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Le transfert d'embryons chez les équidés

Niveau de technicité :

Auteurs : M. Caillaud, P. Doligez, 

Mise à jour : Février 2016

Vidéos : Journée de la Recherche équine 2015 - Journée d'information sur les actualités en élevage équin 2016

 

 

Le transfert d'embryons est un moyen de reproduction qui permet de mettre à la reproduction des juments sans pénaliser leur carrière sportive, par exemple. Ce mode de reproduction requiert une grande technicité et s'avère être une bonne façon de multiplier la génétique de qualité par la voie femelle.

Historique

 

Les premiers transferts équins ont été réalisés au Japon par Oguri et Tsutsumi  en 1972.

En France les premiers transferts ont été pratiqués en 1986.

 

Depuis 1989 à 2014, environ 8700 poulains sont nés en France par la technique du transfert d’embryon (source SIRE).

Réglementation

C'est le stud book de chaque race qui définit dans son règlement les techniques de monte autorisées.

Aujourd'hui le transfert d'embryon (TE) est autorisé dans de nombreuses races:

  • Selle français, Anglo-Arabe, trait.
  • Pour le Trotteur français, les autorisations à réaliser le TE sont beaucoup plus particulières (une seule gestation autorisée par an avec une donneuse ayant eu des performances en course ou ses descendants et après avis de la Commission du Stud book).
  • La technique est interdite par les Stud books du Pur Sang et de l'AQPS.

Depuis 1997, dans la plupart des races de chevaux et poneys de selle, le nombre de produits par donneuse à naître par an n'est pas limité.

 
Pour pouvoir pratiquer le transfert d'embryon, il faut être titulaire de la licence de Chef de Centre équin. Cette technique se pratique par une équipe de collecte agréée sous la responsabilité d'un chef de centre et d'un vétérinaire (s'il n'est pas chef de centre).

Coût du transfert d'embryon

La technique est onéreuse : il faut prévoir un budget minimum de 3000€ (hors frais de génétique et de mise en place de la semence et hors frais de suivi gynécologique de la jument pendant les chaleurs). Ce budget comprend les frais de collecte, de transfert et de location de la jument receveuse pendant la durée de la gestation, généralement jusqu'au sevrage du poulain.

 

Déroulement

Principe

 

La jument dite donneuse est inséminée pendant sa chaleur.
La chaleur est suivie à l'échographie pour pouvoir déterminer la date de collecte au plus juste après l'ovulation.
La collecte est généralement réalisée 7 jours après l'ovulation. A ce stade, il est actuellement encore impossible de savoir, avant la collecte, s'il y a eu fécondation ou pas.
Le liquide de collecte est filtré et la recherche d'un éventuel embryon se fait sous loupe binoculaire dans un environnement stérile (hotte).
S'il y a un embryon, il est lavé afin de le débarrasser des cellules et desquamations du liquide utérin. Ensuite, il est transféré dans une jument dite receveuse ou porteuse.C'est elle qui assurera le développement du fœtus, la mise bas et l’élevage du poulain jusqu’au sevrage.

Jument receveuse

Le choix de la jument receveuse est important pour augmenter le taux de réussite du transfert d'embryon:

Ainsi il faudra choisir une jument dont la fertilité est  connue possédant de bonnes qualités maternelles, ou une jeune maiden (jument qui n’a jamais été saillie), de préférence d’un gabarit supérieur à celui de la jument donneuse pour un meilleur développement du poulain. Les expérimentations récentes ont montré l'importance du milieu utérin pendant la gestation sur le développement du fœtus in utero et sur sa croissance et son métabolisme après la mise bas. Le fœtus est capable de s'adapter à l'environnement utérin mais, dans l'idéal, il faudrait pouvoir utiliser des receveuses de la même race que la donneuse pour que le métabolisme ne soit pas modifié. 

Actuellement en France, les juments receveuses utilisées sont pour la plupart des juments Trotteur français (3/4) réformées des courses, viennent ensuite s'ajouter des juments de selle. Les juments de race de trait sont de moins en moins utilisées.
En effet, les juments Trotteuses réformées sont actuellement moins chères à l'achat et leur gabarit se rapprochant davantage des juments de sang est plus appréciée.

Synchronisation de la receveuse

La jument receveuse doit être synchrone avec la donneuse c’est-à-dire qu’elle doit ovuler dans la même période que la donneuse.

Ceci nécessite un suivi gynécologique très précis, une induction des ovulations et éventuellement un traitement de synchronisation des receveuses potentielles. En effet, les meilleurs taux de transfert (% de gestation à 14 jours après transfert d'un embryon) sont obtenues lorsque la receveuse est à J5, J6 ou J7 par rapport à l'ovulation de la donneuse (J7). Ainsi la receveuse doit avoir ovulé le même jour que la donneuse ou 1 ou 2 jours après. En dehors de cette plage de 3 jours, le taux de réussite est moindre.

 

 

Technique

La récolte


L’embryon est récolté à J7 ou J8 (J0 = jour de l’ovulation de la donneuse) par 3 ou 4 siphonnages successifs de l’utérus de la donneuse avec un milieu tampon. Les milieux sont conditionnés en bouteille ou en poche. Le liquide est introduit via une sonde, dans l'utérus de la jument. L'utérus est massé (par voie rectale) afin de répartir le liquide jusque dans les cornes utérines. Le liquide est alors récupéré et filtré directement derrière la jument. D'autres techniques de filtration peuvent être utilisées au laboratoire.

Une recherche de l’embryon est ensuite effectuée sous une loupe binoculaire dans les milieux récupérés. Les opérations sont réalisées au laboratoire dans une hotte à flux laminaire horizontal qui permet de manipuler l'embryon dans une ambiance la plus stérile possible.



Le transfert


Le transfert dans la receveuse est l’étape la plus délicate et qui demande le plus d'expérience.

Les deux techniques de transfert sont:

  • le transfert cervical: l’embryon est déposé dans l’utérus de la receveuse en passant par le col de l’utérus. L’embryon, conditionné dans une paillette, est transféré avec un pistolet spécial. C'est actuellement la technique la plus utilisée sur le terrain. La difficulté technique réside dans le passage du col de l'utérus de la receveuse en le manipulant le moins possible pour éviter la décharge de prostaglandines par l'utérus qui compromettrait la future gestation.

  • le transfert chirurgical: l’embryon est injecté directement dans la corne utérine après incision du flanc de la receveuse et extériorisation d’une corne utérine. Des traitements post-opératoires de la receveuse sont nécessaires. Cette technique n'est quasiment plus utilisée dans la pratique compte tenu du matériel, des soins et des traitements pharmacologiques à apporter lors de l'opération et par la suite. Elle pourrait être préconisée lorsque le col de la receveuse est très difficile à passer mais dans ce cas, il est préférable de réformer la jument receveuse.


La réfrigération


La réfrigération de l’embryon peut être effectuée ce qui permet de le transporter. L'embryon doit être transféré dans la receveuse dans les 24 heures. Cette technique permet de gérer les receveuses sur un autre site que les donneuses. Les résultats de transfert d'embryon frais ne montrent pas de différence avec des embryons réfrigérés lorsque les conditions de manipulation et de conservation sont bien respectées.

 

La congélation

Quatre poulains issus d'une collaboration de recherche entre l'INRA de Nouzilly et la Jumenterie du Pin sont nés en 2014. L'originalité de ces poulains réside dans le fait que les embryons ont été au préalable biopsés et cryoconservés.

L'embryon équin présente plusieurs caractéristiques qui en font un embryon difficile à cryoconserver (conserver par le froid) : la capsule formée (membrane autour de l'embryon) à son arrivée dans l'utérus empêche les cryoprotecteurs de bien pénétrer dans l'embryon contrairement à des embryons d'autres espèces qui ne présentent pas de capsule; la taille très hétérogène et pouvant aller jusqu'à 700µm à 7 jours est un frein à la cryoconservation en raison des cristaux qui se forment dans la sphère liquidienne de l'embryon lors de la descente en température.

Pour s'affranchir de ces contraintes, l'embryon est vidé d'une grande partie de son liquide par micro-aspiration avant de le mettre au contact des cryoprotecteurs (alcool et lipides limitant la cristallisation par la glace). Ensuite il est congelé par vitrification (procédé de congélation ultra rapide par lequel l'embryon est plongé directement dans de l'azote liquide) à -196°C et conservé ainsi jusqu'au transfert.

Cette technique est encore en cours de développement dans les laboratoires de recherche afin de simplifier le processus et le rendre applicable à plus grande échelle sur le terrain. En effet, à ce jour, la technique n'est réalisable que par des manipulateurs expérimentés en micro-manipulation et le matériel reste coûteux.

 

Résultats techniques

 

Résultats techniques observés sur le terrain:

  • Taux d'embryon par récolte: 30 à 60%. Les chances de récolter un embryon à chaque collecte est fortement dépendant de l'âge de la donneuse, et du type de semence utilisée (meilleurs taux avec des jeunes juments et meilleure réussite avec de la semence fraîche par rapport à de la semence congelée).

  • Taux de gestation à J14 (diagnostic de gestation à 14 jours) par embryon transféré: 65 à 85%. Ce taux dépend de l'état physiologique et de la conformation de la receveuse (état du col de l'utérus). Il varie aussi avec le niveau d'expérience de l'opérateur.

  • Taux de gestation à J45 (diagnostic de gestation à 45 jours) par embryon transféré: 50 à 75 %. Ce taux reflète la capacité de l'utérus de la jument receveuse à réaliser les différentes étapes de la placentation et du développement du foetus.


En raison de son coût, cette technique s'adresse  à des reproducteurs de haute valeur génétique.

Intérêts, contraintes et Perspectives

Intérêts de la technique

  • La mise à la reproduction de juments âgées ou posant des problèmes au cours de la gestation (le taux d’embryons récoltés risque d’être faible).

  • La conciliation entre une carrière sportive et une carrière de reproduction des juments de haute valeur.

  • La possibilité de faire naître plusieurs poulains la même année pour une même jument donneuse (diminution de l'intervalle de génération favorisant le progrès génétique).

  • La mise à la reproduction de jeunes juments de 2 ans prometteuses mais qui n'ont pas fini leur croissance pour supporter une gestation. (attention toutes les juments ne sont pas pubères et le taux de récolte est souvent faible).

Le développement de la technique de transfert d'embryon passe par une diminution des contraintes techniques et une augmentation de la productivité.

Contraintes

  • La synchronisation des receveuses représente un coût très important (entretien et suivi gynécologique d’un troupeau de receveuses).

  • Un suivi gynécologique très précis de la donneuse

  • Une équipe d'opérateurs qualifiés et expérimentés

  • Un coût élevé du matériel de récolte et de transfert, (matériel de laboratoire sophistiqué et fournitures à usage unique et/ou stérilisé).

  • Des équipements adéquats (laboratoire de transfert, barre de contention adaptée).

Perspectives

Deux possibilités sont à l'étude pour réduire certaines contraintes :

  • La congélation d'embryon qui permet de dissocier la récolte de l ’embryon de l'acte de transfert (en temps et en lieu différents). Cette technique faciliterait la gestion de synchronisation nécessaire des receveuses et favoriserait les échanges commerciaux et la préservation de races menacées (cryobanque d'embryons).
  •  La technique de super ovulation afin de récolter plusieurs embryons viables par récolte augmentant la productivité de la collecte.

Ces deux possibilités font l’objet de recherches scientifiques, et ne sont actuellement pas applicables en routine sur le terrain bien que les chercheurs progressent dans le bon sens.

Voir aussi

Liens vers des pages sur un thème proche

Disponibles à la librairie

  • Ouvrage Le cheval, techniques d'élevage
  • Ouvrage Gestion de la jument
  • Ouvrage Insémination artificielle équine
  • Actes de colloque Transplantation embryonnaire équine

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