activités de déplacement, d'alimentation et de repos du groupe. 

Détection de la date de gestation

 

Pour bien suivre l’activité sexuelle de l’étalon, il peut être équipé d’un harnais marqueur. La couleur du crayon doit être changée tous les 1 à 2 jours. Ainsi, grâce aux marques laissées sur les croupes des juments à chaque chevauchement, il est possible de connaître les dates des chaleurs de chaque jument et de tenir un planning de monte. Il permet notamment de tenir à jour les dates des saillies constatées et donc les dates prévisionnelles de poulinage. Néanmoins, lors de fortes températures, le crayon peut fondre rapidement et son support métallique peut blesser la croupe des juments.

Cependant le harnais marqueur s'avère moins indispensable dans le cadre d'un troupeau fermé. On peut également remplacer son usage en prévoyant quelques séances d’échographie en cours ou en fin de saison. 

 

Intersaison

En dehors de la monte, l’étalon peut ou non être retiré du troupeau. Si l'étalon est bien habitué avec ses juments, le retirer du troupeau peut occasionner chez lui une baisse de moral et l'apparition de comportements stéréotypés. S'il n'est pas possible de le laisser dans le troupeau, il faut l'entretenir en stabulation ou de préférence en plein air.

 Cette période peut permettre de vérifier et mettre à jour l’état sanitaire des étalons et du troupeau de juments

 

 

 

 

Le point écononomique

- Le coût d'achat de l'étalon doit être en rapport avec le prix de saillie d'un étalon d'une même catégorie génétique (10 à 20 fois le prix de saillie estimé). Son achat peut néanmoins être compensé par sa revente à l'issue de deux ou trois années de monte.

- Le coût d'entretien de l'étalon auquel s'ajoutent sa prophylaxie et ses différents tests est de l'ordre de 1800 à 3000 € HT/an.

- Les harnais marqueurs pour étalon se trouvent difficilement dans les commerces habituels. Ils doivent souvent être fabriqués par un sellier sur commande pour un coût de 200 à 300 € HT. Il faut ajouter à cet achat le coût des blocs de marquage d'environ 3 à 4 € HT/J, soit 300 à 400 € HT pour une saison de monte.

- En compensation, l'éleveur bénéficie d'une absence de coûts de transport, de pension, de frais de techniques de reproduction (mise en place et suivi gynécologique) et de fractions de génétique pour les juments : soit une diminution de 400 à 700 € HT/jument

L'augmentation de la fertilité de l'ordre de 10 à 15 % permet également un gain de 1 à 3 poulains selon l'importance du troupeau.

Exemple de coût pour un étalon d'une valeur d'achat de 3000 € HT et 2000 € HT d'entretien / an :

Troupeau Achat et entretien étalon + harnais Baisse des frais juments (600 € HT/J) Gains (hors poulains) Poulains supplémentaires
10 juments 5 600 € 6 000 € HT 0 à + 400 € HT + 1 poulain
20 juments 5 600 € 12 000 € HT + 6 400 € HT + 2 à 3 poulains

Critères de décision

Le positif :

 

  • Très bonne fertilité de fin de saison de monte (sous réserve d'un contrôle préalable de la fertilité de l'étalon) : 80-90 %
  • Réduction importante des frais de saillie : coût de génétique et frais techniques (suivi gynécologique et mise en place)
  • Economie de main-d’œuvre et de bâtiments : possibilité d'élevage en plein air intégral
  • Diminution sensible des déplacements (coûts et risques)

Le négatif :

  • Progrès génétique limité car absence de choix individuel des accouplements et potentiel de l'étalon souvent moindre,
  • Périodes de mises en troupeau des juments ou de l'étalon délicates,
  • Risque de propagation d'affection en cas de problème sanitaire
  • Nécessite une bonne capacité d'observation du troupeau
  • Utilisation d'un harnais marqueur requise pour estimer les dates prévisionnelles de poulinage (hors échographie)
  • Nécessite des parcelles aux dimensions adaptées à la taille importante du troupeau

 

A retenir : La monte en liberté est réservée à une catégorie de chevaux ayant une valeur marchande faible à moyenne pour qui elle est très bien adaptée en garantissant un maximum de production à un coût réduit. Elle nécessite un bon choix de l'étalon, une bonne capacité d'observation du troupeau, des précautions lors des mises en troupeaux, et des parcelles aux dimensions adaptées.

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Disponibles à la librairie

  • Ouvrage Le cheval, techniques d'élevage
  • Ouvrage Gestion de la jument

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