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Auteurs: Dr G. Fortier, J.L. Genain, I. Barrier, F. Grosbois
Màj Janvier 2011
Maladie très contagieuse, la gourme peut avoir des conséquences économiques importantes. Il est donc nécessaire de la connaitre, de la prévenir, et de savoir prendre les mesures adéquates lorsqu'elle apparait.
La gourme, est une maladie infectieuse très contagieuse, propre aux équidés, qui affecte surtout les jeunes de moins de cinq ans, mais aussi des animaux plus âgés, avec en général des symptômes atténués.
Si la morbidité (taux d’animaux atteints) dans les effectifs peut être très élevée (varie de 30 à 100%), la mortalité (pourcentage de décès par rapport au nombre d’animaux atteints) est en général faible (entre 0 et 10%).
L’agent responsable est une bactérie : Streptococcus equi sub equi.
Cette maladie est cosmopolite et si on la considère souvent comme une des « maladies fléaux » du passé (entre autres, elle a été particulièrement observée dans les effectifs des armées), elle est encore bien présente en France où elle peut apparaître lorsqu’il y a concentration et circulation d’animaux : centres d’entraînement (notamment les écuries de course comprenant un grand nombre de jeunes chevaux), centres équestres, écuries de concours, élevages, cirques, foires…
Elle se caractérise par une inflammation de la muqueuse des premières voies respiratoires avec jetage d’abord séreux puis muco-purulent, associée à une inflammation et une abcédation des nœuds lymphatiques situés au niveau de l’auge (« ganglions » sous mandibulaires et rétro pharyngiens).
Si la maladie évolue en général favorablement à l’échelon d’un individu, un épisode de gourme dans un élevage ou une écurie de course peut avoir des répercussions économiques très importantes :
Le jetage, les croûtes, le pus produits par les équidés malades ou infectés et par suite tous les objets, materiaux, vétements, aliments, eaux, sols, litières, prairies souillés par ces matières sont sources du germe.
Elle est assez résistante dans le milieu extérieur et encore plus dans les croûtes et le pus séchés (à la température et dans les conditions d’éclairement d’une écurie, les croûtes restent infestantes 3 semaines).
La bactérie survit plusieurs jours dans l’eau.
Elle peut aussi demeurer dans les nœuds lymphatiques plusieurs mois (porteurs sains).
La transmission se fait principalement par voie respiratoire : pénétration du germe par la muqueuse des cavités nasales et du pharynx.
> Après inhalation ou ingestion, les bactéries adhèrent aux muqueuses puis migrent dans les circulations sanguine et lymphatique et gagnent les nœuds lymphatiques.
> Streptococcus equi est doté d’un « arsenal » lui permettant de « désamorcer le système de défense immunitaire » de l’organisme et de se multiplier rapidement : les globules blancs affluent mais sont incapables de détruire les microbes, ce qui provoque une violente inflammation avec augmentation de volume des nœuds lymphatiques (« ganglions »). Ceux-ci deviennent purulents et s’abcèdent, puis percent en laissant échapper le pus.
> Les microbes peuvent passer dans la circulation sanguine et être disséminés dans tout l’organisme, provoquant des abcès dans d’autres organes (cœur, articulations, etc…).
Les symptômes apparaissent 3 à 14 jours après la contamination. La gourme catarrhale appelée aussi « angine gourmeuse » est de très loin la forme la plus fréquente.
L’animal est abattu, présente une élévation de température modérée (39 à 40°C) et perd l’appétit. Les muqueuses oculaires sont congestionnées et l’œil pleure. Au bout de quelques jours, il y a une tendance à l’hypothermie ( T<38°C).
L’animal présente du jetage séreux (liquide translucide). Il a du mal à déglutir. La gorge est douloureuse, la toux se déclenche facilement à la palpation.
Les animaux étendent la tête en position basse pour essayer d’atténuer la douleur.
Le jetage devient purulent, crémeux, homogène, jaune ou blanc. Les ganglions sont chauds, douloureux, volumineux et entourés d’un œdème. Ils suppurent, il y a inflammation des vaisseaux lymphatiques de la face avec parfois formation d’abcès sur ces trajets.
La respiration devient ronflante, l’animal bave et tousse.
Environ 2 semaines après l’apparition des premiers symptômes les ganglions finissent par percer en laissant échapper un pus épais, crémeux, très riche en germes et donc très contaminant. A ce stade, le plus souvent la guérison apparaît naturellement avec cicatrisation des abcès.
> Environ 10% des animaux guéris restent porteurs asymptomatiques
> Environ 70% des chevaux guéris développent une immunité à long terme, et ne contracteront donc plus la gourme.
Peuvent survenir dans 1 à 40% des cas :
> Foyers de suppurations localisés à des appareils ou des tissus (peau, appareil digestif, appareil respiratoire, système nerveux, appareil locomoteur), sans jetage et symptômes décrits précédemment.
> Gourme de castration, qui apparaît 15 à 30 jours après celle ci, avec hyperthermie, œdème du fourreau, abcès laissant échapper du pus crémeux sur la face interne des cuisses.
> Gourme septicémique (sans processus de suppuration) avec des congestions de la peau, des muqueuses et des viscères (rhinites, atteintes tégumentaires, atteintes vulvaires, vaginales, thoraciques, abdominales, ou des membres.).
Dans la plupart des cas (angine gourmeuse), les symptômes de la gourme sont très évocateurs pour la suspecter. Mais il ne faut pas la confondre avec d’autres maladies affectant l’appareil respiratoire pouvant présenter des symptômes comparables dans les phases précoces (grippe équine, rhinopneumonie, morve).
Dans tous les cas, il faut mettre en évidence le germe afin de s’assurer que c’est bien lui le responsable de la maladie.
Le vétérinaire réalisera des prélèvements : pus, écouvillonnage nasopharyngé, lavage nasal ou trachéal, lavage des poches gutturales (pour dépister les porteurs asymptomatiques), qui seront analysés en laboratoire ce qui permettra d’établir un diagnostic de certitude.
Des techniques de culture classique ou par amplification génique (PCR) sont disponibles selon les laboratoires.
Le diagnostic sérologique est aussi envisageable. Il s’agit d’une méthode ELISA semi-quantitative. Le pic d’anticorps est atteint 5 semaines après l’exposition au germe avec une pérennité de 6 mois. Ce type d’examen peut être utilisé pour :
Nota : L’interprétation des résultats sur des poulains de moins de 8 semaines doit tenir compte de la possibilité de présence d’anticorps d’origine maternelle (colostrum).
> Isoler les animaux malades pour limiter la transmission, éventuellement placer des cataplasmes sur les abcès pour les faire mûrir.
> Administrer des antibiotiques : à l’appréciation du vétérinaire. En général, pénicilline G : 20 000 U.I. par kg par la voie intra-musculaire pendant 10 jours. Ce traitement n’est pas toujours nécessaire, et dépend de la forme et du stade de la maladie (indispensable par exemple en cas d’obstruction des voies respiratoires, de gêne à la déglutition, ou d’anorexie durable).
> La pénicilline G est efficace sur Streptococcus et permet d’éliminer les porteurs sains. On peut également effectuer un lavage des poches gutturales et effectuer une cure chirurgicale des abcès.
Les antibio-résistances sont assez rares mais peuvent survenir lors de foyers étendus dans un effectif sur une assez grande durée.
Aujourd’hui il existe un vaccin efficace contre la gourme. Il s’administre par voie intralabiale.
Le protocole prévoit en primovaccination deux injections à 1 mois d’intervalle, puis un rappel tous les 3 ou 6 mois après la 1ère injection selon la pression d’infection.